Dossier Géopolitique
Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique créé le 14/09/2008 et mis à jour le 19/12/2009, Monde en question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique créé le 14/09/2008 et mis à jour le 19/12/2009, Monde en question.
Malgré les troubles et la violence qui ont suivi les élections présidentielles en Iran, de nombreux Juifs iraniens d’Israël ou de l’étranger estiment que la vie en République Islamique est meilleure sous le président Mahmoud Ahmadinejad qu’elle ne l’aurait été sous son rival Mir Hossein Moussavi.
Lors d’une conférence de Juifs iraniens à Jérusalem lundi, des leaders de la communauté juive Mashadi ont déclaré que malgré les allégations anti-israéliennes d’Ahmadinejad, l’Iran est un pays dans lequel les Juifs peuvent pratiquer leur religion en sécurité.
« Ahmadinejad fait des déclarations regrettables à propos des Juifs, mais il est préférable à Moussavi », estime Shlomo Zabihi, rabbin Mashadi. Le gouvernement actuel est relativement stable et fournit un environnement sûr pour les Juifs, a t-il poursuivi.
La réunion de lundi était le premier rassemblement de la Fédération des Juifs Mashadi, une organisation qui vise à préserver l’identité religieuse et culturelle des Juifs de Mashad, la seconde plus grande ville iranienne, avec une population de 2,5 millions d’habitants.
Durant la Révolution Islamique de 1979, de nombreux Juifs Mashadi ont fuit vers les États-Unis, essentiellement vers New York, où 6 000 Juifs ayant des liens avec Mashad vivent actuellement. Il n’y a presque plus de Juifs à Mashad aujourd’hui, mais environ 25 000 Mashadi vivent en Iran, et sont concentrés à Téhéran.
Bahman Kamali, le fondateur de l’organisation, a déclaré que les appels à la destruction d’Israël lancés par Ahmadinejad n’ont rien à voir avec l’incitation à la violence envers les Juifs de la Diaspora. « Il y a une différence, car les Iraniens respectent les religions du livre : christianisme, judaïsme » a ajouté Kamali. Les Juifs peuvent donc aller à la synagogue et prier sans rencontrer de problèmes, affirme t-il.
Selon une dépêche de l’Associated Press, publiée le 5 juillet, les États-Unis auraient donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran.
Les États-Unis ne feront pas obstacle à Israël si l’État hébreu juge nécessaire une action militaire pour éliminer la menace nucléaire iranienne, car c’est un pays souverain, a déclaré dimanche le vice-président américain Joe Biden.
Les États-Unis “ne peuvent pas dicter à un autre pays souverain ce qu’il peut ou ne peut pas faire”, a déclaré M. Biden sur la chaîne de télévision ABC. L’État hébreu peut déterminer par lui-même “ce qui est dans son intérêt et ce qu’il décide vis-à-vis de l’Iran ou tout autre pays”.
“Que nous soyons d’accord ou non, ils ont le droit de le faire. Tout pays souverain a le droit de le faire”, a-t-il ajouté. “Si le gouvernement (de Benyamin) Nétanyahou décide d’agir différemment de ce qui est fait actuellement, cela relève de leur droit souverain. Le choix ne nous appartient pas.”
Selon une dépêche de l’AFP, publiée le 7 juillet, les États-Unis n’auraient pas donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran.
Le président américain Barack Obama a affirmé mardi que les États-Unis n’avaient “absolument pas” donné leur feu vert à Israël pour attaquer l’Iran afin de l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, dans une interview à la chaîne de télévision CNN.
Interrogé sur le fait de savoir si les États-Unis avaient donné leur feu vert à Israël pour une éventuelle attaque de l’Iran, M. Obama a répondu “absolument pas. C’est très important, je suis aussi clair qu’il est possible de l’être” sur ce sujet.
Mais… “Le vice-président Joe Biden l’a dit catégoriquement : nous ne pouvons dicter à d’autres pays la conduite à tenir en matière de sécurité”, a relevé le président américain qui se trouve à Moscou depuis lundi.
L’agence israélienne Guysen semble croire à version Obama.
Le département d’État américain a déclaré dans un communiqué paru lundi, que la déclaration de Joe Biden selon laquelle Israël devait décider d’elle-même des solutions à prendre contre la menace nucléaire iranienne, ne pouvait être considérée comme un « feu vert » américain pour une attaque militaire israélienne sur l’Iran.
« Nous n’allons certainement pas donner notre feu vert pour quelque attaque militaire que ce soit, mais Israël est un pays souverain et nous n’allons pas lui dicter ce qu’il doit faire », a expliqué le porte-parole du département d’État Ian Kelly.
Le communiqué indique que les États-Unis « partagent avec Israël leur profonde inquiétude sur le programme nucléaire iranien ».

L’agence russe RIA Novosti reste perplexe.
Moscou est surpris par les propos du vice-président américain Joe Biden sur un éventuel emploi par Israël de la force armée contre l’Iran, a déclaré mardi le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères (MID) Andreï Nesterenko.
“Nous sommes pour le moins étonnés par les propos du vice-président américain Joe Biden. Nous estimons qu’ils sont en contradiction flagrante avec les approches déclarées par le président américain Barack Obama concernant le règlement de la situation autour du programme nucléaire iranien, et notamment la disposition des États-Unis à engager le dialogue avec Téhéran afin de rechercher une solution à ce problème par des moyens politiques et diplomatiques”, a indiqué le porte-parole de la diplomatie russe.
Que penser de ce double langage ? Non seulement entre Biden et Obama, mais aussi de Obama lui-même. Philippe Grasset minimise cette affaire :
Le mythe resurgi d’une attaque contre l’Iran, que nous avons subi pendant trois longues années, l’est ici à partir de circonstances complètement fortuites bien plus que de fuites ou de pressions maladroites. C’est le pur produit du système de communication, enchaînant le thème sensationnel associé à “la politique de l’idéologie et de l’instinct” qui a prévalu officiellement pendant huit années, additionné au caractère d’un homme prompt à un peu trop parler. C’est un signe intéressant que l’extrémisme constant, ce “gauchissement” (vers la droite extrême, pour ceux que l’étiquetage passionne) systématique du discours et des options, est d’abord le produit de l’automatisme de la communication, qui est une sorte d’idéologie en soi. Il semble que tout le monde a paniqué dans cette affaire, y compris les Israéliens qui ont fait passer vite fait le message, par le Washington Times, qu’ils ne demandaient aucune autorisation d’attaquer à Washington, – impliquant par là qu’ils la demanderaient s’ils devaient attaquer, comme, apprend-on de source officielle israélienne cette fois, Olmert l’a fait auprès de Bush.
La chose (l’Iran) semble donc tenir à cœur à Obama, par conséquent la politique qu’il tente de mener depuis quelques mois, qu’il semble vouloir poursuivre malgré les événements depuis les élections présidentielles du 12 juin. Son intervention est abrupte et ne s’embarrasse pas de protocole. Le Absolutely not prétend répondre à la question “avez-vous donné votre feu vert à Israël pour une attaque?”, ce qui nous fait comprendre qu’effectivement la chose pourrait être demandée, ou a été demandée, ou même devrait être demandée. Pour l’instant, malgré les événements d’Iran, il semble hors de question d’appuyer de quelque manière que ce soit sur l’option militaire, même pour faire pression sur l’Iran. En soi, la réaction d’Obama est un message puissant pour l’Iran, qu’il ait été conçu de cette façon ou non, – et probablement ne l’a-t-il nullement été.
Joe Biden a donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran le 5 juillet. Barack Obama n’a refusé le feu vert que le 7 juillet et depuis Moscou, où il discute de la question des armes nucléaires. Pourquoi a-t-il réagi si tardivement ?
En utilisant le double-langage de la carotte et du bâton avec l’Iran, Barack Obama ne risque-t-il d’encourager la fuite en avant d’une guerre préventive déclenchée par le gouvernement de Benjamin Nétanyahou ?
Qu’en est-il de la volonté de Barack Obama de s’impliquer en faveur de la question palestinienne ? Ses atermoiements avec Israël ne sont-ils pas l’aveu de l’acceptation du fait accompli de la colonisation, qui rend impossible la création d’un État palestinien viable ?
Serge LEFORT
07/07/2009
Note du 08/07/2009 Lire aussi : Feu vert ou faux pas ?, Dedefensa.
En réponse à Barack Obama qui s’etait adressé aux musulmans du monde entier, Benjamin Netanyahu s’adresse aux seuls Israéliens pour les convaincre qu’il est bien le Premier ministre d’un «gouvernement d’unité nationale» et qu’il est capable de «garantir la sécurité d’Israël» face à «la menace iranienne, la crise économique»… et un nouveau Hamastan».
Benjamin Netanyahu a peu parlé de l’Iran, mais toujours en termes de menace pour Israël :
«la menace iranienne»
«le spectre de la menace iranienne»
La réélection de Mahmoud Ahmadinejad, qu’il n’a jamais nommé, est un atout majeur pour concrétiser ses efforts en vue «de forger une alliance internationale» contre l’Iran. Moshe Ya’alon, vice-Premier ministre et ministre des Affaires stratégiques, a depuis longtemps préparé cette stratégie qui est une arme redoutable pour détourner l’attention des crimes perpétués par l’armée d’occupation en Palestine [1].
L’essentiel de son discours concernait la question palestinienne. Benjamin Netanyahu a prononcé trois fois les mots «État palestinien», mais en termes négatifs ou hypothétiques :
Si ces deux conditions ne sont pas respectées, le danger de l’émergence d’un État palestinien armé qui deviendrait une nouvelle base de terrorisme contre l’État juif, du genre de celle de Gaza, est réel.
On ne peut s’attendre à ce que nous acceptions par avance le principe d’un État palestinien sans garanties de démilitarisation de cet État.
Si nous recevons des garanties concernant la démilitarisation et les exigences israéliennes de sécurité, et si les Palestiniens reconnaissent qu’Israël en tant qu’État du peuple juif, nous serions disposés, dans le cadre d’un futur accord, à parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.
Les nouvelles conditions que Benjamin Netanyahu posent avant d’envisager «dans le cadre d’un futur accord» de «parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien» le rendent impossible et le vident par avance de sa substance :
1) Les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme l’État du peuple juif.
Il s’ensuit que la condition préalable fondamentale pour mettre fin au conflit est la reconnaissance, publique et catégorique par les Palestiniens, d’Israël comme l’État-nation du peuple juif.
J’ai déjà énoncé le premier de ces principes : la reconnaissance. Les Palestiniens doivent reconnaître clairement et sans ambiguïté qu’Israël est l’État du peuple juif.
[...] si les Palestiniens reconnaissent qu’Israël en tant qu’État du peuple juif, nous serions disposés, dans le cadre d’un futur accord, à parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.
Commentaires :
Pour comprendre l’absurde de cette exigence, il faut savoir que la question de la nature de l’État d’Israël n’a jamais été réglée depuis 1948. L’État d’Israël ne possède pas de Constitution car les religieux s’y sont toujours opposé. Son droit s’appuie sur la Déclaration d’indépendance et les Lois fondamentales.
Le problème est que l’appartenance d’un individu au peuple juif (judéité) dépend de la Halakha et donc du pouvoir religieux.
Le deuxième problème que soulève cette exigence est le devenir des Arabes israéliens, qui représentent aujourd’hui environ 20% de la population. Leurs droits, qui varient selon leur origine ethnique et qui ne sont pas dans les faits égaux à ceux des Juifs israéliens, sont aujourd’hui remis en cause par l’extrême droite.
Dans les pays démocratiques, le droit s’applique à tous les citoyens quelque soit son origine ethnique et son appartenance religieuse. C’est la contradiction du droit israélien, en principe démocratique mais réservé au seul «peuple juif» comme l’a martelé Benjamin Netanyahu en recourant à un vocabulaire ethnico-religieux.
Comment un chef de gouvernement peut-il demandé à un peuple, qu’il nomme même pas et dont il occupe la terre depuis plus de quarante ans, de résoudre à sa place la question de la nature de l’État d’Israël ?
Qui se soucie des laïcs qui, en Israël, doivent se soumettre à la loi religieuse ? Sait-on que, par exemple, le seul mariage possible en Israël est le mariage religieux ? Cet archaïsme ne trouble-t-il pas les pourfendeurs du voile dit islamique ? Allez donc voir Pureté et Condamnée au mariage de Anat Zuria [2].
2) Que l’État palestinien soit démilitarisé.
Le second est la démilitarisation : le territoire sous contrôle palestinien doit impérativement être démilitarisé pour garantir la sécurité d’Israël.
[Nous voulons] des engagements clairs pour que, dans un futur accord de paix, le territoire contrôlé par les Palestiniens soit démilitarisé [...]
Si nous recevons des garanties concernant la démilitarisation et les exigences israéliennes de sécurité, [...] parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.
Commentaires :
L’argument de Benjamin Netanyahu, comme de tous les gouvernements israéliens avant lui, est la sécurité d’Israël. On pourrait le comprendre si la politique sécuritaire ne se substituait pas la politique économique et sociale. La même politique, menée en France, est d’ailleurs taxée de lepéniste.
Mais surtout de quel droit un gouvernement pourrait interdire à un autre État de se préoccuper de la sécurité de ses propres citoyens ? C’est ce que prétend cyniquement Benjamin Netanyahu : au nom de la sécurité d’Israël l’État est interdit d’assurer la sienne.
Plus absurde encore, Benjamin Netanyahu exige que les Palestiniens assurent bénévolement la sécurité d’Israël en contrôlant par exemple «le trafic d’armes sur le territoire». Mais comment ?
Le mystère reste entier et ferait rire tout le monde s’il ne s’agissait d’un État qui utilise massivement ses forces militaires – aériennes, maritimes et terrestres – contre une population civile ; s’il ne s’agissait d’un État qui n’a respecté aucune résolution de l’ONU le concernant depuis 1948 ; s’il ne s’agissait d’un État qui viole ses propres règles morales.
En lisant dans le détail le texte du discours de Benjamin Netanyahu, on se rend compte qu’il dénie tout droit à l’hypothétique État palestinien : pas de contrôle – aérien, maritime et terrestre – de son territoire, pas de relations avec les pays désignés comme ennemis d’Israël, pas de maîtrise de son économie qui serait en concurrence avec celle d’Israël, pas le droit d’élire démocratiquement des représentants qui ne plaisent à Israël, etc.
Cette mascarade s’appelle un État croupion à la solde de l’occupant comme le fut le régime de Vichy pendant la Seconde guerre mondiale. Un régime qui se préoccupera de la sécurité d’Israël en arrêtant préventivement – de préférence dès la naissance – tous les supposés résistants.
3) Qu’aucun réfugié palestinien n’ait droit au retour.
Car il est clair que toute exigence de retour des réfugiés palestiniens en Israël constitue un danger pour l’existence d’Israël en tant que État du peuple juif.
Commentaires :
Le droit que reconnaît l’État d’Israël aux Juifs du monde entier d’émigrer en Israël et d’acquérir automatiquement la nationalité, ce droit est dénié aux Palestiniens qui ont été chassé de leur terre en 1948 par l’armée israélienne.
Benjamin Netanyahu ne reconnaît aucun droit aux Palestiniens et surtout pas celui de retrouver leur maison et leur terre, volées par les groupes terroristes Irgoun Stern et Haganah en 1948 et par Tsahal depuis.
Cette politique du deux poids, deux mesures est constante et elle révèle le racisme colonial qui imprègne la classe dirigeante en Israël. Un racisme qui gangrène toute la société au point que beaucoup d’Israéliens ont perdu aujourd’hui toute compassion et tout sentiment humain face à la détresse des Palestiniens.
4) Que Jérusalem soit la capitale indivisible d’Israël.
Israël a besoin de frontières sûres et défendables, Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël où la liberté de toutes les religions sera respectée.
Commentaires :
Benjamin Netanyahu a eu recours à un vocabulaire ethnico-religieux et certains passages de son discours ont un simple copier-coller de la Déclaration d’indépendance. Ainsi, il reprend le mythe religieux de la Terre d’Israël [Eretz Israel], don de YHWH au peuple juif. L’histoire de la Palestine montre que, avant la sédentarisation de population semi-nomade (proto-Israélites selon les archéologues) vers -1200, fleurissait la civilisation cananéenne notamment sur le site de Jérusalem.
Jérusalem est absent de la Déclaration d’indépendance de 1948. La ville passe sous administration israélienne après la guerre coloniale des Six Jours en 1967. En 1980, la loi fondamentale israélienne entérine le statut de la ville en capitale «éternelle et indivisible». Mais la résolution 476 et la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies annulent cette loi en droit international.
5) Que l’Autorité palestinienne reprenne Gaza au Hamas.
L’Autorité palestinienne devra faire régner la loi à Gaza et triompher du Hamas.
Commentaires :
Benjamin Netanyahu en Ubu colonial, aussi grotesque que son modèle, exige que l’Autorité palestinienne (ignorée du temps d’Arafat), fasse un véritable coup d’État à Gaza pour prendre par la force le pouvoir que le Hamas (instrumentalisé par Benjamin Netanyahu et Ariel Sharon) a gagné dans les urnes.
Exigence grotesque car on se demande comment l’Autorité palestinienne, totalement désarmée, pourrait «reprendre Gaza au Hamas». Exigence méprisante pour la démocratie palestinienne. Le Hamas, que cela lui plaise ou non, a gagné les élections législatives à Gaza en 2006.
6) Que la colonisation continue.
[...] nous n’avons l’intention ni d’établir de nouvelles colonies, ni d’exproprier d’autres terrains au profit des colonies existantes.
Toutefois, nous devons permettre aux habitants de mener une vie normale, aux mères et aux pères d’élever leurs enfants comme partout ailleurs.Commentaires :
Le diable est dans les détails. À lire le paragraphe sur la colonisation, on pourrait croire que Benjamin Netanyahu n’a pas «l’intention d’établir de nouvelles colonies», mais il a bien l’intention d’étendre les colonies existantes.
Nous allons y revenir, mais remarquons d’abord comment il présente l’extension naturelle des colonies : «nous devons permettre aux habitants de mener une vie normale, aux mères et aux pères d’élever leurs enfants comme partout ailleurs». Les habitants en question sont des colons israéliens qui vivent sur des terres volées aux Palestiniens grâce à la protection de milices et de l’armée en violation du droit international et de toutes les résolutions de l’ONU.
Pour comprendre les véritables intentions de l’Ubu colonial, il faut relire les paragraphes antérieurs dans lesquels il justifie longuement le droit du peuple juif sur la Terre d’Israël [Eretz Israel], «sa patrie historique» car don de YHWH au peuple juif. Il répète inlassablement le mythe sioniste «une terre sans peuple pour un peuple sans terre» et nie les travaux de tous les historiens, notamment israéliens.
Il revendique fièrement son négationnisme de l’expulsion des Palestiniens en 1948 organisée selon le Plan Daleth, de la destruction des maisons et du vol des terres palestiniennes après 1948, de l’occupation coloniale de Gaza et de la Cisjordanie depuis 1967 et de l’extension des colonies selon un plan qui émiette les territoires palestiniens en banthoustans.
Le problème fondamentale est que Israël n’a jamais reconnu les frontières internationales de son État. Ses frontières sont sans cesse repoussées plus loin par la guerre et l’occupation militaire et coloniale. Benjamin Netanyahu n’a donc logiquement rien dit des frontières d’un hypothétique État palestinien. Il évoque vaguement «le territoire sous contrôle palestinien», au singulier car il exclut Gaza qui est, selon lui, un Hamastan.
Benjamin Netanyahu reprend le rêve sionniste, abandonné par Ehud Olmert, du Grand Israël. S’il ne prononce pas le mot, il y fait explicitement référence dans la partie qui traite des «principes fondamentaux» [3].
Pour conclure sur une note optimiste, Benjamin Netanyahu, empêtré dans les contradictions d’un «gouvernement d’unité nationale», a fait un aveu de taille :
Ces deux réalités – notre attachement à la Terre d’Israël [Eretz Israel] d’une part, et la présence d’une population palestinienne parmi nous de l’autre – ont suscité de profondes controverses dans la société israélienne.
Ces controverse ont porté sur la remise en cause par l’extrême droite du statut des Arabes israéliens. Or la poursuite du statu quo, c’est-à-dire de l’occupation et de la colonisation qui détruisent la perspective d’un État palestinien viable, aboutira un jour ou l’autre à la reconnaissance d’un État pour deux peuples comme en Afrique du Sud ou au nettoyage ethnique de tous les Palestiniens dans le Grand Israël.
Serge LEFORT
16/06/2009
Sources :
• Address by Benjamin Netanyahu, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benjamin Netanyahu, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.
settlements = colonies [implantations en novlangue politiquement correcte] et non localités
settlers = colons et non habitants de ces localités
Israel = Israël et non État d’Israël
Jewish state = État juif et non Israël
land of Israel = Terre d’Israël [Eretz Israel] et non patrie
Holocaust = Holocauste et non Shoah
Lire aussi :
• Analyse du discours de Barack Obama
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
Sélection biblographique :
• COHEN Mitchell, Du rêve sioniste à la réalité israélienne, La Découverte, 1990
• DEBIÉ Franck et FOUET Sylvie, La paix en miettes – Israël et Palestine (1993-2000) [stratégie territoriale], PUF, 2001
• DIECKHOFF Alain, Les espaces d’Israël – Essai sur la stratégie territoriale d’Israël, Fondation pour les études de défense nationale, 1987
• DIECKHOFF Alain (sous la direction de), L’État d’Israël, Fayard, 2008
• ENDERLIN Charles, Par le feu et par le sang – Le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël 1936-1948, Albin Michel, 2008
• FINKELSTEIN Norman G., L’industrie de l’Holocauste – Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, La Fabrique, 2001
• KLEIN Claude, Israël – État en quête d’identité, Casterman, 1999
• LOUËR Laurence, Les citoyens arabes d’Israël, Balland, 2003
• MARDAM-FEY Farouk et SANBAR Elias (textes réunis par), Le droit au retour – Le problème des réfugiés palestiniens, Actes Sud, 2002
• MORRIS Benny, Victimes – Histoires revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, 2003
• PAPPÉ Ilan, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008
• REINHART Tanya, Détruire la palestine, ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002
• REINHART Tanya, L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine suite, La Fabrique, 2006
• WARSCHAMSKI Michel (Textes téunis et présentés par), La révolution sioniste est morte – Voix israéliennes contre l’occupation, 1967-2007, La Fabrique, 2007
Le droit du peuple juif à un État en Terre d’Israël [Eretz Israel] n’est pas la conséquence des catastrophes qui ont frappé notre peuple. Certes, pendant 2000 ans, les Juifs ont enduré des expulsions, des pogroms, des accusations de meurtre rituel et des massacres dont le paroxysme, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, a été atteint pendant l’Holocauste. Certains prétendent que sans l’Holocauste l’État d’Israël n’aurait pas vu le jour. Pour ma part j’affirme que si l’État d’Israël avait été établi plus tôt, l’Holocauste ne se serait pas produit.
Cette tragique histoire d’impuissance explique pourquoi le peuple juif doit posséder son pouvoir souverain d’autodéfense. Toutefois, notre droit d’édifier ici, en Terre d’Israël [Eretz Israel], un pays souverain, procède d’un fait simple : cette terre est la patrie du peuple juif, celle où s’est forgée notre identité.
Comme le proclama dans la Déclaration d’Indépendance le Premier ministre David Ben-Gurion : “Le peuple juif est né en Terre d’Israël [Eretz Israel]. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture à la fois nationale et universelle, et fit don de la Bible au monde entier”.
• Address by Benjamin Netanyahu at Bar-Ilan University, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benjamin Netanyahu, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.
Le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a déclaré que “Ce discours reflète l’idéologie raciste et extrémiste de Netanyahou et fait fi de tous les droits du peuple palestinien”. (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)
“Ce discours reflète l’idéologie raciste et extrémiste de Netanyahu et fait fi de tous les droits du peuple palestinien”, a déclaré à l’AFP le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum.
“Il propose un État (palestinien) sans identité, ni souveraineté, ni Jérusalem, ni droit au retour, ni armée, ni armes et insiste sur le maintien des colonies”, a ajouté M. Barhoum.
AFP-Romandie
Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que “ce discours torpille toutes les initiatives de paix dans la région”. “Il entrave les efforts visant à sauver les processus de paix dans un clair défi à l’administration américaine”. (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)
Un proche collaborateur de Mahmoud Abbas, Yasser Abed Rabbo, a violemment critiqué Benjamin Netanyahou en déclarant qu’”il a parlé d’un État palestinien en le vidant de sa substance en excluant un gel de la colonisation. En exigeant la reconnaissance du caractère juif d’Israël, il veut que les Palestiniens fassent partie du mouvement sioniste mondial”.
“Il a employé les mots «État palestinien» mais en fait il veut un protectorat israélien”, a-t-il ajouté. (Déclaration à l’AFP dimanche 14 juin)
“Après le discours de Netanyahu, il devient clair que nous sommes en présence d’un gouvernement israélien que refuse en réalité une solution à deux États, l’arrêt de la colonisation et la reprise des négociations du point où elles s’étaient arrêtées” fin 2008, a affirmé à l’AFP le négociateur palestinien Saëb Erakat. [...] Selon lui, la direction palestinienne est entrée en contact “dès dimanche soir” avec l’administration américaine et des pays européens et arabes “pour expliquer que Netanyahu n’a fait qu’émettre cinq «non»”. “Il a dit non à une solution à deux États, non au gel de la colonisation, non à la vision du président Barack Obama pour un nouveau Proche-Orient, non à la reprise des négociations au point où elles s’étaient arrêtées et non à l’Initiative de paix arabe” proposant une normalisation avec Israël en échange de son retrait des territoires occupés, a-t-il estimé.
[...]
Soumis à de fortes pressions internationales, notamment de Washington, M. Netanyahu, qui dirige un cabinet de droite, a accepté dans son discours le principe d’un État palestinien tout en posant une série de conditions draconiennes. Il a notamment exigé la démilitarisation de cet État et la reconnaissance par la direction palestinienne d’Israël comme État du peuple juif. Il a aussi exclu un gel de la colonisation juive, un retour des réfugiés palestiniens poussés à l’exode lors de la création d’Israël en 1948, ou un retrait de la partie arabe occupée d’Al-Qods.
Le Matin
Le porte-parole du front populaire [FPLP] a dit dans un communiqué dont le Centre Palestinien d’Information a reçu une copie, que la condition de Netanyahou de reconnaître l’État juif, sa négligence des droits palestiniens dont le retour des réfugiés palestiniens, son attachement à la ville occupée d’Al-Qods comme capitale éternelle de l’État de l’occupation ainsi que son refus du retrait aux frontières de 1967 et sa volonté d’un État palestinien désarmé et sans souveraineté transforment la paix proposée aux Palestiniens et aux Arabes en une “paix d’esclaves”, et l’État palestinien en un protectorat sioniste.
ISM
Le Conseil des implantations de Judée Samarie (Cisjordanie) a déclaré : “Nous déplorons que le Premier ministre ait donné son accord à la constitution d’un État palestinien démilitarisé alors que plus que quiconque Netanyahou a expliqué au fil des années quelle menace constituerait pour Israël un tel État, même démilitarisé”. (Communiqué du dimanche 14 juin)
Le comité des colonies du nord de la Cisjordanie a dénoncé les propos du Premier ministre affirmant que “la Terre d’Israël ne constitue pas une monnaie d’échange dont tel ou tel gouvernement passager disposerait à sa guise”, en référence à la Cisjordanie. (Communiqué du dimanche 14 juin)
Aryeh Eldad (Union nationale) a accusé Netanyahu de violer ses propres promesses. “Avec l’expression« État palestinien démilitarisé, «Netanyahu tente de manger un cochon dans une boucherie casher», at-il ajouté. «Il n’ya pas de telle chose comme un État démilitarisé, Nétanyahou sait très bien qu’aucune force politique sur la terre ne peuvent empêcher un pays de l’armement militaire elle-même ou à la signature de traités comme n’importe quel autre pays.”
Ha’aretz
Akiva ELDAR
Le discours du Premier ministre, hier soir, a renvoyé le Moyen-Orient à l’époque de l’”axe du mal” de George W. Bush. Benjamin Netanyahu a fait un discours patriarcal, colonialiste dans la meilleure tradition néoconservatrice. Les Arabes sont les méchants ou, au mieux, des terroristes ingrats. Les Juifs, bien sûr, sont les bons, des gens rationnels qui veulent élever et s’occuper de leurs enfants.
[...]
Il est difficile de croire qu’on puisse trouver un seul dirigeant palestinien qui achète la marchandise défectueuse que Netanyahu a présenté la nuit dernière.
Ha’aretz
Gideon LEVY
Pourquoi le discours de Netanyahou nous donne un motif de joie demande Gideon Levy. Un leader d’extrême-droite a déclaré qu’il soutient l’État palestinien.
[...]
Netanyahu a adopté la langue d’avant-hier. Pas de peuple palestinien, mais une “population palestinienne” qui vit en Judée et en Samarie. Il a invoqué le fameux lexique de Golda Meir, pas d’occupation mais de «présence israélienne” en Cisjordanie.
[...]
Il y a aussi l’omission des frontières définitives, le manque de référence, même superficielle, à la feuille de route, la répétition de “Jérusalem indivisible”, la répétition de la plainte “ils ont commencé” et la ridicule, excessive, demande que les Palestiniens reconnaissent l’État juif par celui qui ne reconnaît pas les Palestiniens comme peuple.
Ha’aretz
Mise à jour du 18/06/2009 :
• Le discours de Netanyahou vu d’Israël, AFPS
• Le discours de Netanyahou vu de Palestine, AFPS
• Israël – Netanyahou accepte… un non-État palestinien, Lutte Ouvrière
Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
Moshe Ya’alon, vice-Premier ministre et ministre des Affaires stratégiques, a déclaré
• le 23 mai 2009 : Nous n’allons pas suivre les diktats américains. Nous n’allons pas cesser la construction des colonies de peuplement.
Ha’aretz• le 26 mai 2009 : Je ne vois pas la moindre chance de créer une entité palestinienne en Judée, Samarie et/ou dans la bande de Gaza, qui pourrait être viable économiquement.
The Jerusalem Post• le 9 juin 2009, il a fixé des conditions qui ferment la porte à tout règlement du conflit israélo-palestinien.
Ministry of Foreign Affairs
Comme il était prévisible, Benjamin Netanyahu a repris la même rhétorique en posant six conditions à la création d’un État palestinien qui le vident de sa substance :
1) Que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’un État juif.
2) Que l’État palestinien soit démilitarisé.
3) Qu’aucun réfugié palestinien n’ait droit au retour.
4) Que Jérusalem soit la capitale indivisible du peuple juif.
5) Que l’Autorité palestinienne reprenne Gaza au Hamas.
6) Que la colonisation continue.
Seuls les naïfs s’étonneront que le discours Benjamin Netanyahu, annoncé comme historique (“Son dessein est d’avancer sur le chemin d’une réconciliation historique et d’affirmer que toutes les parties ont un rôle à jouer pour que le processus de paix aboutisse “a déclaré le porte-parole de Netanyahu, Mark Regev), ne soit que la répétition des discours antérieurs.
Comme l’a écrit récemment Gaël Lagadec, la stratégie israélienne en Palestine reste la même depuis 1948 : négociation perpétuelle et colonisation sans fin [PDF].
Que va faire Barack Obama après ce bras d’honneur alors que les États-Unis fournissent une aide militaire annuelle de 2,4 milliards de dollars ainsi qu’un soutien diplomatique à Israël ?
La réélection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran est un atout majeur pour Benjamin Netanyahu [Ha'aretz]. Moshe Ya’alon le répète depuis longtemps [Face à l'Iran]…
Serge LEFORT
14/06/2009
[Note ajoutée à 15h07] Une dépêche d’agence canadienne titre «Obama salue “l’important pas en avant” de Netanyahu» ! Barack Obama pratiquerait-il le langage paradoxal pour dépasser l’absurde des déclarations de Benjamin Netanyahu ?
[Note ajoutée à 16h12] Full text of Netanyahu’s foreign policy speech at Bar Ilan, Ha’aretz.
[Note ajoutée à 18h22] Traductions officielles :
• Address by Benjamin Netanyahu at Bar-Ilan University, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benjamin Netanyahu, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.

Traduction réalisée selon la transcription du discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin 2009 à l’université du Caire (Égypte), Un nouveau départ.
1. Critique de l’expression monde arabo-musulman.
2. Critique de l’expression monde musulman.
3. Critique de la thèse du choc des civilisations.
4. Analyse du discours de Barack Obama.
5. Revue de presse mise à jour le 12/06/2009.
6. Réactions d’Israéliens contre la colonisation de la Palestine.
Lire aussi :
• Articles de l’agence de presse chinoise, Xinhua.
• Articles de l’agence de presse russe, RIA Novosti.
• Articles du quotidien israélien, Ha’aretz.
• 02/06/2009, David P. Goldman, Wrong venue for Obama’s Muslim speech, Asia Times Online.
Une excellente critique de l’adresse de Barack Obama aux musulmans.
• 04/06/2009, Noam Chomsky, Les omissions éloquentes du discours d’Obama au Caire, CCIPPP selon AlterNet.
• 05/06/2009, Pierre Rousselin, Israël et Obama après le discours du Caire, Le Figaro.
Une analyse du point de vue d’Israël.
• 06/06/2009, Bernard Guetta, Obama et le commencement par le Verbe, Le Temps.
Un exemple parmi beaucoup d’autres de la logique du choc des civilisations.
• 07/06/2009, Alain Gresh, Quelques réactions au discours d’Obama au Caire, Les blogs du Diplo.
Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours qui bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, solution utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
• 09/06/2009, Thierry Meyssan, Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans, Voltaire.
Une des rares analyses de la totalité du discours de Barack Obama.

Le discours de Barack Obama analysé par des Israéliens contre la colonisation de la Palestine :
• Uri AVNERY
- 04/06/2009, Obama and Israel’s true interests, MWC News.
- 09/06/2009, The Tone and the Music, Gush Shalom – Daily Times – ContreInfo.
• Zvi BAR’EL
- 07/06/2009, The power of humility, Ha’aretz.
- 09/06/2009, Egypt, Saudis threaten to rescind Arab peace plan, Ha’aretz.
- 12/06/2009, Week in review/ after Cairo, The National Newspaper.
In Haaretz, Zvi Bar’el said: “Obama is a political philosopher who seeks to forge a new constitution of international politics that can replace the old paradigm, which drew a line separating Islam from the West. The old paradigm also built the temples of Orientalism, where the Middle East was researched as a holding area of natives, which attributed wisdom to the West and backwardness to ‘Islam,’ and juxtaposed a West of diplomatic finesse and honest handshakes with an Islam of fraud and violence.
Obama, as he explained in a press interview, removed the masks in Cairo. No one is absolutely right and there are no clear villains. There are no good and bad religions.”
• Akiva ELDAR
- 04/06/2009, Obama put Arabs and Israel on an equal footing, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama’s Cairo speech signals end of the 9/11 era, Ha’aretz.
- 12/06/2009, Obama’s Cairo’s speech: A compilation of views, Webdiary.
Obama left Egypt with two tablets of the commandments – one for Jews and the other for Muslims. He left no room for doubt: An Israel that continues to discriminate against Palestinians and prevent them from exercising their rights to self-determination and freedom of movement cannot expect affirmative action from the US.
Obama placed violence against Israel on a par with the settlements and the humiliation of Palestinians in the territories. He spoke in the same breath about the struggle of Palestinians who lost their homes more than 60 years ago and the struggle of African slaves in the U.S. The Israelis could see themselves in the sentence that mentioned the apartheid state of South Africa.
• Gideon LEVY
- 05/06/2009, Future of Mideast is a domestic American issue, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama emerged in Cairo as a true friend of Israel, Ha’aretz.
- 05/06/2009, Obama est un véritable ami d’Israël, AgoraVox selon Ha’aretz.
- 11/06/2009, Meanwhile, back in Israel, Ha’aretz.
• Tom SEGEV
- 07/06/2009, Obama’s Buchenwald visit seen as balance to Cairo speech, Ha’aretz.
Lire aussi :
• Revue de presse (mise à jour le 12/06/2009), Monde en Question.
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël
Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.
La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.
Plan du discours de Barack Obama :
Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion
Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction
L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».
Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.
Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.
Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.
Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.
Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.
Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].
Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !
Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [... ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.
Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.
Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.
Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.
Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]
Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.
L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce - à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.
C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].
À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.
Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).
On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :
La question de la divergence des “intérêts stratégiques” entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la “menace existentielle” contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (“menace existentielle”) que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa
4. La démocratie
Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.
Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).
5. La liberté de religion
Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».
Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».
Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.
6. Les droits des femmes
Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.
Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»
Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :
«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»
«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»
7. Le développement et les opportunités économiques
Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.
Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»
Conclusion
La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).
Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».
Tous ces trémolos sur le thème “aimons-nous les uns les autres”, utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.
L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :
Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa
En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?
Serge LEFORT
10/06/2009
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. “Le moment est maintenant” venu “pour nous d’agir”, a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d’”une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran]“.Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours car ils bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
Les blogs du Diplo
Dedefensa réalise des analyses qui tranchent avec l’aveuglement des médias dominants, spécialement des médias français. Leur haine des musulmans, fût-ils perses (Iran), et leur solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien ne leurs permettent pas de voir les changements en cours.
[...] la crainte panique des stratèges US devant les risques de prolifération nucléaire vers des groupes terroristes nécessite de toute urgence un arrangement avec les pays de la zone critique (“l’arc de crise” du Moyen-Orient et du sous-continent indien) disposant ou devant disposer de l’arme nucléaire. L’Iran est l’un de ces pays. De ce point de vue, tout le reste est subordonné à cette recherche d’un accord, ce qui est évidemment une démarche inverse de l’approche israélienne qui recherche la destruction du potentiel iranien. Les USA semblent avoir conclu que la situation au Moyen-Orient doit être stabilisée par un arrangement et non plus par des pressions de menace d’usage de la force. Cela implique effectivement un arrangement avec l’Iran, une intégration de l’Iran dans un nouvel équilibre dans la région, éventuellement avec l’idée d’une zone dénucléarisée impliquant la “mise au pas” d’Israël dans ce domaine fondamental. Tout cela se fait au détriment des “relations spéciales” avec Israël, qui deviennent secondaires et doivent se soumettre à la logique de la première démarche. Le problème palestinien doit alors être réglé, moins pour lui-même que pour permettre ce réarrangement général, et les intérêts d’Israël deviennent eux-mêmes secondaires.
DedefensaChaque jour qui passe confirme le durcissement spectaculaire dans sa substance de la politique US. Comme on pu le lire, Arnaud de Borchgrave juge que c’est la plus grave crise entre les USA et Israël depuis 1956 (Suez). Disons-le autrement et plus justement, c’est la plus grave crise tout court entre les USA et Israël, parce que cette gravité existe aujourd’hui alors que les liens USA-Israël étaient, il y a quelques mois encore, resserrés comme ils n’avaient jamais été auparavant, et surtout pas en 1956, lorsque les liens USA-Israël n’avaient absolument aucun rapport avec ceux de la période GW Bush. (Tout a basculé, dans la connivence USA-Israël, à partir de 1967, avec accélération irrésistible à partir du début des années 1980, lorsque le Pentagone est devenu le principal inspirateur de la politique militarisée d’Israël.)
[...]
Ce “regard gaulliste” tient dans le fait d’élargir le problème d’Israël à tous les composants de la sécurité de la région, au lieu de s’en tenir à la seule sécurité d’Israël, dont la présentation est faite selon des facteurs répartis en général et à parts à peu près égales entre des dissimulations, des obsessions, des actions terroristes de relations publiques et de lobbying, et ce qu’il y a d’arrangeant dans la réalité pour la cause présentée. “Regard gaulliste”, ou disons plutôt, pour être plus précis, “possibilité d’un regard gaulliste”, – et la restriction montre bien que, pour autant, rien n’est dit, et surtout pas la messe.
Un premier point essentiel est le climat nouveau installé autour du problème israélo-palestinien qui tient à cette question de linkage entre ce problème israélo-palestinien réduit aux chicaneries dont les Israéliens sont experts des implantations, et la question iranienne. [...]
La question de la divergence des “intérêts stratégiques” entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la “menace existentielle” contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (“menace existentielle”) que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
[...]
C’est le point décisif, concernant la détermination d’Obama, qui, pour l’instant, semble chaque jour se confirmer. Obama tiendra-t-il dans sa campagne publique vis-à-vis d’Israël? A partir d’un certain point dans le cas d’une réponse positive, lorsque tout aura été mis publiquement sur la table des intentions de BHO, si ces intentions sont bien ce qu’on en a dit ci-dessus, on se trouvera au point de non-retour. Les masques tomberont. Chacun sera ce qu’il est, dans la vraie position qui est la sienne. Alors, la solution sera là, et la paix enfin atteinte? Pas du tout, car il y a bien autre chose que l’enjeu de la situation au Moyen-Orient. Le véritable affrontement commencera, notamment avec l’exposition publique des véritables liens d’influence d’Israël aux USA, qui constituent une scandaleuse situation d’influence empiétant sur la souveraineté en matière de sécurité nationale de la première puissance du monde; avec, à l’inverse, l’exposition des liens d’influence du Pentagone et du complexe militaro-industriel sur la direction israélienne. Seront mis en évidence le caractère de gouvernement militariste qui mène Israël et l’action déstabilisante et militariste des milieux du CMI américaniste qui inspirent et soutiennent cette direction israélienne. C’est là l’épreuve suprême et on jugera BHO sur le fond du fond.
Alors, la question pour conclure est finalement assez simple: est-ce dans cette politique israélo-iranienne des USA avec toutes les implications qu’on a dites que va se manifester ce que certains attendent de révolutionnaire chez BHO, cette hypothèse de l’”American Gorbatchev”? Comme disait, entre autres analystes, Depardieu dialogué par Labro, “c’est une putain de bonne question”. On ne peut, pour l’instant, rien dire de plus, sinon éventuellement n’en penser pas moins, – et constater qu’on en a déjà dit pas mal pour quatre mois de présidence.
Dedefensa
Dernière remarque sur les changements en cours : alors que les États-Unis s’éloignent d’Israël, la Russie s’en rapprochent…
La Russie et Israël ont des chances uniques de se rapprocher politiquement et économiquement, a estimé mercredi le président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) Mikhaïl Marguelov.
“Nos positions sur les problèmes clés régionaux et mondiaux sont très proches, ce qui nous incite à rendre stratégique notre coopération bilatérale, en lui conférant un nouveau format”, a déclaré le sénateur devant les journalistes à l’issue d’un entretien à Moscou avec le vice-premier ministre et ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman.
Le parlementaire russe a exhorté les deux pays à promouvoir de nouveaux schémas de coopération dans toutes les sphères, d’autant que les “points douloureux” deviennent de plus en plus nombreux dans le monde, qu’il s’agisse des Territoires palestiniens, de la Corée du Nord, de l’Iran, du Soudan ou d’autres régions.
RIA Novosti