Monde en Question

5 juin 2009

Monde arabo-musulman

Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l’université du Caire, l’occurrence “musulman” revient 47 fois ; l’expression “communautés musulmanes” 11 fois ; l’expression “musulmans américains” 3 fois ; l’expression “musulmans du monde entier” 2 fois et l’expression “monde musulman” 1 fois, mais jamais l’expression monde arabo-musulman.

Extraits :

Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte.

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier – tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.

Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

America.gov

La presse étrangère, notamment européenne, a cité correctement Barack Obama, mais pas la presse française.

Dans son discours de principe prononcé jeudi au Caire, le président américain Barack Obama a appelé les musulmans du monde entier à un nouveau départ dans un “respect mutuel”. Obama a continué à soutenir une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.
euro|topics

La presse française a une obsession : le monde arabo-musulman qu’elle associe au terrorisme.

C’est la troisième fois depuis son élection que le président démocrate parle au monde arabo-musulman. [...] L’enjeu est stratégique. M. Obama estime qu’une des clés de la scène géopolitique actuelle réside dans une double image : celle que le monde arabo-musulman a des Etats-Unis et celle que les Américains ont de l’islam.
[...]
Au Caire, comme lors de ses deux précédents discours, M. Obama s’est attaqué aux représentations caricaturales de l’islam ; il a dénoncé les stéréotypes véhiculés sur les musulmans. Il l’a fait tout en critiquant les mêmes caricatures et les mêmes stéréotypes entretenus dans le monde arabo-musulman à l’égard de l’Amérique.
Le Monde

Le monde musulman ne peut se résumer au terrorisme et au fanatisme. L’accueil fait dans le monde arabo-musulman à ces mots sans précédent marque ce changement de la politique américaine.
Libération

Le capital sympathie personnel du Président sera assurément en hausse dans le monde arabo-musulman, même si chacun sait que les actes compteront plus que les « propos raffinés » d’un président parvenu à effacer en si peu de temps l’image de cowboy de son prédécesseur, et redonner un visage souriant à une Amérique que beaucoup s’étaient habitué à détester.
Rue89

Car le président américain avait ces idées en tête depuis sa campagne : rarement, donc, un discours aura été autant préparé, mûri réfléchi et ciselé, pesé. Il signifie trois choses : un changement de cap diplomatique, vis-à-vis du monde arabo-musulman, théâtre de tous les affrontements récents ; une ambition, celle de restaurer l’image , détruite par son prédécesseur, des Etats-Unis, donc rendre à son pays sa capacité d’influence ; un défi personnel , être à la hauteur de ses grands prédécesseurs comme du symbole du rêve américain qu’il incarne à l’intérieur comme à l’extérieur.
Slate

Les médias dominants français, en martelant l’expression monde arabo-musulman, attribuent à Barack Obama un propos qu’il n’a non seulement pas tenu mais qui signifie exactement le contraire de ce qu’il a dit dans l’esprit comme dans la forme. Les médias hexagonaux sont coutumiers de ce racisme social, politique et culturel qui, en reprenant la thèse fumeuse d’un “choc des civilisations”, fait des musulmans les boucs émissaires de toutes les crises [1].

Serge LEFORT
05/06/2009


[1] Lire sur le même thème :
• La guerre des images, Monde en Question.
• Deux poids deux mesures, Monde en Question.
• La lepénisation des médias, Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la “liberté de la presse” (1), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la “liberté de la presse” (2), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la “liberté de la presse” (3), Monde en Question.

15 mai 2009

Réflexions sur l’affaire Ilan Halimi

Classé dans : Medias, Racisme médiatique — Monde en Question @ 10:15
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Réflexions sur un fait divers
Ilan Halimi, les « barbares », et la guerre des civilisations

Les faits divers ont facilement la faveur du public ; cette faveur est entretenue par les habitudes de la presse. Trahisons de princesses, malheurs de stars, et crimes crapuleux font utilement vendre du papier. Il est bon pour les dominants de faire spectacle des recoins les plus sombres de l’âme humaine, écartant la réflexion de ceux de la société elle-même.

La terrible histoire du meurtre du jeune Ilan Halimi avait hélas tout pour plaire : un mauvais scénario de film noir, une bande de voyous plus ou moins imbéciles, un beau jeune homme plein de vie, une jeune femme blonde servant d’appât, une demande invraisemblable de rançon, des brutalités atroces et gratuites, une victime laissée pour morte après plus de trois semaines de séquestration et de violences, le nom de « barbares » que se donnaient ces voyous, un présumé « chef de bande » qu’on arrête en Côte d’Ivoire… De quoi alimenter pour un moment les rubriques du voyeurisme médiatique.

[...]

Ce qui sans doute restera le plus longtemps difficile à déterminer de manière un tant soit peu solide, ce sont les mécanismes mentaux – pourtant assurément sommaires – qui ont présidé à la commission de ce crime. C’est pourtant cela qui a transformé un sordide fait divers en affaire d’état, sur laquelle président de la République, premier ministre et autres autorités, politiciens de droite comme de gauche, journalistes et badauds, ont cru devoir s’exprimer comme en connaissance de cause.

Mais il est vrai qu’il y avait dans cette affaire l’allégation d’un élément auquel l’opinion publique est à juste titre particulièrement sensible, et que pour cette raison les faiseurs d’opinion ont pris l’habitude honteuse d’instrumentaliser à chaque fois que l’occasion s’en présente : l’élément « antisémite ».

Le public ne dispose d’aucune information fiable : opinions intuitives, certitudes arbitraires, déclarations de troisième main, voilà ce qui fonde la rumeur. Cela ne signifie pas qu’elle soit fausse ; mais il s’agit là de questions que l’on devrait n’agiter qu’avec mesure. Autant il est essentiel de n’avoir à l’égard du racisme antisémite – pas plus qu’à l’égard de toute autre manifestation de racisme – aucune complaisance, autant il est essentiel d’éviter les amalgames et les à-peu-près explosifs. Il n’est pas certain que l’on n’ait pas, en la circonstance, mordu le trait.

[...]

Ainsi, s’il est clair qu’il faut dénoncer et démonter, critiquer, déconstruire le discours qui essentialise les Juifs ou tout autre groupe humain ; s’il est clair qu’il y a un gros effort politique et idéologique à faire en ce sens ; il est moins clair qu’on aide à la compréhension de ce discours – et qu’on se donne les moyen de juger de manière équitable ceux qui agissent sous son influence – en parlant d’un crime antisémite, comme s’il était le fait de personnes animées par la haine des Juifs. Ce meurtre n’a rien à voir avec une ratonnade ou avec un pogrom. Le qualifier de crime crapuleux n’est en aucun cas l’excuser ou en minimiser la portée : c’est le nommer pour ce qu’il est.

[...]

Ce qui fait de ce fait divers un événement, ce ne sont donc pas ses circonstances propres. Il faudra certes bien s’atteler à la tâche de comprendre un tel fait divers ; de comprendre comment un groupe de jeunes gens a pu en venir à tant de violence criminelle dans l’espoir de gagner quelques sous. Mais après tout l’existence du crime ne date pas d’hier ; et l’histoire des enlèvements avec demande de rançon est totalement déconnectée de l’histoire de l’antisémitisme – on se rappelle l’enlèvement du baron Empain, à qui ses ravisseurs avaient sectionné un doigt.

Il faudra aussi tenter de comprendre comment des préjugés aussi absurdes que celui des Juifs « riches et solidaires » peuvent être tenaces au point, si tel est bien le cas en l’espèce, d’être l’un des éléments d’une entreprise criminelle. Mais pourtant, ce n’est pas cela qui a mobilisé le ban et l’arrière ban de la « classe politico-médiatique ».

S’il n’est pas certain – et si rien à vrai dire ne semble, à ce jour, l’indiquer de manière claire – que l’on a ici affaire à un crime raciste, il est par contre certain que jamais, dans l’histoire récente (et même moins récente) de la société française, un acte raciste n’a suscité autant de réactions que notre fait divers.

Un précédent, toutefois, a failli avoir lieu à l’été 2004. Les terribles circonstances du meurtre de Ilan Halimi n’interdisent pas de garder le souvenir de « l’Affaire » du RER D. On se rappelle en effet que la malheureuse mythomane qui s’était faite l’héroïne d’un fait divers qu’elle avait inventé de toute pièces était soumise aux mêmes stéréotypes que ceux qui pourraient bien être en cause dans ce meurtre. Accusant ses agresseurs imaginaires, « des Arabes et des Noirs », elle leur avait prêté, elle qui n’était pas juive, une attitude antisémite à son égard : ils l’auraient crue juive parce qu’ils l’avaient crue riche, du fait de son adresse dans le 16ème arrondissement de Paris.

Beaucoup de ceux qui s’étaient emballés à dénoncer cette agression comme si elle avait réellement eu lieu s’en étaient ultérieurement justifiés en affirmant qu’il importait peu que l’histoire soit fausse, dès lors qu’elle était croyable ; cela n’était pas arrivé, mais cela aurait pu arriver ; la chose était bien suffisante pour qu’on s’en émeuve. Toute la classe politico-médiatique, déjà, s’y était mise. « Les loups sont entrés dans Paris ! », s’était exclamé le président du conseil régional Île de France, avant de demander en aparté s’il n’y avait pas « un loup » dans toute cette histoire. Pourtant, on n’avait nullement jugé utile, dans les temps qui avaient suivi, de combattre stéréotypes, préjugés, et comportements racistes – même antisémites [1].

[...]

On oublie surtout que l’histoire de la société française est émaillée de très nombreux crimes racistes dont les victimes ont pu être des « Arabes » ou des « Noirs », aux côtés desquels on n’aura garde d’oublier les crimes homophobes ni les dizaines de crimes sexistes qui se commettent chaque année, qui ont parfois ému l’opinion publique, mais n’ont jamais suscité indignation de masse et réplique politique à un niveau comparable à ce qui jusqu’à preuve du contraire reste pourtant, aussi abominable soit-il, un simple crime crapuleux. La dernière fois « qu’ils ont tout cassé », c’est lors des révoltes de novembre 2005 : faut-il comparer le meurtre de Ilan Halimi à la succession des violences policières, des manifestations officielles de mépris, des discriminations et des humiliations dont sont victimes les jeunes des quartiers populaires ?

[...]

Antisémite ou pas, le meurtre de Ilan Halimi semble être le fait d’une bande d’individus hétérogène quant à ses origines, dont l’une des têtes « pensantes » serait un homme d’origine ivoirienne. Est-ce par ce qu’il se prénomme Yousouf qu’on évoque « les Arabes », comme on dirait « les Musulmans » ? Qu’un homme d’origine africaine soit mis en cause fait-il de ce crime un acte « communautaire » ? Toujours est-il qu’au fil des informations égrenées dans les journaux à l’occasion de ce drame, on apprenait, comme si cela avait un rapport avec lui, que « soixante pour cent des bandes ont pour chefs des personnes originaires du Maghreb ou d’Afrique ». Service des renseignements généraux dixit. Or, de quelles « bandes » parle-t-on ? On ne nous le dira pas. S’il s’agit d’associations avérées de malfaiteurs – comme les « barbares » de notre affaire – que ne les arrête-t-on pas plutôt que de nous parler de l’origine supposée de leurs chefs supposés ?

En attendant, on aura propagé une fois de plus cette image fantasmatique d’une « banlieue » sillonnée de « bandes » plus ou moins ethniques, passant leur temps à l’écumer, mêlant dans leurs exactions communautarisme anti-républicain, antisémitisme, et racisme anti-blancs. Réponse, en somme, à des clichés et stéréotypes essentialistes, par d’autres clichés et stéréotypes tout aussi essentialistes. On aura semé une peur sans fondement, et fourni des aliments inespérés aux violences toujours présentes de la société. On aura contribué à la prophétie autoréalisatrice de l’ethnicisation de la société française. On aura, dans le fond favorisé les manifestations qui font du racisme une plaie vivante dans le quotidien de millions de personnes : mépris, discriminations, violences.

[...]

Le problème est que pour une sottise dite, pour un lieu commun idéologique, pour une facilité de langage, pour une filouterie politique, il faut des pages et des pages de démonstrations, d’analyses, de commentaires, etc., à tel point que la partie pourrait à bon droit sembler inégale. Peut-être faut-il alors, comme un repli tactique, limiter son auditoire aux personnes qui ne sont pas par avance sourdes à ce que l’on pourrait dire.

Pour celles là, posons quelques principes et proposons quelques conclusions : Aucune grille d’analyse ethnique ne permet de comprendre la criminalité en général, et l’enlèvement de personnes pour leur extorquer une rançon en particulier. Les clichés et stéréotypes qui essentialisent une population déterminée peuvent conduire au racisme ceux qui y adhèrent ; elle peut également les conduire aux pires exactions. Le fait que Dieudonné soit capable de reprendre à son compte les stéréotypes ethnicistes de l’idéologie dominante quant aux Juifs ne le rend pas responsable de ces stéréotypes comme s’il en était l’auteur.

Il n’est pas le seul à y succomber, et les « barbares » n’avaient sans doute pas besoin de lui pour y succomber eux-mêmes. Rien dans l’appel des Indigènes de la République ne va dans le sens de ces mêmes stéréotypes, ni ne tend à favoriser le repli d’on ne sait quelles communautés sur elles-mêmes. Analyser un fait divers à travers la grille de lecture de la « guerre des civilisations », c’est plus se faire mercenaire de cette guerre qu’aider à élucider ce fait divers. Le meurtre de Ilan Halimi n’a rien à voir avec de quelconques « tensions communautaires ». Ceux qui évoquent, à ce sujet, de telles tensions, instrumentalisent la mort de ce jeune homme pour leur propre – et douteux – combat.

Laurent LÉVY
07/05/2009
Publié par LMSI

Lire aussi :
• Affaire Ilan Halimi, Wikipédia
• Affaire Ilan Halimi, Monde en Question
• Théo Klein, “Que la victime ait été juive a conduit à des développements dont je désire souligner l’incohérence absolue”, Monde en Question
• Goel Pinto, Veuillez nous pardonner notre racisme, UJFP
• Une émission télévisée trouble le procès du “gang des barbares”, Reuters-Le Monde

L’apparition dans une émission de télévision lundi de deux avocats du procès des 27 membres présumés du “gang des barbares”, mis en cause pour l’enlèvement et l’assassinat d’Ilan Halimi en février 2006, a provoqué un nouvel incident au procès ouvert le 7 mai à Paris.

Une vingtaine d’avocats de la défense ont demandé mercredi à la justice de faire respecter le huis clos, sans public et sans presse, ordonné par la cour d’assises conformément à la loi, parce que deux accusés étaient mineurs au moment des faits.

Ils ont déploré le fait que, fait exceptionnel pour un procès en cours, Francis Szpiner, avocat de la famille d’Ilan Halimi, et Emmanuel Ludot, celui du principal accusé Youssouf Fofana, aient débattu de l’affaire lors de l’émission de France 2 “Mots croisés” diffusée lundi soir.

L’audience était alors en cours au palais de justice et Youssouf Fofana n’avait aucun avocat pour le représenter.

Cette émission et toutes les autres publications sur l’affaire depuis le début du procès “portent gravement atteinte à l’indépendance de la justice et à la présomption d’innocence”, estiment les avocats des autres accusés dans un communiqué.

Ils parlent de “tentative de pression inadmissibles exercées sur l’opinion et les juges par médias interposés”.

L’émission de télévision a eu une première conséquence, la présidente de la cour désignant d’office deux nouveaux avocats pour Youssouf Fofana, afin d’éviter qu’il se retrouve seul, a dit le parquet général.

Elle pourrait en avoir d’autres, la défense s’étonnant que Patrice Ribeiro, syndicaliste policier également invité dans l’émission, ait évoqué l’intervention des services secrets dans l’enquête sur Youssouf Fofana, ce qui ne figure pas au dossier.

La semaine dernière, le procès avait déjà été suspendu pendant une journée en raison d’incidents provoqués par le blocage des prisons par les surveillants. Des accusés avaient été ballottés une partie de la nuit à bord de camions cellulaires, sans pouvoir ni dormir ni manger.

Ce procès est très sensible en raison des accusations d’antisémitisme soutenues par l’accusation contre Youssouf Fofana, accusé d’avoir tué Ilan Halimi après avoir organisé son rapt et sa séquestration émaillée de violents sévices.

L’accusé s’est livré à plusieurs provocations lors des premières audiences, lançant “Allah Akbar!” (“Dieu est grand!”) au public, déclarant comme date de sa naissance le jour de la mort d’Ilan Halimi ou menaçant les jurés. Le procès doit en principe se prolonger jusqu’au 10 juillet.

 


[1] Sur la fausse agression antisémite dans le RER D :
• 14/07/2004, LEFORT Serge, Le racisme ne se divise pas, Monde en Question.
• 18/07/2004, QUETIERO Lou, Analyse d’une dérive – Le cas Libération, Monde en Question.

14 mai 2009

Un raciste à Radio France

Classé dans : Medias, Racisme médiatique — Monde en Question @ 11:08
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Philippe Val est un raciste
Démonstration, preuve à l’appui

« Le racisme est une valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ou des privilèges. » À la lumière de cette définition d’Albert Memmi [1], nous sommes en mesure de démontrer que Philippe Val, le très médiatique et pontifiant patron-éditorialiste de Charlie Hebdo, est, purement et simplement, un raciste.

Lecteur assidu – de son propre aveu – du grand Spinoza, chansonnier depuis trois bonnes décennies, éditorialiste et écrivain depuis deux décennies, Philippe Val sait peser ses mots, et on est en droit de supposer que lorsqu’il écrit et publie quelque chose – et qu’il ne le renie pas dans les semaines, les mois et les années qui suivent – ses écrits nous livrent le fond de sa pensée. C’est pourquoi on ne peut pas considérer les ahurissants propos qui suivent comme une blague de fin de banquet ni comme du deuxième ou du troisième degré. C’est imprimé, noir sur blanc, dans le Charlie Hebdo le 5 janvier 2005 :

« [Les otages français, Christian Chesnot et George Malbrunot] ont été enlevés par des terroristes islamiques qui adorent égorger les Occidentaux, sauf les Français, parce que la politique arabe de la France a des racines profondes qui s’enfoncent jusqu’au régime de Vichy, dont la politique antijuive était déjà, par défaut, une politique arabe. »

Cette phrase de Philippe Val n’a évidemment aucun sens. Qualifier la politique antijuive de Vichy de politique « arabe » n’a aucun sens puisque aucune influence arabe n’a joué un quelconque rôle dans cette entreprise criminelle. Tout s’est passé entre l’Allemagne nazie et la France de Vichy, point barre.

Pour que cette phrase insensée signifie quelque chose, il faut admettre un postulat raciste : le postulat selon lequel les Arabes, en bloc, sont antisémites par nature. Dans cette hypothèse, même si aucun Arabe n’est ni auteur, ni incitateur ni demandeur d’une politique antijuive, ladite politique n’en est pas moins une « politique arabe » dans la mesure où elle ne peut que remplir de joie cette masse assoiffée de sang juif qu’est « le monde arabe » . En résumé : « politique arabe » ne signifie, chez Philippe Val, rien d’autre que « politique antisémite ». « Arabe » et « antisémite » sont donc synonymes.

En d’autres termes : Philippe Val essentialise « les Arabes », en fait une entité homogène, pour ensuite attribuer à cette essence (« les Arabes ») un caractère infâmant (« antisémite »). Cette manière de penser, conjuguant l’essentialisation l’homogénéisation et le dénigrement, porte un nom : le racisme.

Philippe Val a donc écrit un texte purement et simplement raciste. Et comme il assume ce texte plus de trois ans après sa publication, comme il ne l’a pas renié, on peut donc affirmer, de manière plus concise, qu’il est avéré et démontré que Philippe Val est raciste.

Reste maintenant à se demander pourquoi aucune association n’a jusqu’à présent porté plainte contre lui, ni même publié le moindre communiqué face à des propos racistes caractérisés, tenus dans un grand média – ni SOS Racisme, ni le MRAP ni la LICRA, ni la Ligue des Droits de l’Homme – et pourquoi aucun journaliste n’a jamais interpellé l’écrivain, éditorialiste, chroniqueur, débatteur multimédias qu’est Philippe Val lors d’un de ses innombrables prestations télévisées ou radiodiffusées.

Pierre TEVANIAN
13/05/2009
Publié par LMSI

Lire aussi :
• Biographie Philippe Val
- La République des Lettres
- Wikipédia
• Articles sur Philippe Val
- Acrimed
- Bakchich
- Monde en Question BloggerWordPress
- Plume de presse
• Charlie Hebdo : la vieillesse est un naufrage, LMSI
• Dossier SINÉ, Monde en Question


[1] Albert Memmi, Le racisme, Folio Gallimard, 2000.

1 avril 2009

La caricature de la “liberté de la presse”

Classé dans : Editorial, Palestine / Israël, Propagande, Racisme médiatique, Sionisme — Monde en Question @ 12:55
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Tout le monde se souvient de la campagne médiatique, orchestrée en 2006 sous prétexte de “la liberté de la presse”, pour défendre la provocation du quotidien danois Jyllands-Posten qui publia, le 30 septembre 2005, douze caricatures contre l’Islam et les musulmans.

Ceux qui douteraient encore que “la liberté de la presse” ne fut qu’un prétexte pour masquer le racisme anti-arabe et l’islamophobie, ceux-là devraient méditer la campagne d’organisations sionistes contre la publication d’une caricature sur… la guerre israélienne à Gaza [1].

Une fois de plus, les organisations sionistes soutiennent les crimes de guerre du gouvernement israélien et voudraient faire taire toute critique en agitant l’accusation d’antisémitisme. Cette stratégie est de plus en plus dérisoire et se retourne contre ses auteurs.

Serge LEFORT
01/04/2009

Lire aussi : La caricature de la “liberté de la presse”, Monde en Question BloggerWordPress


[1] Caricatures sur l’attaque israélienne : des juifs américains en colère, PNN.
Des juifs américains ont condamné un éminent caricaturiste politique, après la publication dans le Washington Post d’une caricature décrivant l’attaque israélienne sur la bande de Gaza.

La Ligue Anti-Diffamation (ADL), une ONG basée aux Etats-Unis dont l’objectif est de lutter contre l’antisémitisme, a condamné la publication de mercredi sur le quotidien américain. La caricature de Pat Oliphant est parue dans le New York Times également est a immédiatement circulé sur internet.

Le directeur de l’ADL, Abraham H.Foxman, a déclaré que la caricature est «affreusement antisémite».

«L’utilisation bizarre et offensive de l’étoile de David, mêlée à une imagerie nazie, est affreusement anti-sémite», a affirmé Foxman mercredi. «Il emploie l’imagerie nazie en dépeignant Israël comme une créature sans tête, chaussée de bottes et marchant au pas de l’oie. La politique israélienne est montrée sans tête ou sans cœur».

Le personnage, armée d’une épée, pousse d’une main une étoile de David équipée de crocs et il poursuit une femme, Gaza, portant un enfant.

«L’opération militaire israélienne visant à protéger les vies d’hommes, de femmes et d’enfants perpétuellement bombardés par les roquettes du Hamas deviennent [dans ce dessin] des agresseurs sans tête et sans cœur», a répondu le directeur de l’ADL.

Le centre Simon Wiesenthal a également dénoncé ce dessin «qui imite le poison de la propagande nazie et soviétique» et a invité les sites web de journaux à l’éliminer.

31 mars 2009

Le nouveau négationnisme n’est pas celui qu’on croît

En vérité, la finalité [du projet] Aladin est de nier, effacer, déformer, la réalité des crimes d’Israël. Sous couvert de lutte contre le négationnisme, est introduit en douce un autre négationnisme.

Ne soyons pas mauvais joueurs. Il faut bien reconnaître que depuis la “découverte” de l’Amérique, l’Europe a fait preuve d’une inventivité certaine. Elle a inventé les génocides, les meurtres de masse, l’assassinat industriel. Des civilisations entières n’ont plus à se plaindre des difficultés de la vie terrestre : elles ont disparu.

L’Europe a aussi inventé le négationnisme. Je te tue et je dis que c’est pas vrai. Tu n’es pas aussi mort que cela. Tu es juste un peu mort. Ou alors, si tu es mort de la tête aux pieds, irrémédiablement mort, c’est que tu l’as bien cherché : tu étais incapable de te protéger toi-même contre toi-même. L’Europe tue pour protéger ses victimes. Je dis l’Europe mais j’aurais pu dire les Etats-Unis ou Israël, ses plus puissantes métastases.

L’invention européenne la plus récente et sans doute la plus sophistiquée ne date que de quelques années. On peut l’appeler le transfert de culpabilité : ce n’est pas moi, c’est lui ! Hitler n’est-il pas européen ? Si, reconnaît l’Europe, mais le nazisme a puisé son inspiration dans l’Europe d’avant l’Europe. L’antisémitisme n’est plus européen. C’est ailleurs qu’il prolifère. Son terreau naturel, c’est le monde musulman. Et il en va de même du négationnisme. En Europe, il n’y aurait plus, en effet, que quelques vieux nostalgiques d’extrême-droite, comme Le Pen, et de jeunes excités identitaires, pour relativiser le génocide des juifs. Ou alors, les nouveaux négationnistes européens ne sont pas européens, ils sont musulmans. Car, dans l’islam, le négationnisme, c’est la règle. Le négationnisme est dans l’Islam parce que le mensonge et la haine du juif sont constitutifs de l’Islam. C’est pas toujours dit dans des termes aussi crus, mais il y a mille et une façons de transmettre un message.

La dernière en date est une initiative parrainée par Jacques Chirac : le projet Aladin. En compagnie de représentants de 30 pays réunis à l’UNESCO, l’ancien président a lancé vendredi 27 mars, un programme éducatif, conçu par la Fondation pour la mémoire de la Shoah, et destiné à lutter contre le négationnisme… dans le monde arabo-musulman ! Sans – tenez vous bien – “faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n’est pas la leur” ! Quelle blague !

La “Philosophie du projet”, telle qu’elle est présentée sur le site de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, ne laisse en vérité aucun doute quant à ses objectifs réels. “Le Projet Aladin, peut-on y lire, est né d’un constat accablant concernant la prolifération du négationnisme dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Face à cette déferlante, il est très difficile de trouver des informations historiquement fiables sur la Shoah que ce soit en arabe, en persan ou en turc. Le Projet Aladin veut pallier ce manque et favoriser un dialogue fondé sur la connaissance et le respect mutuels.” En d’autres mots, Israël vient de massacrer plus de 1 400 Palestiniens ; une large partie de l’opinion publique mondiale n’hésite plus à dénoncer les crimes contre l’humanité commis par l’Etat sioniste, Durban II pourrait faire de même, il faut rapidement renverser la vapeur, rappeler qu’Israël est l’incarnation de la “victime absolue”, cernée de toute part par des musulmans judéophobes, véritable menace contre la Civilisation.

Qu’on ne s’y trompe pas : contrairement à ce qu’il annonce, le projet Aladin a d’abord pour public-cible le monde blanc. Jacques Chirac prétend qu’il mène le “combat pour rétablir la mémoire de la Shoah là où elle est niée, effacée, déformée” ; en vérité, la finalité d’Aladin est de nier, effacer, déformer, la réalité des crimes d’Israël. Sous couvert de lutte contre le négationnisme, est introduit en douce un autre négationnisme. Ou, plus précisément, Aladin et ses voleurs de mémoire détournent la mémoire du génocide des juifs pour faire oublier la barbarie sioniste. Ce n’est pas nouveau, non, mais ça tombe au bon moment.

Secondairement, ce projet renoue aussi avec la mission civilisatrice. Au temps des missionnaires, on enseignait aux indigènes la Bible. Puis est venue la colonisation laïque, on nous a brisé le crâne pour projeter sur nos cerveaux infantiles, les Lumières des droits de l’homme. Aujourd’hui, la bibliothèque d’Aladin veut rendre accessible en arabe et en persan des témoignages sur la Shoah, dont Si c’est un homme de Primo Levi et Le Journal d’Anne Frank. Quant à nous, qui voulons faire oeuvre de critique constructive, nous proposons ceci : au flanc de chaque bombe qu’Israël lâche sur une maison, une école ou un hôpital palestiniens, devraient être accrochées les oeuvres complètes de Claude Lanzman, Finkielkraut ou Bernard Henri-Levy. Il serait en effet désolant de voir un Palestinien phosphorisé sans avoir la moindre idée du drame de l’Holocauste.

Sadri Khiari
28 mars 2009

Publié par Info-Palestine selon The Post.

19 février 2009

Le racisme, machine à abrutir

La tribune de Pierre Jourde « Le Juif, coupable universel », parue dans Le Monde du 22 janvier, débute ainsi :

Depuis l’entrée de Tsahal dans la bande de Gaza, les médias parlent benoîtement d’”importation du conflit“, de “violences intercommunautaires“. Elles sont tout de même un peu à sens unique, les violences “intercommunautaires“. Cela consiste, en gros, à ce que des jeunes gens d’origine arabo-musulmane s’en prennent à des juifs, manifestant par là leur soutien à leurs “frères” palestiniens opprimés. Ils n’ont d’ailleurs pas attendu le conflit de Gaza pour pratiquer ce sport, et l’agression ou l’injure adressée aux juifs est devenue un phénomène récurrent. 

En quelques mots l’auteur plante le décor de ses fantasmes, il reprend l’expression “arabo-musulman” typiquement raciste des médias dominants et, après d’autres [1], il voudrait nous faire croire que le soutien au peuple Palestinien, massacré par l’armée israélienne, serait antisémite, forcément antisémite [2].

Cette tribune raciste, qui voudrait interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens, toute critique de l’occupation coloniale depuis 60 ans et toute critique des crimes de guerre, perpétués au nom des juifs d’Israël et du monde, relève d’une rhétorique qui consiste à faire passer le bourreau pour la victime. Cette rhétorique est usée…

En déclenchant la guerre à Gaza contre la population palestinienne, les dirigeants israéliens sont allés trop loin et, comme l’a dit Pierre Stambul, les dirigeants israéliens “ont perdu politiquement et idéologiquement cette guerre“. Il faut lire et relire les critiques qui viennent d’Israéliens.

Cette tribune raciste reflète l’absence de moral de ceux qui, en France ou ailleurs dans le monde, soutiennent inconditionnellement les gouvernements israéliens, mais elle reflète aussi l’absence d’arguments en faveur d’une politique criminelle contre les Palestiniens et politicide pour les Israéliens.

Le plus risible de la fausse diatribe de Pierre Jourde est le dernier paragraphe, qui reprend le mythe de la terre promise… “un désert” qui n’attendait que “une poignée de juifs” pour se peupler et se transformer “en pays prospère”.

Le racisme médiatique n’est pas un épiphénomène. Il conduit une guerre d’anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener… contre le racisme [3].

Serge LEFORT
19/02/2009

Lire aussi :
• 02/02/2009, Faysal Riad, Pierre Jourde ou le communautarisme blanc, Les mots sont importants
• 03/02/2009, Pierre Jourde ou le racisme sans estomac, Les Indigènes du Royaume
• 17/02/2009, Cédric Baylocq , Gaza, le critique, et la critique, Oumma


[1] Philosophie d’un massacre : André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy, apologistes des crimes de guerre israéliens, Oumma).

 

[2] Cette expression fait référence à l’article Sublime, forcément sublime, Christine V. de Marguerite Duras à propos de l’affaire Grégory, publié le 17 juillet 1985 par Libération. Elle désigna alors abusivement la mère, Christine Vuillemin, comme la meurtrière du petit Grégory et elle justifia le crime de la femme parce qu’elle subissait “la loi de l’homme” !

Pour aller plus loin :
• Affaire Grégory, Wikipédia
• 06/03/2006, Aliette Armel, Duras : De la mendiante à Christine V, les errances féminines de M. Duras, Remue.net

« Regardez bien autour de vous : quand les femmes sont comme celle-ci, inattentives, oublieuses de leurs enfants, c’est qu’elles vivent dans la loi de l’homme, qu’elles chassent des images, que toutes leurs forces, elles s’en servent pour ne pas voir, survivre »
« Aucun homme au monde ne peut savoir ce qu’il en est pour une femme d’être prise par un homme qu’elle ne désire pas. La femme pénétrée sans désir est dans le meurtre. Le poids cadavérique de la jouissance virile au-dessus de son corps a le poids du meurtre qu’elle n’a pas la force de rendre : celui de la folie. » 

• 27/10/2006, Denis Robert : “J’ai dérapé au moment de l’inculpation de Bernard Laroche”, 20minutes

Il y a une Une symbolique de cette affaire dans un Libé de juillet 1985. Au moment où Christine Villemin est libérée de prison, vous faites un article en parlant du droit à l’innocence. Et dans la même édition [pleine page en quatrième de couverture], il y a le papier de Marguerite Duras et le fameux « Christine V., sublime forcément sublime »…
C’était une idée de July et j’étais en désaccord avec lui. Mais en réalité, c’est une version soft qui est passée. Dans une première version, elle développait l’idée qu’une mère qui donne la vie a le droit de la retirer. 

• 15/04/2008, Credo et confiteor, Claude Guillon

Sollicitée par Libération d’effectuer un reportage sur une affaire d’infanticide dont la presse avait fait un passionnant roman à épisodes, elle « s’est précipité » (selon Serge July) à Lépanges-sur-Vologne, résidence de la famille Villemin. Christine Villemin est, à l’époque où Duras écrit, en détention provisoire, soupçonnée du meurtre de son fils Grégory, dont le corps a été retrouvé dans un étang. Mais c’est la maison familiale qui attire Duras : « Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé. C’est ce que je crois. C’est au-delà de la raison. [...] L’enfant a dû être tué à l’intérieur de la maison. Ensuite il a dû être noyé. C’est ce que je vois. Je vois ce crime sans juger de cette justice qui s’exerce à son propos. » À partir de son délire visionnaire, Duras instruit à charge contre la jeune femme, qu’elle ne désigne jamais que sous le pseudonyme de Christine V., comme s’il fallait, pour mieux lui voler sa parole, la priver d’abord de son nom. Qu’importent ses dénégations, Duras la croit, la voit, la sait coupable : elle a tué son fils. Les derniers sacrements, Duras les réserve à sa propre victime : « Christine V. est sublime. Forcément sublime. » 

• 09/07/2008, Grégory : Une affaire hors-norme, LeJDD

La France est alors divisée en deux camps, ceux qui sont sûrs de la culpabilité de la mère, la majorité, et ceux qui la dédouanent. L’affaire fait la une de tous les médias, et a un retentissement en dehors des frontières. Les médias prennent parti et mènent leur propre enquête, sur cette affaire hors-norme, en dehors de toute règle déontologique. Ce ne sera pas le seul dérapage du dossier, qui en verra de nombreux autres, entre les violations du secret de l’instruction et de la vie privée, la rivalité exacerbée entre les enquêteurs de la gendarmerie et ceux de la SRPJ qui ont ralenti l’enquête. [...] Dans une tribune publiée en 1985 par Libération, Marguerite Duras choque en prenant fait et cause pour la mère, tout en l’estimant coupable. L’écrivain estime que Christine Villemin est “sublime, forcément sublime” et justifie son geste par une vie terne, et une rancoeur contre son époux. 

• 04/12/2008, L’affaire du petit Grégory redémarre grâce aux experts lausannois, 24 heures

L’affaire Grégory a rendu folle la justice et délirants les médias. Certes, tous les éléments d’un crime hors-norme étaient réunis: assassinat d’un petit de 4 ans; dissensions familiales; envie suscitée par la réussite professionnelle du contremaître Jean-Marie Villemin, le père de Grégory; intervention d’un mystérieux «Corbeau» qui revendique l’assassinat dans ses lettres anonymes; multiples rebondissements spectaculaires.
Mais cela ne suffit pas à expliquer les incessants dérapages commis par les enquêteurs et par les journalistes. Le sommet du délire a été atteint par un article du grand écrivain Marguerite Duras que Libération a publié le 17 juillet 1984. Elle y exprime sa conviction que l’assassin du petit Grégory n’est autre que sa mère: «Sublime, forcément sublime, Christine V.» Et Duras d’entonner une glorification de l’infanticide. Répétons-le: Christine Villemin a été définitivement et entièrement innocentée en 1993. 

[3] Cette phrase comme le titre font référence à l’article La machine à abrutir de Pierre Jourde, publié par Le Monde diplomatique.

Lire aussi :
• 03/02/2006, La caricature de la “liberté de la presse”, Monde en Question
• 04/02/2006, Revue de presse – La caricature de la “liberté de la presse” (1), Monde en Question
• 09/02/2006, La guerre des images, Monde en Question
• 11/02/2006, Revue de presse – La caricature de la “liberté de la presse” (2), Monde en Question
• 14/02/2006, Deux poids deux mesures, Monde en Question
• 18/02/2006, Revue de presse – La caricature de la “liberté de la presse” (3), Monde en Question
• 03/03/2006, La lepénisation des médias, Monde en Question
• 15/03/2006, Salubrité publique, Monde en Question
• 07/10/2006, La liberté d’expression… du racisme, Monde en Question

5 décembre 2008

Tibet-Chine

Classé dans : Chine, Editorial, Europe, Racisme médiatique — Monde en Question @ 10:09
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Les parlementaires européens ont déroulé le tapis rouge au très médiatique Dalaï Lama, qui est le chef politique d’une théocratie militante [1]. La question tibétaine mérite un autre traitement que des génuflexions… devant un “bouddha vivant” anti-démocrate.

36 députés se sont joints la veille à environ 500 personnes, dont des fonctionnaires des institutions européennes, pour jeûner une journée pour le Tibet. Le dalaï-lama les invite à lever le doigt. « Je jeûne avec vous », leur dit-il, avant de quitter un hémicycle applaudissant debout.
La Croix

Il est pour le moins contradictoire que les députés européens s’opposent à l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie dans le Caucase et prônent celle du Tibet en Asie. Or le gouvernement chinois a le même argument : le système d’autonomie régionale des nationalités n’admet aucun compromis.

L’autonomie régionale des nationalités appliquée en Chine exprime et traduit l’unité et la cohésion du facteur nationale et du facteur régionale, du facteur politique et du facteur économique, ainsi que du facteur historique et du facteur réaliste. La combinaison de la nationalité han et de minorités nationales à l’intérieure d’une même région administrative leur permet de mieux s’inspirer l’une auprès des autres, de mieux s’entraider, de se compléter l’une l’autre et de se développer en commun. La Mongolie intérieure est un excellent exemple. Lors de son instauration en région autonome en 1947, la population mongole représentait seulement 20% environ de la population globale, malgré cela la Région autonome de la Mongolie intérieure fut établie, car en établissant cette région autonome, on n’a pas seulement tenu compte du pourcentage de la population, mais surtout d’autres facteurs, dont l’état historique de la région administrative de la Mongolie intérieure, la relation entre nationalités et la coopération en vue du développement en commun. Les expériences acquises démontrent indéniablement que la Chine a appliqué un système d’autonomie régionale des nationalités juste et réussi, et la situation actuelle où toutes les nationalités chinoises vivent en bonne entente et coexistent parfaitement mérite d’être garder et conserver précieusement.
Le Quotidien du peuple


Le “pacifisme” des moines tibétains

La guerre médiatique sur le “génocide culturel” au Tibet est une contre-vérité car la loi chinoise protège la liberté de la religion et les activités religieuses. La Chine a publié un “livre blanc sur la protection et le développement de la culture tibétaine” [Xinhua] et a ouvert un site multilingue sur le Tibet [Xinhua].

Ceci dit, il serait naïf de croire que la Chine pratique une meilleure politique régionale que celle pratiquée par d’autres pays européens notamment la France.

Enfin, que dirait le gouvernement français si la Chine menait campagne pour l’autonomie de la Corse et soutenait le FLNC ?

Serge LEFORT
05/12/2008


[1] Voir : Mélenchon contre la théocratie tibétaine, Monde en Question.
Lire aussi :
• Revue de presse Chine 2008, Monde en Question.
• Tibet, Alvinet Actualité.

7 octobre 2006

La liberté d’expression… du racisme

Classé dans : Editorial, Medias, Propagande, Racisme médiatique — Monde en Question @ 11:45
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C’est reparti ! Libération a pris la tête d’une nouvelle croisade contre la barbarie des arabo-musulmans au nom de la civilisation judéo-laïco-chrétienne, qui représenterait le monde libre… libre d’exprimer sa haine raciste.

Dans “l’affaire Redeker”, on retrouve les mêmes signatures et les mêmes cris d’indignations médiatiques que dans “l’affaire des caricatures”. Le péril de l’islam est la bannière sous laquelle se rassemble une coalition hétéroclite qui s’est alignée sur les visions terroristes de George W. Bush [1].
Toute cette agitation politico-médiatique ne vise pas à combattre l’intolérance religieuse et encore moins à instaurer un débat démocratique sur la place des religions dans la société, mais à instrumentaliser le droit à la liberté d’expression pour imposer l’idéologie guerrière du capitalisme néo-libéral.

Une fois de plus, les médias sont partis en guerre avant même que les faits soient établis. Comme dans l’affaire du RER D, les journalistes et les commentateurs ne se soucient pas de l’authenticité des déclarations du plaignant pour construire un récit conforme à leurs fantasmes sécuritaires.
Les détails de ce fait divers sont pauvres, mais tout le monde les répète sans les vérifier [2]. Redeker serait victime de menaces. On n’en sait guère plus. Parler de “menaces de mort” sans préciser ni leur nombre, ni leur fréquence ni surtout les mots exacts utilisés est suspect. On ne sait pas non plus si Redeker a porté plainte – il serait troublant qu’il ne l’ait pas fait – et si une enquête est en cours.


Tribune de Robert Redeker, “Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?”, Le Figaro du 19/09/2006

Alors que les faits restent encore vagues et non circonstanciés, les maîtres-à-penser ont déjà découvert le coupable et, en procureurs populistes, ils le livrent au lynchage médiatique. Pire encore, ils rendent responsables collectivement des millions de musulmans pratiquants ou non pratiquants.
Presque personne ne s’étonne de la méthode, en tous points identique à celle que l’on prétend dénoncer. Malgré les précautions oratoires de quelques-uns, cela revient à cautionner les propos provocateurs d’un Redeker : Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

Quand le pape éructe contre l’islam, il défend sa part de marché dans un monde où les pratiques religieuses reculent. Quand les gardiens de la foi laïque se transforment en apôtres de la civilisation judéo-chrétienne, on ne peut que rire.
La liberté d’expression n’est pas un droit absolu, mais un droit réglementé par la loi. Or, tous ceux qui participent au chœur hystérique d’une “menace permanente” du “fascisme vert” [3] la bafouent allègrement car ils prônent non seulement la censure, mais la guerre contre tous ceux qu’ils suspectent de préférer Allah à Dieu ou à Jéhovah. Les imprécations de ces adeptes du meurtre sacrificiel signent leur mépris de la démocratie et de la laïcité.

Serge LEFORT
7 octobre 2006


[1] Discours de George W. Bush du 29 août 2006 :
Malgré leurs différences, ces groupes forment un mouvement unique, un réseau mondial de radicaux qui utilisent la terreur pour tuer ceux qui se mettent sur le chemin de leur idéologie totalitaire. Et les caractéristiques unificatrices de leur mouvement, le lien qui surmonte les divisions confessionnelles et les revendications locales, est la conviction ferme que les sociétés libres sont une menace pour leur visions déformées de l’islam. La guerre que nous livrons aujourd’hui est plus qu’un conflit militaire. C’est la lutte idéologique décisive du XXIe siècle.
D’un côté, il y a ceux qui croient aux valeurs de la liberté et de la modération, au droit des gens de parler, de croire et de vivre en liberté. D’un autre, il y a ceux qui sont poussés par les valeurs de la tyrannie et de l’extrémisme, le droit d’un petit groupe de gens auto-désignés d’imposer leur point de vue fanatique aux autres. Comme des vétérans, nous avons connu ce type d’ennemi avant. Ils sont les successeurs des fascistes, des nazis, des communistes et des autres totalitarismes du XXe siècle, et l’histoire montre quelle sera l’issue de cette lutte. Cette guerre est difficile, elle sera longue et elle se terminera par la défaite des terroristes, des totalitaires, et une victoire pour la cause de la liberté.
in Alain Gresh, Tous unis contre « le fascisme islamique » ?, 02/09/2006, Blog du Monde diplomatique.
[2] Il paraît presque incongru de poser les questions classiques : qui, quoi, où, quand et comment. Ce qu’aucun journaliste n’a fait.
Voir : Analyse d’une dérive – Le cas Libération, Monde en Question.
[3] Cette expression, reprise à gauche comme à droite, fut signée par Alexandre Del Valle dans l’article «Pourquoi traiter avec les intégristes ?», Le Figaro du 22 août 2002.
Issu des cercles de la Nouvelle droite, il est parvenu à se construire une notoriété dans le champ médiatique. Voir : MONZAT René, «L’étonnant parcours d’Alexandre Del Valle, Ras l’front, n°87, 2002.

15 mars 2006

Salubrité publique

Classé dans : Editorial, Medias, Propagande, Racisme médiatique — Monde en Question @ 12:50
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Après Jean-Marcel Bouguereau du Nouvel Observateur, c’est au tour de Jean-Luc Allouche de Libération de faire l’éloge de la salubrité publique pour nous débarrasser de la vermine du monde arabo-musulman.

Le premier avait utilisé ce terme le 8 février dans un article sur les caricatures : “C’est une œuvre de salubrité publique car, comme ce fut le cas pour les autres religions, il faut habituer la religion musulmane à supporter la moquerie et la caricature.” Le Nouvel Observateur

Le second l’emploie le 7 mars dans le compte-rendu du livre d’un auteur fou d’amour d’Israël : “Ce livre volontairement modeste est une oeuvre de salubrité publique.” Libération
Dans les deux cas, il s’agit bien de désigner la vermine à éliminer pour l’hygiène de notre société.

Cette expression désigne “l’ensemble des mesures édictées par l’Administration en matière d’hygiène des personnes, des animaux et des choses”. Il s’agit essentiellement de mesures préventives d’assainissement, qui relèvent du pouvoir de police générale des maires, pour préserver la population des maladies endémiques et contagieuses.

Dans une ville, les contrôles réguliers de l’hygiène et de la salubrité publique sont indispensables et salutaires. En matière d’animaux nuisibles, d’hygiène alimentaire ou de nuisances sonores, la ville et ses habitants se doivent de rester constamment en alerte.
Mairie de Rouen

Cette expression a toujours été utilisée par les idéologues racistes pour justifier les exactions menées contre une population désignée comme nuisible : les juifs dans l’Allemagne nazie, les noirs et les arabes dans la France coloniale.

Le premier et le seul mot nouveau de la langue nazie que je rencontrai ici se trouvait sur le brassard de certains soldats ; c’était «Volksschädlingbekämpfer»* [préposé à la lutte contre la vermine du peuple].
* L’entreprise allemande qui livra aux camps d’extermination le gaz mortel, le Zylon B., s’appelait Internationale Gessellschaft für Schädlingsbekämpfung GmbH [Société internationale de lutte contre la vermine SARL].
KLEMPERER Victor, LTI – La langue du IIIe Reich, Albin Michel, [1975] 1996 p.330.

Un jeu de l’oie propose ainsi un parcours dans les colonies où sont mises en scène toutes les catégories de l’idéologie coloniale : «mission civilisatrice» de l’homme blanc envers les populations reconnaissantes, nécessaire alliance de la République et de l’Église dans «l’œuvre sanitaire» [...].
BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture coloniale – La France conquise par son Empire 1871-1931, Autrement, 2003 p.180.

Que cette expression passe, volontairement ou involontairement, dans le langage courant de certains journalistes, quand ils évoquent les musulmans en général et les arabes en particulier, est révélateur du raciste ordinaire qui pourrit notre société.

Serge LEFORT
15 mars 2006

14 mars 2006

Théo Klein, une voix à écouter

Classé dans : Racisme médiatique — Monde en Question @ 18:39
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«Que la victime ait été juive a conduit à des développements dont je désire souligner l’incohérence absolue.»

Je voudrais revenir sur l’un de ces sujets, douloureux et révoltant, jusqu’à se qualifier lui-même de barbare, le meurtre d’Ilan Halimi. Que la victime ait été juive a conduit à des développements dont je désire souligner l’incohérence absolue. Cette incohérence est due d’abord à la précipitation, au désir de définir d’emblée la chose horrible avant d’en connaître les péripéties, les coupables et l’enchaînement des faits ; incohérence, ensuite, dans la diffusion d’éléments contradictoires issus ­ soi-disant ou réellement ­ de l’enquête policière des représentants du parquet. Enfin, incohérence dans le droit que se sont spontanément attribué certains de décréter «antisémites» le choix de la victime et son assassinat.

Autant je peux comprendre et partager l’émotion, autant je récuse une précipitation qui non seulement empiète sur les responsabilités de la justice, mais, de surcroît, met celle-ci au défi d’inscrire l’événement dans un contexte préalablement déterminé. Il y a d’autres manières de respecter la mémoire de la victime et la douleur de sa famille, de ses amis et même de sa communauté. [...]

Ce que je voudrais affirmer, une fois de plus, et sans être cette fois-ci mieux entendu qu’auparavant, c’est que l’antisémitisme est un phénomène politique majeur qui ne doit pas être confondu avec l’insulte ou la voie de fait émanant d’individus ou de groupes spontanés dont les actes relèvent directement de la justice et du bon sens des juges. A cet égard, je reconnais volontiers qu’une telle volonté politique existe sans doute dans le terrorisme, même simplement verbal, du fondamentalisme musulman ; mais, là encore, parler d’antisémitisme, c’est aider ce mouvement dans son action contre la société démocratique en détournant l’attention sur les juifs.

[...]

Les faits qualifiés d’antisémitisme relèvent de l’ordre public dont le gouvernement et la justice ont la charge. Ce n’est pas le juif qui est d’abord atteint, c’est le citoyen, et c’est à ce titre qu’il doit défendre son droit et le respect de sa personne et de sa singularité. Dans un pays qui connaît tant de difficultés à reconnaître et à intégrer les différences, il est important de situer le respect de chacun dans le cadre établi pour le respect de tous. Je voudrais illustrer cette affirmation par le propos cité par le Monde (3 et 4 mars 2006) : «T’as raison, reprend Djibril Issaka, je voudrais qu’on bouge pour moi, mais pas parce que je suis noir, mais français.»

Théo KLEIN
14 mars 2006
Publié par Libération

KLEIN Théo, Le manifeste d’un Juif libre, Liana Levi, 2002.

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