Monde en Question

13 août 2009

Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan

Classé dans : Afghanistan, Elections, Pakistan, Propagande, Terrorisme, USA — Monde en Question @ 11:48
Tags: , , ,

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est loin d’être assurée face au scepticisme croissant des démocrates à propos de cette guerre, à la fois ruineuse et incertaine. D’où les contradictions entre ses déclarations et celles du commandant des forces américaines en Afghanistan alors que les cadavres des civils afghans s’accumulent :

La Maison Blanche a déclaré lundi que la stratégie de Barack Obama en Afghanistan était “gagnante”.
“La stratégie du président n’a pas encore été totalement mise en oeuvre. Mais nous croyons réellement qu’avec notre statégie, avec les moyens que nous déployons sur le terrain, nous allons être capables d’atteindre les objectifs que nous essayons d’atteindre”.
Cette déclaration contraste avec les propos du général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan.
Ce dernier, qui doit présenter prochainement un rapport d’évaluation sur le conflit, a déclaré dans un entretien au site internet du Wall Street Journal que la résurgence de la guérilla islamiste imposait un changement de tactique aux forces étrangères.
Romandie News

Dans une interview au Wall Street Journal, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition. Selon lui, cela devrait forcer les États-Unis à modifier leur stratégie sur le terrain, en déployant notamment plus de troupes à Kandahar.
Courrier international

La manchette du Wall Street Journal, lundi 10 août, ne laissait pas place au doute : “Les Talibans sont en train de gagner.” Elle résumait fidèlement les propos que le général Stanley McChrystal, commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, avait tenus dans son quartier général-bunker de Kaboul aux journalistes du quotidien américain.
Le Monde

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan est très proche de celle de l’armée française en Algérie :

L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans.
« On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. »
Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village.
Armees

La stratégie de Barack Obama d’étendre la guerre au Pakistan n’est pas avouée publiquement, mais se déroule implacablement sur le terrain :

Une nouvelle attaque de drone américain sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan a tué mardi au moins 10 rebelles, selon des responsables locaux [...] Le drone a tiré plusieurs missiles sur un camp d’entraînement rebelle présumé dans le village montagneux et reculé de Kanniguram, selon plusieurs responsables pakistanais de sécurité.
AFP-Google

Les États-Unis multiplient les frappes sur le Pakistan. Plusieurs missiles tirés à partir d’un drone auraient fait ainsi dix nouvelles victimes hier, présentées comme des combattants talibans pakistanais. Une allégation bien difficile à confirmer alors que plusieurs autres attaques du même type se sont soldées par la mort de civils.
l’Humanité

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est présentée par les médias dominants comme légitime puisqu’elle viserait à chasser les Talibans (des terroristes islamistes), à reconstruire le pays (détruit par qui ?) et à imposer par les armes un “gouvernement démocratique” (comme dans les colonies africaines).

Le lecture religieuse des conflits en Afghanistan, pratiquée en Occident, est d’autant plus absurde que la population est à 99% musulmane – sunnites (81%) et chiites (19% les Hazaras). On a diabolisé les Talibans pour justifier la guerre, en omettant de dire que tous les combattants afghans contre l’occupation russe étaient des moudjahidines – des combattants du jihâd – et que les Talibans ont pris le pouvoir en 1996 grâce aux divisions entre les principaux “chefs islamistes” : Gulbuddin Hekmatyar (Pachtoune), Ahmad Shah Massoud (Tadjik) et Rachid Dostum (Ouzbek).

Depuis 2001, l’Empire américain ne parvient pas à atteindre les objectifs publiquement affichés. L’occupation militaire et les bombardements de la population civile ont détruit l’économie du pays et ont imposé un gouvernement corrompu par le trafic de la drogue (le frère du président Karzai et le frère du commandant Massoud sont largement impliqués) et ne contrôlant que la capitale.

On oublie que l’Afghanistan a été au cœur d’un échiquier géostratégique entre la sphère d’influence britannique (l’Empire des Indes) et la sphère d’influence russe (l’Iran). C’est pour avoir cherché à assurer son indépendance, à l’origine par les jeux diplomatiques, que le pays s’est ainsi retrouvé à trois reprises en guerre contre le Royaume-Uni (1839-1842, 1878-1880 et 1919). En 1893, l’Empire britannique a fixé autoritairement la frontière (la ligne Durand) entre son Empire des Indes et l’Afghanistan, séparant ainsi l’ethnie pachtoune en deux.

L’imbrication des deux pays [Afghanistan et Pakistan] est donc évidente. Elle l’est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n’est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un État taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l’origine d’un mouvement qui n’est pas, loin s’en faut, que religieux.
[...]
Le conflit d’aujourd’hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l’islamisme taliban.
C’est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l’Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d’un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l’Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n’a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l’Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l’État pakistanais n’exerce qu’un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C’est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l’emprise s’étend donc aujourd’hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C’est dans ces mêmes zones tribales qu’auparavant, à l’automne 2001, s’étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l’offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre.
Le Reporter

Alors que le commandement américain s’enlise en Afghanistan, les tentatives de dialogue avec certains Talibans, qualifiés de “modérés” (qui sont-ils ?), s’avèrent une propagande illusoire :

Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. «Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai», a déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.
La Tribune Online

Quand Le Monde dit «Les forces étrangères mènent depuis plusieurs mois de nombreuses opérations dans la province afin de chasser les talibans de leurs bastions et de permettre aux habitants de voter.», cela revient justifier la guerre contre les Pachtounes des deux côtés de la frontière tracée par l’Empire britannique… en 1893.

Serge LEFORT
13/08/2009

24 avril 2007

MSR veut se marier avec Bayrou

Classé dans : Editorial, Elections, Partis Gauche — Monde en Question @ 10:39
Tags: , , ,

Avant le premier tour, Marie-Ségolène Royal avait refusé tout accord avec François Bayrou sous prétexte qu’il est de droite. Après le premier tour, Marie-Ségolène Royal a proposé un accord avec François Bayrou, qui reste pourtant de droite [1]. Cela rappelle les vieilles combines de la SFIO (ancêtre du PS) sous la IVe République, qui se faisait élire sous une étiquette de gauche pour s’allier le lendemain avec la droite et faire une politique à l’opposée de ses engagements de la veille.

Le Parti Socialiste est mort le 21 avril 2002. Dès 1982-1983, il avait tourné le dos à ses engagements de “gauche” pour se convertir au néolibéralisme dans les faits (plan de rigueur du 25 mars 1983) sans le dire ouvertement. Le PCF avait accepté ce virage à 180 degrés pour conserver ses ministres au gouvernement. Depuis, les mouvements sociaux se sont épuisés dans la lutte contre les licenciements, la précarisation du travail, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et des salaires.

Le Parti Ségoliste veut aller plus loin encore en s’alliant, ouvertement cette fois-ci, avec la droite. Il ressort de la naphtaline Jacques Delors qui, ministre de l’Économie et des Finances de 1981 à 1984, fut l’un des initiateurs du virage économique et social du PS vers la droite en 1983. Cette nouvelle alliance se traduira par une aggravation des conditions de travail et de vie pour mettre les travailleurs aux “normes” de l’Europe néolibérale.

Voter Marie-Ségolène Royal le 6 mai, en croyant faire barrage à Nicolas Sarkozy, c’est accepter cette nouvelle trahison.

Serge LEFORT
24 avril 2007


[1] [Note du 25/04/07] Au cours de sa conférence de presse du 25 avril, François Bayrou a ironisé sur les avances de Marie-Ségolène Royal : “Le 23 avril à 19h59, j’étais infréquentable, mais à 20h01, j’étais devenu séduisant”.

Leçons du 22 avril

Classé dans : Editorial, Elections — Monde en Question @ 08:34
Tags: , , ,

Quelques graphiques pour illustrer l’article d’hier.

Vote utile

Droite majoritaire

Victoire prévisible

Serge LEFORT
24 avril 2007

23 avril 2007

Leçons du 22 avril

Classé dans : Editorial, Elections — Monde en Question @ 08:25
Tags: , , ,

Cette élection présente quelques surprises, mais aussi quelques constantes depuis 1965.

Participation massive

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record de non-participation de 30,82% le 21 avril 2002.

La surprise du 22 avril 2007 est la participation massive des électeurs (82,58%), qui se situe au même niveau que celle de 1974 (83,45%).

Vote utile

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des grands candidats baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : les deux premiers candidats ne représentaient que 25,42% des inscrits et les quatre premiers candidats 41,34% des inscrits.

La mobilisation massive des électeurs a joué en faveur de quatre candidats (Nicolas Sarkozy, Marie-Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen), qui totalisent 71,07% des inscrits. En 1974, les trois principaux candidats (François Mitterrand, Valérie Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas) totalisaient 75,90% des inscrits.

Vote légitimiste

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des partis parlementaires baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : 45,76% des inscrits.

Le vote utile en faveur des partis parlementaires reste néanmoins inférieur à celui de 1974 : 67,18% des inscrits en 2007 contre 78,55% des inscrits en 1974.

Droite majoritaire

Les partis de gauche retrouvent leur niveau de 1995 : 30,08% des inscrits en 2007 contre 30,90% des inscrits en 1995. Ils restent loin des scores de 1974, 1981 et 1988 : 39,14% des inscrits en 1974, 40,44% des inscrits en 1981 et 39,16% des inscrits en 1988. Ils récupèrent 1 160 022 voix par rapport à 2002 (moins 379 934 voix pour les partis de gauche non-parlementaires et plus 1 539 956 voix pour les partis de gauche parlementaires).

Les partis de droite retrouvent leur niveau quasi historique de 1969 : 52,49% des inscrits en 2007 contre 52,88% des inscrits en 1969. Ils récupèrent 7 065 407 voix par rapport à 2002 (moins 2 420 673 voix pour les partis de droite non-parlementaires et plus 9 486 080 voix pour les partis de droite parlementaires).

Gagnants

Nicolas Sarkozy est incontestablement le grand vainqueur du premier tour. Il réalise, avec 25,75% des inscrits, le meilleur score des candidats à la succession du Général de Gaulle après Georges Pompidou. Jacques Chirac n’a jamais dépassé 15,91% des inscrits (en 1988). Nicolas Sarkozy bénéficie de la mobilisation massive pour un candidat de droite (UMP ou UDF).

François Bayrou réalise un moins bon score (15,34% des inscrits) que ceux de Valérie Giscard d’Estaing en 1974 (27,21% des inscrits) et en 1981 (22,59% des inscrits), mais proche de ceux de Raymond Barre en 1988 (13,19% des inscrits), d’Edouard Balladur en 1995 (14,15% des inscrits) et bien meilleur que le sien en 2002 (4,73% des inscrits). Il fait de la résistance à droite contre l’UMP.

Perdants

Jean-Marie Le Pen recule nettement par rapport aux derniers scrutins : 8,62% des inscrits en 2007 contre 11,66% des inscrits en 2002, 11,43% des inscrits en 1995 et 11,46% des inscrits en 1988. Néanmoins, il fait partie du petit cercle des quatre candidats qui ont obtenu plus de 5% des inscrits et des exprimés et résiste au vote utile en faveur des partis parlementaires.

Le PCF, avec 1,59% des inscrits, est définitivement marginalisé. Il faudra attendre les résultats des élections législatives de juin pour qu’il en tire les conséquences, notamment financières. Il gardera peut-être encore des mairies en 2008.

Arlette Laguiller fait son plus mauvais résultat depuis 1974 : 487 940 voix (1,10% des inscrits) en 2007 contre 595 247 voix (1,95% des inscrits) en 1974. Cette campagne de trop lui fait perdre 1 142 105 voix par rapport à 2002. La marginalisation de Lutte Ouvrière sera plus rapide que celle du PCF.

Victoire prévisible

Marie-Ségolène Royal est sélectionnée pour le deuxième tour, mais elle est bien seule.
En 1981, l’ensemble des voix de gauche atteignaient 40,44% des inscrits contre 39,33% des inscrits pour la droite.
En 2007, l’ensemble des voix de gauche plafonne à 30,08% des inscrits contre 52,49% des inscrits pour la droite.

La victoire de Nicolas Sarkozy apparaît donc inévitable, mais il faudra regarder de très près son score en pourcentage des inscrits pour mesurer sa véritable légitimité (report des voix de droite, taux de l’abstention et des bulletins blancs ou nuls).

Serge LEFORT
23 avril 2007

Sources :
• Élections présidentielles 2007, France Politique.
• Élections présidentielles de 1965 à 2002, France Politique.

23 février 2007

MSR et les femmes

Classé dans : Editorial, Elections, Partis Gauche — Monde en Question @ 08:13
Tags: , , ,

Marie-Ségolène Royal, en bonne démagogue, promet tout à tout le monde en jouant sur l’émotion, les bons sentiments et les formules creuses. Pour mesurer l’écart entre ses promesses et ses actes on peut prendre, par exemple, la place qu’elle accorde aux femmes dans son équipe de campagne :

Des envolées lyriques sur l’égalité il ne reste que 21% dans les actes de MSR.

Serge LEFORT
23 février 2007

15 février 2007

La faillite de la gauche antilibérale

Classé dans : Elections, Partis Extrême gauche — Monde en Question @ 08:37
Tags:

Lors du référendum sur la constitution européenne, on avait beaucoup glosé sur le plan B, comme alternative possible au texte rejeté par les électeurs, surtout chez les adeptes du « Non ». Par parenthèses, ces derniers avaient souvent oublié qu’il existait aussi un « Non » de droite, et même un « Non » d’extrême droite, ce qui rendait pour le moins hasardeuses les conjectures politiques alors esquissées dans le camp antilibéral, où l’on rêvait déjà de lendemains qui chantent. Aujourd’hui, on est passé du plan B au plan trois B (Buffet, Besancenot, Bové), et tout le monde déchante. D’autant que si l’on ajoute l’inamovible Arlette Laguillier (LO) et Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs), la gauche de la gauche a des allures de club des cinq. Pour quel résultat si, à l’arrivée, il faut se partager les miettes du festin électoral ?

Cette situation ubuesque confirme les pesanteurs idéologiques, ainsi que le poids des appareils qui bloquent toute velléité de recomposition. La chute du mur de Berlin a beau être déjà loin, de nombreux murs de Berlin sont encore dans les têtes de ceux qui tiennent les clés des maisonnettes de la gauche antibérale. Précisons que ce constat vaut également pour les trotskystes, aussi sectaires et dogmatiques que les héritiers des staliniens de naguère. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont l’expression d’une révolte authentique. Tous portent une souffrance sociale qu’il faut entendre. Mais tous, en même temps, s’avèrent incapables de sortir de l’archaïsme, d’abandonner les vieilles lunes idéologiques, et de sortir des luttes de clans dévastatrices. La LCR rêve de faire la peau du PCF, comme s’il fallait encore venger la mémoire du coup de pioche contre Trotsky. Le PCF persiste à rêver d’un rassemblement illusoire autour de son étoile pâlissante, malgré une implantation militante affaiblie mais réelle. Quant à José Bové, il s’ imagine jouer les Nicolas Hulot de l’altermondialisme, ce qui risque de s’avérer plus délicat que le fauchage d’un champs de maïs transgénique.

La peur du 21 avril aidant, la gauche de la gauche risque de se retrouver, sauf surprise, en état de décomposition avancée au soir du premier tour. Certains en tireront la conclusion que rien de neuf ne peut se construire tant que subsisteront les traces des anciennes structures. D’autres se féliciteront d’un délitement qui fait place nette aux tenants de l’ordre injuste qui règne en ce pays. Mais une chose est sûre : à force de rater les étapes, on finit forcément par perdre la course.

Jack Dion
14 Février 2007
Marianne

4 février 2007

Ségo, Sarko, miroir des sexes

Classé dans : Elections, Partis Gauche — Monde en Question @ 10:32
Tags: , , ,

Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité sexuelle, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer.

Le haut et le bas, le dur et le mou, le rugueux et le doux, l’ombre et la lumière, le jour et la nuit. Passif ou actif, phallique ou châtré, garçon ou fille, masculin ou féminin… Dans cet océan fusionnel où il baigne avec délice, le nourrisson construit son univers mental dans un monde qu’il tente de rendre rationnel à partir de la perception binaire d’une série d’oppositions.

Penser, c’est d’abord classer, et la pensée, c’est la pensée de la différence. Dans la piscine où parfois ses parents le conduisent, cet être en devenir perçoit qu’un des deux le maintient serré contre lui, ventre contre ventre, et qu’un autre le présente au monde, son dos bien calé contre un torse plat…

Il faut bien rendre ces oppositions cohérentes et, pour leur donner du sens, tenter de les ordonner. Mais classer, c’est discriminer, c’est établir une hiérarchie. Françoise Héritier a souligné à quel point la discrimination essentielle se fondait sur la valence différentielle des sexes. On range dans un même tiroir des séries d’éléments que l’on juge analogues : ainsi naissent ces chaînes signifiantes qui structurent la pensée et la culture. Pénis, pénétrant, actif, masculin, supérieur, sadique… Châtré, pénétré, passif, féminin, inférieur, masochiste…

En découvrant leur sexe, des bébés garçons et des bébés filles s’inscrivent à leur corps défendant dans des réseaux de significations qui leur échappent, mais auxquels ils ne peuvent échapper. Et leurs rêves se peuplent de ces monstres hybrides qui ne les quitteront jamais : une maman soulève ses jupes pour montrer sa verge, un petit garçon porte des bébés chiots dans son ventre et accouche par son anus, un papa qui gronde brandit un gros bâton qu’il enfonce dans la bouche de son enfant terrorisé…

Se séparer et se sexuer. Distinguer le «moi» et le «non-moi» à partir d’une unité primordiale. Echapper à cette atmosphère de mystère et d’angoisse qui plane autour des différences des appareils génitaux. J’ai pas faim, lâche le vélo, les filles sont bêtes, les garçons sont méchants. Nous n’en finirons plus d’accomplir des choix et de subir des deuils. Dans une logique inconsciente largement amplifiée par la culture qui apparie masculin et actif, féminin et passif, des filles et des garçons abandonnent une part d’eux-mêmes pour s’affilier à des modèles. «Enculé !» devient la pire insulte qu’un homme puisse faire à un homme. Eloigner les hommes des femmes, puisque leur contact, par une alchimie qui relève de la sorcellerie, ramollit les garçons et les dégrade, a toujours été le signe des sociétés bien ordonnées.

Il faudra bien des années, lorsque leur environnement les y autorise, pour que les hommes acceptent de se débarrasser du carcan de leur armure pour habiter leur corps et reconnaître leurs émotions, pour que les femmes investissent le pouvoir sans craindre d’y perdre leur identité. Pour renouer avec une bisexualité psychique fondamentale. Pour ne pas se laisser alarmer par ceux qui prédisent la fin du monde dans l’indifférence des sexes et qui ne font que pleurer la mort du patriarcat.

Car la logique binaire tente d’épuiser la complexité : une société qui privilégie l’écoute et le dialogue, bref, une société démocratique, devient une société «maternante». La lutte des classes laisse la place à la guerre des sexes, et à la domination des femmes par les hommes succéderait une «crise du masculin» face au pouvoir redoutable des mères.

Droite ou gauche ? Homme ou femme ? Le pouvoir est-il de droite ? La gauche est-elle féminine ?

Voici que, par un caprice du destin, une campagne électorale nous replonge au coeur même de ces atermoiements. Et l’engouement qu’elle suscite dépasse, on le sent bien, le choix d’un candidat et d’une classe politique. Comme si choisir entre droite et gauche nous ramenait aux arrachements fondamentaux de nos fondations psychiques.

«Qui va garder les enfants ?» Certes, il s’agit de choisir entre un homme et une femme, mais aussi entre une représentation masculine et une représentation féminine du pouvoir. Et, surtout, entre ce que c’est d’être un homme, ce que c’est d’être une femme dans notre pays. Et c’est ici que les repères se brouillent. Et que chacun scrute dans une série de micro-événements comment ordonner et donner du sens.

Sarko est-il macho ? Ségo joue-t-elle la fifille en gloussant sur sa «différence» ? Mais n’est-ce pas lui qui se féminise, les émotions à fleur de peau, le coeur en bandoulière lors de son discours d’intronisation ? L’ordre juste, ça ne fait pas un peu mec ? Et tu as vu leurs couples ? Qui décide, comment est-ce qu’ils communiquent, comment se jouent les rapports de pouvoir ? En posant la question d’une hausse de l’imposition, Hollande nous offre-t-il une scène de ménage publique où Monsieur tente de reprendre la culotte ? Comme le résume Montebourg, notre destin se réduirait-il à «une histoire de mec qui ne supporte pas que sa nana réussisse mieux que lui» ?

En nous faisant partager ses désarrois sentimentaux, en se jetant aux pieds de Cécilia pour la supplier de rester, Nicolas est-il un chevalier moderne qui séduit les foules ou un homme qui perd la face ? Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité des sexes, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer…

Mais peut-être pouvons-nous à présent rompre les charmes suscités par ce couple mythique de présidentiables et exiger des programmes clairs pour sortir du fantasme et étayer notre pensée. Car les candidats hommes ont bien compris que le pouvoir ne se fondait pas uniquement sur la place occupée mais aussi sur la capacité à instaurer la confiance, le respect mutuel, le relationnel, le partage et la crédibilité.

Et nous avons déjà appris de Golda Meir, Margaret Thatcher ou Indira Gandhi qu’il n’existe pas de comportement féminin au sommet du pouvoir et que le contexte politique d’un pays détermine les décisions bien plus que le sexe.

Dernier ouvrage paru : Quand la famille s’emmêle, Hachette Littératures, 2006.

Serge HEFEZ psychiatre
2 Février 2007
Libération

Marie-Ségolène Royal découvre la critique radicale des médias

Classé dans : Elections, Medias, Partis Gauche — Monde en Question @ 10:25
Tags: , , ,

Marie-Ségolène Royal, qui est de droite [1], expérimente ces jours-ci que la presse (qui ment) l’est aussi, mais qu’elle serait, finalement, d’un droite ouvertement sarkozyste, plutôt que timidement royaliste.

Et ça, manifestement, ça la fait chier d’abondance, Marie-Ségolène Royal.

Lapidée ces jours-ci par les mêmes journaleux serviles qui l’avaient habituée au contact apaisant de leur langues sucrées, Marie-Ségolène Royal, ulcérée soudain par leur versatilité moutonnière, découvre du coup la critique radicale des médias – et cela fait naturellement, pour lesdits, un nouveau sujet de papotage fat et grinçant.

Car les journalistes, il est temps de l’énoncer posément, sont bien souvent de tristes crétin(e)s.

Marie-Ségolène Royal, soudain, stigmatise, en substance, une-presse-constamment-occupée-à-lécher-le-postérieur-avantageux-de-Monsieur-Nicolas-Sarkozy, et le diagnostic n’est certes pas faux, mais pour autant, que je vous dise : Marie-Ségolène Royal me fait (décidément) rigoler – qui va bientôt faire semblant de se rendre compte aussi, au train où va son éveil aux réalités, que l’eau mouille, et que, en règle générale, après l’automne vient l’hiver.

Faudrait maintenant que tu cesses, on te l’a déjà plus d’une fois demandé, de nous prendre pour des buses oublieuses, camarade Marie-Ségolène, si je peux me permettre.

Parce qu’enfin, le rouleau compresseur médiatique dont Nicolas Sarkozy tient aujourd’hui les commandes est le même, exactement, qui a fait campagne, il y a deux ans, pour un “oui” franc, massif, et furieusement novateur à l’Europe des marchés, telle que voulue, notamment, par l’excellent monsieur Estaing.

A l’époque, cet effroyable ministère journalistique de la Propagande avait, que l’on sache, grandement ravi Marie-Ségolène Royal, qui, étant de droite, se trouvait, pour l’occasion, dans le même pack et le même élan que les ami(e)s politiques de Nicolas Sarkozy : et je n’ai pas le souvenir qu’on l’ait vue, à l’époque, agiter ses petits poings – ou qu’elle ait réclamé, pour ne citer que lui, le prompt bannissement de Jean-Pierre Elkabbach, qui, faisant campagne pour son camp, faisait campagne pour le sien.

Mêmes intérêts, même grossièreté : Marie-Ségolène Royal s’accommodait fort bien, alors, d’une entreprise politico-médiatique de décervelage qui forçait même l’admiration de retraités de feue la Pravda, et du défunt Politburo.

Plus récemment, je crois me rappeler que Marie-Ségolène Royal, une fois posé qu’elle aurait désormais son rond de serviette à TF1, ne s’est que fort peu manifestée, lorsque François Bayrou a dénoncé l’affolant privilège médiatique dont elle bénéficiait pour sa campagne présidentielle, à égalité (ou presque) avec Nicolas Sarkozy.

Vous l’avez entendue pester, Marie-Ségolène Royal, contre les cire-pompes à cartes de presse qui lui humectaient de salive, pas plus tard que le mois dernier encore, la petite-robe-noire-toute-simple ?

Ben non !

Pensez-vous !

Marie-Ségolène Royal se faisait facilement à la nulllité crasse de nos médias partisans, quand elle en était la principale bénéficiaire.

Elle s’arrangeait tout à fait bien du tombereau de conneries que déversait la presse (qui ment), sitôt qu’un sondage pronostiquait, mettons, l’écrasement royaliste de la vermine bolchevique – aka Laurent Fabius.

Etc.

Ne pas se laisser prendre, surtout, à ses nouvelles palinodies crypto-sergehalimiesques : Marie-Ségolène Royal découvre que sa presse domestique, si adorable quand elle ne dépeçait que les “petits” candidats, peut aussi la griffer – et ça la fait trépigner de rage.

Mais franchement, qui va la plaindre ?

Sébastien Fontenelle
3 Février 2007
Le Monde Citoyen


[1] Du moins était-ce l’avis, autorisé, de Pierre Bourdieu.

4 décembre 2006

MSR soutient la guerre coloniale contre les Palestiniens

Ségolène Royal et Ehud Olmert se sont trouvés énormément de points en commun… Fidèle à son passé colonialiste, le parti socialiste français a confirmé, si besoin était, son engagement pro-israélien.

Ségolène Royal et Ehud Olmert sont en “parfaite harmonie” sur la question du nucléaire civil iranien, a déclaré Jean-Pierre Masseret, président de la région Lorraine, qui a assisté à leur rencontre à la Knesset.

Lors de cet entretien qui a clôturé la tournée de la candidate présidentielle socialiste au Proche-Orient, elle a également évoqué avec le Premier ministre israélien le sort des deux militaires israéliens enlevés en juillet par des miliciens libanais.

“Elle a absolument rappelé sa position, disant que le nucléaire civil iranien pouvait très naturellement aboutir au nucléaire militaire et qu’il fallait trouver d’autres solutions énergétiques pour l’Iran”, a expliqué à des journalistes Jean-Pierre Masseret, ancien secrétaire d’Etat à la Défense chargé des anciens combattants dans le gouvernement de Lionel Jospin.

“C’était net, carré, direct et en parfaite harmonie entre les deux positions”, a-t-il ajouté.

Ségolène Royal s’est démarquée de la majorité des personnalités politiques françaises en s’opposant à l’accès de l’Iran aux technologies nucléaires civiles.

Elle s’est ainsi attirée les moqueries de certains élus de l’UMP et du PS qui ont estimé qu’elle ignorait les termes du Traité de non prolifération nucléaire.

Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste a confirmé une “convergence de vues” entre les deux interlocuteurs sur ce sujet.

Quelques jours après la visite de la candidate au Liban, la situation très tendue entre les deux pays été évoquée.

“C’était très intéressant d’entendre ce qu’elle avait à dire sur sa visite” au Liban, a déclaré Ehud Olmert, qui s’est dit “très heureux de l’accueillir ici”.

La question des survols du Sud-Liban par les avions de chasse israéliens, évoquée dimanche par Ségolène Royal avec la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, n’a pas été abordée lors de son entretien avec le Premier ministre.

“Je crois que c’est très utile et très fructueux de pouvoir ainsi, de façon très directe et très simple, donner la vérité d’une parole, une impression de contenu, de rencontre”, a déclaré Ségolène Royal.

“Si je peux contribuer par cet échange d’informations à faire en sorte que les choses soient comprises sous d’autres facettes, je crois que c’est très utile”, a-t-elle ajouté.

Reuters-Yahoo

22 novembre 2006

Le triomphe de la démagogie

Classé dans : Editorial, Elections, Mexique, Partis Gauche — Monde en Question @ 16:12
Tags: , , ,

Le 16 novembre, Marie-Ségolène Royal fut plébiscité par un peu plus de 100 000 adhérents. Le 20 novembre, Andrés Manuel López Obrador s’est fait proclamer “président légitime” par plus de 80 000 partisans. En France comme au Mexique, la démagogie politico-médiatique triomphe.

AMLO a choisi la date symbolique de l’anniversaire de la Révolution mexicaine (1910-1917) pour se faire acclamer et sacrer sur la place de la Constitution et pour présenter son gouvernement fantôme. Cette cérémonie montre la réalité du personnage.

Ses appels au peuple sonnent creux [1]. Ainsi, pour exercer ses fonctions auto-proclamées, il s’octroie généreusement un salaire de 50 000 pesos par mois (un peu plus de 1600 pesos par jour) [2]. Ce chiffre doit être rapproché du salaire minimum (entre 45,81 et 48,67 pesos par jour) et du fait que 10 millions 780 000 travailleurs (23,9% de la population active) vivent avec un revenu inférieur au salaire minimum [3]. On mesure l’immense décalage entre les paroles et les actes de celui qui veut “faire le bonheur du peuple”.

Pas une voix ne s’élève à gauche pour dénoncer cette escroquerie. La Jornada est devenue le porte-parole du caudillo. Les intellectuels, qui le soutiennent, reproduisent la fidélité servile traditionnelle [4]. Tous participent activement à la mascarade de la Convention Nationale Démocratique, qui exclut tout débat et toute participation démocratique. Le soutien inconditionnel à AMLO et l’approbation formelle, à main levée, de décisions prises par quelques-uns est la condition nécessaire et suffisante.

Dans un pays où les travailleurs ne possèdent pas d’organisations autonomes, la CND, qui regroupe “les gens” sur la base des circonscriptions électorales (municipalités et états), est totalement contrôlée par les maires et gouverneurs du PRD. Cette formule reprend celle utilisée par le PRI pendant 71 ans. AMLO fonde son programme de “défense de l’intérêt national” sur celui de Cárdenas-père sans Cárdenas-fils qu’il a fait conspuer par la foule le 16 septembre.

Les grands perdants de cette politique restent les millions de travailleurs, aussi bien ceux qui subissent la sur-exploitation, la précarisation et le chômage des secteurs liés à la concurrence internationale, mais aussi ceux de l’industrie, du commerce et de l’agriculture qui sont exposés à la rapacité de la bourgeoisie nationale.
En France comme au Mexique, MSR et AMLO triomphent aujourd’hui en démagogues-charmeurs pour occulter la question sociale. Demain, le réveil risque d’être douloureux.

Serge LEFORT
22 novembre 2006


[1] Vidéo du discours (en espagnol) :
• Discurso de AMLO, 1a.parte, Otratele, La Jordana.
• Discurso de AMLO, 2sa.parte, Otratele, La Jordana.
• Discurso de AMLO, 3ra.parte, Otratele, La Jordana.
[2] Confirma AMLO que tendrá sueldo de 50 mil pesos, El Universal.
[3] Sources (en espagnol) :
• Salarios Mínimos 2006, Diario Oficial de la Federación.
• Enrique Dussel Peters, Condiciones y evolución del empleo y los salarios en México, Iniciativa Salarios Dignos Norte y Sur.
• El salario en México, una trágica historia, Salarios.
• Las estadísticas oficiales indican que alrededor de 10 millones 78 mil trabajadores no reciben salario o perciben ingresos menores al mínimo, los cuales representan 23.9 por ciento de la población ocupada total. Salarios
• Integración económica, empleo y salarios en México, Biblioteca virtual (PDF).
[4] Institut d’Études Mexicaines, Champs de pouvoir et de savoir au Mexique, CNRS, 1982.
LEMPIÉRIÈRE Annick, Intellectuels, État et société au Mexique – Les clercs de la nation (1910-1968), L’Harmattan, 1992.

Page suivante »

Publié sur WordPress.