Monde en Question

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Archives de Tag: Tournant de la rigueur

La dame de fer


Cette biographie très elliptique – partielle et partiale – de Margaret Thatcher est un panégyrique (via des images et une bande son aux normes hollywoodiennes) destiné à la réhabiliter après des générations nées après les années1970 [1].

Phyllida Lloyd nous impose sa vision compassionnelle pour une vieille dame qui a perdu la tête après la mort de son mari alors que, détail significatif, il rapporte la dénonciation de Margaret Thatcher de la tendance à penser la politique sous l’angle des sentiments et non des idées :

Les gens ne "pensent" plus. Ils "sentent". [...] Vous savez, un des grands problèmes de notre époque est que nous sommes dirigés par des gens qui s’occupent davantage des sentiments que des pensées et des idées.

Ainsi, ce film est non seulement un insulte à l’histoire pour les millions de victimes de la politique de Margaret Thatcher, mais aussi une insulte à sa propre pensée de la politique.

Autre détail (ignoré par les féministes) : un commentaire en voix off affirme que "jamais en Occident il n’y a eu de femme Premier ministre" oubliant que Golda Meir fut Premier ministre d’Israël de 1969 à 1974 et que Sirimavo Bandaranaike fut Premier ministre au Sri Lanka de 1960 à 1965 et de 1970 à 1972 [2].

Ceci dit, l’interprétation de Meryl Streep dans le rôle de Margaret Thatcher est aussi remarquable que celle de Bruno Ganz dans celui d’Hitler (La chute). Or, ce film fut contesté pour son approche trop humaine du dictateur du IIIe Reich – deux poids deux mesures…

Il est symptomatique que l’histoire des années 1980 soit totalement occultée. Il y a pourtant matière à penser du fait que le néo-libéralisme, qui sévit encore aujourd’hui, fut la doctrine de tous les gouvernements quelque soit leur couleur politique. Si cette politique était logique pour Ronald Reagan aux États-Unis et pour Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, elle l’était moins pour Miguel de la Madrid au Mexique et encore moins pour François Mitterrand en France, Deng Xiaoping en Chine ou pour Mikhaïl Gorbatchev en Russie (URSS à l’époque) [3].

Tout cela a naturellement échappé à tous les critiques des médias dominants qui ne méritent pas d’être cités [4].

10/02/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.


[1] AlloCiné – S’abonner à la Newsletter Cinéma pour télécharger le film VOSTFR.
[2] Serge LEFORT, La voie royale de l’apolitisme, Monde en Question.
[3] Sélection bibliographique :
• Articles Tournant de la rigueur, Monde en Question.
• Dossier documentaire Tournant de la rigueur, Monde en Question.
[4] Note du 15/02/2012 : Sauf Critikat publié le 14/02/2012.

L’industrie dans la tourmente de la finance


L’auteur nous entraîne à la découverte des processus amenant à la domination de la finance privée et de ses critères de gestion sur l’industrie. La puissance des fonds d’investissement et le fameux montage financier d’acquisition avec effet de levier (LBO) sont analysés. Un chapitre est consacré à EADS et sa filiale Airbus. Sont étudiées la dérégulation financière et sociale engagée par les autorités françaises depuis 1982, ainsi que la place de l’Union Européenne dans la politique économique des États membres.
LANGLET Denis, L’industrie dans la tourmente de la finance, L’Harmattan, 2008 [Amazon - La Sociale].

Lire aussi :
• LANGLET Denis, Contribution à l’état des lieux – «Situation des salariés en France», Blog Denis Langlet, 11/11/2010.
Ce document de 30 pages dresse un état de la situation des salariéés à partir d’une série d’indicateurs tels que les effecifs par branches d’activité, les emplois détruits, le chômage, la situation des jeunes, la précarité, l’inflence de la taille des entreprises sur le niveau des salaires, la répartition des salariés par taille d’entreprises et selon la nature du contrats de travail, l’intensification du travail… Un deuxième volet traite de la dérèglementation depuis 1982.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Tournant de la rigueur, Monde en Question.

Célébrations contre l’Histoire


Le Mexique célèbre le même jour le bicentenaire de l’Indépendance et le centenaire de la Révolution. Les célébrations hollywoodiennes de ces deux événements et le pont exceptionnel de quatre jours, dont bénéficie les fonctionnaires, masquent les enjeux historiques [1].

La Jornada (centre gauche) fait sa Une sur les mesures de sécurité dans la capitale. Signe des temps où les questions sociales, au Mexique comme en France, sont occultées au profit de l’instrumentalisation des questions sécuritaires.

L’éditorial de La Jornada [2] revendique une souveraineté nationale que "le modèle néolibéral dicté par Washington" aurait balayé. Or ce n’est pas Felipe Calderón (PAN) qui a introduit le néolibéralisme au Mexique, mais Miguel de la Madrid (PRI) entre 1982 et 1988 – politique consolidée par Carlos Salinas entre 1988 et 1994 notamment par les accords de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain).
De même en France, c’est le gouvernement Pierre Maurois, soutenu par le Parti socialiste et le Parti communiste, qui introduisit le néolibéralisme par le biais du "tournant de la rigueur".

Un article de La Jornada [3] rappelle opportunément que, 200 ans après l’Indépendance (contres les Espagnols) et 100 ans après la Révolution (sociale), les peuples autochtones restent "marginalisés, exclus, exploités et victimes du racisme". Or, Felipe Calderón n’est pas l’initiateur mais l’héritier d’une politique menée par "les pères fondateurs", semblable à celle menée aux États-Unis contre les Amérindiens, et l’hériter de 72 ans de gouvernement du parti unique (PRI) qui avait acheté la paix sociale par la corruption des élites syndicales et politiques.
De même en France, Nicolas Sarkozy poursuit ouvertement une politique contre les émigrés – Arabes hier et Roms aujourd’hui, qui fut celle de tous les gouvernements depuis 1830 (date de la conquête de l’Algérie). Il est symptomatique que Éric Besson, ancien directeur de campagne de Marie-Ségolène Royal, et Bernard Kouchner, ancien ministre socialiste (colonialisme humanitaire), soient les promoteurs – actif pour l’un et à l’insu de son plein gré pour l’autre – d’une politique initiée par l’Empire français.

Au Mexique, Felipe Calderón est fustigé par une gauche qui partage les mêmes valeurs, mais qui est en pleine déroute (perte de 7 789 277 voix entre 2006 et 2009).
De même en France, Nicolas Sarkozy est devenu le symbole de tous les maux alors qu’il ne fait qu’appliquer une politique partagée par une gauche qui n’offre pas d’alternative.

16/09/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] La celebración, show de Disney e infomercial del gobierno: especialistas, La Jornada.
[2] Bicentenario: festejo fallido, La Jornada.
[3] ¿Qué tenemos que celebrar?, La Jornada.

La justice sociale face au marché


Le désastre social et humain, provoqué par le tournant de la rigueur de la gauche socialiste et communiste en 1982-1983, est comparable à celui provoqué par l’Union sacrée en août 1914 quand l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauches se rallièrent à la politique national-militariste du gouvernement Poincaré. Aujourd’hui, la gauche pleurniche sur la politique anti-sociale de Nicolas sarkozy alors qu’il poursuit celle que le Parti socialiste et le Parti communiste ont inaugurée.

La lecture du dernier ouvrage d’Alain SUPIOT s’impose pour comprendre l’histoire longue de la lutte entre le Capital et le Travail pour partager les bénéfices de la croissance. S’impose aussi la relecture de la Déclaration de Philadelphie de mai 1944 que la gauche a bafouée [1].

Face au marché total, face à la concurrence éfreinée des firmes et des modèles juridiques, il est parfois difficile de faire sa part à la justice sociale. Le juriste et directeur de l’Institut des Etudes Avancées de Nantes, Alain Supiot, s’y essaye avec succès dans L’esprit de Philadelphie, son dernier livre. Quiconque cherche des remèdes au néo-libéralisme doit le lire.

Spécialiste du droit du travail, il dénigre la course au moins-disant social, avec une réelle profondeur historique. Il n’a pas oublié les séquelles laissées par la gestion industrielle des hommes. Les analogies qu’il établit entre la machine de guerre totalitaire et l’univers managérial ne sont pas de l’habillage. Sous Ernst Jünger, gît le capital humain, comme sous les pavés, la plage.

L’auteur ne cède pas cependant au fatalisme. Armé de la certitude selon laquelle on ne régule pas les marchés comme on régule son chauffage central, le problème est de les «réglementer», il se refuse à réduire l’homme à l’état de pure ressource économique. C’est donc à retrouver l’esprit de 1944, celui de la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle qu’il s’emploie. Et nous donne ainsi les moyens d’endiguer la renaissance féodale en cours et la culture politique du «deal». Contre le Droit communautaire, et pas seulement lui, qui s’en retourne au beau temps de la suzeraineté, et augmente les liens de dépendance, il parvient à convertir les rapports de force en rapports de droit.


La Fabrique de l’humain – France CultureTélécharger
Transcriptions d’émissions de France Culture, Fabrique de sens

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
SUPIOT Alain, L’esprit de Philadelphie – La justice sociale face au marché total, Seuil, 2010.

Après des décennies de globalisation financière, il est urgent de redécouvrir les principes de dignité et de justice sociale proclamés au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s’imposant sans discussion possible à l’humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu’au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l’expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l’infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l’échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l’exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l’œuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s’est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l’esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale.

Sur le même thème :
- 22/02/2000, SUPIOT Alain, La contractualisation de la société, Canal-U
- 2003, BRONZINI Giuseppe, L’Europe des droits après la Convention, Multitudes n°14
- 30/01/2008, SUPIOT Alain, L’Europe gagnée par « l’économie communiste de marché », Revue du Mauss
- 02/02/2008, Alain Supiot : « Voilà l’"économie communiste de marché" » – Une critique accablante de l’Union européenne par un Européen spécialiste du Droit du travail, Blog luckyLe Grand Soir
- 28/11/2008, Anéantir le droit du travail, Monde en Question
- Janvier 2009, Entretien avec Alain Supiot, Place publique n°13
- Janvier 2010, FŒSSEL Michaël et MONGIN Olivier, Nos aveuglements face au réel, Esprit
Alain SUPIOT :
- Institut des Etudes Avancées de Nantes
- PUF
- Université de Nantes
- Wikipédia
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.


[1] LEE Eddy, Déclaration de Philadelphie : rétrospective et prospective [BooksGoogle] in THWAITES James Douglas (sous la direction de), La mondialisation – Origines, développements et effets, Presses Université Laval, 2004 [BooksGoogle].
THWAITES James Douglas :
- Presses de l’Université Laval
- Université Laval

Tournant de la rigueur


S’il est toujours vain de commenter un événement fabriqué pour les médias dominants comme cette campagne marketing destinée à vendre le dernier livre de Lionel Jospin, il est par contre utile de profiter de l’occasion pour remettre en perspective l’échec des partis de gauche depuis 27 ans…

Le "tournant de la rigueur", discuté en coulisse courant 1982 et annoncé publiquement en mars 1983, fut soutenu sans états d’âme par le Parti socialiste et le Parti communiste.
Ni les quatre ministres communistes (Charles Fiterman, Anicet Le Pors, Jack Ralite, Marcel Rigout) ni le PCF ne protestèrent. Le PS, dirigé par Lionel Jospin, devint le relais discipliné des décisions gouvernementales vers l’opinion.
Seul Jean-Pierre Chevènement ouvrit sa gueule à la Convention Nationale du PS le 29 mai 1983 avant de dériver vers la nationalisme.

Par cette décision, qui intervint quelques jours après la défaite électorale aux élections municipales des 6 et 13 mars 1983, le Parti socialiste et le Parti communiste abandonnèrent du jour au lendemain leurs promesses électorales de «changer la vie» pour se convertir au néolibéralisme.
Le "tournant de la rigueur" de 1983 entraîna logiquement les défaites de 2002, de 2007… de 2012.

Pour comprendre ce tournant historique qui n’est pas clôt, je vous invite à consulter le dossier documentaire Tournant de la rigueur et à l’enrichir en postant des liens vers d’autres documents.

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

L’homme du 21 avril


Comme je l’écrivais en avril 2003, Lionel Jospin est mort politiquement le 21 avril 2002. En mobilisant les médias dominants pour faire la promotion de son dernier livre, il suit la même trajectoire que Giscard d’Estaing.

Son livre, Lionel raconte Jospin, est l’histoire schizophrénique [1] d’un certain Lionel qui ne connaît pas un certain Jospin et vice et versa. Les quelques extraits, publiés par le JDD, permettent d’éviter de gaspiller son temps et son argent à lire les contradictions d’un homme qui n’assume ni son passé ni ses erreurs.

Son échec, le 21 avril 2002, fut la conséquence du virage à 180° de toute la gauche en novembre 1982 quand le gouvernement Pierre Mauroy initia le néolibéralisme, baptisé en novlangue «tournant de la rigueur» [2]. À l’époque Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste, a déclaré : «Nous n’avons pas, bien sûr, changé de politique».
Aujourd’hui, il justifie cette politique suicidaire dont il mesure les conséquences électorales, mais pas les répercussions sociales : «Le tournant de la rigueur a fait chuter la popularité du pouvoir, il a donc été une des causes de l’échec des législatives de 1986. Mais sans lui, nous allions à la débâcle économique, donc nous n’aurions pas gagné […]. Ça nous a appris à nous confronter à la complexité du réel.» Dont acte.

Pendant ce temps-là Julien Dray, un autre ex-trotskyste, règle ses comptes personnels avec des potes du PS dont certains sont d’ex-camarades trostkystes [Libération].

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Revue de presse :
• 02/01/2010, Jospin se met à table, L’Express.
• 02/01/2010, Lionel Jospin se raconte enfin, le JDD.
• 02/01/2010, Une tragédie des gauches, le JDD.
• 02/01/2010, "Lambert a traversé ma vie et, je crois, nous nous estimions", le JDD.
• 03/01/2010, Lionel Jospin se raconte enfin, Le Grand Journal du Mexique.
• 03/01/2010, Jospin : En 2002, "j’ai surestimé la perception positive de mon bilan", Le Monde.
• 03/01/2010, Jospin assume 2002 pour ne pas être résumé à son échec, Rue89.
• 04/01/2010, Un début d’année sous le signe de Jospin, L’Express.
• 04/01/2010, Revenant sur son passé, Jospin égratigne Chirac, Le Figaro.
• 04/01/2010, Lionel Jospin défend toujours son bilan, Le Figaro.
• 04/01/2010, Trotskisme, Matignon, 21 avril 2002 : Jospin se raconte, Libération.
• 06/01/2010, Patrick Rotman filme Jospin… et oublie Lionel, Télérama.

Articles sur Jospin :
- Google Actualités
- Monde en question
- Rue89


[1] Il suffit de lire ces deux phrases, publiées dans les extraits par le JDD : «Je n’ai pas le sentiment de me diviser mais l’impression d’additionner et peut-être même de compenser. Je n’étais pas dans le militantisme actif.» et «Je n’ai pas de double casquette. Je ne suis pas trotskiste et socialiste, je suis trotskiste puis socialiste.» ; d’écouter l’un des nombreux lapsus, dont il est coutumier, dans une vidéo publiée par MJS : «Pour autant, je ne vous ai pas accompagné» au lieu de «Pour autant, je ne vous ai pas abandonné» (04:40).
[2] Lire : Sémantique de crise, Monde en Question.

Revue de presse Crise économique


Crise financière : Sarkozy "aime la justice" même s’il n’a jamais été "de gauche", Le Point

Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois réclamé mardi soir à New York que les responsables de la crise financière internationale en assument "les conséquences". "Quand les affaires vont bien, il est normal que beaucoup de gens gagnent beaucoup d’argent. Mais quand les affaires vont mal, il est normal que ceux qui se sont si lourdement trompés en assument les conséquences et les responsabilités", a insisté le président de la République.

Commentaires : Une déclaration faite en recevant le Prix de l’homme d’État 2008 décerné par la fondation Appeal of Conscience du rabbin Arthur Schneier. Ce prix récompense chaque année un responsable politique engagé dans la promotion de la liberté religieuse.

Nicolas Sarkozy et la crise financière : propositions, incantations et non-dits, Boulevard Exterieur

Faute d’avoir à disposition une réponse claire et une stratégie économique définie, Nicolas Sarkozy paraît avoir choisi de conjuguer plusieurs registres [technique, populiste, l’incantation et non dit].

Nicolas Sarkozy s’est imprudemment autoproclamé le président du pouvoir d’achat. Celui-ci a chuté de 0,3% au deuxième trimestre. Le chef de l’Etat a promis d’aller chercher la croissance avec les dents. Celle-ci a été négative au deuxième trimestre de – 0,3% et notre pays pourrait bien être prochainement déclaré formellement en récession.

Derrière ce propos bravache, se profile de plus en plus clairement, bien que non dite pour telle et inavouée, une politique de rigueur.

Revue de presse française, NouvelObs

L’HUMANITE
En dix ans, les banques françaises ont vu leurs profits multipliés par 7 pour le Crédit agricole ou par 25 pour BNP-Paribas, parce qu’elles consacrent plus de 60 % de leurs activités dans les opérations financières et non dans le soutien à l’économie réelle, étranglant du même coup les PME, elles-mêmes sous la coupe des donneurs d’ordres du CAC 40.

LA PRESSE DE LA MANCHE
Le capitalisme sauvage, sans règle, sans contrôle, n’est pas plus le capitalisme que le soviétisme stalinien n’était le véritable socialisme. Capitalisme sauvage et soviétisme sont les exemples de déviance qui transforment un type de société en dérive honteuse.

LE PROGRES
La confiance n’y est plus, le système ne tient plus. Que faire ? demandait déjà Lénine. Que faire ? demande à son tour notre Président. Et il répond, plus léniniste que Lénine : il faut faire rendre gorge aux spéculateurs, sanctionner les responsables.

Revue de presse européenne, euro|topics

Süddeutsche Zeitung – Allemagne
Ce sont les citoyens qui ont finalement fait les frais, sous forme de chômage, de hausse d’impôts ou d’inflation.

Tygodnik Powszechny – Pologne
La crise actuelle peut avoir également des conséquences à long terme. Aux yeux de l’opinion publique, les Etats-Unis incarnent le capitalisme du marché libre. Les politiques américains ont volontiers donné une leçon aux autres pays en leur disant à quel point il est important que l’Etat se tienne à distance de l’économie. Et ce sont justement les Etats-Unis qui ont toléré en premier le quasi effondrement du marché financier mondial pour ensuite intervenir avec force sur le marché. Ils sont allés tellement loin qu’ils ont nationalisé les institutions menacées de faillite et ont rejeté les importantes obligations des entreprises financières privées sur les épaules des contribuables. Ce fossé entre la théorie et la pratique peut entraîner une diminution du succès du concept du marché libre.

Népszabadság – Hongrie
Le chaos règne, aussi bien dans le monde de la finance que dans les esprits. Des économistes de renom déclarent même que le gouvernement conservateur de Bush [en annonçant une aide financière de 700 milliards de dollars aux banques américaines concernées] a choisi une méthode socialiste pour sauver le capitalisme américain basé sur la libre concurrence.

Les habits divers de la crise, Dedefensa

C’est un moment intéressant : la crise financière va-t-elle, sans être résolue bien sûr, se transformer en crise politique, – ou, plutôt, s’élargir à la crise politique ? Le plan de sauvetage de l’administration GW Bush, qui doit être entériné par le Congrès, se heurte à une forte opposition des démocrates en même temps qu’à une fort mauvaise humeur des républicains.

Pour l’heure, il est impossible de dire si la tension actuelle débouchera sur une crise majeure ou si elle sera contenue dans les normes des arrangements du système.

Le terme de “crise” n’est employé que pour la facilité, en l’absence d’un autre terme de même poids; on devrait plutôt parler de “soubresauts” pour mieux décrire le processus, c’est-à-dire les “soubresauts sectoriels” d’une crise systémique générale, qui est en même temps une crise de civilisation puisque le système a investi la civilisation elle-même. Ainsi, ce que nous nommons “la crise du pouvoir à Washington” est en fait un état de décadence accélérée du système politique, très marqué depuis 9/11 par des soubresauts successifs, par l’enfermement du monde politique washingtonien dans ses compromissions, ses contradictions, etc.

Point de vue d’André Gerin sur la crise financière, Changement de société

La crise du capitalisme financier, qui secoue les places boursières, a donc créé cette situation quasi surréaliste, digne d’une fable de la Fontaine, au cœur de laquelle les apôtres du libéralisme à tout crin des années 80-90 se voient obligés –de force, pas de gré, pour sauver la face et le radeau, tout en faisant sécher les SICAV- d’en appeler à la figure tutélaire de l’Etat-providence vingt ans plus tard. Curieuse ironie de l’histoire, où le modèle anglo-saxon tant vanté redécouvre les vertus d’une administration collectiviste ! Comme disait Karl Marx : « l’histoire se répète toujours deux fois. La première en tragédie, la seconde en farce… ».

Qu’on ne se trompe pas sur les suites de cette crise. Les Pays émergents, le monde du travail, les petits épargnants, salariés licenciés au nom du CAC 40 et de la cote des actions qu’il faut maintenir à flot, voilà ceux qui seront priés de payer la note. Les ogres de la finance se remplissent les poches quand tout va bien, et vident celles des autres quand tout va mal. Le retour de l’interventionnisme du trésor américain se paiera cash car ce sont les finances publiques et les contribuables qui sont appelés à absorber les hérésies et dérives de l’impérialisme financier. La dette américaine se rembourse sur tous les continents.

Commentaires : Très drôle car le PCF a abandonné “la lutte des classes” depuis longtemps (sur le terrain comme dans ses statuts) et est resté au gouvernement quand Maurois a lancé le "tournant de la rigueur" – politique qui a fait le lit du néolibéralisme en France.

La gauche reste dans le coma


Un an après la défaite de Lionel Jospin, la gauche garde toujours le silence. Elle n’a pas fait l’analyse politique de la perte des 2,5 millions de voix par le PS et des 1,6 millions de voix par le PCF. Elle n’a rien dit sur Jospin, qui a déserté son camp au milieu de la bataille. Elle n’a pas fait le bilan de son appel suicidaire à voter pour Jacques Chirac [1].

Tous les articles ou les émissions, consacrés au rappel du « choc », selon Libération, ou du « séisme », selon Le Monde, évacuent le débat sur l’échec de la gauche et sur son ralliement à Chirac le 21 avril 2002.
Seul Jean-Pierre Chevènement a évoqué, dans l’émission Ripostes, « la crise politique » des partis représentés à l’Assemblée nationale, mais en donnant un chiffre erroné sur leur poids réel : 60% au lieu de 46% [2] et sans en analyser les causes.

Selon un sondage Ipsos, 62% des Français jugent que le Parti socialiste n’a « pas su tirer les leçons » du 21 avril. Les militants veulent tourner la page. Jospin s’obstine à jouer la mouche du coche. Et toute la gauche pratique la politique de l’autruche alors qu’elle a les pieds dans les sables mouvants.

La crise politique, ouverte le 21 avril 2002, a plongé la gauche dans le coma. Sur toutes les questions, elle n’offre aucune perspective. Elle n’a plus rien à dire de différent de Chirac. Elle lui a donné les pleins pouvoirs pour réaliser une politique antisociale.

Avant et pendant la guerre des États-Unis contre l’Irak, la gauche s’est couchée aux pieds de la bourgeoisie française pour préserver les contrats passés avec Saddam Hussein. Elle n’a pas eu un mot pour dénoncer la vente d’armes au dictateur de Bagdad – la fourniture d’une centrale nucléaire par exemple.
Elle a soutenu toutes les contorsions du ministre des Affaires étrangères à l’ONU. Elle n’a pas protesté sur l’ouverture de l’espace aérien aux avions britanniques. Elle réclame aujourd’hui, derrière Chirac, une part au pactole de la reconstruction pour les entreprises françaises c’est-à-dire au pillage de l’Irak.

La gauche s’est ralliée à Chirac pour soi-disant éviter que Le Pen l’emporte au second tour. Elle a grossi le danger de l’extrême droite pour camoufler sa défaite. Cette trahison risque de provoquer ce qu’elle redoutait. Car qui votent pour le démagogue populiste ? Des travailleurs, les plus pauvres, que la gauche a abandonnés à « la loi du marché » c’est-à-dire aux licenciements massifs, à la précarisation du travail, au blocage des salaires, à la privatisation des entreprises publiques, à la libéralisation des marchés financiers et à la dictature du profit.

Pierre Mauroy, Premier ministre, a inauguré cette politique dès 1983. Le Parti socialiste, soutenu par le Parti communiste, abandonna du jour au lendemain ses promesses électorales pour se convertir au « tournant de la rigueur ». Et Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste, a déclaré : « Nous n’avons pas, bien sûr, changé de politique ». Le ralliement de la gauche au néolibéralisme avançait masqué.

L’extrême gauche n’a pas fait mieux. Elle a dilapidé son capital de 3 millions de voix. Elle n’a pas fait entendre une voix différente. Le PT s’arc-boute sur la défense des intérêts catégoriels des fonctionnaires et le refus de l’Europe avec des arguments nationalistes. La LCR a jeté aux orties ses références aux idées communistes pour courir derrière les mouvements contre la mondialisation. LO se replie sur la justification de son défaitisme [3].

Alors que les États-Unis poursuivent, depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, leur fuite en avant vers la guerre mondiale pour imposer la loi du plus fort et faire payer aux autres pays sa crise économique, l’absence de perspective de la gauche et de l’extrême gauche à l’échelle internationale est une tragédie.

Serge LEFORT
21 avril 2003


[1] Voir notre article : Quelles perspectives après le 21 avril ?
[2] En 2002, les partis parlementaires représentaient 45,76% des inscrits, les partis non parlementaires 23,43%, les votes blancs ou nuls 2,42% et l’abstention 28,39%.
En 1995, les partis parlementaires représentaient 60,49% des inscrits, les partis non parlementaires 15,68%, les votes blancs ou nuls 2,21% et l’abstention 21,62%.
[3] Voir notre article : « Notre bilan est nul ».

Quelles perspectives après le 21 avril ?


Les élections, qui se sont déroulées en France du 21 avril au 9 juin 2002, revêtent une importance politique aussi essentielle qu’inédite. Le discrédit des partis de gauche et la démission des organisations d’extrême gauche, le soir du 21 avril, a créé un vide politique qu’il est urgent d’occuper avant que l’extrême droite national-populiste ne s’en empare.

La position des partis de gauche ne fut pas surprenante après 21 ans de participation au pouvoir. Le Parti socialiste, depuis sa refondation en 1971 sous la direction de François Mitterrand jusqu’à la démission brutale de Lionel Jospin en passant par son adhésion au néolibéralisme (le «tournant de la rigueur» de 1983), a simplement géré les affaires du capitalisme français. Le Parti communiste s’est aligné sur cette politique de collaboration de classe en échange de strapontins ministériels. Et, alors que les travailleurs ont massivement désavoué cette politique [1], le PS comme le PCF, pour éviter tout débat sur les raisons de leur échec, ont appelé à voter sans conditions pour Jacques Chirac.

La position des organisations d’extrême gauche, fortes de 3 millions de voix, fut dramatiquement démobilisatrice. D’abord, au lieu d’analyser ce vote comme le signe d’une radicalisation d’une partie de l’électorat, chaque organisation a fait les comptes de sa propre boutique [2]. Ensuite, au lieu de proposer une stratégie de rupture avec la gauche, les organisations trotskystes ont refusé d’assumer leurs responsabilités historiques. La Ligue communiste révolutionnaire a rejoint le camp du candidat de la droite, baptisé pour l’occasion le meilleur rempart contre l’extrême droite. Lutte ouvrière, après beaucoup d’hésitations et de tergiversations, a donné une consigne ambiguë qui abandonnait les travailleurs à un choix individuel.

Les organisations trotskystes avaient la légitimité politique, acquise dans les urnes avec 10,43 % des votes exprimés, et les moyens de mener une campagne offensive contre Le Pen et contre Chirac (les deux candidats de la réaction), d’organiser le boycott [3] du second tour de l’élection présidentielle et d’expliquer ce mot d’ordre :

Le Pen est présent au deuxième tour par défaut, c’est-à-dire non par une adhésion à ses slogans national-populistes, mais parce que Lionel Jospin a perdu 2,5 millions voix du fait de la politique anti-ouvrière du gouvernement de la «gauche plurielle».
L’extrême droite ne représente pas un danger réel, car Le Pen n’a progressé que de 234 200 voix par rapport à 1995 et il ne bénéficie pas d’une implantation sociale susceptible de renverser la tendance, c’est-à-dire l’impossibilité de l’emporter.
Jacques Chirac a instrumentalisé le thème de l’insécurité pour provoquer la peur des banlieues et apparaître comme l’homme providentiel, seul capable de rétablir « l’autorité de l’État ». Ne lui donnons pas les moyens de mener cette politique réactionnaire !
Face à Le Pen, Jacques Chirac est sûr de l’emporter avec les seules voix de droite. Chaque voix de gauche en faveur du candidat bourgeois, qui fuit la justice, crédibilise sa stratégie bonapartiste pour mener une politique antisociale. Non à Le Pen ! Non à Chirac !
La crise, qui secoue aujourd’hui les marchés financiers, est aussi celle de toutes les institutions mises en place pour contrôler l’anarchie du système et maîtriser ce que les réformistes du mouvement Attac appellent pudiquement les « abus » de l’économie néo-libérale. Ils sont en fait le résultat logique d’une économie-casino dans laquelle les flambeurs privatisent les gains et socialisent les pertes.

Le recul de Jean-Pierre Raffarin, qui a désavoué Francis Mer son ministre de l’Économie et des Finances devant la crainte d’une colère des couches populaires contre les hausses annoncées des tarifs d’EDF et de la Poste, illustre le vrai rapport de force entre une droite toute puissante au Parlement et les travailleurs – surtout les couches les plus opprimées : les immigrés, les jeunes condamnés aux emplois précaires et les exclus.

La question qui se pose, au lendemain d’une élection-plébiscite en faveur de Jacques Chirac à laquelle a contribué une gauche discréditée et une extrême gauche démissionnaire, est cruciale. Le terrain politique, laissé vide le 21 avril, ne le restera pas longtemps. Il est donc urgent que se constitue un Parti de gauche révolutionnaire qui représente les intérêts des travailleurs à l’échelle mondiale.

Serge LEFORT
25-27 juillet 2002


[1] Le PS a perdu 2,5 millions de voix, le PCF 1,6 millions de voix, les trotskystes ont gagné 3 millions de voix et, au total, les partis parlementaires ne représentent plus que 45,76 % des inscrits au lieu de 60,49 % en 1995.
[2] Pire encore, Lutte ouvrière refuse l’addition des voix d’extrême gauche en prétendant qu’elle serait une mystification des journalistes : «La presse s’est empressée d’additionner ces voix pour constater qu’avec 2 973 383 voix et 10,44 % des suffrages exprimés, l’extrême gauche a fait une percée électorale sans précédent. D’autant plus remarquable qu’en même temps le score du PC est tombé à 3,37 %. Et de broder sur le thème de l’extrême gauche en passe de prendre la place d’un Parti Communiste moribond. Le sensationnalisme journalistique n’a cependant pas grand chose à voir avec la réalité politique.» Lutte de classe n°65, mai-juin 2002.
[3] Appel du CIQI (WSWS).

Leçons d’une défaite


Le soir du 21 avril 2002, la gauche a délibérément préféré prendre le risque de perdre les élections législatives plutôt que de faire le bilan de sa défaite. Le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS) ont mobilisé leurs troupes pour les mettre au service de Jacques Chirac, le représentant de la bourgeoisie. La gauche gouvernementale a payé cash ce soutien inconditionnel en perdant 136 députés et en n’occupant plus que 31 % des sièges contre 54 % dans la précédente Assemblée. Si la droite a globalement gagné 148 sièges, c’est la nouvelle UMP qui occupe 64 % des sièges contre 23 % dans l’Assemblée sortante. Le 16 juin 2002, Jacques Chirac a pris sa revanche sur Valéry Giscard d’Estaing qui, le 19 mai 1974, avait pris l’avantage dans la course au leadership de la droite divisée. Il a gagné le combat qu’il mène depuis 1976, date de la création du RPR, pour dominer la droite issue du gaullisme en marginalisant l’UDF et en excluant le FN.

Défaites symboliques à gauche

Même si le PCF amortie sa chute en préservant un groupe parlementaire, la défaite de Robert Hue symbolise l’impasse de la politique du parti depuis 1981, fondée sur l’abandon de la lutte des classes en échange de quelques fauteuils ministériels. Le «tournant de la rigueur», mené par Pierre Mauroy en 1983, et le ralliement masqué de la gauche au néolibéralisme, a montré la réalité de la participation des communistes au gouvernement : servir de caution pour faire accepter à la classe ouvrière la politique anti-sociale du gouvernement. Cette aspiration à gérer les affaires de la bourgeoisie n’était pas nouvelle, puisque le PCF avait déjà vendu son influence sur la classe ouvrière, de 1945 à 1947, pour partager le pouvoir avec les sociaux-démocrates de la SFIO et les démocrates-chrétiens du MRP. Demain, le PCF jouera un rôle marginal dans la recomposition de la gauche.

Le PS reste la principale force politique à gauche, mais il est amputé de nombreuses personnalités sur lesquelles reposait la stratégie de Lionel Jospin. La chute de Martine Aubry à Lille, jadis bastion de la classe ouvrière, symbolise le désaveu politique du gouvernement Jospin. Elle illustre combien ce parti d’énarques [1] était loin des préoccupations des couches populaires. La loi sur les 35 heures, la loi Aubry que le gouvernement a voulu faire passer pour une conquête sociale à l’image de celle de 1936 sur les 40 heures, a surtout bénéficié aux travailleurs privilégiés du secteur privé. Cette loi a introduit la déréglementation de la durée hebdomadaire du travail au profit de l’annualisation, de la flexibilité et donc de l’individualisation de la durée du travail. La loi Aubry I a aussi permis aux entreprises de financer leur restructuration organisationnelle et managériale avec les aides de l’État. Elle a eu, selon tous les experts, des effets très limités sur l’emploi, puisque les créations subventionnées étaient déjà programmées, mais son financement fut et sera de plus en plus problématique. Ce sont les travailleurs précaires et les retraités, qui n’en bénéficient pas, qui paieront lourdement ce cadeau aux entreprises.

La déroute de Jean-Pierre Chevènement et de son Pôle républicain est symbolique à gauche, comme à droite celle du RPF et du MPF, de l’échec de l’idéologie «souverainiste» qui résistait au développement de l’Union Européenne. Le passage sans heurt à la monnaie unique, en janvier 2002, a sapé les bases d’une réaction nationaliste que seule l’extrême droite populiste revendique encore : «Les législatives ont fait place nette. Tous nos concurrents, villéristes, pasquaïens ou chevènementistes, ont été balayés.» (Bruno Gollnish, numéro 2 du FN, dans Libération du 22 juin 2002). L’UDF avait initialisé la conversion de l’État et du capitalisme français à l’Union Européenne afin que les entreprises françaises restent compétitives dans la réorganisation du marché mondial après la crise pétrolière de 1974, le PS et le PCF l’ont réalisé et le RPR s’y est rallié.

Enfin, les Verts subissent passivement l’échec de Dominique Voynet. Les écologistes, longtemps accrochés à l’idéologie «ni droite ni gauche», ont profité de la stratégie du PS de la «gauche plurielle», destinée en fait à réduire l’influence du PCF, pour participer au gouvernement. La remise en cause de la loi littorale en Corse a montré combien les écologistes étaient moins attachées à la défense de l’environnement – l’aménagement écologique du capitalisme – qu’à leur strapontin ministériel.

Fragilité d’une victoire à droite

La victoire de Chirac le 5 mai et celle de l’UMP le 16 juin restent très fragile. La nouvelle Assemblée, dominéepar l’UMP, ne représente pas le pays réel puisque plus de 42 % des électeurs ont refusé de choisir entre la gauche et la droite qui soutiennent le même projet politique, celui du néo-libéralisme. Ainsi, la majorité présidentielle ne représente que 28 % des inscrits. L’absence de représentation des 3 millions de voix d’extrême gauche et des 5,5 millions de voix d’extrême droite pèsera lourd dans les cinq ans à venir face aux 9,2 millions de voix de la gauche et des 10,8 millions de voix de la droite. Ces 8,5 millions de voix, exclus du Parlement, représentent, même d’une manière déformée, les exclus de la croissance et les exclus de la société : les travailleurs précaires, les chômeurs et les pauvres (RMIstes et SDF [2]).

Ces voix, la gauche les a ignorées pendant cinq ans et la droite ne les entendra naturellement pas. Le gouvernement Raffarin est bien décidé à transformer la victoire politique de Jacques Chirac et de l’UMP en victoire sociale et à faire payer aux travailleurs la défaite de la gauche gouvernementale en augmentant, par exemple, de 3,6 % le prix de la Carte Orange en Ile-de-France. Les partis de gauche ont fait faillite. Les organisations trotskystes qui, activement ou passivement, ont contribué au plébiscite en faveur de Chirac et donc à la victoire de l’UMP sont disqualifiées pour mener les luttes politiques de demain. Plus que jamais s’impose donc la nécessaire construction d’un parti qui représente les intérêts de classe des travailleurs à l’échelle mondiale.

Serge LEFORT
22 juin 2002
Publié en français par WSWS
Traduit en anglais par WSWS


[1] Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA) qui forme les élites, de gauche et de droite, aux fonctions de l’État.
[2] RMIstes, chômeurs en fin de droits qui touchent un Revenu minimum d’insertion (RMI) égale à environ la moitié du Salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Sans domicile fixe (SDF), exclus sans travail, sans revenus et sans toit.

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