Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Irak

Vers la guerre totale


Le projet de loi permettra au président américain de mettre en oeuvre des actions militaires unilatérales à l’échelle nationale et à l’étranger, contre tous les États, les organisations et les individus soupçonnés d’avoir à l’heure actuelle ou dans le passé, soutenu ou participé à des actions militaires, ou appuyé des hostilités envers les États-Unis ou tout État allié des États-Unis.

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Permis de tuer


On tue beaucoup dans le monde de l’après-11-Septembre. Al-Qaida et les djihadistes tuent, et sont tués. Les Américains et leurs alliés tuent, et sont tués. Afghans et Irakiens, morts par dizaines de milliers ces dernières années, sont les premiers à pâtir de ces affrontements. On tue avec un kamikaze solitaire ou une armée de 100 000 hommes. On tue au grand jour, et on tue dans l’ombre.

Al-Qaida a décrété que sa mission était de tuer "juifs et croisés", de libérer la planète des "infidèles". Un permis de tuer a été délivré à tout "bon musulman" souhaitant participer au combat.

Face aux djihadistes, des pays sont partis en guerre. Les États-Unis, attaqués sur leur sol en 2001, ont pris la tête de la lutte antidjihadiste. Avec un soutien international initialement unanime, contre Al-Qaida et les talibans afghans, puis de façon de plus en plus contestée, en Irak et aujourd’hui en Afghanistan.

On découvre que, dans cette guerre, Washington a délivré un permis de tuer à des hommes qui ne sont ni soldats, ni policiers, ni en aucune manière agents au service de l’État. La CIA a autorisé, par contrat, une société de mercenaires, Blackwater USA, à tuer des djihadistes. L’une des questions posées est simple : qui a le droit de tuer, au nom de l’Amérique ?

Blackwater est une firme militaire privée créée par un ex-commando des Navy Seals, Erik Prince. L’homme appartient à la mouvance des faucons républicains et des chrétiens conservateurs et revendique l’idée d’une "croisade" américaine et chrétienne contre l’islam. Devenu milliardaire grâce à la "guerre contre le terrorisme", M. Prince s’est hissé, sans aucune fonction officielle, jusqu’aux niveaux supérieurs du pouvoir à Washington, signant des contrats secrets pour des "opérations noires" connues des seuls Bush, Cheney, Rumsfeld et chefs des services de renseignements. M. Prince et les "soldats" de Blackwater sont devenus l’un des bras armés de l’Amérique en guerre. Des privés rémunérés partageant la même idéologie que leurs commanditaires.

Si ce programme secret a été interrompu, l’attitude de l’administration Obama à l’égard de Blackwater et d’autres sociétés militaires n’est pas encore claire. Des contrats ont été signés en 2009 pour la protection de diplomates et de chefs militaires américains.

Les autres démocraties occidentales, alliées des États-Unis, sont silencieuses. De même qu’elles s’étaient tues sur la sous-traitance de la torture, elles se taisent sur la sous-traitance de l’assassinat.

Beaucoup de valeurs ont été bafouées et beaucoup de repères perdus depuis le 11-Septembre, et le recours à des mercenaires est certes un phénomène aussi ancien que l’histoire des guerres. Il faudra pourtant réaffirmer un jour qui, dans une guerre, a le droit de tuer l’ennemi. La mythique Licence to Kill, généralement réservée à des agents secrets et à des soldats en mission, peut-elle être confiée à des tueurs à gages, pour une poignée de dollars ?

Rémy Ourdan
27/08/2009
Le Monde

Lire aussi :
• 14/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater Still Armed in Iraq, The Nation
• 20/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater: CIA Assassins?, The Nation
• 26/08/2009, SCAHILL Jeremy, Flushing Blackwater, The Nation
• Autres articles sur Blackwater, The Nation
• Blackwater, WikipédiaWikipedia
• SCAHILL Jeremy, Wikipedia
• SCAHILL Jeremy, Blackwater – L’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde, Actes Sud, 2008 [Revue historique des armées - Site]
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Irak, Monde en Question

Propagande guerrière


Kraus a reconnu en 1933 (comme il l’avait déjà fait en 1914) qu’un appareil de propagande avait été mis en place pour justifier une agression militaire. Mon hypothèse est que sa critique peut être considérée comme un «paradigme» : soixante-dix ans plus tard, ses catégories-clés sont toujours valables, et elles peuvent s’appliquer à la guerre qui a débuté en mars 2003 avec l’invasion de l’Irak. Certains optimistes prétendront sans doute que la situation actuelle est complètement différente : nous avons aujourd’hui une presse plus critique et plus indépendante, sans compter les autres médias qui, comme la télévision et l’Internet en particulier, garantissent la liberté d’expression. La réponse de Kraus est que «la liberté de la presse» est pour l’essentiel un mythe. Un journal indépendant ou une chaîne de télévision indépendante, cela ne saurait exister. Tous sont soumis aux pressions des propriétaires, des annonceurs, des intérêts de classe et des idéologies nationalistes. De surcroît, en période de crise, le contrôle effectif des médias passe aux mains des responsables politiques et militaires qui sont bien décidés à diffuser leur propagande belliciste.

La critique que fait Kraus des liens entre le militarisme et les médias constitue l’un des aspects les plus prophétiques de son œuvre. Nous pourrions conclure sur un exemple simple et assurément paradigmatique : l’affaire Friedjung. En 1908, l’historien néoconservateur Heinrich Friedjung publia un article dans le principal quotidien du pays, la Neue Freie Presse ; il y faisait état de documents censés prouver que l’Autriche était menacée de trahison et de conspiration dans les Balkans. Il s’agissait de justifier une attaque préventive contre la Serbie. Mais la menace de guerre s’évanouit, et l’Autriche réussit à annexer la Bosnie-Herzégovine sans recourir à la guerre prévue. Un an plus tard, Friedjung fut poursuivi pour diffamation par les hommes politiques croates qu’il avait faussement accusés de trahison. Ses «documents» se révélèrent être des faux, fabriqués par le ministère des Affaires étrangères autrichien, et Friedjung subit une humiliation publique.

[...]

Évoquons maintenant le parallèle le plus récent : les faux documents de Colin Powell et des gouvernements américain et britannique. Les preuves utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003 se sont révélées aussi fausses que celles invoquées dans l’affaire Friedjung. Mais aucun tribunal américain ou anglais n’a réussi à condamner les dirigeants politiques responsables de ce faux scénario, qui a pourtant coûté d’innombrables vies humaines. Les photos de bases ennemies présentées par le secrétaire d’État américain Colin Powell aux Nations unies pour justifier l’attaque contre l’Irak relevaient davantage des ficelles de la communication que du renseignement fiable. Nous savons aujourd’hui qu’il n’y avait pas d’«armes de destruction massive» en Irak, et que Saddam Hussein n’avait rien à voir ni avec Al Qaida ni avec les attentats contre les Twin Towers. Mais, pendant des mois, ces fables élémentaires ont été rabâchées par les médias patriotiques avec une telle insistance que la majorité des membres du Parlement britannique et du Congrès américain ont fini par les croire. Le fiasco Friedjung se répétait, mais cette fois c’était l’Amérique qui était prétendument en danger : l’Angleterre et la puissance militaire dominante devaient «se serrer les coudes».

Edward Timms, Karl Kraus & la construction de la réalité virtuelle, Agone n°35-36, 2006.

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Karl KRAUS, Monde en Question.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d’Afghanistan de 2001 (1) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d’Afghanistan de 2001 (2) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.

L’Histoire commence à Sumer


Samuel Noah KRAMER, spécialiste de l’assyriologie, serait certainement inconnu du grand public s’il n’avait écrit L’Histoire commence à Sumer, Champs Flammarion, [1957] 1993 [Persée].

Il y a plus de trente ans, l’auteur de ce livre, savant de notoriété internationale, révélait au grand public la civilisation sumérienne, née en Mésopotamie, le sud de l’actuel Irak, voici quelque cinq mille ans. Le miracle grec avait un précédent. Dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ, les Sumériens avaient inventé l’écriture, fondé les premières cités-États, formulé les premiers codes de lois, donné leur première expression littéraire au mythe et à l’épopée.

La première partie contient une introduction à la civilisation sumérienne, berceau des civilisations occidentales – un scandale aujourd’hui pour certains.
La seconde partie, la plus importante, contient la traduction de tablettes cunéiformes qui abordent tous les thèmes de la vie quotidienne y compris les relations hommes-femmes et l’éducation des enfants.
Ce petit livre, facile à lire, est fascinant car on constate que, si les sociétés se sont développées techniquement grâce il faut le souligner à la colonisation, l’humanité n’a guère progressé depuis plus de 5000 ans…

Lire aussi :
• Irak, berceau des civilisations, L’Internaute
• Sumer, Wikipédia
• Sumer & Akkad, Clio
• Le récit du déluge, Université Caen
• La naissance du droit, de la finance et de la comptabilité, IRGO
• Brève chronologie de l’histoire des mathématiques en Mésopotamie, CNRS
• Pierre-Louis Viollet, L’hydraulique dans les civilisations anciennes – 5000 ans d’histoire, Presses des Ponts, 2005 [BooksGoogle]

Analyse et réactions au discours de Obama


Traduction réalisée selon la transcription du discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin 2009 à l’université du Caire (Égypte), Un nouveau départ.

1. Critique de l’expression monde arabo-musulman.
2. Critique de l’expression monde musulman.
3. Critique de la thèse du choc des civilisations.
4. Analyse du discours de Barack Obama.
5. Revue de presse mise à jour le 12/06/2009.
6. Réactions d’Israéliens contre la colonisation de la Palestine.

Lire aussi :
• Articles de l’agence de presse chinoise, Xinhua.
• Articles de l’agence de presse russe, RIA Novosti.
• Articles du quotidien israélien, Ha’aretz.
• 02/06/2009, David P. Goldman, Wrong venue for Obama’s Muslim speech, Asia Times Online.
Une excellente critique de l’adresse de Barack Obama aux musulmans.
• 04/06/2009, Noam Chomsky, Les omissions éloquentes du discours d’Obama au Caire, CCIPPP selon AlterNet.
• 05/06/2009, Pierre Rousselin, Israël et Obama après le discours du Caire, Le Figaro.
Une analyse du point de vue d’Israël.
• 06/06/2009, Bernard Guetta, Obama et le commencement par le Verbe, Le Temps.
Un exemple parmi beaucoup d’autres de la logique du choc des civilisations.
• 07/06/2009, Alain Gresh, Quelques réactions au discours d’Obama au Caire, Les blogs du Diplo.
Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours qui bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, solution utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
• 09/06/2009, Thierry Meyssan, Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans, Voltaire.
Une des rares analyses de la totalité du discours de Barack Obama.

Réactions au discours de Obama


Le discours de Barack Obama analysé par des Israéliens contre la colonisation de la Palestine :

• Uri AVNERY
- 04/06/2009, Obama and Israel’s true interests, MWC News.
- 09/06/2009, The Tone and the Music, Gush ShalomDaily TimesContreInfo.

• Zvi BAR’EL
- 07/06/2009, The power of humility, Ha’aretz.
- 09/06/2009, Egypt, Saudis threaten to rescind Arab peace plan, Ha’aretz.
- 12/06/2009, Week in review/ after Cairo, The National Newspaper

In Haaretz, Zvi Bar’el said: "Obama is a political philosopher who seeks to forge a new constitution of international politics that can replace the old paradigm, which drew a line separating Islam from the West. The old paradigm also built the temples of Orientalism, where the Middle East was researched as a holding area of natives, which attributed wisdom to the West and backwardness to ‘Islam,’ and juxtaposed a West of diplomatic finesse and honest handshakes with an Islam of fraud and violence.
Obama, as he explained in a press interview, removed the masks in Cairo. No one is absolutely right and there are no clear villains. There are no good and bad religions."

• Akiva ELDAR
- 04/06/2009, Obama put Arabs and Israel on an equal footing, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama’s Cairo speech signals end of the 9/11 era, Ha’aretz.
- 12/06/2009, Obama’s Cairo’s speech: A compilation of views, Webdiary

Obama left Egypt with two tablets of the commandments – one for Jews and the other for Muslims. He left no room for doubt: An Israel that continues to discriminate against Palestinians and prevent them from exercising their rights to self-determination and freedom of movement cannot expect affirmative action from the US.
Obama placed violence against Israel on a par with the settlements and the humiliation of Palestinians in the territories. He spoke in the same breath about the struggle of Palestinians who lost their homes more than 60 years ago and the struggle of African slaves in the U.S. The Israelis could see themselves in the sentence that mentioned the apartheid state of South Africa.

• Gideon LEVY
- 05/06/2009, Future of Mideast is a domestic American issue, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama emerged in Cairo as a true friend of Israel, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama est un véritable ami d’Israël, AgoraVox selon Ha’aretz.
- 11/06/2009, Meanwhile, back in Israel, Ha’aretz.

• Tom SEGEV
 - 07/06/2009, Obama’s Buchenwald visit seen as balance to Cairo speech, Ha’aretz.

Lire aussi :
• Revue de presse (mise à jour le 12/06/2009), Monde en Question.
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Analyse du discours de Obama


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [... ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce - à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des "intérêts stratégiques" entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la "menace existentielle" contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël ("menace existentielle") que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème "aimons-nous les uns les autres", utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. "Le moment est maintenant" venu "pour nous d’agir", a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
[...]
Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
[...]
Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
Yahoo! Actualités
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
[...]
George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que "son engagement à garantir la sécurité d’Israël".
Yahoo! Actualités
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
[...]
Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
[...]
Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
Yahoo! Actualités
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d’"une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran]".
Yahoo! Actualités
[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.

Choses lues


Elections 2009, EurActiv.fr.
L’Europe en livres, Le Monde.
François Denord et Antoine Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, 2009 [EHESS].
Bernard Cassen et Louis Weber, Elections européennes, mode d’emploi, Editions du croquant, 2009.

17/05/2009

Yves Gonzalez-Quijano, Femmes politiques arabes / une révolution tranquille ? (1/2), Culture et politique arabes.

22/05/2009

François-Bernard Huyghe, Obama et les photos de torture en Irak, Affaires-strategiques.info.

23/05/2009

Immanuel Wallerstein, Le naufrage du dollar, Mémoire des luttes.

24/05/2009

Yves Gonzalez-Quijano, Femmes arabes dans le Golfe (2/2) / deux ou trois choses qu’on (ne) sait (pas) d’elles, Culture et politique arabes.

25/05/2009

Alain Garrigou, Consécration pour les sondages en ligne, Le Monde diplomatique.

Joseph Stiglitz, Cette finance qui nous pigeonne, Eco89.

Cheney est de retour, Dedefensa.

26/05/2009

Le "J’accuse !" de Amira Hass, EuroPalestine.

L’Iran à pas de loup, Dedefensa.

27/05/2009

Ilia Kramnik, Iran: les missiles, monnaie d’échange avec la communauté internationale, RIA Novosti.

Israël, le sourire de BHO et son “manque de sympathie”, Dedefensa.

Quels conflits pour Barack Obama ?


L’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine dans un contexte d’intensification de la crise économique mondiale et de conflits dans plusieurs "points chauds" pousse à se demander quels conflits pourraient se terminer et lesquels, au contraire, ont une chance d’éclater pendant la présidence de Barack Obama. Comment la situation internationale évoluera-t-elle dans l’ensemble?

Pour comprendre comment pourrait changer la politique militaire des Etats-Unis, un examen attentif des personnes qui l’appliqueront est nécessaire. Le maintien de Robert Gates au poste de chef du Pentagone et la nomination de James Jones au poste de conseiller à la sécurité nationale permettent d’affirmer en toute certitude que les Etats-Unis ne décrèteront pas un "retrait généralisé" et une cessation des hostilités. Néanmoins, des changements considérables sont sans doute à attendre dans certaines zones de conflit.

L’une des principales promesses électorales de Barack Obama était de retirer les troupes américaines de l’Irak. A l’heure actuelle, il est question d’en rappeler les soldats au cours des 16 mois à venir. Le confit dans ce pays ne s’achèvera apparemment pas avec leur départ. L’absence d’une force militaire et politique dominante en Irak empêchera une des forces aux prises dans la guerre civile d’unifier rapidement le pays sous son pouvoir. Par conséquent, le conflit devrait se poursuivre sous forme larvée.

Le conflit afghan, au contraire, a toutes les chances de connaître une intensification. Comme l’a déclaré Barack Obama lui-même, la lutte contre le terrorisme en Afghanistan reste l’une des priorités de Washington. Le secrétariat américain à la Défense a déjà annoncé qu’il projetait de renforcer le contingent déployé dans le pays jusqu’à plus de 50.000 soldats. En s’enfonçant toujours plus profondément dans le conflit afghan, les Etats-Unis courent le risque de s’y enliser, à l’instar jadis de l’URSS.

L’Iran restera certainement sur la liste des objectifs prioritaires. Dans le nouveau contexte, les Etats-Unis devraient vraisemblablement s’abstenir de déclencher une nouvelle guerre dans la région. Il faudrait s’attendre à ce que la pression sur l’Iran s’effectue plutôt de l’intérieur, par le biais du soutien aux forces d’opposition.

L’ex-URSS, surtout la région de la mer Noire, était et restera, à coup sûr, une zone d’attention particulière pour les Etats-Unis. Washington cherche à obtenir coûte que coûte l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN. En Europe, cette position n’est toutefois inconditionnellement soutenue que par la Pologne et les pays baltes, alors que les membres traditionnels de l’Alliance s’y opposent catégoriquement ou estiment que le temps de cette adhésion n’est pas encore venu.

L’Ukraine et la Géorgie n’adhéreront sans doute pas à l’OTAN dans un avenir proche, mais le spectre d’un nouveau conflit russo-géorgien reste omniprésent. Les démarches ukrainiennes liées en particulier au transfert de troupes vers les frontières orientales et sud-orientales de l’Ukraine, ainsi que les actions entreprises par les Etats-Unis, déterminés à protéger leurs navires dans la zone de la mer Noire contre d’éventuels risques militaires, sont également préoccupantes.

Quoi qu’il en soit, si un conflit n’éclate pas avant l’arrivée de la nouvelle équipe à la Maison Blanche (Obama entrera en fonctions le 20 janvier), sa probabilité s’amenuisera considérablement. En effet, les dirigeants américains n’ont aucun besoin d’une guerre ouverte entre la Russie et la Géorgie, surtout si elle implique l’Ukraine. Cependant, la progression de ces pays vers l’OTAN se poursuivra, de même que le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe orientale.

Le déclenchement de nouvelles guerres ouvertes dans d’autres régions du globe est également peu probable. Les cabinets démocrates des dernières décennies ont plutôt eu tendance à miser sur "l’ébranlement intérieur" de leurs adversaires potentiels, en épaulant les forces loyales aux Etats-Unis dans les pays concernés. C’est ainsi que Washington essaiera apparemment de régler le problème du Venezuela, en soutenant les forces d’opposition à Hugo Chavez et en les dotant de sommes confortables, tout en évitant une immixtion directe.

En somme, la situation dans le monde ne sera sans doute pas moins tendue. La crise économique mondiale n’en est qu’à ses débuts, et son développement ultérieur est susceptible d’avoir un impact sérieux sur les projets politiques des principales puissances.

Ilia Kramnik
04/12/2008
Publié par RIA Novosti.

L’administration Obama (4)


Ceux qui avaient encore quelques illusions sur Barack Obama ont du les perdre en prenant connaissance de sa future équipe à la Maison Blanche.

Giorgos Delastik est un des rares journalistes européens à ne pas avoir sombré dans l’Obamania :

Les 60 millions d’Américains qui ont voté pour Obama n’auraient jamais imaginé même dans leurs pires cauchemars que celui-ci ignorerait autant leur demande de changement. … Obama a fait un compromis et a tout cédé aux représentants de l’establishment. Il n’y a pas un seul démocrate progressiste dans son gouvernement ! C’est la première fois qu’un président américain déçoit aussi fortement ses électeurs avant même d’entrer en fonction. La vision du changement … est morte dans l’œuf. Nous avons affaire à un président de façade qui a été élu pour les relations publiques de l’Amérique et avec un seul objectif : améliorer l’image des États-Unis dans le monde. C’est ce qu’il fait, sans apporter de changement politique.
Ethnos – euro|topics

La plupart des alliés occidentaux des États-Unis et la Chine ont salué le choix de Hillary Clinton, mais la Russie ne partage pas ce consensus.

Le choix de Mme Clinton, comme celui de M. Gates, a suscité une réaction négative de la Russie, qui a eu des relations très tendues avec l’administration sortante du président George W. Bush. "Ces nominations n’inspirent aucun optimisme", a déclaré Konstantin Kossatchev, chef de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. "Elles impliquent la continuité, et non une réforme de la conception de la politique étrangère à la Maison Blanche", a ajouté M. Kossatchev, parlant à l’agence de presse russe Interfax.
Mme Clinton et M. Gates sont de "fermes partisans des idées de domination des États-Unis dans le monde et d’une défense dure des intérêts américains par n’importe quel moyen", a estimé le responsable russe, pour lequel "le dialogue bilatéral ne sera pas moins compliqué que sous l’administration de George W. Bush".
AFP – Yahoo! Actualités

Les médias dominants commentent davantage la nomination de Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) que celle de Robert Gates au poste de secrétaire à la Défense (Pentagone). Cet ancien directeur de la CIA, où il a fait sa carrière de 1966 à 1993, occupait déjà ce poste dans l’administration Bush depuis 2006. C’est lui qui mène depuis deux ans les guerres d’Irak et d’Afghanistan pour le compte de Bush. C’est Robert Gates qui a intensifié la guerre en Irak depuis un an, provoquant des destructions massives et alimentant la haine des populations de la région contre les États-Unis.

C’est pourtant la première fois qu’un secrétaire à la Défense est reconduit à son poste dans une administration d’un autre bord que la sienne [AFP - Yahoo! Actualités]. Cela doit être interprété comme une confirmation de l’escalade de la guerre américaine de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan voire l’Iran.

Loin de mettre un terme au militarisme américain comme l’ont espéré des dizaines de millions d’électeurs américain, le gouvernement Obama se prépare à consolider la présence américaine en Irak et à intensifier la guerre en Afghanistan et au Pakistan.
La perspective d’une nouvelle guerre se profile à l’horizon au moment où les conseillers d’Obama conçoivent leurs projets de confrontation avec l’Iran.
WSWS

Robert Gates a déclaré que le retrait des troupes américaines d’Irak prendrait plus de temps que prévu et Barack Obama a déjà renié sa promesse électorale en disant "qu’il consulterait les commandants militaires avant de fixer un calendrier" [AP - Yahoo! Actualités]. Il connaît naturellement l’avis des chefs militaires qui évoquent les prétextes les plus risibles pour poursuivre la guerre.

"Dès qu’il faut déplacer un char de 70 tonnes, c’est dur. C’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit d’en déplacer des centaines", souligne le général Anderson.
AFP – Yahoo! Actualités

Avec les nominations de Hillary Clinton et de Robert Gates, Barack Obama a fortement pris parti pour "la suprématie militaire américaine".

"Nous partageons tous la conviction qu’il faut que nous continuions à détenir les forces armées les plus fortes de la planète", et "nous continuerons à réaliser les investissements nécessaires pour renforcer nos forces armées et augmenter nos forces terrestres", a-t-il martelé, en ajoutant que son administration s’assurerait d’"avoir les moyens et la stratégie nécessaires pour vaincre Al-Qaïda et les talibans" en Afghanistan.
M. Obama compte ainsi poursuivre le projet de l’administration Bush d’augmenter les effectifs militaires américains de 100.000 hommes lors de la prochaine décennie, face à l’épuisement des forces armées – 1,4 million de militaires d’active – qui, mobilisées depuis sept ans en Afghanistan et en Irak, sont près d’atteindre les limites de leurs capacités.
AFP – Yahoo! Actualités

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