Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Arme de propagande massive

L’école Charlie-coloniale


 

Jules Ferry est honoré comme le champion de l’école laïque par tous ceux qui oublient qu’il fut aussi l’ardent défenseur de l’Empire coloniale du Tonkin à l’Algérie au nom de la civilisation occidentale. Ainsi, les Algériens, privés de la citoyenneté, furent condamnés aux lois musulmanes (Code de l’indigénat) par ceux-là même qui vantaient les bienfaits de la laïcité pour les Français-de-souche.

Le Code de l’indigénat dit clairement que «L’indigène musulman est français ; néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane». Aboli en 1946, le Code de l’indigénat perdurera en Algérie jusqu’à l’Indépendance en 1962.

Aujourd’hui, les intégristes catho-laïques veulent « repérer et traiter » tous ceux qui n’ont pas respecté la minute de silence « œcuménique » ou de « communion nationale »* à l’école car ils sont par principe des terroristes. Quant aux médias, ils sont passés maîtres dans l’art de dénoncer la théorie du complot tout en y participant eux-mêmes comme l’illustre Attentats – L’école en première ligne.

07/02/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

*Encore une fois, la laïcité n’est qu’un prétexte pour stigmatiser les musulmans – arabes et noirs – alors que les Charlie ont participé à la grande messe « républicaine » servie par des enfants de chœur déguisés en forces de l’ordre et, pour hostie, le dernier exemplaire de Charlie Hebdo [Article11].

Lire aussi :
• Attentats – L’école en première ligne, Émission « Envoyé spécial » diffusée sur France 2 le 29 janvier 2015.
• Pisa, la République et l’apartheid scolaire, Café pédagogique, 03/12/2013.
• À bonne école ?, LMSI, 30/01/2015.
• Discriminations, ségrégation, ethnicisation : une sélection d’articles du Café Pédagogique, Réseau National de Lutte Contre les Discriminations à l’Ecole.
• Jules FERRY, Monde en Question.
Dossier documentaire Algérie, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Laïcité, Monde en Question.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.

Charlie traque les terroristes au berceau


 

Il s’appelle Ahmed et il est donc par avance suspect car les Français, qui ne sont pas de souche-catho-laïque, sont des musulmans-terroristes. Ahmed n’a que huit ans, mais qu’importe. Les Charlie, comme au temps de la Reconquista, traquent les musulmans au berceau pour imposer les valeurs de la civilisation occidentale, fondée sur le pillage colonial des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

02/02/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Un garçon de 8 ans entendu par la police pour ses propos sur le terrorisme, AFP-Le Monde, 29/01/2015.
• Ahmed, 8 ans, entendu par la police après des propos sur Charlie Hebdo : comment en est-on arrivé là ?, Le Huffington Post, 29/01/2015.
• De l’hystérie collective des adultes au mot d’un enfant de 8 ans traité comme un… terroriste, Mondialisation, 30/01/2015.
• « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit » ?, LMSI, 02/02/2015.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Hollande en Charl’Hitler



Les Français vont-ils faire renaître les camps de concentration d’Hitler pour exterminer les musulmans ?

 

Les médias dominants légitiment les caricatures contre les musulmans au nom de la liberté d’expression, mais s’indignent quand un hebdomadaire marocain caricature Hollande en l’affublant d’une moustache et d’une croix gammée qui illustrent sa politique.

02/02/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Hollande en Hitler dans un journal marocain : « Consternant », selon le Quai d’Orsay, Le Parisien.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Orwell contre Charlie



La liberté, c’est l’esclavage

 

Le monde de 1984 est divisé en grands blocs ennemis, qui sont dans un état de guerre permanent, sans jamais s’affronter frontalement. Ils guerroient indirectement sur des territoires périphériques, régulièrement ravagés (en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, etc.). Ces combats lointains et la barbarie des ennemis sont donnés quotidiennement en spectacle aux citoyens grâce à des médias attisant la peur et la haine. De temps en temps, une bombe tombe sur le sol national, ce qui maintient le sentiment de guerre. Mais fondamentalement :

La guerre est menée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets, et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes territoriales, mais de garder la structure de la société intacte. (p. 283)

La guerre contre les ennemis barbares est « une simple imposture » (p. 282) utilisée pour produire un sentiment d’unité, là où la société est en réalité divisée en groupes sociaux luttant pour des intérêts opposés. Cet état de guerre maintient la population dans l’angoisse, la haine, une humeur de panique et de lynchage, une excitation permanente, qui est l’état d’esprit nécessaire au fonctionnement du système totalitaire.

L’État terroriste décrit par Orwell joue de ces menaces. Il se présente comme un rempart contre la barbarie, le seul garant de la « sécurité », au prix de la restriction des libertés. D’où le slogan « la liberté, c’est l’esclavage » (p. 373). Traduit en langage énarque, tel que repris par l’article du Monde :

Fortement marqués par les attentats récents, les élèves avaient à cœur de réaffirmer leur attachement à la liberté d’expression et, de manière plus générale, aux libertés qu’il appartient avant tout aux pouvoirs publics de protéger, indique ce texte, qui souligne que l’œuvre de cet écrivain « appelle à une conciliation vigilante entre la préservation des libertés et les exigences liées à la sécurité des citoyens ».

La terreur est une situation émotionnelle, une situation où l’émotion devient impérative. 1984 décrit clairement comment la force « submergeante » des émotions – peur, haine et adoration – est utilisée pour noyer la faculté de juger et obliger à choisir son camp parmi ceux, factices, définis par le pouvoir. La politique de la terreur a largement recours aux mouvements émotionnels de masse, dans les médias comme dans les manifestations. Il n’y a plus de recul ni de réflexion possible, mais seulement l’adhésion ou le refus, l’appartenance ou l’hostilité. Le mouvement jesuischarliste aura été est un bon exemple de ces « moments d’irrésistible émotion » et de cet « étouffement délibéré de la conscience » (p. 30).

Lire la suite… Article11

Lire aussi :
• George ORWELL, 1984, 1948 [Texte en ligne].
• Michael RADFORD, 1984, 1984 [DVD FR partie 1partie 2].
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Liberté d’expression vs Apologie du terrorisme



Source : Mundiario

 

La caricature de Charly Hebdo est jugée comme une « apologie du terrorisme », mais celle de Charlie Hebdo, suite à une tuerie en Egypte, comme le droit à la « liberté d’expression »… droit à géométrie variable.

Un adolescent de 16 ans est poursuivi pour avoir publié sur sa page Facebook un dessin faisant « l’apologie du terrorisme », le parquet des mineurs de Nantes a décidé de le poursuivre et a requis son placement en liberté surveillée préjudicielle à sa mise en examen.

Le jeune garçon est soupçonné d’avoir publié sur son compte Facebook un dessin « représentant un personnage avec le journal Charlie-Hebdo, touché par des balles, en l’accompagnant d’un commentaire ironique ».

Depuis une semaine, un raidissement s’est opéré en France avec l’apparition de plusieurs dizaines d’actions en justice reposant sur le délit d’apologie du terrorisme, qui prévoit une peine maximale de 5 ans de prison ferme et 75 000 euros d’amende (ou 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende si Internet est impliqué, car ce dernier est devenu une circonstance aggravante).

L’Associated Press a par exemple recensé en milieu de semaine 54 procédures en cours sur ce motif, avec parfois d’autres griefs retenus contre les personnes interpellées. Dans certains cas, le jugement a d’ores et déjà été rendu : quinze mois de prison ferme pour cet Ardennais, trois mois de prison ferme pour ce Toulonnais ou encore un an de prison ferme pour ce Nanterrois.

23/01/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

La terrorisation démocratique


 

Après les arrestations dans l’affaire dite de Tarnac, le 11 novembre 2008, trente-deux personnalités s’interrogeaient dans Le Monde : « Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elle compatibles à long terme avec la démocratie ? »

C’était poser bien tard une question mal formulée. En effet, à moins de considérer la « démocratie » comme une abstraction morale et non pour ce qu’elle est – un mode de régulation politique du capitalisme -, force est de constater qu’elle s’est nourrie d’un arsenal législatif « antiterroriste » sans cesse enrichi, surtout depuis 1986. En 2008, à l’heure où les signataires semblent le découvrir, cet arsenal a vingt-deux ans d’âge et il se confond avec le système démocratique qui l’a engendré, dans un consensus politique qui, avec le temps, approche la perfection de l’Union sacrée.

En 1982, après une série d’attentats, le secrétaire d’État à la Sécurité publique Joseph Franceschi proposait de faire du « terrorisme » la métaphore d’une vie sociale où chaque être humain devrait craindre son semblable comme un prédateur, mais d’où la violence de classe aurait miraculeusement disparu : « Les agressions contre les personnes âgées et les femmes seules, vols divers, cambriolages, en bref toutes les atteintes aux personnes et aux biens [font partie] du terrorisme au quotidien. »

Sachons lire entre les lignes : qualifier de « terrorisme » le vol à la tire, les graffitis ou le tapage nocturne, c’est associer dans l’esprit du public le poseur de bombes, l’étranger et le jeune. Ces trois « figures dangereuses » – au sens où l’historien Louis Chevalier parlait des « classes dangereuses » – resteront étroitement mêlées dans les décennies suivantes. Le durcissement de l’arsenal « antiterroriste » s’accompagnera d’une répression accrue de l’immigration et de la délinquance des mineurs. Il ne s’agit pas simplement de phénomènes concomitants, traduisant un raidissement autoritaire de la société, mais bien d’une stratégie sociale cohérente qui, comme nous le verrons par de nombreux exemples, s’annonce comme telle, et que nous nommons terrorisation.

C’est qu’en effet les gouvernants ne se contentent pas de « terroriser les terroristes », selon la formule attribuée au ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, qui en usa en 1986. Il n’en est pas l’inventeur, puisqu’elle se trouve sous la plume du démocrate chrétien Georges Bidault, en 1937, après une série d’attentats à la bombe, fascistes ou d’extrême gauche. Vieille rodomontade, donc, qui inspira, dès la deuxième moitié des années 1930, des mesures contre l’immigration clandestine.

On le sait, la bourgeoisie moderne a noyé les valeurs traditionnelles de compassion et d’entraide dans les eaux glacées du calcul égoïste, mais l’objectif qu’elle s’assigne c’est faire de la vie entière un objet de gestion économique. Las ! la « politique du chiffre » est parfois trop claire. Le gouvernement ayant affiché, pour l’année 2011, un objectif d’interpellations d’aidants au séjour irrégulier d’étrangers « supérieur à 5 500″, le ministre Éric Besson dut, pour obscurcir une telle clarté, produire au plus vite des mensonges contradictoires entre eux. L’État ne s’en était jamais pris qu’aux passeurs ! Notons, avant d’y revenir à propos de la terrorisation des immigrés, que l’objectif de plus de 5 500 interpellations se combinant avec celui, pour la même année, de 30 000 reconduites à la frontière, suppose au moins un passeur pour six clandestins, rapport qui fera pâlir d’envie les personnels de l’Éducation nationale… N’étaient les dramatiques implications pour des êtres de chair et de sang de ces délires policiers et comptables, on serait tenté d’en rire. Mais, comme le dit un Premier ministre dans Hamlet : « Quoique ce soit folie, il y a pourtant en elle de la méthode ».

Nous tenterons, dans les pages qui suivent, d’apporter quelques éléments d’analyse de cette folie, de sa méthode et de ses conséquences.

Claude GUILLON, La terrorisation démocratique, Libertalia [IntroductionArticles].

Lire aussi :
Dossier documentaire Claude GUILLON, Monde en Question.
Dossier documentaire 11 septembre 2001, Monde en Question.

Mensonges et propagande


 

Sylvie SIMON, Vaccins, mensonges et propagande, Thierry Souccar Editions, 2009 [Texte en ligne].
En deux siècles d’histoire, la vaccination a connu succès et scandales. Aujourd’hui il est bien difficile de savoir si les données scientifiques sont suffisantes pour créer sans cesse et sans risque de nouveaux vaccins.
Contrairement aux médicaments, les vaccins sont destinés aux bien-portants pour prévenir une hypothétique maladie. Il semble donc important que chacun connaisse les risques de ces maladies ainsi que ceux induits par les vaccins.
Saviez-vous que la population vaccinée contre la grippe est passée aux États-Unis de 15 % en 1980 à 65 % aujourd’hui, sans qu’aucune diminution des décès liés à cette maladie n’ait été observée ? Pourquoi les autorités de santé taisent-elles le fait que le nombre de décès par rougeole n’a pas diminué depuis 1988 en dépit d’une couverture vaccinale beaucoup plus étendue ? Peut-être parce que les vaccins, loin d’être les parents pauvres des médicaments, sont à l’origine de plus de 20 % du chiffre d’affaires de certains laboratoires pharmaceutiques…
Écrit par une spécialiste de la désinformation en matière de santé, ce livre contient les données les plus parlantes sur les vaccins des informations dont bon nombre de médecins n’ont même pas connaissance.
Par recoupements de chiffres, de dates, Sylvie Simon démontre magistralement comment l’industrie pharmaceutique, les médias et les gouvernements nous manipulent dès lors qu’il est question de vaccin. Pour qu’on ne puisse plus dire « si j’avais su… ».

Hacène AREZKI, Climat, mensonges et propagande, Thierry Souccar Editions, 2010 [Texte en ligne].
D’un côté des climatologues alarmistes qui affirment que la Terre se réchauffe par la faute des activités humaines. De l’autre, les climatosceptiques pour qui ce réchauffement a des causes naturelles. Qui croire ?
Parce qu’elle dissimule des enjeux idéologiques et économiques colossaux, une banale controverse scientifique a pris une ampleur considérable, tuant ainsi le débat scientifique.
Loin de tout lobby et de toute passion, le géographe Hacène Arezki propose une remise à plat radicale, en répondant aux questions essentielles :
• Comment mesure-t-on la température de la Terre ?
• Quelle est l’ampleur réelle du réchauffement climatique ?
• Ce réchauffement est-il sans précédent ?
• Faut-il s’en alarmer ?
• Hormis les activités humaines, quelles autres hypothèses sérieuses peuvent l’expliquer ?
Au-delà des aspects historiques et scientifiques, ce livre lève le voile sur les véritables enjeux politiques, économiques et médiatiques du débat sur le réchauffement climatique. L’enquête sur l’épopée d’Al Gore et sur le Climategate, entre autres, est éloquente.
Ce livre possède une qualité rare : rendre le débat sur le climat accessible à tous sans sacrifier un instant la rigueur scientifique.

Lire aussi :
Revue de presse Grippe A/H1N1 2009, Monde en Question.
Revue de presse Grippe A/H1N1 2010, Monde en Question.
Dossier documentaire Risque & Gestion du risque, Monde en Question.
Dossier documentaire Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Obama revendique le meurtre d’Oussama


Un homme prétend avoir tué l’ancien copain d’un copain et annonce son crime à la télévision sans donner aucune preuve – pas même le corps qu’il aurait fait disparaître en le balançant à la mer -, mais glorifie le mobile de son crime en invoquant la justice divine :

Et un soir comme celui-ci, nous pouvons dire aux familles qui ont perdu des êtres chers par le terrorisme d’Al-Qaïda : justice a été faite.

Souvenons-nous que nous pouvons accomplir ces choses, pas simplement grâce à notre richesse ou notre puissance, mais grâce à ce que nous sommes : une nation, selon Dieu, indivisible, avec la justice et la liberté pour tous.

Dans un monde normal, vous diriez que c’est un fou, mais dans celui où nous vivons, Barack Obama Président des États-Unis a revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden à la télévision américaine le 1er mai 2011 sous les applaudissements de tout le monde occidental [1].

La mort de ben Laden fut annoncée antérieurement par d’autres sources :

Les médias dominants reprennent en boucle les déclarations des autorités américaines sans les discuter. Ils jouent à fond la carte de l’émotion, qui fait vendre, sans poser les questions classiques : Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Pourquoi.

Ben Laden est certainement mort, mais nous ne saurons peut-être jamais où, quand et comment. La question est de savoir pourquoi les États-Unis ont choisi d’annoncer sa mort maintenant et donc de se débarrasser d’un ennemi (ancien ami) si utile… pour justifier leurs crimes au nom de la guerre contre le terrorisme.
Plusieurs hypothèses sont envisageables :

  1. Les élections de novembre 2012
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour se placer comme le candidat favori aux prochaines élections présidentielles américaines.
  2. L’Afghanistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier le prochain retrait des troupes américaines d’Afghanistan sans avoir gagner la guerre.
  3. Le Pakistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier une intervention militaire au Pakistan et détruire les preuves des alliances contractées, entre la CIA et l’ISI d’une part et les divers groupes jihadistes d’autre part, au temps de l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Aucune hypothèse ne s’exclut l’une l’autre. La troisième est aussi envisagée par Syed Salim Shahzad dans un article publié par Asia Times : « la mort de ben Laden marquera probablement aussi le début du déplacement du théâtre de guerre, de l’Afghanistan vers le Pakistan » [2].

03/05/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.


[1] En France, Jospin a déclaré « Les États-Unis ont appliqué le droit de légitime défense » et Sarkozy « L’élimination de Ben Laden est un succès, ce n’est pas la fin d’Al-Qaïda ».
[2] Lire aussi :
• 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
• 02/12/2008, Serge LEFORT, La guerre contre le Pakistan a commencé, Monde en Question.
• 03/12/2008, Le grand jeu asiatique, Monde en Question.
• 13/08/2009, Serge LEFORT, Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan, Monde en Question.

Le terrorisme, une arme de propagande (8)


Le gouvernement chinois, qui livre des armes au Pakistan (33% de ses équipements militaires), se montre prudent face aux attaques « étonnantes » à Bombay, mais se solidarise avec les États-Unis (la communauté internationale) et l’Inde « pour lutter contre le terrorisme ».

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Liu Jianchao a dit mardi que la Chine s’engageait à travailler avec la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme. 

Citant les attaques « étonnantes » à Mumbai, M. Liu a indiqué que le gouvernement chinois avait exprimé ses sympathies et ses condoléances au gouvernement indien et aux victimes.

« Le gouvernement chinois lutte fermement contre toutes les formes de terrorisme, et s’engage à coopérer avec la communauté internationale dont l’Inde pour combattre le terrorisme.

« La Chine souhaite que les parties concernées puissent trouver la vérité sur les attaques terroristes à Mumbai en menant des enquêtes le plus tôt possible », a souligné M. Liu.

Xinhua – Le Quotidien du peuple.

Le gouvernement russe, qui livre des armes à l’Inde (72% de ses équipements militaires), poursuit sa critique de l’inefficacité des États-Unis pour « former une coalition antiterroriste mondiale » [1].

Intervenant à la Douma lors de l’examen du projet de déclaration des députés russes à l’occasion des attentats de Mumbai (Bombay), capitale financière de l’Inde, M.Kossatchev a indiqué que la communauté internationale avait raté plus d’une chance de former une coalition antiterroriste mondiale. 

Rien qu’en 2007, à l’issue de 14.500 attentats, 22.000 personnes ont été tuées et 272.000 autres blessées, a fait remarquer le député.

Le plus grand nombre de victimes a été enregistré en Irak où les terroristes sont de plus en plus nombreux, alors qu’auparavant, avant l’invasion des troupes des États-Unis et de leurs alliés, il n’y avait pas de terroristes dans ce pays, a noté le parlementaire.

« L’Irak est devenu le symbole des erreurs commises dans la lutte contre le terrorisme », a estimé M.Kossatchev.
Et d’ajouter que la situation en Afghanistan n’était guère plus réjouissante.

RIA Novosti.

L’administration américaine met à profit les dernières semaines du mandat Bush pour organiser une coalition contre le Pakistan en faisant un lien entre le groupe Lashkar-e-Taiba et Al-Qaïda… sans apporter la moindre preuve.

Le directeur du renseignement américain Mike McConnell a accusé sans le citer le Lashkar-e-Taïba, un groupe islamiste interdit basé au Pakistan et actif dans la région himalayenne du Cachemire, d’être à l’origine des attentats.
AFP – Yahoo! Actualités

« Que la main d’Al-Qaïda soit ou non derrière ces attaques, c’est clairement le genre de terrorisme auquel participe Al-Qaïda », a dit Rice au cours d’une conférence de presse.
AP – Yahoo! Actualités.

Le président pakistanais Asif Ali Zardari réclame les preuves des accusations du gouvernement indien et lie la question afghane à la question pakistanaise [2].

M. Zardari a aussi affirmé n’avoir pas obtenu de preuves suffisantes que le seul survivant du commando soit un Pakistanais, comme l’affirme New Delhi. « Je doute fort (…) qu’il soit Pakistanais », a-t-il ajouté. 

Le président pakistanais a jugé que si l’Inde tentait de frapper des bases terroristes en territoire pakistanais, ce serait « contre-productif ».

« La menace pèse sur toute la région, pas seulement Bombay ou l’Inde », a-t-il souligné. « La menace pèse sur l’Etat pakistanais, il y a une menace sur l’Etat afghan. C’est une menace sur toute la région ».

AFP – Yahoo! Actualités.

Face donc à la menace d’une guerre contre le Pakistan [3], les alliances se dessinent : la Russie encouragera les États-Unis à finir la guerre contre l’Afghanistan en l’étendant au Pakistan et la Chine jouera la carte diplomatique pour ne pas intervenir dans une guerre qui lui serait plus coûteuse que le statu quo.


[1] Voir : Le terrorisme, une arme de propagande (7), Monde en Question.
[2] Rappelons l’implication des services secrets américains (CIA) et pakistanais (ISI) dans la création, le financement (en provenance de l’Arabie Saoudite), la formation des Tâlebân et d’Al-Qaïda à la fin des années 1970 dans le cadre de l’affrontement global des USA avec l’URSS.
Source : BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 p.675 à 707 in Dossier Géopolitique.
Il n’est donc pas étonnant que les experts des services de renseignements des États-Unis en sachent davantage sur le groupe pakistanais Lashkar-e-Taiba que le président pakistanais lui-même [AP – Yahoo! Actualités].
Enfin, l’homophonie entre « Lashkar-e-Taiba » et « Al-Qaïda » facilite l’amalgame simplificateur.
[3] Voir : La guerre contre le Pakistan a commencé, Monde en Question.

Le terrorisme, une arme de propagande (7)


Bombay, la piste pakistanaise, ContreInfo.

Une fois de plus, les enquêtes ont abouti à un lien entre les auteurs de ces attentats et le Pakistan. Les terroristes à l’œuvre aujourd’hui auraient débarqué à proximité de la « Porte de l’Inde » [Bombay] en canots pneumatiques. Leur équipement, leur entraînement et la sophistication de leurs plans, ainsi que l’identité d’un suspect arrêté à Chowpatty, tendraient à indiquer un lien avec le Pakistan.
Commentaires : Une fois de plus, les autorités indiennes ont accusé le Pakistan avant de faire la moindre enquête et d’apporter la moindre preuve. Curieusement d’ailleurs l’auteur de l’article utilise le mode affirmatif (« les enquêtes ont abouti à un lien entre les auteurs de ces attentats et le Pakistan ») puis conditionnel (« tendraient à indiquer un lien avec le Pakistan »). 

L’ISI est réputée créer des problèmes à son propre gouvernement par des actions visant à faire avancer ses intérêts. Par conséquent, la possibilité que des éléments incontrôlés de l’ISI et des éléments djihadistes du Pakistan aient conspiré en vue de créer des tensions entre New Delhi et Islamabad ne peut pas être exclue. Cela autoriserait l’ISI à garder la haute main sur la politique du Pakistan en direction de l’Inde et lui permettrait d’affirmer à Washington que l’accroissement de la tension avec l’Inde interdit à Islamabad de jouer un rôle plus efficace sur son front ouest [ndlr : dans les zones tribales bordant l’Afghanistan].
Commentaires : C’est effectivement une hypothèse, mais en ce cas pourquoi accuser le gouvernement pakistanais ?

Alors que tous les éléments de preuve convergent vers une implication d’éléments pakistanais dans ces actes de terreur, New Delhi devrait cependant prendre garde à ne pas tomber dans le piège de la création tensions majeures entre l’Inde et le Pakistan, alors qu’un nouveau président s’installe à Washington et que l’Inde va tenir des élections générales dans les mois à venir. Le pays espère ce que les deux principaux partis politiques se réuniront pour formuler une stratégie commune pour contrecarrer la tentative des djihadistes de créer un « choc des civilisation » dans ce pays.
Commentaires : Les autorités indiennes n’ont apporté aucune preuve ! L’Inde attribue invariablement la responsabilité de ses problèmes internes au Pakistan – « la main de l’étranger ». Or, il semble – selon les première dépêches d’agences – que le groupe, responsables des attentats soit indien (manipulé par qui ?).

Les médias dominants présente l’Inde comme « la plus grande démocratie du monde » sans rien dire de la politique du Parti national du Congrès (Indian National Congress) ni du BJP (Bharatiya Janata Party), dont le slogan est Hindu, hindi, hindoustani (Un peuple, une langue, un pays). Tout un programme !

Les marchands d’armes sont partie prenante du conflit qui oppose l’Inde au Pakistan depuis plus de 50 ans. Durant la décennie 1990

• le Pakistan a reçu 33% de ses équipements militaires de la Chine, 25% de l’Ukraine, 15% de la France, 9% du Royaume-Uni, 8% des États-Unis et 7% de l’Italie ;
• l’Inde a reçu 72% de ses équipements militaires de la Russie, 8% des Pays-Bas, 5% de l’Allemagne, 4% du Royaume-Uni et 3% de la France. 

Source : BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003 in Dossier Géopolitique.

Notons que la Chine est relativement silencieuse et prêche la modération entre les deux puissances nucléaires alors la Russie défend plutôt l’Inde, son client, et réaffirme sa participation à la croisade de Bush contre « le terrorisme islamique ».

L’Inde face au terrorisme : se doter d’une stratégie efficace, RIA Novosti.

Le schéma de ce qui s’est passé dans la ville-clef indienne de Mumbai (anciennement Bombay) est à peu près clair : un méga acte de terrorisme perpétré par un groupe de kamikazes plus nombreux qu’à l’habitude et bien entraînés. Il avait pour sens et pour but immédiats de réaliser une démonstration de force, de semer la terreur, de démoraliser les autorités et la société indiennes. Cet attentat a été conçu concrètement selon le schéma de la guérilla urbaine, plusieurs cibles ayant été attaquées simultanément. Il est donc clair qu’il était fait pour réussir dans un premier temps, même si la plupart des assaillants étaient d’avance condamnés à périr ou à être fait prisonniers dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures suivantes. Les organisateurs comprenaient, naturellement, que leur organisation des Moudjahiddines du Deccan (les Moudjahiddines indiens), encore inconnue hors de l’Inde, allait rapidement devenir plus visible, que le nom d’un nouveau Ben Laden serait révélé au monde. C’était également dans leurs intentions. 

[…]

On ne peut échapper à la comparaison avec le 11 septembre 2001 et avec la manière dont l’Amérique a réagi à ce défi. Elle a pris des mesures tout à fait efficaces à l’intérieur du pays, qui ont exigé des dépenses colossales. L’Afghanistan, pays d’où émanait la menace, a été attaqué et son régime renversé. Mais, par la suite, le pays possédant l’armée la plus puissante au monde a manqué de ressources pour maintenir sous son contrôle absolu l’Afghanistan ainsi que les territoires du Pakistan y attenant. Cela n’aurait d’ailleurs rien d’étonnant si nous apprenions que l’attentat de Mumbai a été en partie préparé dans ce pays.

Ce qu’ont fait ensuite les Etats-Unis avec leurs alliés et leurs partenaires n’a qu’un rapport ténu avec la lutte antiterroriste. Surfant sur la vague de sympathie mondiale à leur égard, les Etats-Unis ont tenté de se servir de la lutte antiterroriste pour parvenir à des buts d’un tout autre ordre : affirmer leur domination globale. Après l’invasion de l’Irak, qui n’avait rien à voir avec le terrorisme, ils ont lancé l’élaboration d’un programme d’américanisation de fait de l’ensemble du monde musulman. Pour rien. En fin de compte, nous avons le déclin de l’Amérique (avec ou sans crise), un changement de leadership mondial. Quant au terrorisme, au terrorisme islamique en premier lieu, il est toujours là.

[…]

La coalition antiterroriste mondiale, ce capital que les Etats-Unis ont gaspillé avec une telle incompétence, peut tout à fait renaître maintenant sur de nouvelles bases. En 2001 d’ailleurs, les Indiens avaient tenté de rappeler au monde que New York n’était pas la seule cible visée par les menaces et que les racines du Mal mondial se situaient justement aux confins de leur pays, mais ils n’avaient pas été entendus. Il est possible qu’il en soit autrement aujourd’hui. Notons, à ce propos, que le programme de la visite en Inde que le président russe Dmitri Medvedev devrait effectuer dans les premiers jours de décembre sera quelque peu modifié, à moins que celle-ci ne soit annulée.

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