Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Bibliographie

Guy DEBORD contre le cinéma


La force du capitalisme est sa propension à récupérer les idées, mêmes les plus subversives, en les marchandisant. Ainsi, la BNF organise une exposition et édite un catalogue sur Guy Debord, pourfendeur de la société du spectacle. À 7 euros l’entrée et 39 euros le catalogue, l’opération commerciale s’avère juteuse.

Parmi ceux qui rendent aujourd’hui hommage à Guy Debord après l’avoir ignoré ou méprisé, il y a un certain Philippe Sollers qui pratique l’art du détournement pour faire son propre éloge.

Guy Debord a fait de son existence tout entière, avec un acharnement remarquable, jusqu’à la suppression de soi, une épreuve de liberté constante. En n’adhérant jamais à rien, et en restant toujours dans une position de clandestinité, autrement dit de guerre. Ce qui est impressionnant, chez lui, c’est cette fermeté, cette tenue. Ses façons de procéder sont absolument différentes des miennes – je n’ai pas choisi, comme lui, la position du retrait, plutôt celle de l’utilisation à haute dose de la technique médiatique, mais le but est le même.
Télérama, 26/03/2013

Sollers se garde bien de rappeler qu’il fut idolâtre de Mao alors que l’Internationale situationniste fut l’une des rares organisations à dénoncer la "pseudo-révolution pseudo-culturelle" (Le point d’explosion de l’idéologie en Chine).

Mais Guy Debord fut-il aussi subversif que le prétendent ses ex-ennemis convertis en amis ou les marchands de l’indignation ?
Il fut surtout un dilettante qui ambitionnait à la succession du surréalisme via l’Internationale lettriste puis l’Internationale situationniste. Mais, comme André Breton, il pratiqua l’exclusion puis la dissolution d’un mouvement qui lui échappait.

• Paris, 1953, au fond de la rue de Seine, un jeune homme écrit sur un mur en hautes lettres : NE TRAVAILLEZ JAMAIS ! Guy Debord n’a jamais travaillé (BNF).
• Guy Debord, Le surréalisme est-il mort ou vivant in Enregistrements magnétiques
• Guy Debord, Histoire de l’Internationale lettriste in Enregistrements magnétiques

Guy Debord, comme il l’écrit lui-même, "n’a effectivement rien fait et presque rien voulu faire" (Les erreurs et les échecs de Guy Debord).

On parle avec respect de M. Debord qui a imputé à la société dans son ensemble tous les échecs et toutes les faillites – comme s’il avait lui même réussi une seule fois quelque chose, à l’exception de cette manœuvre stratégique par laquelle il s’est placé comme au-dessus de son époque et de tout examen de sa conduite…
Ce pur nihiliste n’a voulu que détruire et n’a rien fait d’autre. Ils ont été bien déçus, ceux qui lui ont fait confiance sur une perspective positive : les artistes en 1960 et les révolutionnaires dix ans après…

M. Debord a commencé sa carrière en annonçant que l’art était mort et l’a prouvé par ses propres œuvres, qui en effet ne sont pas tombées dans l’inconséquence de se faire reconnaître comme des œuvres d’art.

"Son activité cinématographique" est "égale à moins que rien". Guy Debord a raison car il faut être idolâtre ou masochiste pour regarder Hurlements en faveur de Sade. Ce long métrage (1h03), complètement dépourvu d’images, alterne un texte récité en voix-off sur un écran blanc avec un écran noir sans son. L’écran noir sans son occupe de plus en plus d’espace-temps jusqu’à phagocyter les vingt dernières minutes de ce non-film. Tous les autres films de Guy Debord sont constitués d’un texte récité sur un ton monocorde en voix-off et des collages de scènes d’actualité, de publicités (beaucoup de pin-up), d’extraits de films célèbres.

En 1917, Marcel Duchamp avait aboli l’art en achetant un urinoir industriel dans un magasin à New York et en y ajoutant l’inscription "R. Mutt 1917", façon d’affirmer "ceci est de l’art", pour l’exposer. L’urinoir original ayant disparu, il reste aujourd’hui des répliques réalisées à l’initiative de marchands d’art ou de commissaires d’exposition du vivant de Marcel Duchamp et avec son accord. Les gogos admirent une réplique, exposée au Musée d’art moderne du Centre Georges Pompidou. Une autre réplique a été vendu aux enchères par Sotheby’s pour la somme de 1,677 million d’euros.

Marcel Duchamp ayant acté la mort de l’art bourgeois et André Breton celle de l’art "révolutionnaire", il ne restait plus d’espace dans ce champ de ruines pour un Guy Debord sinon un écran noir sans son et son auto-critique.

M. Debord a dit quelques vérités sur le spectacle, mais il a eu bien tort d’en tirer des conclusions révolutionnaires.
Les erreurs et les échecs de Guy Debord

06/05/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Exposition :
• Debord à la BNF : situ veux ou situ veux pas ?, Politis, 17/04/2013.
• Guy Debord : ni retour ni réconciliation, France Culture, 18/04/2013.
• Guy Debord (1931-1994), France Culture, 20/04/2013.
• Projection privée : autour de Guy Debord, France Culture, 04/05/2013.

Cinéma :
• Le cinéma sans cinéma ou l’œuvre fantomatique de Guy Debord, Télérama, 23/03/2013.
• Antoine COPPOLA, Introduction au cinéma de Guy Debord et de l’avant-garde situationniste, Sulliver, 2006 [BooksGoogle].
• Fabien DANESI, Le cinéma de Guy Debord ou la négativité à l’œuvre (1952-1994), Expérimental, 2011 [Entretien - Études photographiques - Kinok].
• Guy DEBORD, Hurlements en faveur de Sade, 1952, Télécharger.
• Guy DEBORD, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, 1959, Télécharger.
• Guy DEBORD, Critique de la séparation, 1961, Télécharger.
• Guy DEBORD, La société du spectacle, 1973, Télécharger.
• Guy DEBORD, Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du spectacle », 1975, Télécharger.
• Guy DEBORD, In girum imus nocte et consumimur igni, 1978, Télécharger.
Guy Debord, son art, son temps, 1994, Télécharger.

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Chiffres et nombres dans l’argumentation politique


Il n’est bien sûr nul besoin de rappeler que dans statistique, il y a État. On sait le faible apport de l’étymologie à l’étiologie. Il faut donc se demander pourquoi les nombres sont omniprésents dans le discours politique – et donc bien au-delà du discours étatique. Sur ce point, la littérature est abondante, marquée notamment par l’œuvre d’Alain Desrosières (1993, 2008).

Il y a un siècle déjà, Max Weber voyait dans une rationalisation croissante de l’action publique une caractéristique majeure des États modernes. La bureaucratie qui incarne ce mouvement historique tire sa légitimité de sa compétence – un savoir et un savoir-faire, une science et une technique, qui se nourrissent de chiffres. Ceux-ci vont devenir un marqueur déterminant du langage qu’elle utilise. Le tournant dit « néolibéral » de ces dernières décennies, tout entier fondé sur l’hégémonie supposée de la rationalité individuelle, va placer l’évaluation des performances au cœur de l’action publique. Plus largement, l’impression domine de nos jours que les chiffres ont colonisé le politique sous toutes ses formes. Si l’on « gouverne par les instruments » (Lascoumes, Le Galès, 2004), et notamment par l’instrument statistique, ce sont tous les acteurs politiques qui manient les données quantifiées dans tous les compartiments de leur jeu.

Comme un clin d’œil à cette tendance lourde de l’évolution du discours politique, ce numéro spécial, le centième de la revue, est consacré aux chiffres et aux nombres en politique. Cette thématique a suscité une forte adhésion de la part de chercheurs venant d’horizons disciplinaires différents. L’éclairage vient à la fois des sciences du langage, de la communication et du politique, et porte sur des objets, des époques et des lieux particulièrement variés. Les supports discursifs, de forme écrite ou orale, sont nombreux : discours officiels (discours sur l’état de l’Union, discours des Pères fondateurs de la République), institutionnels (comptes rendus des débats du Parlement), discours publics sur des questions de société de dimension nationale ou internationale, documents issus de négociations électorales locales, textes historiques…

Mais l’objectif est toujours le même. Il s’agit de prendre la mesure de la place des nombres dans les discours politiques, et plus spécialement de leur portée argumentative, à travers des études qui nous parlent d’évaluation, de palmarès (Bouchard, 2008), de pourcentages, d’indices, de tableaux et de graphiques, de batailles de chiffres et de luttes des nombres.

Lire la suite… Le langage des chiffres en politique in Mots. Les langages du politique nº100, 2012.

Lire aussi : Dossier documentaire Statistiques & Sondages, Monde en Question.

Jagten vs Présumé coupable


Ces deux films traitent de la descente en enfer d’un homme accusé à tort de pédophilie, tabou absolu du monde contemporain, et posent la question de la sacralisation de la parole de l’enfant qui peut conduire aux pires excès.

Jagten – La chasse

Lucas, abattu par son divorce, tente de se reconstruire auprès de sa bande de copains chasseurs et bons buveurs. Éducateur dans la crèche de la ville, il tisse une relation très forte avec Klara, la fille dun de ses amis, perturbée par les nombreuses disputes de ses parents. Mais Klara idéalise Lucas et lorsqu’il la repousse, sentant qu’elle transfère sur lui l’amour parental qui lui manque, la fillette évoque des attouchements fantaisistes auprès des adultes qui l’entourent. Se répandant comme une traînée de poudre, laccusation met Lucas au ban de la communauté, lisolement qu’il subit se transformant vite en véritable chasse à l’homme.

Malgré la présence de Mads Mikkelsen, excellent acteur, le film s’enlise. La descente aux enfers est crédible, mais pas le retournement après le miracle de la messe de Noël. Cela souligne l’emprise de l’église sur la société danoise :

Dans la Constitution il est écrit que "l’Eglise évangélique luthérienne est l’Eglise du peuple danois" et qu’elle est soutenue par l’État.
Lorsque l’on est baptisé à l’Eglise Danoise, on en devient automatiquement membre, mais chacun est libre de s’en retirer par la suite. Néanmoins, 90% des Danois sont membres de l’Eglise Danoise. Un enfant baptisé reçoit un certificat de naissance et de baptême où sont inscrits son lieu de naissance, sa date de naissance son numéro personnel (plus ou moins comme celui de la sécurité sociale) ainsi que l’identité de ses parents. Si l’on ne souhaite pas faire baptiser son enfant à l’Eglise Danoise, on doit tout de même s’adresser à un de ses bureaux pour recevoir l’attestation de naissance et d’identité. L’enfant n’est alors pas membre de l’Eglise Danoise, mais tous les enfants doivent avoir leur numéro personnel, un numéro que seule l’Eglise Danoise est habilitée à délivrer. L’attestation de naissance et d’identité contient le nom de l’enfant, son numéro personnel, ses lieu et date de naissance ainsi que l’identité de ses parents, et éventuellement si l’enfant est baptisé dans une autre Eglise.
Serge LEFORT, La guerre des images, Monde en Question

Quant à l’incident de chasse, réel ou imaginaire, il est une pirouette trop facile : "L’épilogue énigmatique est un écran de fumée qui masque mal tout ce à quoi le cinéaste est prêt pour mettre les spectateurs dans sa poche" (Télérama).

Thomas VINTERGERG, Jagten – La chasse, 2012, AlloCinéTélécharger VOSTFR.

Présumé coupable

L’histoire de l’affaire d’Outreau, a priori connue de tous, est racontée ici du point de vue de Alain Marécaux, l’un des accusés. Il évoque surtout l’engrenage policier et judiciaire, mais ne parle pas du rôle pourtant important des médias.

La performance de Philippe Torreton est impressionnante car sa descente aux enfers est aussi terrible que l’aveuglement de la machine judiciaire conduite par le juge Fabrice Burgaud. Le spectateur, qui sait que l’accusation est fausse, est saisi d’effroi par la perquisition musclée qui brisera cette famille car la femme divorcera et les enfants resteront éloignés de leur père, puis par la longue incarcération dans l’attente du procès en Cour d’assises.

On sait que les accusés David Brunet, Lydia Cazin-Mourmand, Jeanine Couvelard, Thierry Dausque, Karine Duchochois, Christian Godard, Roselyne Godard, Franck Lavier, Sandrine Lavier, Daniel Legrand (père), Daniel Legrand (fils), Alain Marécaux, Odile Marécaux, Pierre Martel et Dominique Wiel furent acquittés. Ils ont eu l’occasion de s’exprimer lors de l’enquête parlementaire, en 2006, et furent indemnisées pour cette erreur judiciaire, mais leur vie resta brisée alors que Fabrice Burgaud ne souffrit que d’une "réprimande avec inscription au dossier" en 2009.

Vincent GARENQ, Présumé coupable, 2011, AlloCinéTélécharger VF.

26/03/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Jagten – La chasse :
Critikat
Ecran large Interview de Thomas Vinterberg
Le Monde
RFI

Présumé coupable :
Critikat
Le Monde
Rue89

Affaire d’Outreau :
• 2004, Les durs enseignements d’outreau, Le Carnet PSY nº92.
• 14/12/2005, "Affaire d’Outreau" : Après le "délire" médiatique, l’amnésie collective, Acrimed.
18/01/2006-09/02/2006, Auditions ouvertes à la presse, Assemblée Nationale.
• 02/02/2006, Serge LEFORT, La voie royale de l’apolitisme, Monde en Question.
Ardente avocate des valeurs familiales et du néo-puritanisme de la droite, Marie-Ségolène Royal devra justifier ses déclarations dans l’affaire d’Outreau.
Plaçant toujours la parole de l’enfant au-dessus de la présomption d’innocence, Ségolène Royal a, à maintes reprises, soupçonné les défenseurs de la présomption d’innocence de vouloir "couvrir les pédophiles".
• mars-avril 2006, Outreau, faillite judiciaire et peur des réseaux, Esprit nº3-4, p.6-7.
• avril 2006, Julie Joly-Hurard, La responsabilité civile, pénale et disciplinaire des magistrats, Revue internationale de droit comparé Vol. 58 n°2, p.439-475.
mai 2006, Rapport de l’Inspection Générale des Services Judiciaires, Ministère de la justice, 151 pages.
06/06/2006, Rapport de la commission d’enquête chargée de rechercher les causes des dysfonctionnements de la justice dans l’affaire dite d’Outreau et de formuler des propositions pour éviter leur renouvellement Assemblée Nationale, 628 pages.
• octobre 2006, Guy Canivet, Julie Joly-Hurard, La responsabilité des juges, ici et ailleurs, Revue internationale de droit comparé Vol. 58 n°4, p.1049-1093.
• 08/12/2006, La presse et Outreau (2001-2006), Le Tigre.
• janvier 2007, Outreau : anatomie d’une aberration judiciaire, Le Débat nº143.
• janvier 2007, Michelle Lecolle, Polysignifiance du toponyme, historicité du sens et interprétation en corpus. Le cas de Outreau, Corpus nº6, p.101-125.
• mars 2007, Justice – L’après-Outreau, Études tome 406, p.333-345.
• juillet 2007, Claudio Parisi, L’extension du système de juge unique en Europe, Revue internationale de droit comparé Vol. 59 n°3, p.647-671.
janvier 2008, Parole(s) : l’affaire d’Outreau, Droit et cultures nº55.
• janvier 2008, Roselyne Koren, Éthique de conviction et/ou éthique de responsabilité, Questions de communication nº13, p.25-45.
• janvier 2008, Gilles Bastin, Une exception d’irresponsabilité ? – Médias et journalistes dans l’affaire d’Outreau, Questions de communication nº13, p.89-107.
• janvier 2009, Jean-Louis Halperin, La preuve judiciaire et la liberté du juge, Communications nº84, p.21-32.
• janvier 2009, Bernard Paillard, La rumeur, ou la preuve ordinaire, Communications nº84, p.119-135.
• mai 2009, Le juge, la parole et l’enfant, Le Journal des psychologues nº268.
• Printemps 2010, Fadila Chourfi , La construction de la loi du 5 mars 2007. Pour une analyse sociopolitique des mutations de la Protection de l’enfance, Sociétés et jeunesses en difficulté n°9.
• 2011, Brice GRAVELLE, Le traitement médiatique de l’affaire Outreau : un exemple du fonctionnement du champ médiatique dans l’engrenage d’un fait-divers, Mémoire IEP de Toulouse, 105 pages.
• janvier 2012, Enfant, enfance et discernement, Recherches familiales nº9.
• Bibliographie, Wikipédia [Dossier mis à jour par Serge LEFORT le 28/03/2013].

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Augustine, une fiction féministe


Dès la première image, ce film nous plonge dans la sombre vision d’une fiction féministe et donc réductrice d’une page importante de l’histoire de la neurologie moderne. L’intrigue du film se résume à la propagande habituelle : "nous savons toutes et on nous le rappelle sans cesse, qu’il nous suffit de ne pas être des saintes pour que tout mâle normalement constitué ait une irrépressible envie de nous fourrer son pénis dans notre vagin sans nous demander notre avis" (Coupable, forcément coupable).

Le film est construit comme un acte d’accusation. Faute de preuves, la réalisatrice se contente d’affirmer que Charcot est coupable parce qu’il est un homme et riche. Le même procédé servit pour condamner a priori Dominique Strauss-Kahn. Ce film ne mérite pas une ligne de plus, mais il m’a incité à étudier l’histoire de la Pitié-Salpêtrière, de Jean-Martin Charcot et de l’hystérie.

La Pitié-Salpêtrière

La Salpêtrière fut créée par édit royal, en avril 1656, "pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et Fauxbourgs de Paris". En France comme en Europe, la société voulait éloigner du centre ville et enfermer les classes dangereuses.

En 1684, Louis XIV ajouta à l’hospice, une prison, la "maison de force", pour les femmes prostituées, débauchées et condamnées, à laquelle on adjoignit un bâtiment pour les femmes et les filles détenues à la demande de leurs maris ou de leurs parents.
Au XIXème siècle, l’hôpital se spécialise en ne conservant que les folles et les vieillardes.
Entre 1807 et 1818, la situation des folles s’améliore. Elles sont, enfin, détachées de leurs chaînes, les moins atteintes sont séparées des incurables. Mais la distraction favorite, le dimanche en famille, de la population de l’époque reste la visite des folles derrière leurs grilles. Le spectacle est payant !
Histoire de la Pitié-Salpêtrière

Sélection bibliographique :

• Pitié-Salpêtrière – 400 ans d’Histoire , YouTube, 17 mn.
• La Pitié-Salpêtrière – quatre siècles d’histoire, Gallica.
• Histoire de la Pitié-Salpêtrière, CHU Pitié-Salpêtrière.
• Paul-André BELLIER, Du village des salpêtriers au groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière [1991], Revue d’histoire de la pharmacie nº295, 1992.
• Jean-Pierre CARREZ, La Salpêtrière de Paris sous l’Ancien Régime : lieu d’exclusion et de punition pour femmes, Criminocorpus, 2008.
• Louis BOUCHER, La Salpêtrière – Son histoire de 1656 à 1790, ses origines et son fonctionnement au XVIIIe siècle, Progrès Médical, 1883, 137 pages.

Jean-Martin Charcot

Jean-Martin Charcot, dont l’œuvre importante est oubliée, participa à la médicalisation et donc à la dépénalisation des troubles catalogués comme hystériques. La lecture des Leçons du mardi à la Salpêtrière montre qu’il a étudié non seulement l’hystérie féminine, mais aussi l’hystérie masculine ou chez l’enfant.

Les photographies montrent un homme élégant au regard droit et non cet homme crasseux au regard concupiscent caricaturé par la réalisatrice pour les besoins de sa fiction. Et Vincent Lindon, tenu de faire la promotion du film, répète bêtement sur les plateaux de radio ou de télévision le catéchisme d’une réplique du film : "Le Pr Charcot traitait les femmes qu’il étudiait comme du bétail".

Charcot est passé à côté du traitement des troubles qu’il a si bien observés et décrits. Un de ses élèves, Sigmund Freud, se consacrera à cette tâche en créant la psychanalyse, une méthode en rupture avec la psychiatrie.

Sélection bibliographique :

• Jean-Martin CHARCOT (1825-1893), Medarus.
• Jean-Martin CHARCOT, Leçons du mardi à la Salpêtrière 1887-1888 (notes de cours de MM. Blin, Charcot et Colin), Progrès Médical, 1889, 652 pages.
• Jean-Martin CHARCOT, Leçons du mardi à la Salpêtrière 1888-1889 (notes de cours de MM. Blin, Charcot et Colin), Progrès Médical, 1889, 580 pages.
• Jean-Martin CHARCOT, L’hystérie, L’Harmattan, 1998, 214 pages.
Textes choisis du neurologue de La Salpêtrière (1825-1893), sur le thème de l’hystérie féminine, l’hystérie masculine, et l’hystérie chez l’enfant.
Le plus illustre neurologue de son temps accorde à l’homme le droit au traumatisme, au rêve, au désir, à l’expression corporelle et aux excès représentatifs et passionnels d’"Eros et de Polemos". Il démontrait que la grande névrose n’était pas l’apanage du beau sexe, mais un nouveau continent ouvert à l’exploration dans la traversée de ses apparences.
• Jean-Martin CHARCOT, Œuvres complètes, Progrès Médical, 1892 [Internet Archive].
• Rae Beth GORDON, De Charcot à Charlot – La mise en scène du corps pathologique, Presses Universitaires Rennes, 2013.
• Georges GUILLAIN,
J. M. Charcot (1825-1893) – Sa vie, son œuvre, Masson, 1955, 188 pages [Revue d'histoire des sciences et de leurs applications].

L’hystérie

Les troubles que les médecins ont longtemps catalogués comme hystériques sont, selon la nosologie psychiatrique moderne, renommés troubles dissociatifs, fonctionnels ou de conversion. Les psychanalystes eux, piégés par le respect de la parole de leur maître, s’interdisent de remettre en cause la vulgate. Ils participent ainsi à la croyance que seules les femmes seraient hystériques et que ces troubles seraient d’ordre exclusivement sexuel.

Pierre-Henri Castel a écrit l’histoire d’un débat qui, s’il a agité le monde médical entre 1870 et 1914, reste d’actualité. La lecture des documents qu’il présente favorise la compréhension de la complexité du débat d’idées que les petits maîtres à penser contemporains enferment dans des slogans réducteurs et dogmatiques.

Sélection bibliographique :

• Selma AYBEK et al., L’hystérie : une entité historique, un trouble psychiatrique ou une maladie neurologique ?, Revue médicale suisse nº18, 2008.
• Pierre-Henri CASTEL, La querelle de l’hystérie – La formation du discours psychopathologique en France (1881-1913), PUF, 1998, 349 pages [Chronologie et bibliographie 1870-1892 - Chronologie et bibliographie 1893-1914].
Lorsqu’on évoque aujourd’hui Charcot à la Salpêtrière, ou ses belles hystériques en crise, l’ombre de Freud se profile aussitôt, et la psychanalyse paraît balayer ce qui n’aurait été qu’une formidable méprise. De ce que fut la querelle de l’hystérie et des débats féroces que suscitèrent, indépendamment de Freud, les essais pour en comprendre les symptômes, nous ne savons plus rien. Babinski, Bernheim ou Delboeuf font sourire, comme des trouvailles érudites pour historiens de la médecine, et leur incroyable ingéniosité n’arrête plus personne. Mais que se passe-t-il, si l’on prend au sérieux leurs observations et leurs arguments ? On s’aperçoit que l’idée banale selon laquelle Freud aurait été le seul à avoir aperçu l’énigme sur laquelle Charcot avait buté tombe d’elle-même. En lieu et place de cette Vulgate, surgit, comme le montre Pierre-Henri Castel, une multiplicité d’options épistémologiques, dont la psychanalyse a bifurqué, et qui ont chacune leur histoire : la séméiologie neurologique, la médecine psychosomatique, la théorie du psychisme morbide. Mais on s’aperçoit aussi que cette dispute médico-philosophique "fin de siècle", apparemment obscure, a été un véritable séisme, dont les ondes concentriques se font encore sentir et ont bouleversé les représentations les mieux établies du positivisme, du romantisme et de l’individualisme libéral.
• Georges DIDI-HUBERMANN, Invention de l’hystérie, Macula, 1982 réédition 2012, 456 pages.
Ce livre raconte et interroge les pratiques qui se firent jour à la Salpêtrière, du temps de Charcot, autour de l’hystérie. À travers les procédures cliniques et expérimentales, à travers l’hypnose et les "présentations" de malades en crise (les célèbres "leçons du mardi"), on découvre l’espèce de théâtralité stupéfiante, excessive, du corps hystérique. On la découvre ici à travers les images photographiques qui nous en sont restées, celles des publications, aujourd’hui rarissimes, de l’Iconographie photographique de la Salpêtrière.
• Liliane FAINSILBER, Éloge de l’hystérie masculine – Sa fonction secrète dans les renaissances de la psychanalyse, L’Harmattan, 1996 réédition 2005, 200 pages [Amazon].
• Sigmund FREUD, Joseph BREUER, Études sur l’hystérie (1895), PUF, 1956 réédition 2002, 254 pages [Critiques libres].
• Gisèle HARRUS-RÉVIDI, Qu’est-ce que l’hystérie ?, Payot, 2010, 192 pages.
• André MICHELS (sous la direction de), Actualité de l’hystérie, ERES, 2001, 416 pages.
Les textes qui composent ce volume présentent, chacun à leur manière, les rapports variés et multiples entre hystérie et modernité mettant à l’épreuve les opérateurs cliniques et théoriques dont nous disposons. C’est le fondement même du discours freudien et sa transmission qui se trouvent ainsi interrogés.
• Stéphane RICHARD-DEVANTOY, Lecture contemporaine de l’hystérie, Mémoire D.E.S. Psychiatrie, 2005, 57 pages.

19/03/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Alice WINOCOUR, Augustine, 2012, AlloCinéWikipédiaDossier de presseTélécharger.

Critiques :
Café pédagogique
Critikat
Le Figaro
Le Monde
Les Inrocks
Libération
Rue89
Télérama
Zéro de conduite

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Féminismes-Masculismes, Monde en Question.

Impasses de la démocratie


Le pire des régimes à l’exception de tous les autres ? Sans doute, mais ça n’excuse plus rien : nos régimes démocratiques, tels qu’ils fonctionnent, accumulent désormais tant de tares et de vices qu’ils nourrissent massivement la désaffection et le désenchantement. On ne peut plus se limiter à agiter l’épouvantail du populisme et de l’extrême droite : la démocratie élective fondée sur le suffrage universel doit sérieusement se réformer pour ne pas perdre ce qui lui reste de légitimité populaire, et si possible en regagner.
Politique, revue de débats nº29, mars-avril 2013

Lire aussi : Imposture démocratique, Monde en Question.

Revue des revues


Nouvelles revues en ligne

Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs
Les Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs ont pour ambition de confronter les travaux menés sur les pays où les systèmes d’éducation ont une profondeur historique certaine, et sur ceux où ils n’ont été introduits que plus récemment. Ils se donnent aussi pour objectifs de décloisonner les disciplines et de favoriser un échange entre diverses approches, afin de renouveler les perspectives méthodologiques et théoriques sur les questions relatives à l’éducation, à la construction, à la transmission et aux usages sociaux et politiques des savoirs.

Belgeo
Belgeo est la seule revue scientifique nationale de géographie en Belgique. Au-delà des articles thématiques ou de réflexion, la revue a pour objectif de couvrir les grandes questions géographiques, les problèmes européens et mondiaux ainsi que les problèmes nationaux.

TIPA. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage
Les TIPA. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage présentent des études sur la question du langage et de la parole, dans une perspective interdisciplinaire. Ces phénomènes sont abordés selon différents axes : analyse des processus physiologiques et cognitifs ; description et formalisation ; mécanismes discursifs et interactifs ; altérations, dysfonctionnements et handicap.

Textes en ligne

Jacques BOUVERESSE, Etudes de philosophie du langage, Collège de France.
Il est tout à fait possible que les attaques auxquelles a été soumise, de divers côtés, la notion traditionnelle de signification, et l’apparition de toute une série de doctrines ou de tendances que l’on pourrait regrouper sous la dénomination générale commode de "scepticisme sémantique" apparaissent, après coup, comme ayant constitué l’un des événements majeurs, pour ne pas dire l’événement majeur, de la philosophie de la deuxième moitié du vingtième siècle. Par "scepticisme sémantique", j’entends ici une attitude qui peut aller de la simple contestation de la possibilité de soumettre une notion comme celle de "signification" à un traitement théorique approprié à la négation pure et simple de l’existence de faits sémantiques qu’il pourrait être question d’expliquer à l’aide d’une théorie quelconque.
Par ailleurs, il n’est que trop juste de remarquer que la période récente s’est également distinguée, en contrepartie, par des formes non moins typiques de confiance exagérée dans les possibilités que la théorie de la signification offre aujourd’hui à la philosophie – la plus remarquable d’entre elles étant représentée par l’idée, dont Michael Dummett aura été le défenseur le plus convaincu et le plus talentueux, que la théorie de la signification pourrait avoir accédé depuis Frege au statut de nouveau paradigme de la philosophie première.

• Raphaële Bertho, Jean-Philippe Garric et François Queyrel (sous la direction de), Patrimoine photographié, patrimoine photographique, INHA.
Textes de la journée d’étude "Patrimoine photographié, patrimoine photographique", organisée le 12 avril 2010 grâce à un étroit partenariat entre l’École pratique des Hautes Études (EPHE) et l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), s’est tenue dans l’auditorium de la Galerie Colbert.

Thèses en ligne

• Laetitia Dion, Histoires de mariage. Une contribution à l’histoire des formes narratives à la Renaissance : le mariage dans la fiction narrative française (1515-1559), thèse de doctorat en littérature française de la Renaissance sous la direction de Michèle Clément, Université Lyon 2, 2012 [Genre & Histoire].

• Lola Gonzalez-Quijano, Filles publiques et femmes galantes : des sexualités légitimes et illégitimes à l’intérieur des espaces sociaux et géographiques parisiens (1851-1914), thèse de doctorat en histoire en co-tutelle sous la direction de Renata Ago et de Maurizio Gribaudi, EHESS et Università degli Studi di Napoli L’Orientale, 2012 [Genre & Histoire].

Lire aussi :
• L’actualité des revues, Ent’revues – la Revue des revues
Dossier Guide des ressources documentaires – Revues, Monde en Question.

OpenEdition Books


La nouvelle va certainement faire du bruit dans le paysage de l’édition française en sciences sociales : le Centre pour l’édition électronique ouverte (CLEO), déjà à l’initiative de Revues.org, Calenda et Hypotheses, lance aujourd’hui son quatrième grand projet numérique au service des sciences sociales : il s’agit d’OpenEdition Books, qui a pour but de diffuser des livres de sciences humaines et sociales et ambitionne de construire ainsi une grande bibliothèque internationale d’ouvrages scientifiques promouvant l’accès libre.

Lire la suite… Lectures
OpenEdition Book

Lire aussi : Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

Wikipédia, une bibliographie


Cette bibliographie, qui a pour ambition de donner une vision la plus complète possible de Wikipédia, fut construite principalement à partir d’une recherche sur les trois principaux portails de revues en sciences humaines et sociales (CairnPerséeRevues.org). Elle est déjà beaucoup plus conséquente que celle présente sur le site de Wikipédia, mais elle sera encore améliorée au fil de mes lectures.
J’ai délibérément ignoré les articles des médias dominants parce qu’ils ne constituent pas une référence solide.

Articles blogs

• 11/03/2004, Boris BEAUDE, L’encyclopédie collective, EspacesTemps.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• 13/12/2006, Qui écrit Wikipédia ?, Éduveille.
• 13/09/2008, Biographie manipulée, Books.
• 12/03/2009, Sous-entendus insidieux, Books.
• 24/04/2009, Pourquoi je quitte mon poste d’administrateur sur Wikipédia, Le dernier blog.
• 20/02/2010, "Wikipédia, où est ta démocratie ?", Books.
• 05/04/2010, Les étudiants et Wikipedia : à propos de l’étude de Head et Eisenberg, URFIST.
• 07/04/2010, Les étudiants et Wikipedia : à propos de l’étude de Head et Eisenberg (suite), URFIST.
• 09/04/2010, Les étudiants et Wikipedia : à propos de l’étude de Head et Eisenberg (suite et fin), URFIST.
• 09/08/2011, Wikipedia et son impact dans les publications scientifiques, Les carnets du SID.
• 14/09/2011, Wikipedia dans les articles de revues SHS françaises, Les carnets du SID.
• 22/01/2013, Participer à Wikipédia en tant que chercheur – enjeux et mode d’emploi, Ressources pour la thèse et au-delà.

Articles revues

2006
• 01/01/2006, Laure ENDRIZZI, Wikipédia : de la co-rédaction au co-développement de la communauté, Veille scientifique et technologique INRP – CNRS.
L’article Wikipédia : de la co-rédaction au co-développement de la communauté s’attache à mettre en perspective les résultats de quelques travaux susceptibles d’éclairer la dynamique de projet et le modèle de construction de l’espace social dans Wikipédia. Après l’examen de l’architecture complexe du wiki, nous nous interrogeons sur les modes opératoires de la coopération décentralisée et sur les indices temporels de la démarche qualitative. Enfin, nous nous intéressons aux profils des Wikipédiens et à l’articulation des mécanismes de publicisation et des pratiques réflexives dans le processus d’acculturation.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• mars 2006, Laure ENDRIZZI, L’édition de référence libre et collaborative : le cas de Wikipedia, Veille scientifique et technologique INRP – CNRS, 39 pages.
L’année 2005 a été particulièrement riche en débats et controverses sur l’encyclopédie libre Wikipedia. Alors que l’attention des médias grands publics et les réactions des traditionnels médiateurs du savoir restent le plus souvent mobilisées par des affaires de vandalisme et plus généralement par des problèmes de fiabilité et de qualité, les usages ne cessent de se développer. Le nombre total d’articles sur l’ensemble des versions est passé de 1 million 400.000 à 3 millions 400.000 en l’espace d’un an. Cette croissance exponentielle des contenus s’accompagne d’une augmentation forte de la fréquentation, plaçant l’encyclopédie parmi les 25 sites les plus visités au monde selon le baromètre Alexa avec un trafic très largement supérieur à celui d’autres sites de référence tels que Britannica par exemple.
Parallèlement, si les recherches sur les blogs et les logiciels sociaux bénéficient d’un certain attrait, la communauté scientifique ne s’intéresse encore guère aux wikis et très marginalement à Wikipedia. Les premières éditions des conférences Wikimania (août 2005) et Wikisym (octobre 2005) laissent à penser que les jalons sont posés pour analyser les enjeux et le fonctionnement de ce phénomène éditorial sans précédent. Par ailleurs, la mutualisation s’opère aussi au sein même du Wikimedia Research Network, association qui regroupe les chercheurs travaillant sur Wikipedia ou bien d’autres projets de la fondation Wikimedia (cf. bibliographie du WRN).
Nous nous attacherons dans cette synthèse à mettre en perspective les premières recherches sur Wikipedia avec les principales prises de position relayées par les médias traditionnels et l’internet.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• printemps 2006, Jean TILLINAC, Le web 2.0 ou l’avènement du client ouvrier, Quaderni nº60, 5 pages.
C’est par rapport à ce type de relations hiérarchisées et uniformisées que le web 2. 0 amène la rupture la plus importante, en s’orientant vers une utilisation de l’Internet centrée sur la mise en relation des individus, vers la création de réseaux sociaux et, surtout, vers la recherche des effets de réseaux qui sont au cœur des nouveaux modèles économiques.
• 06/06/2006, Vincent MABILLOT, Dispositifs wikis dans les systèmes de publication collective : contours d’une malléabilité éditoriale, Equipe de recherche de Lyon en sciences de l’information et de la communication – CNRS.
Cet article présente l’emergence des wikis comme dispositifs de publication collectifs. Il rappelle comment ils s’inscrivent dans une évolution des modèles de publications sur le web à partir des expériences éditoriales du web statique et du web dynamique. De ces deux grandes familles éditoriales, les caractéristiques des wikis sont précisées pour rendre compte de la singularité de ce système, notamment quant à la validation a posteriori des contributions contrairement au système de gestion de contenus (CMS) régulés a priori. La multiplication des wikis est rapprochée du succès de wikipédia dont on propose une analyse de la réussite. Leur utilisation des wikis par plusieurs webmasters, que nous avons interrogé, montre que ces systèmes sont utilisés pour assouplir les procédures de publications collectives à la fois sur l’adoption d’une posture éditoriale consensuelle inspirée marquée par une culture "du libre" et la persistance de formes d’utopie d’Internet basées sur la transparence. Sans présumé de la stabilisation des usages wikis, cet article interroge les procédures de publications et la recherche empirique des acteurs du web pour trouver des modèles alliant qualité formelle et légitimité des contenus en assouplissant au maximum les techniques éditoriales et en ajustant les schémas de validation.
• 01/09/2006, Lionel BARBE, Wikipedia et Agoravox : des nouveaux modèles éditoriaux ?, Communication et politique et Centre de recherche sur l’information spécialisée – CNRS.
Agoravox et Wikipedia se basent tous deux sur des modèles éditoriaux participatifs. Ne disposant pas de journalistes ou de rédacteurs professionnels, ces sites comptent uniquement sur l’investissement bénévole de citoyens pour les alimenter en contenu et créer une dynamique communautaire. Ils proposent des modes de publication et d’édition alternatifs, basés sur l’auto-production et l’auto-régulation. L’article propose d’étudier l’organisation de ces deux modèles éditoriaux émergents issus d’Internet. L’objectif est d’apporter des éléments d’analyse concernant leurs aspects novateurs et leurs évolutions possibles dans les prochaines années Le journalisme citoyen sur Internet peut-il se transformer en une tendance de fond ou n’est-il qu’un mouvement épidermique lié à l’apparition de nouveaux outils techniques ? Peut-on vraiment envisager la création de médias de masse autorégulés, ou producteurs et consommateurs d’information ne font qu’un ? Au delà des apparences, ces «nouveaux" médias sont-ils vraiment plus collaboratifs et moins hiérarchisés que les autres ? L’ouverture à tous de ces modèles éditoriaux leur a permis de connaître un développement rapide. Cependant, pour assurer la stabilité et la pertinence des informations publiées, il est nécessaire qu’une minorité active soit fortement impliquée dans la gestion des contenus et bénéficie de privilèges particuliers. C’est notamment dans la recherche d’un compromis difficile entre liberté de publication et pouvoirs de régulation que se joue la pérennisation de ces modèles éditoriaux participatifs.
• octobre 2006, Julien LEVREL, Wikipedia, un dispositif médiatique de publics participants, Réseaux nº138, 23 pages.
Wikipedia est devenu en l’espace de cinq années une ressource de plus en plus visible et mobilisée pour rechercher une information sur internet. Les mesures de son audience en font un des principaux médias basés sur des publics participants. Cet article retrace son émergence et son contexte historique, en situant ce dispositif médiatique dans l’écologie de l’internet participatif. Il aborde ensuite son caractère médiatique en exposant quelques données statistiques, ainsi que les principaux mécanismes de régulation (l’attribution de fonctionnalités techniques aux participants, la mise en œuvre de dispositifs de contrôle, et les règles et procédures appliquées à la coordination). Enfin, la mise à l’épreuve de ces mécanismes dans la construction d’articles est abordée, montrant le caractère incertain de leur inscription dans ce dispositif médiatique.

2007
• 31/01/2007, Laure ENDRIZZI, La communauté comme auteur et éditeur : l’exemple de Wikipédia, Veille scientifique et technologique INRP – CNRS.
L’ensemble des technologies dites 2.0 place l’usager au cœur de la création des contenus numériques tout en l’inscrivant dans une dynamique collective. Ces transformations remettent en cause le modèle éditorial traditionnel, sans offrir de représentations claires et stabilisées des modes de production et de validation qui sont à l’œuvre.
Avec l’exemple de Wikipédia, nous tenterons de comprendre les mécanismes de la régulation éditoriale, pour ensuite nous interroger sur les formes d’expertise sollicitées et les figures de l’auteur.
Nous verrons que les outils et dispositifs qui sous-tendent l’activité s’inscrivent dans un mouvement de maturité croissante et que l’environnement collaboratif favorise l’émulation des énergies créatrices personnelles en misant sur une action critique participante et sur une réflexivité explicite.
Les fonctions qui apparaissent sont significatives d’une tension croissante vers la "professionnalisation", associant diversification et spécialisation des contributions et laissant émerger des rôles somme toute relativement traditionnels.
Ces différents aspects ébauchent les contours d’un véritable modèle éditorial, faisant de Wikipédia, certes un projet collaboratif mais également une encyclopédie à part entière. Des résultats encore fragiles que de futures recherches permettront de confirmer ou d’infirmer.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• 13/03/2007, Benjamin GRASSINEAU, Wikipédia et le relativisme démocratique, Centre d’étude et de recherche en sociologie des organisations – CNRS.
Dans cet article, nous présentons la doctrine du relativisme démocratique, et montrons qu’elle est déjà implicitement en partie à l’œuvre dans des communautés virtuelles telles que Wikipédia.
• avril 2007, Céline POUDAT, Sylvain LOISEAU, Représentation et caractérisation lexicale des sciences dans Wikipédia, Revue française de linguistique appliquée Vol. XII, 15 pages.
Largement médiatisée, l’encyclopédie collaborative Wikipédia introduit de nouvelles pratiques d’écriture et de diffusion des connaissances scientifiques. Si son fonctionnement a été décrit du point de vue des connexions entre contributeurs et de sa dynamique temporelle, les propriétés de ses textes ont été beaucoup moins caractérisées. Dans cet article, nous proposons de décrire Wikipédia sur le plan linguistique de son contenu, en nous focalisant sur les sciences et leur représentation. L’étude est fondée sur un ensemble de corpus extraits à partir de l’arborescence des catégories de l’encyclopédie, et observés et contrastés sur les plans lexicaux général et épistémique.
• décembre 2007, Dominique COTTE , Marie DESPRÉS-LONNET, Communication et langages n°154, 10 pages.
Le passage de la plupart de nos écrits du papier au numérique a parfois été envisagé, de manière très restrictive, comme un simple changement de support, alors que c’est l’ensemble de la chaîne éditoriale qui est touchée par cette évolution. Nous voudrions, dans cet article, revenir sur les étapes antérieures et postérieures à la fabrication proprement dite d’un imprimé pour montrer en quoi celles-ci concourent à la naissance et à la reconnaissance de formes éditoriales spécifiques. Un retour sur l’évolution formelle du journal en ligne permet de montrer que, de la même manière, après une période de grande instabilité formelle, de nouvelles normes et marques éditoriales émergent aujourd’hui sur le web. Ces marques doivent tout à la fois aider le lecteur à reconnaître le type de texte auquel il est confronté et concourir à asseoir la légitimité éditoriale de ceux qui mettent ces textes en ligne.

2008
• janvier 2008, Pierre ASSOULINE, Y a-t-il un bon usage de Wikipédia ? Entretien, Le Débat nº148, 7 pages.
Le Débat. – Vous êtes un grand adepte de l’Internet, un militant même…Pierre Assouline. – Je suis croyant et pratiquant…Le Débat. – Et pourtant, vous êtes très critique à l’égard de Wikipédia, qui représente aux yeux de beaucoup le concentré de la nouvelle économie…
• janvier 2008, Paul SORIANO, Nous, le réseau, Médium nº14, 11 pages.
Wikipédia, dispositif technologique, culturel et social, ouvre une véritable terre de mission à la réflexion médiologique. En tant que dispositif de production et de diffusion de savoir. Et plus encore en tant que collectivité en réseau, à la fois ludique, productive et néanmoins rétive au commerce qui investit (dans) l’Internet social.
• janvier 2008, Christian VANDENDORPE, Le phénomène Wikipédia : une utopie en marche, Le Débat nº148, 13 pages.
Démarrée en janvier 2001, l’encyclopédie Wikipédia était riche six ans plus tard de quelque sept millions d’entrées1 rédigées en plus de deux cents langues, résultat de la collaboration de millions de bénévoles. Cette réussite, d’autant plus spectaculaire qu’elle défie les lois du marché, a bien évidemment suscité son lot de controverses et celles-ci refont surface avec une…
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• décembre 2008, Laure ENDRIZZI, Wikipédia : un nouveau modèle éditorial ?, Veille scientifique et technologique INRP – CNRS.
Wikipédia s’inscrit dans un paysage numérique aux contours improbables et interroge parce qu’elle reste rétive à l’analyse sur les plans éditorial, social et économique. Entre produit encyclopédique et projet collaboratif, elle dessine un modèle éditorial différent, qui va bien au-delà d’un ensemble stable et validé de connaissances liées. Tout d’abord, Wikipédia offre à observer un espace où la connaissance se construit en temps réel, où elle peut "concrètement" être appréhendée dans sa dynamique éminemment sociale. Ensuite, elle offre à penser sur les notions d’auteur, d’autorité et de crédibilité en écho à une culture libre en plein essor et sollicite l’exercice d’une action critique en résonance aux formes de participation citoyenne émergentes. Enfin, elle mise sur l’intelligence collective et s’inscrit dans un continuum numérique qui abolit les frontières entre lecteur et auteur, entre amateur et expert, et entre culture minoritaire et culture dominante du fait de son multilinguisme. Comprendre Wikipédia, c’est parvenir à cerner les points de rupture et de continuité avec l’édition traditionnelle, à identifier les dynamiques hybrides qu’elle met en oeuvre. C’est aussi appréhender son influence sur la production éditoriale d’aujourd’hui dans ses formes concurrentielles ou alternatives. C’est enfin s’interroger plus largement, avec Camille Roth [ROT 07], sur sa viabilité et sur les synergies complexes qui se créent entre les participants et les contenus au sein de l’espace wiki.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.

2009
• 2009, Nicolas AURAY, Martine HURAULT-PLANTET, Céline POUDAT, Bernard JACQUEMIN, La négociation des points de vue, Laboratoire Traitement et Communication de l’Information et Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur – CNRS.
Le projet d’encyclopédie en ligne Wikipédia est un patchwork pragmatiste, assemblage de tous les points de vue singuliers sur un sujet donné, et devant reposer sur des règles de clarté et de communicabilité de l’énonciation publique. Son succès reflète une transformation de notre relation au savoir. Une cartographie sociale des conflits dans l’encyclopédie en ligne étudie ici les lieux de basculement de la discussion réglée vers la dispute, la querelle, le pugilat et la plainte pour faute morale ou trouble causé. L’article montre sur la base de traitements statistiques et d’enquêtes monographiques focalisées que l’encyclopédie Wikipédia est caractérisée par l’insolubilité de certains conflits par les procédures existantes. L’article cherche les facteurs explicatifs de cette rémanence du conflit à la concertation.
• 2009, Emmanuel RUZÉ, Traiter les archives de la Toile – Une histoire d’un système d’information dans une communauté, WordPress (2003-2008), Laboratoire Traitement et Communication de l’Information – CNRS.
En étudiant les archives numériques disponibles pour une communauté, on peut comprendre les formes de structuration qui ont été à l’origine de cette communauté et les questionnements auxquels les chercheurs peuvent être confrontés.
• 2009, Emmanuel RUZÉ, Formes de régulations et de gouvernance formelles des communautés en ligne – Ce que dit la littérature et ce qu’il faudrait savoir, Laboratoire Traitement et Communication de l’Information – CNRS.
Ce rapport de recherche est une synthèse de la littérature en sciences sociales abordant la question de la régulation formelle des communautés en ligne, en particulier celles des sites de réseaux sociaux, de partage de vidéos, de "fanfictions", les communautés open-source, open-media, les communautés de blogueurs, etc.
• janvier 2009, Aurélien MARTIN, Cathy PERRET, Les méthodes de recherche documentaire des étudiants de 1ère année de LLCE en début d’année, Université de Bourgogne, 21 pages.
Dans le cadre de l’évaluation du dispositif d’enseignement de la recherche documentaire à l’uB, le CIPE a réalisé une enquête auprès des étudiants de 1ère année des 4 filières de LLCE de l’uB. Celle-ci permet de mieux connaître les méthodes de recherche documentaire des étudiants en début d’année. Dans ce document, dans un premier temps, les définitions données par les étudiants concernant la recherche documentaire sont exposées, puis dans un deuxième temps, les déclarations de fréquentation des bibliothèques universitaires sont présentées. Dans un troisième temps, les raisons pour lesquelles les étudiants effectuent des recherches documentaires sont montrées. Le quatrième temps est consacré aux méthodes utilisées par les étudiants pour effectuer leurs recherches documentaires. En guise de synthèse, la partie finale retrace les différentes méthodes types adoptées par les étudiants concernant leurs recherches documentaires et les analyse au regard de leurs caractéristiques socio-démographiques et scolaires.
• avril 2009, Nicolas AURAY, La négociation des points de vue – Une cartographie sociale des conflits et des querelles dans le Wikipédia francophone, Réseaux nº54, 35 pages.
Le projet d’encyclopédie en ligne Wikipédia est un patchwork pragmatiste, assemblage de tous les points de vue singuliers sur un sujet donné, et devant reposer sur des règles de clarté et de communicabilité de l’énonciation publique. Son succès reflète une transformation de notre relation au savoir. Une cartographie sociale des conflits dans l’encyclopédie en ligne étudie ici les lieux de basculement de la discussion réglée vers la dispute, la querelle, le pugilat et la plainte pour faute morale ou trouble causé. L’article montre sur la base de traitements statistiques et d’enquêtes monographiques focalisées que l’encyclopédie Wikipédia est caractérisée par l’insolubilité de certains conflits par les procédures existantes. L’article cherche les facteurs explicatifs de cette rémanence du conflit à la concertation.
• avril 2009, Dominique CARDON, Julien LEVREL, La vigilance participative – Une interprétation de la gouvernance de Wikipédia, Réseaux nº54, 38 pages.
Cet article propose une interprétation du modèle de coordination et du système de gouvernance de Wikipédia en s’attachant aux formes de vigilance que les wikipédiens déploient pour surveiller et contrôler les autres contributeurs. Le système procédural d’auto-régulation de Wikipédia parvient à régler les conflits par la discussion, la médiation et la sanction en organisant une tension entre le contrôle local des énoncés et la sanction centrale de ceux qui contreviennent de façon répétée aux principes de l’encyclopédie. Les auteurs détaillent l’architecture d’arènes et de règles qui permet de résoudre les conflits d’édition sans contrevenir au principe d’une ouverture inconditionnelle du droit d’écriture et de surveillance à tous.
• août-septembre 2009, Jean-François DORTIER, Voyage au coeur de Wikipédia, Sciences humaines nº229.
Gratuite, rédigée librement et sans hiérarchie par un million d’anonymes, la fabrication de Wikipédia ressemble à une utopie qui marche. Quel est son secret de fabrication ?
• octobre 2009, Marc FOGLIA, Faut-il avoir peur de Wikipédia ?, Études Tome 410, 9 pages.
Wikipédia est une encyclopédie multilingue, disponible sur le Web et à laquelle tous les internautes peuvent contribuer. Cette liberté a pour corollaire un certain nombre de problèmes : l’absence de contrôle a priori, le risque de vandalisme, l’influence de groupes de pression.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• décembre 2009, Nicolas AURAY, Wikipedia – Les savoirs en mosaïque, Les Grands Dossiers nº17.
Contrairement à beaucoup d’autres projets, d’inspiration "démocratiste" ou "anarcho-libérale", où chaque voix s’autopublie, soliloque et dépose son commentaire, quitte à ce qu’ensuite on trie éventuellement la meilleure, Wikipedia ne laisse pas libre cours au subjectivisme du désir. A cet égard, il est intéressant de la comparer à d’autres projets "encyclopédiques" nés sur…

2010
• 2010, Gabriel GALLEZOT, Jean-Max NOYER, De la numérisation des revues à l’expérimentation d’une édition de recherche processuelle Information, Milieux, Médias, Médiations et Centre D’Etude et de Recherche Interdisciplinaire – CNRS.
Le présent texte questionne l’édition de recherche numérique comme mise en évidence et prise en charge du caractère processuel, instable de production des textes. Notre réflexion s’inscrit dans le mouvement qui conduit à développer des dispositifs et des outils collaboratifs d’édition, de filtrage, de repérage, d’agrégation pertinente, non seulement de documents, et de ressources, mais aussi de conservation partielle des traces du travail critique de (re)-lecture et de (re)-écriture. Ce mouvement s’est par exemple, popularisé à travers l’expérience de Wikipédia. Nous sommes à présent dans une phase d’extension et de différenciation de ces modèles.
• janvier 2010, Benjamin GRASSINEAU, Rationalité économique et gratuité sur Internet : le cas du projet Wikipédia, Revue du MAUSS nº35, 12 pages.
La gratuité est plurielle. Elle se manifeste à travers des pratiques et des représentations de la gratuité très diversifiées. Les changements sociaux provoqués par l’essor des NTIC, d’Internet et des projets qui en sont issus, comme Wikipédia, permettent de mettre à jour cette variété, et plus généralement, de mettre en évidence l’articulation entre les représentations de la gratuité et ses manifestations concrètes.
• avril 2010, Christian OLLIVIER, Ecriture collaborative en ligne : une approche interactionnelle de la production écrite pour des apprenants acteurs sociaux et motivés, Revue française de linguistique appliquée Vol. XV, 16 pages.
S’appuyant sur une expérience menée à l’Université de Salzbourg avec des étudiants de FLE invités à publier sur Wikipédia des articles portant sur leur ville ou village d’origine, cet article met en évidence les processus de collaboration qui se sont mis en place entre l’apprenant-auteur, les autres contributeurs/membres de la communauté Wikipédia et l’enseignant pour montrer qu’une véritable collaboration s’est établie qui répond largement aux critères définis notamment par Johnson et Johnson (1989). Nous soulignons également l’impact très positif qu’une tâche de la vie réelle réalisée au sein d’interactions sociales authentiques dépassant le cadre de la classe de langue a sur la motivation des étudiants. Sur la base de ces résultats encourageants, nous nous prononçons en faveur de la mise en œuvre d’une "approche interactionnelle" fondée sur des tâches de la vie réelle.
• 29/10/2010, Lionel BARBE, Wikipedia, un trouble-fête de l’édition électronique, Conservatoire National des Arts et Métiers – CNRS.
Wikipedia est devenue en quelques années un outil de diffusion d’informations scientifiques de premier plan, utilisé par élèves, professeurs et chercheurs (parmi ces derniers, un sur dix reconnaît y contribuer). Malgré un système d’édition relativement complexe, le " wiki de la connaissance " a gagné en popularité (15 millions d’articles, 270 langues, 100 000 contributeurs bénévoles). On en sait davantage sur son fonctionnement : son taux d’erreur factuel est relativement similaire à celui de l’encyclopédie payante Britannica ; les articles sont souvent rédigés par un petit nombre de contributeurs (5% des contributeurs sont à l’origine de 90% du contenu) ; une série d’" administrateurs " jouent les pompiers ou les gendarmes, non sans s’attirer les foudres d’une partie des contributeurs ; dynamique communautaire et positionnement identitaire sont les deux motivations principales pour contribuer ; les sources scientifiques sont d’autant plus citées dans Wikipedia qu’elles le sont déjà dans le monde scientifique (le " facteur d’impact " est involontairement reproduit)… Comparée à ses concurrents, Citizendium et Knol, l’encyclopédie contributive se démarque par son développement insolent, mais l’éventualité d’une stabilisation du nombre d’articles (on assiste aujourd’hui à une sorte de plafonnement) laisse imaginer qu’à l’avenir les contributeurs se concentreront davantage sur la qualité des articles.

2011
• avril 2011, Arnaud GRAPPY, Brigitte GRAU, Validation du type de la réponse dans un système de questions réponses, Document numérique Vol. 14, 22 pages.
Les systèmes de questions réponses recherchent la réponse à une question posée en langue naturelle dans un ensemble de documents. Certaines questions attendent une réponse d’un certain type, explicité dans la question. La méthode présentée dans cet article vérifie que la réponse renvoyée correspond bien au type cherché. Pour cela elle suit une approche par apprentissage automatique en utilisant trois types de critères. Les premiers sont statistiques et fondés sur la fréquence d’apparition de la réponse avec le type dans un ensemble de documents. Les seconds relèvent de la reconnaissance des entités nommées et les derniers utilisent l’encyclopédie Wikipédia. L’évaluation globale, 80 % de résultats corrects, montre l’intérêt de la méthode.
• avril 2011, Emmanuel RUZÉ, Nouvelles des archives – Une approche quantitative des archives numériques d’un projet encyclopédique, Wikipédia, Entreprises et histoire nº63, 13 pages.
Nous présentons les archives numériques de Wikipédia, entre autres celles des listes de régulation des projets. Nous montrons qu’il existe paradoxalement des pratiques mémorielles au-delà des automatismes informatiques. Nous analysons ensuite la dynamique de la plus ancienne des listes, proposons une base de données utile issue de son dépouillement "manuel", et une approche comparatiste des différentes séries débouchant sur des éléments de périodisation du projet de ses origines de 2001 à 2009 inclus. Nous identifions des recherches à mener au-delà des quelques travaux à portée historique mentionnés.
• 11/06/2011, Emmanuel RUZÉ, Une approche quantitative des archives d’un projet numérique, Wikipedia (2001-2009), Laboratoire Traitement et Communication de l’Information – CNRS.
Nous présentons les archives numériques de Wikipédia, entre autres celles des listes de régulation des projets. Nous montrons qu’il existe paradoxalement des pratiques mémorielles au-delà des automatismes informatiques. Nous analysons ensuite la dynamique de la plus ancienne des listes, proposons une base de données utile issue de son dépouillement " manuel ", et une approche comparatiste des différentes séries débouchant sur des éléments de périodisation du projet de ses origines de 2001 à 2009 inclus. Nous identifions des recherches à mener au-delà des quelques travaux à portée historique mentionnés.
• 12/10/2011, Bernard JACQUEMIN, Autorégulation de rapports sociaux et dispositif dans Wikipedia Centre de Recherche sur les Médiations – CNRS, 13 pages.
La nature collaborative de l’encyclopédie en ligne Wikipédia amène naturellement ses contributeurs à travailler avec d’autres et à confronter leurs idées et points de vue. Or ni les cinq principes fondateurs, ni le logiciel wiki utilisé comme support de l’encyclopédie ne déterminent un cadre à cette collaboration. Dans cet article, nous étudions les initiatives spontanées de la communauté des contributeurs pour favoriser la collaboration, les échanges sociaux et la résolution des conflits. Pour analyser ces démarches, nous exploitons la notion de dispositif, et en particulier le mode de mise en place d’une gouvernance dans un dispositif collaboratif. Nous remarquons une tension entre deux visions du pouvoir, l’une qui favorise la transgression moyennant une fécondité créatrice dans l’optique de l’objectif de Wikipédia, tandis que l’autre veille au strict respect du cadre du dispositif. Si la seconde position semble l’emporter, nous notons toutefois que le loyalisme est moins tangible qu’il n’y paraît.

2012
• 01/05/2012, Lionel BARBE, Mutations des frontières de la connaissance à l’heure du Web 2.0, Conservatoire National des Arts et Métiers – CNRS.
Depuis une dizaine d’années, des centaines des millions d’internautes ont donné naissance à des édifices informationnels novateurs. Ces dispositifs dits Web 2.0 constituent de nouveaux modèles éditoriaux. Ces changements,qui s’inscrivent dans la continuité de l’histoire des techniques et des usages, accélèrent considérablement les processus historiques en cours. Par la métaphore des frontières, cet article analyse les profondes mutations intervenues dans le domaine des savoirs : question de l’accès, enjeux de la mémoire collective, transformation de la nature des savoirs.
• 04/06/2012, Alexandre DENIE, Matthieu QUIGNARD, Dominique FRÉARD, Françoise DÉTIENNE, Michael BAKER, Flore BARCELLINI, Détection de conflits dans les communautés épistémiques en ligne, Divers – CNRS.
La présence de conflits dans les communautés épistémiques en ligne peut s’avérer bloquante pour l’activité de conception. Nous présentons une étude sur la détection automatique de conflit dans les discussions entre contributeurs Wikipedia qui s’appuie sur des traits de surface tels que la subjectivité ou la connotation des énoncés et évaluons deux règles de décision : l’une découle d’un modèle dialectique en exploitant localement la structure linéaire de la discussion, la subjectivité et la connotation ; l’autre, plus globale, ne s’appuie que sur la taille des fils et les marques de subjectivité au détriment des marques de connotation. Nous montrons que ces deux règles produisent des résultats similaires mais que la simplicité de la règle globale en fait une approche préférée dans la détection des conflits.
• 15/06/2012, Marin DACOS, Vers des médias numériques en sciences humaines et sociales, Centre pour l’édition électronique ouverte – CNRS.
Je propose l’idée selon laquelle la presse en ligne se comporte comme un prédateur du Web en général, et des sciences humaines et sociales (SHS) en particulier. Si les SHS veulent pleinement jouer leur rôle dans l’interprétation et la compréhension de notre société, elles ne peuvent pas se permettre de le faire seulement dans le confort et l’isolement des murs de l’université. Elles ont intérêt à se doter de leur propre force de projection des idées, c’est-à-dire de leur propre média, au sens noble du terme de passeur entre deux mondes. En effet, la naissance du Web et son développement prodigieux constituent une opportunité historique et crédible pour un tel projet. Par provocation, mais également par conviction, je considèrerai Wikipédia comme un exemple et comme un levier permettant l’émergence de véritables contre-propositions médiatiques de la part des SHS. Celles-ci doivent se doter d’une stratégie particulièrement efficace pour ne pas rester à l’état de déclarations d’intentions ou d’initiatives isolées. Elles devront notamment s’appuyer sur le principe du libre accès aux résultats de la recherche, dans la droite ligne des déclarations de Budapest et de Berlin. En s’orientant ainsi résolument vers le public, elles ne renonceront pas à leur dimension scientifique, et même elles profiteront, par effet de levier, de perspectives méthodologiques nouvelles. L’ensemble de ces développements constitue une branche très riche des humanités numériques, ou Digital Humanities, qui sont dotées de leurs organisations, de leurs rencontres et de leur Manifeste.
• 09/07/2012, Rémi MATHIS, Wikipédia et les bibliothèques : dix ans après, Wikimédia France.
Etat des lieux sur les rapports entre les bibliothèques et Wikipédia en 2012.
• 13/07/2012, Emmanuel RUZÉ, Quelle gouvernance des taches humbles dans le contexte des communautés open-source ? Le cas du wiki de la communauté WordPress, Laboratoire Traitement et Communication de l’Information – CNRS.
La documentation d’un projet open-source est un usage originel et répandu des wikis cependant négligé par la littérature. Nous étudions ici la structure de management d’une partie localisée, ancillaire d’un projet open-source connu, WordPress ; il fait usage d’un wiki pour gérer son savoir technique. Le management se fait sur une liste de discussions : il n’est pas observé qu’un tel processus structuré nécessaire à la viabilité du projet se soit concrétisé de façon notable sur les parties du wiki prévues pour la discussion. Nous proposons pour cela une approche quantitative (économétrie et analyse de réseau) qui complètent des intuitions qualitatives initiales et des travaux qualitatifs publiés ailleurs. Nous montrons dans cette étude de cas l’existence de propriétés structurelles marquées caractéristiques des systèmes dynamiques en économie cognitive. La compréhension d’un tel processus permet de montrer qu’il existe des formes d’auto-organisation se caractérisant par des régularités significatives. Cette contribution montre les particularités du processus de coordination ; celles-ci, nécessaires à la viabilité du projet, n’auraient pu se faire sur le wiki, paradoxalement, et nombre de projets pourraient se trouver dans ce cas de figure. L’étude d’un tel processus permet d’aller au-delà de la description de ce qu’on appelle parfois "structure en oignon".
• 24/07/2012, Rémi BACHELET, Alexandre MOATTI, Wikipédia, un projet hors normes ?, Laboratoire de Modélisation et de Management des Organisations et Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies – CNRS.
Wikipédia et l’ISO représentent toutes deux une cristallisation du savoir. que ce soit savoir-faire (ISO) ou savoir encyclopédique (Wikipédia). Toutes deux sont fondés sur la recherche de consensus et la collaboration sous forme de textes écrits. Dès le départ Wikipédia a adopté des règles, avec ses cinq principes fondateurs. La montée en puissance a conduit au développement d’un espace méta (ex. page de discussion) dont le fonctionnement a nécessité une codification.
• 19/09/2012, Rémi MATHIS, Wikipédia – Une somme originale de copies, Wikimédia France.
Comment Wikipédia peut être le reflet du savoir d’une époque en rejetant la copie. La question de la copie vis-à-vis de Wikipédia est abordée à trois niveaux : 1/Wikipédia est une synthèse de la connaissance mais sa licence l’oblige à être foncièrement originale 2/Wikipédia comme copie des encyclopédies ou nouveau modèle 3/Wikipédia, source de textes prêts à être recopiés.

Mémoires & Thèses

• Carlo ABI CHAHINE, Indexation et recherche conceptuelles de documents pédagogiques guidées par la structure de Wikipédia, Thèse – INSA de Rouen, 2011, 173 pages.
Cette thèse propose un système d’aide à l’indexation et à la recherche de documents pédagogiques fondé sur l’utilisation de Wikipédia.l’outil d’aide à l’indexation permet de seconder les documentalistes dans la validation, le filtrage et la sélection des thématiques, des concepts et des mots-clés issus de l’extraction automatique d’un document. En effectuant une analyse des données textuelles d’un document, nous proposons au documentaliste une liste de descripteurs permettant de représenter et discriminer le document. Le travail du documentaliste se limite alors à une lecture rapide du document et à la sélection et suppression des descripteurs suggérés par le système pour rendre l’indexation homogène, discriminante et exhaustive. Pour cela nous utilisons Wikipédia comme base de connaissances. Le modèle utilisé pour l’extraction des descripteurs permet également de faire de la recherche d’information sur un corpus de document déjà indexé.
• Sylvain FIRER-BLAESS, Wikipedia : le refus du pouvoir – Fondements idéologiques, structures d’organisation, analyse du discours dans le projet d’encyclopédie libre et collaborative, Mémoire – Sciences Po Lyon, 2007, 122 pages.
La structuration de ce mémoire révèle un champ très vaste : la première partie s’attache à faire des comparaisons entre l’idéologie de Wikipédia et les théories anarchistes , la seconde tente d’expliquer l’organisation de Wikipédia, et notamment sa structure de surveillance où j’utiliserai des notions de Michel Foucault. Enfin la troisième partie [porte] sur l’analyse du discours.
Commentaires : Auteur beaucoup cité par Wikipédia.
• Benjamin GRASSINEAU, La dynamique des réseaux coopératifs – L’exemple des logiciels libres et du projet d’encyclopédie libre et ouverte Wikipédia, Thèse – Université Paris Dauphine – Paris IX, 2009, 439 pages plus 54 pages d’annexes.
Les pratiques organisationnelles et sociales non-marchandes et non-hiérarchiques liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication suscitent aujourd’hui de nombreuses réactions et controverses. Certains acteurs et chercheurs en contestent l’existence, d’autres affirment qu’il s’agit d’un phénomène minoritaire ou non durable, d’autres enfin, les cantonnent à la sphère virtuelle. S’inscrivant dans ces débats, ce travail analyse les différentes approches théoriques qui les sous-tendent, et les confronte à une observation empirique du réseau coopératif des logiciels libres et du projet d’encyclopédie libre et ouverte Wikipédia, en les replaçant dans le contexte idéologique propre à l’activité informatique. En développant un cadre conceptuel adéquat pour l’étude de ces entités sociales qui s’appuie sur l’interactionnisme symbolique et la sociologie critique d’Ivan Illich, cette réflexion dévoile la spécificité organisationnelle, économique et sociale de ces nouvelles pratiques, et expose ce qui a favorisé leur développement et leur croissance au cours de ces trois dernières décennies. L’accent est tout particulièrement mis sur l’intégration des facteurs culturels et sur la compréhension des mécanismes qui favorisent l’essor et l’expansion de ces nouvelles pratiques dans d’autres activités. Au final, cette réflexion rejoint un des questionnements fondamentaux de la société contemporaine, à savoir, celui posé par le développement de l’économie non-marchande et non-hiérarchique et par la déprofessionnalisation des activités immatérielles.
• David PROTHAIS, Wikipedia, terrain de lutte ? Régulation et processus de légitimation des savoirs au sein d’un collectif autogéré, Mémoire – Sciences Po Lyon, 2007, 280 pages dont 70 d’annexes.
Ce sujet a l’avantage de combiner deux préoccupations : celle de mener un travail sur un terrain nouveau et assez original, l’étude de la littérature ne faisant état d’aucun travail en science politique sur ce terrain ; celle d’être à l’interface entre deux disciplines, la science politique et l’informatique. En m’inscrivant dans la première, je suis amené à privilégier les méthodes des sciences sociales, à procéder à un travail de distanciation par rapport à l’objet, et enfin à resituer ma démarche dans le cadre d’une interrogation plus générale sur les relations de pouvoir. En m’intéressant à un objet de la seconde, je me retrouve à interroger les principes méthodologiques qui me permettraient de l’analyser et à évaluer si il peut nous renseigner sur les rapports entretenus au sein du monde social et leurs évolutions. Ce travail, que l’on peut qualifier d’exploratoire, cherche ainsi à saisir à la fois ce que Wikipédia peut nous apprendre sur la réalisation de formes d’accord, et comment on peut pratiquer ce terrain pour qu’il nous le révèle; en d’autres termes, il s’agit d’une double interrogation théorique et méthodologique, à partir d’un terrain original que nous allons en premier lieu vous présenter.
• Kien QUACH TAT, Recherche d’information sur le web (RIW) et moteurs de recherche : le cas des lycéens, Thèse – École normale supérieure de Cachan, 2012, 278 pages dont 49 d’annexes.
Dans le cadre scolaire, la recherche d’information sur le web (RIW) assistée par les moteurs de recherche joue un rôle croissant dans l’enseignement et l’apprentissage. Mais si les lycéens effectuent beaucoup de RIW, peu d’études leur sont consacrées : on ne sait pas comment ils conduisent les RIW et quelles démarches ils suivent. La RIW est variée en fonction du contexte de recherche ainsi que de la situation rencontrée dans le processus même de recherche. Deux épreuves avec plusieurs tâches de recherche définies par le chercheur ont été passées avec 79 lycéens vietnamiens. Si elles ne rendent compte que partiellement des RIW des lycéens, elles permettent d’enregistrer les démarches utilisées, faisant l’hypothèse que les démarches mises en œuvre ont une certaine stabilité.En essayant de simplifier la RIW des participants, un schéma général de RIW est conçu avec cinq actions élémentaires de recherche identifiées : lecture de tâche, formulation de requêtes, consultation de page de résultats, lecture de page web et notation de réponses. Ce schéma permet de visualiser des caractéristiques de RIW des participants : les moteurs sont l’outil principal ; la recherche utilise davantage la formulation de requêtes que la navigation web ; les pages de résultats sont le centre de la recherche ; la navigation web s’effectue à partir des pages de résultats et est plutôt en largeur d’abord, selon le modèle " Hub and spoke ".En nous centrant sur les requêtes, quatre démarches élémentaires de RIW sont reconnues : top-down, bottom-up, spécifique et générale. Les participants ont tendance à utiliser une démarche élémentaire spécifique pour une tâche fermée ; une démarche élémentaire générale pour une tâche ouverte. Quand la tâche est difficile, les participants ont tendance à changer plus souvent leurs démarches élémentaires au cours de recherche et utiliser plus de processus, d’outils et plus de techniques de recherche.Pendant une période de deux ans entre deux épreuves, nous constatons des changements de comportements des lycéens vietnamiens : augmentation de la croyance dans la fiabilité de Wikipédia, de l’utilisation de Wikipédia comme un outil de recherche, de l’utilisation des options de traduction de Google et de requêtes en anglais ; la diminution de l’utilisation des guillemets, des opérateurs booléens dans l’écriture de requêtes.
• Lionel SCHEEPMANS, Monographie ethnographique de la communauté des contributeurs actifs sur l’espace francophone de Wikipédia, Mémoire – Université catholique de Louvain, 2011, 135 pages dont 10 d’annexes.
Voici donc comment un étudiant en anthropologie en arrive à s’"embarquer" dans l’espace fr.Wikipédia pour participer à la vie communautaire des contributeurs de la plus grande encyclopédie en ligne, et observer comment, et peut-être pourquoi, des gens se rassemblent dans un espace en ligne pour créer et "Imaginer un monde dans lequel chaque personne pourrait partager librement l’ensemble des connaissances humaines", comme cela est écrit dans l’entête de la page d’accueil en français du site de la Fondation Wikimédia.
Commentaires : Contrairement à la règle, cette thèse pro domo écrite par un contributeur référencé, figure sur les pages Wikipédia et Wikiversité.

Livres

• Sébastien BLONDEEL, Wikipédia : comprendre et participer, Eyrolles, 2006, 152 pages.
Qui n’a entendu parler de Wikipédia, la plus vaste encyclopédie collaborative de l’Internet, la plus consultée, la plus riche et la plus rapidement mise à jour ! Qui ne connaît ce projet international auquel des experts de tous domaines participent ! Wikipédia en chiffres… Naissance en 2001. Plus de 3 millions d’articles en 2006. 120 langues actives. Un million d’articles en anglais. 350 000 en allemand. 230 000 en français. Ce livre explique : – comment l’explorer et dans quelles limites réutiliser son contenu, – comment évaluer la validité d’un article, – comment y participer, corriger un article ou en créer, – quels sont ses secrets de fonctionnement (financement, contexte politique…).
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• Collectif, La révolution Wikipédia – Les encyclopédies vont-elles mourir ?, Mille et une nuits, 2007, 144 pages.
Cinq étudiants de Sciences-Po ont mené, sous la direction de Pierre Assouline, leur professeur, une enquête minutieuse sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Quels sont les dessous du fonctionnement de l’encyclopédie " collaborative " ? Qui est rédacteur ? Qui valide les propositions de texte et de modification ? Qu’en est-il des erreurs, et des manipulations ? Est-il possible de vandaliser des notices ou au contraire de créer sa légende ? Que penser de l’enquête publiée par la revue scientifique Nature, en décembre 2005, qui fit grand bruit en proclamant que Wikipédia était aussi fiable que la célèbre encyclopédie de référence Britannica ? Quelles menaces pèsent désormais sur les éditeurs d’encyclopédies, et sur le savoir en général ? Leur enquête rapporte un grand nombre de chiffres étourdissants et d’exemples de contre-vérités qui permettent de prendre la mesure de cette gigantesque entreprise mondiale. Encore méconnue du grand public, bien que celui-ci l’utilise comme un outil familier de la Toile, Wikipédia est d’ores et déjà le neuvième site le plus consulté dans le monde. Mais si les dangers sont bien réels, peut-on devenir "wiki-intelligent" ?
• Florence DEVOUARD, Guillaume PAUMIER, Wikipédia – Découvrir, utiliser, contribuer, Presses universitaires de Grenoble, 2009, 80 pages.
En quelques années, wikipédia est devenue un outil incontournable sur internet. Cette encyclopédie gratuite et librement réutilisable est rédigée de façon collaborative par des millions d’internautes réunis par une même passion : le partage de la connaissance. ce livre vous guide à la découverte de cette gigantesque fourmilière et vous explique comment utiliser efficacement son contenu. il vous incite ensuite à devenir acteur et à participer à la rédaction de l’encyclopédie, quels que soient votre âge et vos domaines de compétence. Tout au long de ce guide, des fiches pratiques vous permettent de mettre directement en application les explications données, tout en vous habituant à l’interface et à l’environnement de wikipédia. cet ouvrage est le premier guide de wikipédia en français écrit par des participants actifs, impliqués dans la communauté de wikipédia. le contenu de ce livre est publié sous la licence libre de wikipédia (gfdl) afin de rester cohérent avec le fonctionnement et les valeurs de l’encyclopédie.
Commentaires : Auteurs cités par Wikipédia.
• Marc FOGLIA, Wikipedia – Média de la connaissance démocratique ?, FYP, 2008, 240 pages.
Cherchez n’importe quel mot sur google… La première page de résultats, celle qui compte, vous renverra presque invariablement à un article de wikipédia. comment cette encyclopédie d’un nouveau genre s’est-elle installée comme une source universelle de connaissance, et désormais comme un réflexe intellectuel ? quelles sont les nouvelles tendances sociétales révélées par wikipédia ? s’agit-il d’un modèle qui préfigure la manière dont nous allons étudier, travailler, et même vivre ensemble ? peut-on parler d’une génération wikipédia ? wikipédia est-elle l’expression du soft power américain, une percée libérale dans le monde de la connaissance ou bien un authentique système collectiviste ? faut-il comprendre son fonctionnement comme celui d’une organisation politique ? peut-on soumettre la production et la diffusion des connaissances à une nouvelle forme de démocratie ? l’utilisation de wikipédia est devenue si courante qu’il était nécessaire de faire le point sur les chances et les risques liés à ces nouvelles pratiques. Il est indispensable de mesurer leur impact sur la recherche d’informations, la propriété intellectuelle ou l’économie de la connaissance, d’en retracer les bouleversements encore récents et d’esquisse ceux qui se préparent. par une approche philosophique et sociologique, l’ouvrage vise une analyse impartiale de l’encyclopédie collaborative, et dévoile l’un après l’autre les enjeux de ce phénomène émergent, le rattachant aux tendances de fond de la modernité. Le phénomène wikipédia, innovation majeure dans la production et la diffusion du savoir, permet également d’éclairer d’autres évolutions de la société contemporaine.
Commentaires : Auteur cité par Wikipédia.
• KIM Sun-Mi, Christian VERRIER (sous la direction de), Le plaisir d’apprendre en ligne à l’université – Implication et pédagogie, De Boeck, 2009, 228 pages [Extraits]
Le plaisir d’apprendre va de pair avec le désir de former et l’évidence d’instruire. Cet ensemble dialogique passe nécessairement par l’implication des acteurs, enseignants et étudiants. C’est dire que la réflexion sur l’implication en éducation est au cœur de la relation pédagogique. Peut-on enseigner et apprendre à l’université, en particulier, lorsqu’il s’agit d’un enseignement à distance par internet, sans prendre à bras le corps cette interrogation ? C’est sur cette problématique que les contributeurs de cet ouvrage ouvrent un questionnement théorique et pratique pour le présent et l’avenir de l’enseignement universitaire. Loin d’être paralysée par la distance, l’équipe pédagogique de la licence de Sciences de l’éducation en ligne de l’Université Paris 8 Saint-Denis conduit ici une expérience en termes de recherche-action. Elle montre que la relation enseignant-enseigné dans l’enseignement supérieur peut être vivante et conviviale, sans ignorer le rapport au savoir académique.
Chapitre 8. Vivre l’expérience du travail collaboratif, Plan.

Sites

Books rubrique WikiGrill.
Hotel Wikipedia par Pierre-Carl Langlais.
La vie moderne par 1 professeur de lettres classiques, 2 professeur de lettres modernes et 1 étudiant en médecine.
Observatoire de wikipedia par Alithia (en grec Αλήθεια signifie la vérité).
Observatoire de l’observatrice par Jean-no.
Observons Wikipedia par Pierrot le Chroniqueur.
Sur Wikipédia par Jacques Richard ou Jacques Goliot.
Wikibuster : Les dessous de Wikipédia blog libertaire et anti-commoniste.

24/02/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde
Wikipédia

Lire aussi : Dossiers documentaires, Monde en Question.

Les misérables, une 42ème adaptation inutile


Il s’agit de l’adaptation cinématographique d’une comédie musicale, inspirée du roman de Victor Hugo, qui sent le coup marketing pour commémorer les 150 ans de la première publication des Misérables. Qu’apporte cette 42ème adaptation ? Rien. absolument rien.

Cette adaptation laborieuse ne rend pas compte en effet du souffle épique du roman de Victor Hugo . Il manque par exemple les multiples rebondissements de la longue traque de Javert sur les traces de Jean Valjean ou la complexité du triangle amoureux entre Éponine, Marius et Cosette. L’absence de ressort dramatique plombe totalement ce théâtre filmé.

La mise en scène est lourdement statique. Tom Hooper accumule les gros plans des principaux personnages figés dans une raideur hiératique. Les personnages, réduits à des icônes simplistes et caricaturales, n’ont aucune consistance. Les parties chantées, prenant le pas sur l’action, chacun fait son petit solo vocal dans son coin. On assiste donc à une juxtaposition de scènes sans lien entre elles.

Les décors miteux semblent sortis d’un fonds de studio en cours de démolition. Aucun acteur n’est crédible dans son rôle. Anne Hathaway beugle pour montrer ses amygdales. Hugh Jackman hésite entre les sourires niais et les torrents de larmes. Russell Crowe rejoue Maximus de Gladiator. Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen jouent une version clownesque des Thénardier. Amanda Seyfried et Eddie Redmayne interprètent une Cosette et un Marius comme de jeunes débutants.

La première scène illustre tous les défauts du film. Elle montre un bassin de radoub noyé dans la brume et filmé en grand angle pour occulter les défauts d’un décor réduit au minimum. Le bateau, incliné selon un angle impossible, n’a aucun relief. On dirait une toile grossièrement peinte. Les bagnards, censés tirer ce bateau échoué, effleurent le cordage du bout des doigts de peur de se salir les mains. Enfin, Javert apparaît en surplomb – une contre-plongée tordue – pour pousser sa chansonnette sans beaucoup de conviction.

Parmi les huit adaptations des Misérables que je connais, la meilleure (ou moins mauvaise) est celle réalisée par Josée Dayan pour la télévision en 2000.

1933, Raymond Bernard, AlloCiné 1AlloCiné 2AlloCiné 3.
1935, Richard Boleslawski, AlloCiné.
1952, Lewis Milestone, AlloCiné.
1957, Jean-Paul Le Chanois, AlloCinéTélécharger VF.
1981, Robert Hossein, AlloCinéTélécharger VF.
1994, Claude Lelouch, AlloCinéTélécharger VF.
2000, Josée Dayan, AlloCinéTélécharger VF. Elle a aussi réalisé la meilleure adaptation du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.
2012, Tom Hooper, AlloCinéTélécharger VOSTFR.
Liste des adaptations

12/02/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Tom HOOPER, Les misérables, 2012, AlloCinéWikipédiaSite du filmTélécharger VOSTFR.

Critiques :
• Fait la promotion du film sans arguments convaincants, In the mood for cinema. :

L’auteur loue par exemple "la puissance de la musique", ce qui est son droit, mais ajoute "tant pis si certains esprits cyniques et sinistres la trouvent sirupeuse". Navrant.

• Argumente son "je n’aime pas", Critikat :

À force de fétichiser « la mise en scène », ce temple sacré de la cinéphilie, de se réfugier derrière cette croyance indéfectible dans le découpage, cette obstination à considérer qu’un film sans personnalité visuelle est un film sans personnalité tout court, notre vision du cinéma a été considérablement altérée ainsi que, par ricochet, le travail des cinéastes. Un homme qui glisse sur une peau de banane, filmé en plongée ou en contre-plongée, reste un homme qui glisse sur une peau de banane. Il aura l’air aussi con en courte qu’en longue focale. La question qu’il faut se poser n’est pas « comment filmer ? » mais « pourquoi ? ». Pourquoi filmer telle chose et pourquoi la filmer de telle façon ? La distance indispensable qui s’opère entre un réalisateur et son film se joue entre ce qu’il choisit de montrer et de ne pas montrer. C’est là qu’on définira s’il est un auteur ou pas. Hooper se demande comment filmer Anne Hathaway en Fantine, le crâne rasé, le maquillage coulant, grimée des signes de la déchéance humaine, hurlant en gros plan sa peine comme pour mieux réclamer son Oscar. Mais l’obscénité de faire jouer à une star richissime le rôle d’une pouilleuse avilie n’entre jamais en compte dans cette mise en image, il y a même fort à parier que ça n’a pas effleuré l’esprit du réalisateur une seule seconde. Cette seconde aurait pourtant suffi à faire toute la différence entre son film et la façon dont on adapte habituellement ce roman. D’où un film qui vient s’ajouter à la morose liste des adaptations précédentes, sans valeur ajoutée, même pas les chansons (pompières mais pas forcément désagréables). Les vrais misérables devant un tel spectacle, c’est nous.

Lire aussi :
• Victor HUGO, Les misérables, Texte intégralWikipédia
- 1ère partie
- 2ème partie
- 3ème partie
- 4ème partie
- 5ème partie
• Comédie musicale Les misérables, Wikipédia.

Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Lincoln, héros de la servitude volontaire


Steven Spielberg nous inflige un pensum de deux heures et demi qui est à la fois hagiographique et verbeux, trop verbeux et trop hagiographique. Il renouvelle à sa manière le mythe du meilleur Président des États-Unis qui aurait donné la liberté aux Noirs, mais l’Histoire est un peu différente.

Sur le plan cinématographique, Steven Spielberg réduit le récit des derniers mois de la vie d’Abraham Lincoln aux lieux clos de son appartement, son bureau, les cabinets où se réunissent ses conseillers et au Congrès. Alors que la guerre civile faisait rage à l’extérieur, il nous montre seulement le monde feutré et presque irréel du pouvoir. L’intrigue se résume au faux suspense de l’adoption du XIIIe amendement et à la mort annoncée de Lincoln par une phrase faussement prémonitoire [2h 16' 34"] :

Je pense qu’il est l’heure de partir même si je préfèrerais rester.

Le style de Steven Spielberg, aussi lourd que celui des staliniens ou des maoïstes au service du culte de la personnalité, nous inflige de longs discours moralisateurs pour construire laborieusement l’icône christique de la dernière scène où Abraham Lincoln apparaît les bras en croix.

La seule scène de guerre, qui ouvre le film, montre très maladroitement des hommes luttant comme à la foire. Le plan d’un Noir (nordiste) boxant un Blanc (sudiste) frise le ridicule. Steven Spielberg a délibérément choisi de ne pas montrer cette sale guerre car des images trop crues de la réalité risquaient d’entacher celle de son héros qui, seulement à la fin, en aurait découvert toute l’horreur.

La guerre civile, improprement nommée guerre de sécession en France, occasionna un nombre de morts comparable à celui des guerres mondiales à venir : 630 000 morts (360 000 du côté des fédéraux et 270 000 du côté des confédéraux) et 400 000 blessés sur une population de 31,5 millions d’habitants [KASPI, op. cit., p.174]. Rapporté à la population américaine de 1978 avec ses 250 millions d’habitants, c’est l’équivalent de 5 millions de morts [ZINN, op. cit., p.223].

Tout le film repose sur une fausse perspective. Abraham Lincoln s’est converti à l’abolition de l’esclavage, mais bien tardivement et sous la pression des milieux d’affaires du capitalisme industriel et financier. Quelques citations de ses propos apportent un éclairage bien différent de celui de Spielberg.

1837 : L’institution de l’esclavage se fonde et sur l’injustice et sur une mauvaise politique. […] Mais promouvoir des doctrines abolitionnistes, c’est plutôt accroître que diminuer le mal.
KASPI, op. cit., p.155

1858 : Je dirai donc que je ne suis pas et que je n’ai jamais été en faveur de l’égalité politique et sociale de la race noire et de la race blanche, que je je veux pas et que je n’ai jamais voulu que les Noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu’ils soient autorisés à détenir des charges politiques ou qu’ils soient autorisés de se marier avec des Blanches.[…] Dans la mesure où les feu races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir, tant qu’ils resteront ensemble, une position inférieure et une position supérieure. Je désire, tout autant qu’un autre, que la race blanche occupe la position supérieure.
KASPI, op. cit., p.172 et ZINN, op. cit., p.218

1861 : Je n’ai pas l’intention, directement ou indirectement, d’interférer dans la question de l’esclavage dans les États où il existe. Je sais que je n’ai pas le droit légal de le faire et d’ailleurs je n’en ai pas non plus le goût.
ZINN, op. cit., p.219

1862 : Mon objectif essentiel dans ce conflit est de sauver l’Union. Ce n’est pas de sauver ou de détruire l’esclavage. Si je pouvais sauver l’Union sans libérer aucun esclave, je le ferais. Si je le pouvais en libérant tous les esclaves, je le ferais. et si je le pouvais en en libérant quelques-uns sans toucher au sort des autres, je le ferais aussi.
KASPI, op. cit., p.193

Le mouvement abolitionniste est ancien aux États-Unis, mais les Noirs en sont absents. Il trouve ses racines à l’époque coloniale dans les protestations des quakers, bientôt suivis par d’autres sectes protestantes, méthodistes ou baptistes. La campagne pour l’abolition de l’esclavage a commencé le 1er janvier 1831 quand William Llyod Garrison publia le premier numéro de The Liberator [KASPI, op. cit., p.148]. Il fonda aussi l’American anti-slavery society qui devait devenir la principale société abolitionniste du pays avec son journal National Anti-Slavery Standard. De 1841 à 1860, la vie politique est tout entière dominée par le problème de l’esclavage. C’est à l’approche de la fin de la guerre civile que le mouvement s’accéléra.

Un gouvernement national ne pouvait évidemment pas permettre qu’une insurrection soit à l’origine de l’abolition de l’esclavage. Tant qu’à mettre fin à l’esclavage, il fallait du moins que ce fût dans des conditions totalement maîtrisées par les Blancs et uniquement lorsque les intérêts économiques et politiques des milieux d’affaires du Nord l’exigeraient. En fin de compte, c’est Abraham Lincoln qui incarnera à la perfection cette alliance entre les intérêts des milieux d’affaires, les ambitions politiques du nouveau parti républicain et la rhétorique humaniste.
ZINN, op. cit., p.216-217

La deuxième erreur de perspective est de croire que l’abolition de l’esclavage mit fin à la ségrégation raciale. Bien au contraire.

L’oligarchie blanche du Sud profita de son pouvoir économique pour organiser le Ku Klux Klan et d’autres groupes terroristes du même type. Les politiciens du Nord évaluèrent les avantages respectifs d’un soutien politique accordé à de pauvres Noirs et d’une situation stabilisée au Sud dans laquelle une suprématie blanche se réinstaurait tout en acceptant la domination républicaine et le nouvel ordre économique.
ZINN, op. cit., p.235

En 1900, tous les États du Sud avaient inscrits dans la loi la suppression du droit de vote et la ségrégation pour les Noirs. […]
Bien que cela ne soit pas légalement stipulé dans le Nord, la ségrégation et les préjugés racistes existaient dans les faits.
ZINN, op. cit., p.240

La fin de la "servitude involontaire" (selon le texte du XIIIe amendement) fut aussi le début de "l’ère du nouveau capitalisme et du nouvel esclavage pour tous les travailleurs" ou, dit autrement, celui de la servitude volontaire :

L’industrie l’emporte sur l’agriculture ; la ville sur la campagne. Aucun garde fou ne parvient à contenir le capitalisme, la nouvelle religion d’une société qui croit dans l’évangile de la richesse.
KASPI, op. cit., p.199

Du Bois considérait ce nouveau capitalisme comme partie prenante d’une dynamique d’exploitation et de corruption qui s’instaurait dans tous les pays "civilisés" du monde : "L’organisation nationale du travail des pays avancés, à la fois calmés et trompés par un droit de vote dont l’efficacité était sévèrement mise en cause par la dictature du grand capital, était minée par les hauts salaires et les postes politiques réunis pour exploiter la mains-d’œuvre des régions moins avancées, qu’elle soit blanche, jaune brune ou noire."
ZINN, op. cit., p.243

Mais Steven Spielberg voudrait nous faire croire qu’existe un "gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" [05' 51"] et que le gouvernement américain chérit "une paix juste et durable parmi nous et avec toutes les nations" [2h 20' 03"]. C’est un cinéaste bien roublard et peu respectueux de l’Histoire.
Dernier détail qui plombe tout le film. ll fait dire à Thaddeus Stevens, qui s’adresse à sa bonne obséquieuse… et noire [2h 03' 00"] : Un cadeau pour vous. La plus grande mesure du XIXe siècle passée par corruption, aidée et incitée par l’homme le plus pur d’Amérique. Puis, coup de théâtre digne d’un vulgaire vaudeville, il nous les montre ensemble au lit ! Steven Spielberg affirme ainsi qu’ils étaient amants alors que cette rumeur n’a jamais été confirmée [Wikipedia].

20/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Steven SPIELBERG, Lincoln, 2012, AlloCinéTélécharger VOSTFR.
Lincoln de Steven Spielberg est une adaptation du livre Team of Rivals: the political genius of Abraham Lincoln de Doris Kearns Goodwin, qui revient sur les quatre derniers mois du seizième président des États-Unis, ses décisions politiques concernant la guerre de Sécession ainsi que l’abolition de l’esclavage.

Critiques du film :
Lincoln : un film avec Spielberg mais sans vampire, Krinein.
[…] nous avons eu notre compte de héros idéalisés, nous préférons le réalisme, nous préférons savoir que les plus intègres ont toléré les pires compromis pour faire passer l’amendement, que Lincoln s’était arrogé les pleins pouvoirs de manière peu démocratique, avait censuré la presse, que ses décrets d’émancipation des Noirs étaient d’une légalité douteuse, quitte à se faire traiter de tyran, mais tout cela dans un but bien précis et plus élevé.
Lincoln : les premiers avis sont partagés, Le Figaro.
Le film est loin de mettre tout le monde d’accord. Si certains l’annoncent déjà comme le grand gagnant de la célèbre cérémonie [des Oscars], d’autres ont un avis radicalement opposé, et parlent d’un film «ennuyeux» et «superficiel».
Lincoln, Le passeur critique.
On pourrait même dire que le premier poncif viendrait de la mise en scène : Aucun doute possible, il s’agit bien du duo Spielberg-Kaminski. Elégant, cela va sans dire mais sans surprise.
S’il l’on peut reprocher au film des directions trop attendues et une présentation discutable de l’histoire, le dernier Spielberg est suffisamment puissant et dense pour que tous les plaisirs du cinéma y soient joyeusement profitable.
Lincoln, le film de Spielberg porté aux nues par la critique américaine, Télérama.
New York Times : Emmenez vos enfants, même s’ils ne comprennent pas tout et ne tiennent pas en place sur leur siège. Après tout, l’ennui et la confusion font aussi partie de la démocratie.
William Herndon : Pendant cinquante ans, Dieu a roulé Abraham Lincoln dans son ardent chaudron. […] faisant de lui le personnage le plus noble et le plus aimable depuis Jésus Christ.

Sélection bibliographique :
• La guerre de Sécession, Ciné-club de Caen.
• Abraham Lincoln, Wikipédia.
• William Llyod Garrison, Wikipédia.
• W. E. B. Du Bois, Wikipédia.
• Ils ont négocié notre esclavage, Matière et Révolution.
Le dernier accord signé par certains syndicats (CFTC, CFDT et CGC) va même permettre au gouvernement d’imposer la mobilité forcée. Cela signifie qu’un salarié qui voudra se soustraire à un changement de site sera immédiatement licencié.

Les négociations nationales patronat/syndicats/ gouvernement ont en effet rendu leurs fruits : la flexibilité des emplois, des salaires, des conditions de travail et des sites. Si on refuse de travailler au SMIC, comme, où et quand cela plait au patron, c’est la porte !

• André KASPI, Les Américains 1. Naissance et essor des États-Unis (1607-1945), Seuil, 1986.
• MARX Karl et ENGELS Friedrich, La guerre civile aux États-Unis [Articles présentés et commentés par Roger DANGEVILLE], Archive Internet des Marxistes, 1861-1865.
• Karl MARX, Abraham LINCOLN, Une révolution inachevée – Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation aux États-Unis [Articles présentés et commentés par Robin BLACKBURN], Editions Syllepse, 2012.
La guerre de Sécession américaine, bien mal nommée en français (les Américains préfèrent la désigner par le terme de Guerre civile) reste un moment fondateur de l’Histoire des États-Unis.
Dans les oppositions politiques d’aujourd’hui les références à ce conflit ne sont jamais absentes tant celui-ci a structuré l’imaginaire collectif américain et son champ politique. La révolution inachevée propose la lecture croisée des contributions les plus importantes de Lincoln et de Marx sur le sujet ainsi que les correspondances qu’ils ont pu échangées.
Une riche préface de Robin Blackburn, qui constitue à elle seule un ouvrage dans l’ouvrage, offre aux lecteurs une mise en perspective des textes présentés et un rappel utile du contexte historique et du déroulement du conflit. Elle s’intéresse, bien après l’assassinant de Lincoln et de la disparition de l’Association internationale des travailleurs, à ses suites dans l’histoire sociale et politique des États-Unis, pages souvent ignorées du lecteur francophone.
• ZINN Howard, Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002.

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 54 followers