Monde en Question

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Archives de Tag: Jilbab

Lepénisation rampante


Lies Hebbadj, le compagnon de la femme verbalisée en avril pour conduite avec un niqab à Nantes, a été de nouveau placé en garde à vue par la police judiciaire nantaise vendredi soir, a-t-on appris samedi de source judiciaire, confirmant une information du quotidien Ouest France.

Le procureur de la République de Nantes a expliqué que M. Hebbadj avait été placé en garde à vue "à la suite des accusations de viols et de violences portées à son encontre le 5 août 2010 par l’une de ses anciennes compagnes". Les faits se seraient produits entre 2003 et 2007. Son avocate a annoncé samedi soir que la garde à vue était prolongée de 24 heures.

Le commerçant, qui vit à Rezé, près de Nantes, a été placé sous le feu des projecteurs fin avril en plein débat sur l’interdiction du voile intégral, quand l’une de ses concubines a décidé de contester une contravention pour avoir conduit en niqab. Cette dernière conteste l’amende ; le tribunal doit rendre sa décision sur ce point le 13 décembre. Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, avait demandé que le commerçant soit déchu de sa nationalité française en évoquant des soupçons de polygamie et de fraude aux aides sociales.

Cette nouvelle garde à vue intervient une semaine après que Nicolas Sarkozy ait annoncé, dans un discours à Grenoble, une série de mesures, centrées sur la déchéance de nationalité pour les auteurs de certains faits. Dimanche, le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, avait dit vouloir étendre la déchéance de nationalité aux polygames et auteurs "d’excision, de traite d’êtres humains ou d’actes de délinquance grave". Ce samedi, M. Hortefeux a annoncé qu’il ferait courant août des "propositions de mise en oeuvre juridique" pour la déchéance de nationalité, notamment pour les faits de meurtres de policiers ou de polygamie.

Ce virage à droite, reprenant plusieurs propositions du Front National, avait provoqué de vives réactions. D’après un sondage Ifop publié vendredi par le Figaro, 80 % des Français approuveraient la déchéance de nationalité pour les cas de polygamie, d’excision et de traite des êtres humains, sans distinction sensible entre sympathisants de gauche et de droite.

AFP-Le Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.

Brèves du 24/04/2010 Burqa


France catho-laïque et raciste

21/04/2010, Nicolas Sarkozy tranche pour une interdiction totale de la burqa, Reuters-Yahoo! Actualités.

Nicolas Sarkozy s’est prononcé pour une loi d’interdiction totale, dans tous les lieux publics en France, du port du voile intégral – la burqa – en dépit de recommandations contraires du Conseil d’Etat.

Le député communiste du Rhône André Gerin, président de la mission parlementaire qui s’est penchée pendant plusieurs mois sur le sujet, s’est réjoui de la décision de Nicolas Sarkozy, pourtant plutôt faite pour plaire à l’électorat de droite.

21/04/2010, Burqa : une loi pour 367 femmes voilées, SERIATIM.

Agiter la burqa, c’est mettre le voile (mais oui) sur les Français pour qu’ils ne s’angoissent pas de tous les problèmes sociaux et économiques à venir : les tensions sociales n’iront-elles pas en grandissant avec des risques accrus de dérapage ? Focaliser nos concitoyens sur ce point, c’est aussi éviter qu’ils s’indignent , en plus du coût de la grippe H1N1, des 20 milliards d’euros gagnés par les banques comme l’écrit Serge Halimi dans Le Monde diplomatique.

Dans cette France « burqaphobe » pense-on que la police arrêtera les femmes voilées des émirs asiatiques et des millionnaires africains sur les Champs-Élysées ? Non.
Quant aux femmes et la laïcité, ne sont-elles pas embarquées dans un navire qui tangue de Charybde en Scylla ?

22/04/2010, L’interdiction totale de la burqa, un risque juridique, Reuters-Yahoo! Actualités.

Le Premier ministre François Fillon s’est dit prêt mercredi à prendre "des risques juridiques", allusion à l’avis du Conseil d’Etat pour qui le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pourraient rejeter ce texte.
Selon lefigaro.fr, le gouvernement va décréter l’urgence sur le projet de loi dans l’espoir qu’il soit adopté avant la fin de la session extraordinaire, prévue autour du 20 juillet.

Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, a ironisé sur le risque de situations ubuesques pour un problème qui, selon le gouvernement, concerne 2.000 femmes. "Je ne sais pas comment on va faire avec les Saoudiennes qui viennent acheter sur les Champs-Élysées", a-t-il dit mercredi sur RMC.

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a accusé sur i>Télé le gouvernement de "vouloir éternellement appuyer là où ça fait mal, vouloir cliver, prendre le risque de diviser et de stigmatiser un peu plus".

Le gouvernement a choisi d’ignorer les recommandations du Conseil d’Etat, pour qui l’interdiction du voile intégral dans les lieux publics était préférable à l’interdiction totale, qui soulèverait de "sérieux risques" constitutionnels.
"Les risques en question, pour réels qu’ils peuvent être, n’apparaissent absolument pas considérables", a dit Guy Carcassonne sur France Info.
Le professeur de Nanterre expliquait devant la mission parlementaire que la loi ne passerait les obstacles juridiques qu’en étant fondée sur l’ordre et la sécurité publics, soulignant qu’il ne fallait pas utiliser comme fondement la laïcité ou les contraintes faites aux femmes.

22/04/2010, La France fait tomber le voile, Revue de presse internationale.

Non, décidement ce matin, les journalistes de la presse internationale ont du mal à comprendre quelle mouche a piqué le Président Français. Le site de la chaine américaine ABC rappelle pour sa part que des lois interdisent déjà de porter des vêtements qui recouvrent intégralement le corps et le visage dans la fonction publique et dans les écoles… qu’une autre loi, avait été votée en 2004 pour interdire les signes religieux ostentatoires.

Dossier documentaire & Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.

Un racisme à peine voilé



mis en ligne par son réalisateur et son producteur

Le film Un racisme à peine voilé a cinq ans cette année [en 2009], tout comme la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux à l’école, qui a conduit à l’exclusion de centaines de jeunes filles du droit à l’éducation. Cette loi a eu des conséquences bien au-delà des enceintes des établissements scolaires : les exemples de discrimination envers les femmes voilées sont légion… et trouver un travail avec un foulard en France… mission quasi-impossible. Mais cela ne suffisait pas, et de nouvelles offensives législatives visant à élargir le champ d’application de la loi du 15 mars sont actuellement en préparation…

Cinq ans après, nous avons voulu réagir à ces nouvelles offensives en rééditant notre film. Cette nouvelle version sera enrichie de plusieurs éléments comme le sous titrage en anglais et espagnol et le doublage en arabe, ainsi que des bonus :

• « Cinq ans après, que sont elles devenues ? » : Reportage autour des filles voilées ayant participées au film il y a cinq ans (+ d’autres acteurs du film)
• « Ils ont vu le film »… : des personnalités (artistes, politiques…) donnent leurs points de vue sur le débat et le film.

Pour que ce projet voie le jour, nous avons besoin de vous. Un racisme à peine voilé ne bénéficie d’aucun soutien financier des institutions ou de producteurs privés. Nous lançons donc une souscription tout comme lors de sa première sortie en 2004 : pour souscrire, allez sur le site de H Production. Merci de votre soutien.

Obstinément,
Jérôme Host
01/07/2009
LMSI

Lire aussi :
Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
Revue de presse Le NPA et le voile, Monde en Question.

Mise à jour de la publication du 06/07/2009

La croix de Maryse et le foulard d’Ilham


L’une s’appelle Maryse Joissains-Masini. Elle est députée-maire d’Aix-en-Provence, membre éminente de l’UMP et se dit «laïque» au point de ne pas vouloir de mosquée de sa commune : «Aussi longtemps que les représentants de l’islam ne reconnaîtront pas sans ambiguïté les règles de la République, notamment la laïcité, je ne faciliterai pas les choses ». Signe particulier : l’élue provençale porte une grande croix bien visible autour du cou, qu’elle exhibe en permanence, lors des séances du conseil municipal, des réunions politiques, des cérémonies officielles ou encore sur les plateaux de télévision.

L’autre s’appelle Ilham Moussaïd. Elle est étudiante, militante de gauche, trésorière départementale du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Signe particulier : elle porte un foulard et se dit «laïque» au point de vouloir défendre ses convictions politiques antilibérales et féministes au sein de l’espace public. Deux femmes, deux militantes, deux croyantes et pourtant deux traitements politico-médiatiques totalement différents. C’est le moins qu’on puisse dire.

Lire la suite… Oumma

Lire aussi :
Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
Revue de presse Le NPA et le voile, Monde en Question.

Le NPA et le voile (2)


Dans le précédent billet sur la candidature d’Ilham Moussaïd, je doutais qu’elle serve à une prise de conscience du «climat nauséabond, islamophobe qui devient insupportable» en France.
Cette dépêche, lue beaucoup plus tard compte tenu du décalage horaire, confirme mes doutes :

"Une minorité de membres du NPA de ce département s’y est opposée", précise le Nouveau parti anticapitaliste, soulignant que la décision prise dans le Vaucluse "ne peut faire office de position pour l’ensemble du NPA".
AP-Yahoo! ActualitésDéclaration du Comité exécutif national du NPA

C’est le pire scénario qu’on puisse imaginer, mais qui réjouit les intégristes de tous poils qui agitent comme des possédés les mots fétiches "égalité homme-femme" – "principes républicains" – "laïcité" pour exorciser la société du l’Empire du Mal : le monde arabo-musulman.

La paranoïa sécuritaire fait recette car, il est plus facile de désigner les boucs émissaires de la crise que de résoudre la question sociale. Dans beaucoup de pays européens, spécialement dans les pays colonialistes, il existe un consensus raciste, le même qui régnait en Allemagne dans les années 30…

En Belgique, l’annonce de la nomination de Mme Fatima Zibouh comme membre suppléant du Conseil d’administration du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme provoque aussi beaucoup de bruit… parce que cette femme porte un voile. Les médias dominants n’en parlent pas en France.
Il est vrai que le NPA est un cible facile puisqu’il n’assume même pas son choix contrairement à Ecolo : «Fatima Zibouh a été sélectionnée sur la base de ses compétences. Aucune autre considération n’est intervenue dans ce choix comme dans celui que nous faisons pour tous les autres mandats» [1].

Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 09/02/2010, Trois regards sur la candidate voilée qui déchire la gauche, Rue89.
• 05/02/2010, Polémiques sur une candidate du NPA portant le foulard : tempête dans un verre d’eau ou révélateur de certains stéréotypes ?, LCR Belgique.
• 19/09/2009, Entretien avec Fatima Zibouh, LCR Belgique.
Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.


[1] Revue de presse :
• 08/02/2010, Ecolo nomme la première voilée Centre pour l’Egalité, Parlemento.
• 09/02/2010, Pourquoi la nomination d’une fille voilée choque-t-elle la société ?, Parlemento.
• 10/02/2010, Ecolo défend Fatima Zibouh et rejette les critiques, RTBF.

Le NPA et le voile (1)


La candidature d’Ilham Moussaïd sur la liste du NPA aux élections régionales dans le Vaucluse (Paca) servira-t-elle à une prise de conscience du «climat nauséabond, islamophobe qui devient insupportable» en France ? J’en doute beaucoup pour au moins deux raisons.

1) Le NPA ne semble pas vraiment assumer le choix de cette candidature. Pierre-François Grond, porte-parole, a en effet déclaré «Il y a une fille qui porte un léger voile sur la liste du Vaucluse». Ce léger voile est une excuse, bien faible de surcroît, qui révèle un malaise [1].
Le NPA ne semble pas mesurer que, dans le climat de chasse aux sorcières actuel, le gros plan sur un détail vestimentaire soit plus parlant qu’un discours. Le jour même, Le Monde publia une infographie datant de juin 2009 pour redire que le voile est musulman !

2) Le NPA ne semble pas prêt à affronter la propagande haineuse contre les musulmans, devenus les boucs émissaires d’une société à la dérive, ni le danger d’une récupération par les mouvements religieux. Une étrange et hétéroclite coalition s’est formée qui, d’Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen en passant par Jean-François Copé, martèlent le même message : voile = musulman = terroriste.
Le NPA, en acceptant les références imposées [2], s’est enfermé lui-même dans le piège d’un discours inaudible : Ilham Moussaïd est «une militante féministe, anticapitaliste, internationaliste qui estime devoir porter le voile en raison de ses convictions religieuses» [version Le Figaro] ou «Ilham est la preuve qu’on peut être au NPA et porter le voile» [version Besancenot].

Les réactions quasi unanimes, à gauche et à droite, contre la candidature d’une femme voilée sont dignes de figurer dans un florilège de l’hypocrisie :

Pour Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, Olivier Besancenot est "un manipulateur" qui "s’est servi" du cas de cette jeune femme afin de relancer un parti "aux abois".
Xavier Bertrand avouerait-il que cette affaire serait une manipulation politico-médiatique ?

"Je pense que c’est de la provocation de la part d’Olivier Besancenot qui renie quand même les convictions de son propre parti politique. Je rappelle que Marx disait que la religion est l’opium du peuple", a dit la secrétaire d’Etat à la Famille sur Radio J.
Nadine Morano citant Marx, c’est à se tordre de rire.

À gauche, l’ancien Premier ministre socialiste [Laurent Fabius] a invité les responsables du NPA à "relire" Trotski, l’idéologue russe dont le mouvement d’extrême gauche se réclame.
Laurent Fabius, feignant d’ignorer que le NPA fut fondé en rupture avec le trostskysme, invite à relire un auteur qu’il n’a vraisemblablement pas lu.

Source : Reuters-Yahoo! Actualités

Pour le socialiste Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, la décision d’investir une jeune femme voilée est tout simplement "une aberration".
"Je ne sais même pas où Olivier Besancenot a été chercher ça. C’est tellement aberrant que les gens de l’ex-Ligue Communiste, le NPA, mettent sur leurs listes une jeune femme voilée alors que toute la société française, tous les républicains français, tentent en ce moment de s’élever contre le port de la burqa et d’une manière générale contre la condition qui est faite aux femmes".
Le "toute la société française" contre la burqa relève du fantasme. Le lien entre "les républicains français" et "la condition qui est faite aux femmes" relève du discours incantatoire et non des faits. Lire : Marie-Ségolène Royal et les femmes.

Source : Voilà Actualités

Depuis l’affaire de Creil en septembre 1989, la question du voile tourne en rond dans les marécages du racisme colonial et néo-colonial. Ce n’est pas la candidature d’Ilham Moussaïd, même si «le sens de [sa] candidature est de donner une voix aux femmes et aux hommes issus des quartiers populaires» [TF1], qui changera grand chose. Au contraire, elle ajoute autant de bruit que de confusion…

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
• 07/02/2010, La candidate voilée du NPA toujours critiquée, Besancenot n’a pas de «leçon à recevoir», Libération.
• 07/02/2010, Ilham Moussaïd, candidate aux régionales et Annick Berthelot, militante féministe du NPA, s’expriment, Mediapart.
• 07/02/2010, L’insoluble contradiction du voile anticapitaliste, Mediapart – NPA.
Google Vidéos
Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.


[1] Lire : Mise au point d’Yvan Zimmermann tête de liste du NPA en Alsace à propos de la candidate voilée du Vaucluse, NPA.
[2] Rama Yade a résumé le consensus du politiquement correct :
"Au nom de l’égalité homme-femme, des principes républicains, de la laïcité, un parti politique devrait se garder de ce genre de chose", a-t-elle affirmé lors du Talk Orange/Le Figaro.
Source : AP-Yahoo! Actualités

Que les promoteurs d’une loi interdisant la burqa se moquent des femmes, des principes républicains et de la laïcité cela ressort bien de l’entretien de Jean-François Copé au Figaro :

«Avec mes amis députés UMP, nous déposerons une proposition de loi d’interdiction, assortie d’un texte de résolution.

La résolution doit servir à rappeler les principes fondamentaux dans le domaine du respect des femmes comme un élément majeur des valeurs de la République.»
Il est clair que la résolution est le discours-prétexte du politiquement correct.

«La loi va répondre à la question de la sécurité. Qui peut imaginer qu’un enseignant puisse laisser un enfant sortir de l’école et le remettre à une personne dont il ne voit pas le visage ? Qui peut penser, à un moment où nous développons les moyens de vidéoprotection, qu’on puisse se balader le visage intégralement masqué ?»
L’essentiel est dans la loi dont l’argument est sécuritaire. Tout est dit ! Le braquage d’un bureau de poste par deux hommes cachés sous une burqa vient à point…

Le Monde, agent de propagande


Le 24 juin 2009, Le Monde publiait ces quatre photos de l’AFP, accompagnées de commentaires de la rédaction, et titrait Les différents types de voile musulman. Le 3 février 2010, Le Monde publie les mêmes photos, accompagnées des mêmes commentaires et avec le même titre. La réédition d’un document non modifié permet à la rédaction de confirmer son point de vue… à moindre frais.

Les commentaires du Niqab, de la Burqa et du Tchador sont descriptifs : vêtement et zone géographique où il est porté. Le commentaire du Hijab est performatif : le hijab serait "la tenue conforme aux principes de l’islam". Ainsi Le Monde prétend que, selon les principes de l’islam, les musulmanes doivent sortir voilées et que, comme le signifie le titre, le voile est musulman !

Plusieurs remarques s’imposent :
Le terme voile est polysémique car il s’agit d’un vêtement qui couvre plus ou moins le corps et/ou plus ou moins le visage selon la région considérée. Cette variabilité montre déjà que le principe, prétendument immuable, ne l’est pas. Elle montre aussi que des facteurs culturels, autres que religieux, pèsent dans le port de ce type de vêtement.

Les commentaires taisent le paramètre quantitatif. Combien de femmes, musulmanes, portent le tchador en Iran ? Le Monde reste dans un flou suspect en écrivant "de nombreuses femmes". Des femmes non musulmanes portent-elles le tchador en Iran ? Question qu’aucun journaliste des médias dominants ne se pose préférant répéter inlassablement leur paranoïa sur le monde arabo-musulman.

Qu’en est-il dans les autres pays ? Le document passe sous silence la tenue vestimentaire de la majorité des musulmanes dans le monde. Qu’en est-il des musulmanes qui vivent en Indonésie, pays comptant le plus grand nombre de musulmans au monde ? Il est vrai que décrire une réalité contrastée n’est pas vendeur.

Enfin, cette infographie insinue que l’islam serait une religion condamnable parce qu’elle imposerait le port d’un voile à ses adeptes voire à toutes femmes. C’est naturellement faux et c’est oublier un peu vite ce que le catholicisme a imposé non seulement à ses fidèles (plus ou moins consentants) mais aussi à tous les convertis par la force dans les colonies aux Amériques, en Afrique et en Asie.

À partir d’exemples non quantifiés et limités à certains pays, comme par hasard l’Afghanistan et l’Iran, Le Monde nous assène une loi qui n’en est pas une. En jouant sur le choc de photos choisies à dessein, Le Monde poursuit le vieux projet colonialiste d’imposer les normes occidentales aux autres peuples [1].

Le Monde, agent de propagande du néo-colonialisme, se garde bien de rappeler à ses lecteurs que la République, celle de Jules Ferry, de Léon Blum et de Guy Mollet, a refusé d’accorder la citoyenneté aux populations conquises et leur a appliqué le Code de l’indigénat c’est-à-dire la loi coranique : «L’indigène musulman est français ; néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane». Aboli en 1946, le Code de l’indigénat perdurera en Algérie jusqu’à l’Indépendance en 1962 [2].

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
• Irène KAUFER, Ni burqa ni photoshop, Politique.
• Revue de presse Voile (2004), Monde en Question.
• Revue de presse Burqa (2009), Monde en Question.
• Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.
• Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.


[1] Après le deuxième voyage de Christophe Colomb à Haïti à la fin de 1493, il ne s’agit plus d’exploration aventureuse, mais d’occupation armée de l’île rebaptisée Hispaniola. L’arrivée d’une armada de dis-sept navires avec douze à quinze cents hommes marque l’acte inaugural d’une colonisation européenne qui va bientôt s’abattre sur tout le continent américain. Et qui se distingue d’emblée par sa violence sans limites contre les peuples envahis qu’elle entend contraindre à produire ce qu’exige le colonisateur. Dès son premier voyage, Colomb en avait tracé le programme. Les naturels de l’île, écrivait-il, «sont donc propres à être commandés et à ce qu’on les fasse travailler, semer et mener tous autres travaux qui seraient nécessaires, à ce qu’on leur enseigne à aller vêtus et à prendre nos coutumes».
Christophe COLOMB, La découverte de l’Amérique, La Découverte, 1979.
Marc FERRO, Le livre noir du colonialisme, Pluriel Laffont, 2003.
[2] Références :
• Un code pour les indigènes, LDH-Toulon
• Le code de l’indigénat dans l’Algérie coloniale, LDH-Toulon
• Indigénat, Wikipédia

Aux sources de l’islamogauchisme


Laurent LÉVY, «La gauche», les Noirs et les Arabes, La Fabrique, 2010 [Du grain à moudre - France Culture - LMSI].

La loi sur le foulard à l’école, les émeutes de novembre 2005 dans les banlieues françaises, l’Appel des Indigènes de la République : autant d’événements où sont apparus des clivages graves dans ce qu’on appelle « la gauche » – qu’il s’agisse de l’ex-LCR, du Parti communiste, des Verts ou des anarchistes. Dans tous ces groupes et partis, on trouve des fondamentalistes de la laïcité, des « républicains », des féministes institutionnelles qui crient aux valeurs bafouées ou au communautarisme.

Laurent Lévy décode le racisme et la haine de l’islam dissimulés derrière chacun de ces discours. Il décrit le combat de la jeunesse populaire postcoloniale : les « islamogauchistes », le collectif « Une école pour toutes et tous », les Indigènes.

Un livre qui fera grincer bien des dents mais qui défend l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui – valeur républicaine après tout.

Laurent Lévy présentera son livre :
• Vendredi 5 février à 20h à la librairie Envie de Lire (16 rue Gabriel Péri, 94200 Ivry sur Seine),
• Jeudi 25 février à 19h à la librairie Terre des livres (86 rue de Marseille, 69007 Lyon),
• Samedi 27 février à 17h30 à la librairie Résistances (4 Villa Compoint, 75017 Paris, Métro Guy Môquet).
DémosphèreLe Monde diplomatique

Articles de Laurent Lévy :
Mouvements
Oumma.com

Lire aussi :
Laurent Levy, caricature d’un anti-racisme dégénéré, Riposte Laique [intégristes de la laïcité issus de Respublica].
Burqa et pantalon… quid des lois ?, EuroPalestine.
Sa burqa dans notre gueule, Le Monolecte.
La diversité contre l’égalité, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.

Voile médiatique


TÉVANIAN Pierre, Le voile médiatique – Un faux débat : «l’affaire du foulard islamique», Raison d’Agir, 2005 [Acrimed - Oumma].

Et si "la question du voile à l’école" était une fausse question ? Et si elle avait été inventée par les journalistes et les politiques ? Ce livre raconte l’histoire édifiante de la construction médiatique d’une affaire qui a pris peu à peu des proportions gigantesques, conduisant au vote d’une loi répressive et à la déscolarisation de centaines d’adolescentes. Comment une loi programmant ces exclusions a-t-elle pu être votée avec un large consentement de "l’opinion publique" ? Comment ce foulard, qui suscitait des contentieux de plus en plus rares et facilement résolus, a-t-il pu être présenté comme un problème crucial, au sein d’une école pourtant traversée par des problèmes d’une tout autre nature et d’une tout autre ampleur ? À partir de données chiffrées et d’analyses précises, ce livre déconstruit les mécanismes médiatiques qui ont fabriqué et imposé un faux problème, sélectionné les "experts autorisés", et écarté la plupart des voix discordantes. Il montre également comment la question a été posée en des termes suffisamment abstraits pour occulter les conséquences de la prohibition du voile, en particulier l’exclusion scolaire. Il montre enfin comment ce débat empoisonné a installé et, en quelque sorte, autorisé un climat général de racisme anti-musulman.

Dossier documentaire & Bibliographie Voile & Burqa créé le 09/02/2004 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

Tyrannie de la transparence


Sacha Guitry, accusé de misogynie, s’est habilement défendu par cette célèbre phrase «Je suis contre les femmes… tout contre». Les chasseurs de burqa avoueront-ils un jour la raison libidino-scopique de dévoiler les musulmanes ?

En 1998, pour sa collection Between, Hussein Chalayan habilla ses mannequins nues de burqas.

Serge LEFORT
14/08/2009

Lire aussi : PETITAT André, Tyrannie de la transparence et transformations des frontières privé-public, Revue des sciences sociales n°28, 2001.

L’étude des frontières multiples et mouvantes entre le privé et le public nous rappelle que la société n’est pas une machine mais un art de l’autonomie et de la dépendance entre des acteurs individuels et collectifs enchâssés les uns dans les autres, du sujet dans sa famille, en passant par les différents niveaux d’appartenance, professionnelle, religieuse, culturelle, etc. jusqu’aux institutions publiques. L’État moderne a introduit historiquement une rupture en éliminant peu à peu les corps intermédiaires, jusqu’à se substituer à certains rôles de la famille elle-même. C’est alors dans le face à face direct entre les grandes institutions et l’individu que surgit la peur de la transparence. L’acteur résiste pourtant au système, à sa façon, souvent surprenante. Reléguée dans les cercles premiers du privé, la famille, cocon affectif du sujet, demeure l’ultime protection contre les intrusions du public. A contrario, dès lors que la famille n’abrite plus qu’une part restreinte des possibles étendus de l’expérience humaine, la subjectivité privée investit massivement la scène publique en s’y exprimant. Le sujet, menacé dans le privé, ne s’est jamais autant imposé en public.

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