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Archive for the ‘Medias’ Category

Crise sociale et médias

25 décembre 2009 Laisser un commentaire

PADILLA VILLARREAL Beatriz, Médiatisation et identification comme facteurs intervenant dans l’irruption de la crise sociale – Une analyse biculturelle de contenu de la presse écrite et modélisation, Thèse soutenue publiquement le 17 juin 2005 à l’Université Jean Moulin Lyon 3 [Télécharger].

L’objet central de cette thèse est l’étude de la crise sociale et des principaux facteurs qui contribuent à son déclenchement. A travers le modèle théorique proposé, nous essayons d’expliquer le passage du réel – l’événement – à celui de la représentation symbolique – la crise. Médiatisation et identification sont ainsi les constantes répertoriées dans ce processus, secondées par certaines variables qu’influencent, également, l’irruption de la crise sociale. Concernant la médiatisation, les variables de la quantité d’information et de la mise en scène énonciative et visuelle de celle-ci contribuent à la visibilité et à la construction du sens de l’événement. Quant à l’identification, elle peut être définie comme la proximité réelle ou symbolique entre l’événement et le public. Elle dépend de l’interprétation de l’événement, soumise toujours aux spécificités de l’identité personnelle et de l’appartenance des individus, notamment les critères socioculturels. La crise sociale se manifeste par un état d’inquiétude généralisée, par une malaise sociale partagée entre les individus, face à des événements qui portent atteinte réelle ou symbolique à leur intégrité physique, à leur mode de vie ou aux conditions sociales de leur existence. Le public, se sentant concerné, se mobilise, mettant en question les pouvoirs politique ou organisationnel. La crise est sociale par excellence, car loin de la nature de l’événement à son origine, elle implique toujours les acteurs sociaux, en plus de déstabiliser le pouvoir politique et de générer des pertes économiques. Le modèle de la crise sociale présenté dans cette thèse a été validé par une analyse de contenu des quotidiens El Pais (Espagne) et Le Monde (France), portant sur le thème du naufrage du pétrolier Prestige. Cette analyse a permis de constater des différences dans l’intensité et dans le traitement de l’information dans ces journaux et l’évolution médiatique d’un accident en catastrophe écologique et puis en crise sociale et politique dans l’un des pays étudiés.

Dossier documentaire & Bibliographie Médias créé le 19/06/2004 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

Les agenciers ou journalistes d’agence

17 décembre 2009 Laisser un commentaire

En hommage aux soutiers de l’information : les agenciers ou journalistes d’agence, Acrimed

Selon une étude de John Stauber et Sheldon Rampton, qui passent pour être les meilleurs spécialistes de la profession et co-auteurs d’un remarquable ouvrage sur la question, le nombre des salariés des agences des relations publiques (150.000) dépassait à partir de la décennie 1990 celui des journalistes (130.000).

Aux États-Unis, 40 pour cent de ce qui est publié dans la presse est directement reproduit, sans altération, des communiqués des «Public relations» soutient Paul Moreira, producteur de l’émission de référence de Canal + et auteur d’un ouvrage documenté sur Les nouvelles censures – Sans les coulisses de la manipulation de l’information, Robert Laffont, 2007.

Tragique retour de choses : la communication a tendu ainsi à se substituer à l’information, et ses dérives avec les « spin doctor’s », ont tendu à renvoyer à la propagande de base des régimes totalitaires que les pays démocratiques étaient censés combattre, comme ce fut le cas notamment lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003. Le «quatrième pouvoir», le garant de la démocratie, est apparu alors comme le vecteur d’une idéologie dominante et le langage de ses opérateurs comme un marqueur d’une d’identité culturelle avec les enjeux économiques que sous tendait la guerre sémantique qu’elle impliquait (précarité versus flexibilité).

En France, la phagocytose des entreprises de presse par le complexe militaro industriel a eu pour curieux résultat de placer les grands quotidiens nationaux et les grands vecteurs audio visuels sous la coupe des grands conglomérats adossés aux commandes de l’état : TFI Bouygues (Bâtiment et téléphonie mobile), Le Figaro Dassault aviation, Libération Edouard de Rothschild (Banque) ainsi que Lagardère armement et édition (Le Monde, Paris Match, Europe 1, VSD, Le journal de dimanche).

Lire aussi :
• NABA René, De notre envoyé spécial – Un correspondant sur le théâtre du monde 1969-2009, L’Harmattan, 2009.
• NABA René, Aux origines de la tragédie arabe, Bachari, 2006. [Dailymotion-Oumma - France Culture]
• NABA René, Du bougnoule au sauvageon – Voyage dans l’imaginaire français, L’Harmattan, 2002.
• NABA René, Guerre des ondes, guerre des religions – La bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen, L’Harmattan, 1998.
Articles :
- René Naba | Actualité et Flashback
- CCIPPP
- Google Vidéos
- L’Harmattan
- Le Grand Soir
- Mondialisation
- Oumma
- Peuples & Monde
- Tlaxcala
- Voltaire
• Dossier documentaire & Bibliographie Agences de presse, Monde en Question.

Construction médiatique de l’incertitude

8 décembre 2009 1 commentaire

Loin du déterminisme national, géopolitique ou social, la scène médiatique qui caractérise le début du troisième millénaire présente comme facteur commun des discours reproduisant et exagérant la violence, l’insécurité et la vulnérabilité sociale, face à une opinion publique de plus en plus sensible. Si nous regardons le paysage médiatique des pays latino-américains, les sujets de prédilection de la presse sont les enlèvements et le narcotrafic. Dans les pays européens, ce sont le terrorisme et la violence urbaine, comme le produit du choc des cultures et de l’immigration qui font le pain des médias.

Ces situations mettent en évidence la rupture qui existe entre les institutions et la société, rupture qui caractérise l’actualité. Cette rupture représente le déséquilibre entre les besoins d’une société et la façon dont les institutions prétendent les gérer, rupture visible et amplifiée par les médias. Ainsi, l’incertitude de notre époque, ou plus précisément, le manque de certitude, a pour base deux éléments principaux : la représentation, par le biais de la mise en évidence médiatique de problèmes comme le chômage, la délinquance, l’augmentation des maladies chroniques et aigües (ce qui correspond à la sphère publique) et l’identification réelle ou symbolique, de l’existence des dits problèmes dans la vie courante des individus (ce qui correspond à la sphère privée). C’est justement à l’intersection de ces deux éléments que l’incertitude se manifeste. C’est pourquoi cet article a pour volonté d’analyser les deux facteurs déterminants dans la construction sociale de l’incertitude : la médiatisation et l’appropriation par le public de l’information médiatisée.

PADILLA VILLARREAL Beatriz [Université Autonome de Coahuila, Mexique], L’agenda médiatique et la construction sociale de l’incertitude, Magazine de la Communication de Crise n°13, Avril 2007 [Télécharger].

Lire aussi :
• PADILLA VILLARREAL Beatriz, Médiatisation et identification comme facteurs intervenant dans l’irruption de la crise sociale, Thèse soutenue publiquement le 17 juin 2005 à l’Université Jean Moulin Lyon 3 [Télécharger].

L’objet central de cette thèse est l’étude de la crise sociale et des principaux facteurs qui contribuent à son déclenchement. A travers le modèle théorique proposé, nous essayons d’expliquer le passage du réel – l’événement – à celui de la représentation symbolique – la crise. Médiatisation et identification sont ainsi les constantes répertoriées dans ce processus, secondées par certaines variables qu’influencent, également, l’irruption de la crise sociale. Concernant la médiatisation, les variables de la quantité d’information et de la mise en scène énonciative et visuelle de celle-ci contribuent à la visibilité et à la construction du sens de l’événement. Quant à l’identification, elle peut être définie comme la proximité réelle ou symbolique entre l’événement et le public. Elle dépend de l’interprétation de l’événement, soumise toujours aux spécificités de l’identité personnelle et de l’appartenance des individus, notamment les critères socioculturels. La crise sociale se manifeste par un état d’inquiétude généralisée, par une malaise sociale partagée entre les individus, face à des événements qui portent atteinte réelle ou symbolique à leur intégrité physique, à leur mode de vie ou aux conditions sociales de leur existence. Le public, se sentant concerné, se mobilise, mettant en question les pouvoirs politique ou organisationnel. La crise est sociale par excellence, car loin de la nature de l’événement à son origine, elle implique toujours les acteurs sociaux, en plus de déstabiliser le pouvoir politique et de générer des pertes économiques. Le modèle de la crise sociale présenté dans cette thèse a été validé par une analyse de contenu des quotidiens El Pais (Espagne) et Le Monde (France), portant sur le thème du naufrage du pétrolier Prestige. Cette analyse a permis de constater des différences dans l’intensité et dans le traitement de l’information dans ces journaux et l’évolution médiatique d’un accident en catastrophe écologique et puis en crise sociale et politique dans l’un des pays étudiés.

• Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Dossier Normand BAILLARGEON

4 décembre 2009 Laisser un commentaire

BAILLARGEON Normand, Contre la réforme de l’éducation – La dérive idéologique du système d’éducation québécois, Presses de l’Université de Montréal, 2009 [Entrevue, Publications universitaires].

Dossier documentaire & Bibliographie Normand BAILLARGEON créé le 20/03/2008 et mis à jour le 04/12/2009, Monde en Question.

Comment les objets communicants transforment la société ?

27 novembre 2009 1 commentaire

Les objets communicants… L’expression semble banale. Pourtant, elle ne désigne pas uniquement les instruments de communication, ceux qui nous permettent d’entrer en contact avec autrui, comme un téléphone ou un ordinateur relié à Internet. Les objets communicants peuvent communiquer tout seul. Ils échangent des informations avec des systèmes informatiques. Ce que les spécialistes nomment le “machine to machine” se trouve au coeur de la prochaine révolution de la société de l’information. L’internet des objets va donner aux “choses” des aptitudes longtemps réservées aux humains : disposer d’un identifiant unique, d’une adresse Internet et, surtout, dialoguer. Les objets manufacturés mais également les objets inanimés naturels, comme les arbres, et les animaux vont ainsi progressivement changer de statut dans la société. Les hommes eux-mêmes devront sans doute se soumettre au même système avec, par exemple, les implants sous cutanés de puces radiofréquences (RFID).

Les objets vont-ils prendre le pouvoir ?
Quels impacts sur la société aura cette extension du domaine de l’informatique à l’ensemble de ce qui nous entoure dans le monde réel ?
Sommes-nous en mesure de décider comment nous allons vivre dans un tel environnement communicant sans nous ?

Autant de questions qui seront débattues, les 26 et 27 novembre, lors des Entretiens du nouveau monde industriel organisés par l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) au Centre Pompidou.

Science publique – France Culture

Lire aussi :
• STIEGLER Bernard, GIFFARD Alain, FAURÉ Christian, Pour en finir avec la mécroissance – Quelques réflexions d’Ars industrialis, Flammarion, 2009.

Avec la fin du «siècle de l’automobile» et de l’«ère du pétrole», ce sont aussi la télévision, les industries de programme et les industries culturelles en général qui sont entraînées dans une crise profonde, subissant la désaffection d’une partie croissante de la population. L’ensemble du système consumériste s’avère aujourd’hui caduc.

Dès son origine, Ars Industrialis a soutenu que le consumérisme constitue un processus autodestructeur, soumettant les technologies d’information et de communication à l’hégémonie d’un marketing irresponsable et empêchant la formation d’un nouvel âge industriel. Car au cours de la dernière décennie, un autre modèle comportemental est apparu qui dépasse l’opposition de la production et de la consommation, dont le logiciel libre et les licences creative commons sont les matrices conceptuelles et historiques.

Ce nouveau modèle constitue la base d’une économie de la contribution. Il permet d’espérer qu’après la domination de la bêtise systémique à laquelle aura conduit le consumérisme, les technologies numériques seront mises au service d’une nouvelle intelligence collective et d’un nouveau commerce social – pour autant qu’émergent une volonté politique et une intelligence économique nouvelles, et que s’engage la lutte pour en finir avec la mécroissance.

• Bernard STIEGLER, Ars Industrialis.
• Bernard STIEGLER, Wikipédia.
• Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

Terrorisme syntaxique

5 octobre 2009 Laisser un commentaire

“Un pistolero palestinien tire pour tuer à Jérusalem” : c’est le titre de Une de l’édition électronique de El Mundo de ce matin. Puis le regard se pose sur le surtitre : «Au moins une personne blessée». Ceux d’entre nous qui ont le courage de lire l’info apprendront que la seule victime mortelle de cette action a été justement son exécutant. Laissons de côté le mot “pistolero”, emblème de la violence irréductible, qui a un tel effet de dépolitisation tel qu’il légitime en soi tout type de riposte, si négativement plat qu’on évite de l’utiliser même pour les fous qui tuent de manière indiscriminée dans les lycées et restaurants aux USA.

Laissons aussi de côté le fait que les Palestiniens assassinés hier étaient comptés hier –au fur et à mesure que d’heure en heure, leur nombre allait croissant – dans le même El Mundo en bas de page sous la rubrique Autres infos.

Nous devons prêter attention à quelque chose d’encore plus subtil, le terrorisme syntaxique, la torsion des phrases dans leur structure même. Avons-nous jamais remarqué que les Palestiniens sont toujours les «sujets», actifs ou passifs de chaque phrase? ” Un pistolero palestinien tire pour tuer à Jérusalem”, “Un Palestinien meurt suite à un échange de tirs avec l’armée israélienne”. Percevons-nous toute la distance qu’il ya entre dire «Un colon juif tire et tue trois Palestiniens», et dire : «Trois Palestiniens tués par un colon juif?”. Le véritable «agent» de tous les problèmes en Palestine se retire sur des positions syntaxiques, et, accroupi là, supprimer toute trace de leur responsabilité. Les Palestiniens tuent (une décision libre, agressive, négative) ; les Palestiniens meurent, comme s’il s’agissait d’une loi de la nature. Les Palestiniens, en effet, meurent suite à (le plus volatile terme de causalité») un missile lancé d’un hélicoptère, ou à une incursion de tanks à Naplouse, ou encore une fusillade entre forces du Fatah et soldats Israéliens. Qui les a tués?

Si je dis que ma grand-mère est morte quelques minutes après le début des bombardements sur l’Afghanistan, personne ne songera à établir une relation entre les deux événements et à blâmer les B-52 usaméricains. Le terrorisme syntaxique juxtapose deux actions qui sont liées, cependant, par une relation causale indissoluble. «Trois enfants palestiniens meurent à l’hôpital suite à un raid israélien»: le lecteur doit faire un effort pour rétablir le vrai sujet, sémantique et moral de cette phrase. Ces enfants, ne seraient-ils pas morts de la rougeole? Ne seraient-ils pas tombés d’un mur? En Palestine, il ya des coïncidences tous les jours comme celle de ma grand-mère, avec une fréquence telle qu’il est surprenant qu’il n’y ait pas plus de spécialistes en parapsychologie dans les rues de Jérusalem.

«Sept jeunes Palestiniens meurent d’une mort naturelle après qu’un obus israélien pulvérise leur maison.» «Une femme palestinienne s’effondre, victime d’un arrêt cardiaque, alors qu’un soldat lui tire au cœur.» Rien de plus paradoxal que de constater que les journalistes ont fini par se réfugier sans le savoir dans la philosophie d’ Al-Ghazali (1058-1111), qui pour défendre la liberté absolue de Dieu fut contraint de refuser les chaînes causales; contemporaines ou successives, l’occupation et l’intifada, les tirs israéliens et les enfants explosés n’ont aucune relation entre eux. Dieu est libre de faire ce qu’il veut, et de relier deux événements comme il lui plaît, Israël ne semble coupable que parce que, dans notre échelle chronologique classique, les tirs précèdent les morts. Mais ne suffirait-il pas que les Palestiniens meurent d’abord et que les Israéliens tirent ensuite pour que se révèle à nous, comme aux journalistes, toute l’innocence de l’occupant ?

24 octobre 2001
Santiago ALBA RICO
Traduit par Fausto Giudice pour Tlaxcala

Lire aussi :
• La Première guerre mondiale des mots, Tlaxcala.
• Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.

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Dossier Anne NIVAT

26 août 2009 Laisser un commentaire

Dossier documentaire & Bibliographie Anne NIVAT créé le 25/08/2009, Monde en Question.

Médias en France

10 août 2009 2 commentaires

Cette édition met en lumière l’influence de la politique belliqueuse des néo-conservateurs américains sur les gouvernements européens. Tous les médias français importants sont également touchés car leurs liens avec les groupes financiers et ceux de l’armement leur ont fait perdre leur indépendance et révèlent une dangereuse concentration de l’information en France au sein de quelques groupes aux intérêts convergents.

Nos articles relatifs aux guerres en Irak, en Afghanistan, au Liban et dans la bande de Gaza et à l’utilisation d’armes illégales témoignent de cette politique qui promet vingt ans de guerres.

Horizons et débatsPDF

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Du récit au récit médiatique

29 juillet 2009 Laisser un commentaire

Marc LITS, Du récit au récit médiatique, De Boeck, 2008 [Nonfiction]

Cet ouvrage propose une réflexion sur le rôle du récit dans toute société, et jette un regard critique sur les différentes méthodologies d’analyse de ces récits, ainsi que sur leur place dans un système médiatique omniprésent.

Pour lire correctement un récit, et pour en produire, il est utile de connaître et de maîtriser ses règles d’organisation, depuis ses structures de base jusqu’aux différents éléments qui le constituent – personnages, temporalité, style et rhétorique. Mais un récit ne prend toute sa dimension que lors de sa découverte par le récepteur. Entrent alors en jeu des questions d’ordre sémiotique, esthétique, psychologique ou sociologique. Apprendre à maîtriser les différents codes qui sous-tendent la production et la réception de tout récit, voilà l’objectif de ce volume, qui se veut donc au fondement de toute pratique de lecture, de vision, mais aussi de production.

Ces considérations théoriques n’ont de sens que si elles s’inscrivent dans le cadre plus général d’une réflexion sur les rapports entre le récit et la société. Que nous dit un récit de presse de la société dont il est le reflet ? En quoi le récit médiatique, source d’information privilégiée, façonne-t-il aujourd’hui notre vision du monde ?

C’est à une découverte critique des principaux outils narratologiques qu’invite cet ouvrage, en l’appliquant principalement aux médias de masse : presse écrite, télévision et Internet.

Le storytelling est un concept, créé par les petits maîtres-à-penser des médias dominants, qui postule que le récepteur (lecteur ou téléspectateur) est totalement dépendant de la forme narrative et qui surestime l’efficacité des intentions de l’émetteur (politique ou publicitaire) en faisant totalement abstraction de la réception.

L’intérêt du travail de synthèse de Marc LITS (au sein de l’ORM) est de prendre en compte l’analyse du récit non seulement du point de vue de l’émetteur mais aussi du récepteur. L’expérience commune montre l’écart, plus ou moins important (parfois abyssal), entre ce qu’on exprime et l’interprétation faite par les uns et par les autres.

La culture médiatique, bien que nivelante, n’a pas réussi à tuer la diversité. Tout récit, qu’il soit oral, écrit, filmique ou audiovisuel, a autant de lectures possibles que d’auditeurs, de lecteurs ou de spectateurs. Nous vivons dans un monde ouvert et complexe où chacun construit, chemin faisant, la réalité.

Serge LEFORT
29/07/2009

Lire aussi :
• Narratologie, Wikipédia
• Schéma narratif, Wikipédia
• Lexique, Fralica
• Analyser un récit, Fralica
• Récit médiatique, UCL
• Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question

Storytelling

28 juillet 2009 Laisser un commentaire

Christian SALMON, Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, La Découverte, 2007 [Dossiers du Net - Extraits - Fabula - France Culture (mp3) - Rue89 (vidéos) - Télérama]

Christian Salmon signe un ouvrage de propagande contre la propagande, aussi hasardeux que faux, qui a aveuglé nombre de journalistes français. Ou le succès inattendu d’une storytelling à la française.
[...]
Le premier problème du livre, c’est qu’il méconnaît assez largement l’histoire qu’il prétend écrire et, déjà, passe sous silence la longue tradition de cet “art de raconter des histoires”. Un tel concentré d’inculture sur les États-Unis est d’autant plus frappant que cette histoire que Salmon découvre avec au moins un siècle de retard, est bien connue.
[...]
Tout au long de son essai bâclé, Salmon dénonce un journalisme qui “favorise une version anecdotique des évènements, une représentation en noir et blanc de l’actualité, et contribue comme jamais à brouiller la frontière entre la réalité et la fiction” – et on croirait qu’il parle de son propre livre !
[...]
Enfin, l’ouvrage produit ce qu’il dénonce. Ce n’est pas le moindre de ses paradoxes. Salmon est tellement peu sûr de lui et de son hypothèse “story-tellisée” qu’il la rappelle à chaque page comme par mauvaise conscience alors qu’il se sait dans le mensonge ; à chaque page comme pour se rassurer, Salmon vend sa marque “storytelling” – il l’utilise à tout bout de champ, sans aucune rigueur scientifique. Mais il y a plus grave encore, c’est qu’en chemin, Salmon s’est mis à croire à sa propre histoire.
Frédéric MARTEL, Une storytelling à la française, Nonfiction

L’auteur n’emporte pas la conviction quand il décrit l’avènement “d’un nouvel ordre narratif” qui “va au-delà de la création d’une novlangue médiatique engluant la pensée : le sujet qu’il veut formater est un individu envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les affects, encadre les comportements et les idées…”.
[...]
À y regarder de plus prés, aucune de ces techniques de communication n’est nouvelle. Ronald Reagan, en son temps, fit un usage extensif des “stories” édifiantes dans ses discours officiels : des “success stories” destinées à illustrer le “rêve américain”. “Deux siècles d’histoire de l’Amérique devraient nous avoir appris que rien n’est impossible.
[...]
Est-il légitime pour autant de regrouper sous la notion unifiante de “storytelling” des techniques de communication et des procédés rhétoriques qui opèrent sur des registres de nature très différentes : évocation du “grand récit” américain à travers des “success stories” édifiantes, “dramatisation” des enjeux à travers leur déplacement sur une scène morale (le bien et le mal), “scénarisation” de la figure présidentielle en “saga”, optimisation de l’impact visuel par la mise en scène soignée des appararitions télévisées… ?
Maurice RONAI, Quand on a un marteau, tout ressemble à un clou, Nonfiction

Christian Salmon enfonce des portes ouvertes et redécouvre une roue qui tourne depuis des siècles… Le storytelling est une très ancienne technique d’auto-célébration du pouvoir. Il y a plus de 3700 ans, Hammurabi faisait graver dans la pierre le récit de son très long règne. Les journalistes ont succédé aux hagiographes royaux, mais ils utilisent les mêmes procédés narratifs.

L’auteur de Storytelling fait partie de ces intellectuels qui, faute de critiquer le tournant idéologique de la gauche en 1982 en faveur du néo-libéralisme et d’analyser ses échecs depuis, utilisent la rhétorique médiatique du pouvoir pour inscrire leurs noms dans la marge d’une histoire qui se fait sans eux.

Dans un article, publié par Le Monde, il joue les analystes de la “médiasphère” en participant à la “feuilletonnisation” de la vie politique qu’il prétend dénoncer [1].

Serge LEFORT
28/07/2009

Lire aussi :
• Christian SALMON, Une machine à fabriquer des histoires, Le Monde diplomatique, Novembre 2006.
• Christian SALMON, Le magicien de la Maison Blanche, Le Monde diplomatique, Décembre 2007.
• Christian SALMON, Nicolas Sarkozy et les sarkologues, Le Monde, 15/02/2008.
• Christian SALMON, Malaise de Nicolas Sarkozy : “La médiasphère s’est emballée”, Le Monde, 27/07/2009.

• Mona CHOLLET, Rêver contre soi-même, Périphéries, 28 mai 2007.
• Mona CHOLLET, Rêves de droite – Défaire l’imaginaire sarkozyste, La Découverte, 2008 [Périphéries - Zones].
• Mona CHOLLET déconstruit le “Storytelling” à la sauce Sarkozy, Rue89, 08/03/2008.

• Jean-François HUYGHE, Storytelling, Huyghe, 2 décembre 2007.
• Nathalie BORDEAU, Storytelling et communication politique en France, Libéralisme ou démocratie, 14 mars 2008.
• Patrick LEVIEUX, “Sarkozy je te vois” : le protagoniste de l’affaire raconte son happening citoyen, Le Monde, 04/07/2009.
• Patrick LEVIEUX, L’affaire “Sarkozy je te vois” : le récit, l’Humanité, 07/07/2009.
• Patrick LEVIEUX, L’affaire « Sarkozy, je te vois ! » : un storytelling citoyen, l’Humanité, 07/07/2009.
• FAVILLA, Storytelling, Les Echos, 23/07/2009.

• Storytelling, Wikipédia.
• Dossier Storytelling, Manager GO.
• Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.


[1] Il pratique le storytelling de ses chroniques publiées dans Le Monde : Christian SALMON, Storytelling saison 1. Chroniques du monde contemporain, Les Prairies ordinaires, 2009 [Fabula].
• Christian SALMON, Autodafé, la revue du Parlement international des écrivains, remue.net.
• Christian SALMON, Tombeau de la fiction, Denoël [Périphéries].