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MSR veut se marier avec Bayrou

24 avril 2007 Laisser un commentaire

Avant le premier tour, Marie-Ségolène Royal avait refusé tout accord avec François Bayrou sous prétexte qu’il est de droite. Après le premier tour, Marie-Ségolène Royal a proposé un accord avec François Bayrou, qui reste pourtant de droite [1]. Cela rappelle les vieilles combines de la SFIO (ancêtre du PS) sous la IVe République, qui se faisait élire sous une étiquette de gauche pour s’allier le lendemain avec la droite et faire une politique à l’opposée de ses engagements de la veille.

Le Parti Socialiste est mort le 21 avril 2002. Dès 1982-1983, il avait tourné le dos à ses engagements de “gauche” pour se convertir au néolibéralisme dans les faits (plan de rigueur du 25 mars 1983) sans le dire ouvertement. Le PCF avait accepté ce virage à 180 degrés pour conserver ses ministres au gouvernement. Depuis, les mouvements sociaux se sont épuisés dans la lutte contre les licenciements, la précarisation du travail, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et des salaires.

Le Parti Ségoliste veut aller plus loin encore en s’alliant, ouvertement cette fois-ci, avec la droite. Il ressort de la naphtaline Jacques Delors qui, ministre de l’Économie et des Finances de 1981 à 1984, fut l’un des initiateurs du virage économique et social du PS vers la droite en 1983. Cette nouvelle alliance se traduira par une aggravation des conditions de travail et de vie pour mettre les travailleurs aux “normes” de l’Europe néolibérale.

Voter Marie-Ségolène Royal le 6 mai, en croyant faire barrage à Nicolas Sarkozy, c’est accepter cette nouvelle trahison.

Serge LEFORT
24 avril 2007


[1] [Note du 25/04/07] Au cours de sa conférence de presse du 25 avril, François Bayrou a ironisé sur les avances de Marie-Ségolène Royal : “Le 23 avril à 19h59, j’étais infréquentable, mais à 20h01, j’étais devenu séduisant”.

Leçons du 22 avril

24 avril 2007 Laisser un commentaire

Quelques graphiques pour illustrer l’article d’hier.

Vote utile

Droite majoritaire

Victoire prévisible

Serge LEFORT
24 avril 2007

Leçons du 22 avril

23 avril 2007 Laisser un commentaire

Cette élection présente quelques surprises, mais aussi quelques constantes depuis 1965.

Participation massive

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record de non-participation de 30,82% le 21 avril 2002.

La surprise du 22 avril 2007 est la participation massive des électeurs (82,58%), qui se situe au même niveau que celle de 1974 (83,45%).

Vote utile

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des grands candidats baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : les deux premiers candidats ne représentaient que 25,42% des inscrits et les quatre premiers candidats 41,34% des inscrits.

La mobilisation massive des électeurs a joué en faveur de quatre candidats (Nicolas Sarkozy, Marie-Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen), qui totalisent 71,07% des inscrits. En 1974, les trois principaux candidats (François Mitterrand, Valérie Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas) totalisaient 75,90% des inscrits.

Vote légitimiste

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des partis parlementaires baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : 45,76% des inscrits.

Le vote utile en faveur des partis parlementaires reste néanmoins inférieur à celui de 1974 : 67,18% des inscrits en 2007 contre 78,55% des inscrits en 1974.

Droite majoritaire

Les partis de gauche retrouvent leur niveau de 1995 : 30,08% des inscrits en 2007 contre 30,90% des inscrits en 1995. Ils restent loin des scores de 1974, 1981 et 1988 : 39,14% des inscrits en 1974, 40,44% des inscrits en 1981 et 39,16% des inscrits en 1988. Ils récupèrent 1 160 022 voix par rapport à 2002 (moins 379 934 voix pour les partis de gauche non-parlementaires et plus 1 539 956 voix pour les partis de gauche parlementaires).

Les partis de droite retrouvent leur niveau quasi historique de 1969 : 52,49% des inscrits en 2007 contre 52,88% des inscrits en 1969. Ils récupèrent 7 065 407 voix par rapport à 2002 (moins 2 420 673 voix pour les partis de droite non-parlementaires et plus 9 486 080 voix pour les partis de droite parlementaires).

Gagnants

Nicolas Sarkozy est incontestablement le grand vainqueur du premier tour. Il réalise, avec 25,75% des inscrits, le meilleur score des candidats à la succession du Général de Gaulle après Georges Pompidou. Jacques Chirac n’a jamais dépassé 15,91% des inscrits (en 1988). Nicolas Sarkozy bénéficie de la mobilisation massive pour un candidat de droite (UMP ou UDF).

François Bayrou réalise un moins bon score (15,34% des inscrits) que ceux de Valérie Giscard d’Estaing en 1974 (27,21% des inscrits) et en 1981 (22,59% des inscrits), mais proche de ceux de Raymond Barre en 1988 (13,19% des inscrits), d’Edouard Balladur en 1995 (14,15% des inscrits) et bien meilleur que le sien en 2002 (4,73% des inscrits). Il fait de la résistance à droite contre l’UMP.

Perdants

Jean-Marie Le Pen recule nettement par rapport aux derniers scrutins : 8,62% des inscrits en 2007 contre 11,66% des inscrits en 2002, 11,43% des inscrits en 1995 et 11,46% des inscrits en 1988. Néanmoins, il fait partie du petit cercle des quatre candidats qui ont obtenu plus de 5% des inscrits et des exprimés et résiste au vote utile en faveur des partis parlementaires.

Le PCF, avec 1,59% des inscrits, est définitivement marginalisé. Il faudra attendre les résultats des élections législatives de juin pour qu’il en tire les conséquences, notamment financières. Il gardera peut-être encore des mairies en 2008.

Arlette Laguiller fait son plus mauvais résultat depuis 1974 : 487 940 voix (1,10% des inscrits) en 2007 contre 595 247 voix (1,95% des inscrits) en 1974. Cette campagne de trop lui fait perdre 1 142 105 voix par rapport à 2002. La marginalisation de Lutte Ouvrière sera plus rapide que celle du PCF.

Victoire prévisible

Marie-Ségolène Royal est sélectionnée pour le deuxième tour, mais elle est bien seule.
En 1981, l’ensemble des voix de gauche atteignaient 40,44% des inscrits contre 39,33% des inscrits pour la droite.
En 2007, l’ensemble des voix de gauche plafonne à 30,08% des inscrits contre 52,49% des inscrits pour la droite.

La victoire de Nicolas Sarkozy apparaît donc inévitable, mais il faudra regarder de très près son score en pourcentage des inscrits pour mesurer sa véritable légitimité (report des voix de droite, taux de l’abstention et des bulletins blancs ou nuls).

Serge LEFORT
23 avril 2007

Sources :
• Élections présidentielles 2007, France Politique.
• Élections présidentielles de 1965 à 2002, France Politique.

MSR et les femmes

23 février 2007 Laisser un commentaire

Marie-Ségolène Royal, en bonne démagogue, promet tout à tout le monde en jouant sur l’émotion, les bons sentiments et les formules creuses. Pour mesurer l’écart entre ses promesses et ses actes on peut prendre, par exemple, la place qu’elle accorde aux femmes dans son équipe de campagne :

Des envolées lyriques sur l’égalité il ne reste que 21% dans les actes de MSR.

Serge LEFORT
23 février 2007

La faillite de la gauche antilibérale

15 février 2007 Laisser un commentaire

Lors du référendum sur la constitution européenne, on avait beaucoup glosé sur le plan B, comme alternative possible au texte rejeté par les électeurs, surtout chez les adeptes du « Non ». Par parenthèses, ces derniers avaient souvent oublié qu’il existait aussi un « Non » de droite, et même un « Non » d’extrême droite, ce qui rendait pour le moins hasardeuses les conjectures politiques alors esquissées dans le camp antilibéral, où l’on rêvait déjà de lendemains qui chantent. Aujourd’hui, on est passé du plan B au plan trois B (Buffet, Besancenot, Bové), et tout le monde déchante. D’autant que si l’on ajoute l’inamovible Arlette Laguillier (LO) et Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs), la gauche de la gauche a des allures de club des cinq. Pour quel résultat si, à l’arrivée, il faut se partager les miettes du festin électoral ?

Cette situation ubuesque confirme les pesanteurs idéologiques, ainsi que le poids des appareils qui bloquent toute velléité de recomposition. La chute du mur de Berlin a beau être déjà loin, de nombreux murs de Berlin sont encore dans les têtes de ceux qui tiennent les clés des maisonnettes de la gauche antibérale. Précisons que ce constat vaut également pour les trotskystes, aussi sectaires et dogmatiques que les héritiers des staliniens de naguère. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont l’expression d’une révolte authentique. Tous portent une souffrance sociale qu’il faut entendre. Mais tous, en même temps, s’avèrent incapables de sortir de l’archaïsme, d’abandonner les vieilles lunes idéologiques, et de sortir des luttes de clans dévastatrices. La LCR rêve de faire la peau du PCF, comme s’il fallait encore venger la mémoire du coup de pioche contre Trotsky. Le PCF persiste à rêver d’un rassemblement illusoire autour de son étoile pâlissante, malgré une implantation militante affaiblie mais réelle. Quant à José Bové, il s’ imagine jouer les Nicolas Hulot de l’altermondialisme, ce qui risque de s’avérer plus délicat que le fauchage d’un champs de maïs transgénique.

La peur du 21 avril aidant, la gauche de la gauche risque de se retrouver, sauf surprise, en état de décomposition avancée au soir du premier tour. Certains en tireront la conclusion que rien de neuf ne peut se construire tant que subsisteront les traces des anciennes structures. D’autres se féliciteront d’un délitement qui fait place nette aux tenants de l’ordre injuste qui règne en ce pays. Mais une chose est sûre : à force de rater les étapes, on finit forcément par perdre la course.

Jack Dion
14 Février 2007
Marianne

Catégories:Elections, Partis Extrême gauche Mots-clefs :

Ségo, Sarko, miroir des sexes

4 février 2007 Laisser un commentaire

Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité sexuelle, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer.

Le haut et le bas, le dur et le mou, le rugueux et le doux, l’ombre et la lumière, le jour et la nuit. Passif ou actif, phallique ou châtré, garçon ou fille, masculin ou féminin… Dans cet océan fusionnel où il baigne avec délice, le nourrisson construit son univers mental dans un monde qu’il tente de rendre rationnel à partir de la perception binaire d’une série d’oppositions.

Penser, c’est d’abord classer, et la pensée, c’est la pensée de la différence. Dans la piscine où parfois ses parents le conduisent, cet être en devenir perçoit qu’un des deux le maintient serré contre lui, ventre contre ventre, et qu’un autre le présente au monde, son dos bien calé contre un torse plat…

Il faut bien rendre ces oppositions cohérentes et, pour leur donner du sens, tenter de les ordonner. Mais classer, c’est discriminer, c’est établir une hiérarchie. Françoise Héritier a souligné à quel point la discrimination essentielle se fondait sur la valence différentielle des sexes. On range dans un même tiroir des séries d’éléments que l’on juge analogues : ainsi naissent ces chaînes signifiantes qui structurent la pensée et la culture. Pénis, pénétrant, actif, masculin, supérieur, sadique… Châtré, pénétré, passif, féminin, inférieur, masochiste…

En découvrant leur sexe, des bébés garçons et des bébés filles s’inscrivent à leur corps défendant dans des réseaux de significations qui leur échappent, mais auxquels ils ne peuvent échapper. Et leurs rêves se peuplent de ces monstres hybrides qui ne les quitteront jamais : une maman soulève ses jupes pour montrer sa verge, un petit garçon porte des bébés chiots dans son ventre et accouche par son anus, un papa qui gronde brandit un gros bâton qu’il enfonce dans la bouche de son enfant terrorisé…

Se séparer et se sexuer. Distinguer le «moi» et le «non-moi» à partir d’une unité primordiale. Echapper à cette atmosphère de mystère et d’angoisse qui plane autour des différences des appareils génitaux. J’ai pas faim, lâche le vélo, les filles sont bêtes, les garçons sont méchants. Nous n’en finirons plus d’accomplir des choix et de subir des deuils. Dans une logique inconsciente largement amplifiée par la culture qui apparie masculin et actif, féminin et passif, des filles et des garçons abandonnent une part d’eux-mêmes pour s’affilier à des modèles. «Enculé !» devient la pire insulte qu’un homme puisse faire à un homme. Eloigner les hommes des femmes, puisque leur contact, par une alchimie qui relève de la sorcellerie, ramollit les garçons et les dégrade, a toujours été le signe des sociétés bien ordonnées.

Il faudra bien des années, lorsque leur environnement les y autorise, pour que les hommes acceptent de se débarrasser du carcan de leur armure pour habiter leur corps et reconnaître leurs émotions, pour que les femmes investissent le pouvoir sans craindre d’y perdre leur identité. Pour renouer avec une bisexualité psychique fondamentale. Pour ne pas se laisser alarmer par ceux qui prédisent la fin du monde dans l’indifférence des sexes et qui ne font que pleurer la mort du patriarcat.

Car la logique binaire tente d’épuiser la complexité : une société qui privilégie l’écoute et le dialogue, bref, une société démocratique, devient une société «maternante». La lutte des classes laisse la place à la guerre des sexes, et à la domination des femmes par les hommes succéderait une «crise du masculin» face au pouvoir redoutable des mères.

Droite ou gauche ? Homme ou femme ? Le pouvoir est-il de droite ? La gauche est-elle féminine ?

Voici que, par un caprice du destin, une campagne électorale nous replonge au coeur même de ces atermoiements. Et l’engouement qu’elle suscite dépasse, on le sent bien, le choix d’un candidat et d’une classe politique. Comme si choisir entre droite et gauche nous ramenait aux arrachements fondamentaux de nos fondations psychiques.

«Qui va garder les enfants ?» Certes, il s’agit de choisir entre un homme et une femme, mais aussi entre une représentation masculine et une représentation féminine du pouvoir. Et, surtout, entre ce que c’est d’être un homme, ce que c’est d’être une femme dans notre pays. Et c’est ici que les repères se brouillent. Et que chacun scrute dans une série de micro-événements comment ordonner et donner du sens.

Sarko est-il macho ? Ségo joue-t-elle la fifille en gloussant sur sa «différence» ? Mais n’est-ce pas lui qui se féminise, les émotions à fleur de peau, le coeur en bandoulière lors de son discours d’intronisation ? L’ordre juste, ça ne fait pas un peu mec ? Et tu as vu leurs couples ? Qui décide, comment est-ce qu’ils communiquent, comment se jouent les rapports de pouvoir ? En posant la question d’une hausse de l’imposition, Hollande nous offre-t-il une scène de ménage publique où Monsieur tente de reprendre la culotte ? Comme le résume Montebourg, notre destin se réduirait-il à «une histoire de mec qui ne supporte pas que sa nana réussisse mieux que lui» ?

En nous faisant partager ses désarrois sentimentaux, en se jetant aux pieds de Cécilia pour la supplier de rester, Nicolas est-il un chevalier moderne qui séduit les foules ou un homme qui perd la face ? Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité des sexes, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer…

Mais peut-être pouvons-nous à présent rompre les charmes suscités par ce couple mythique de présidentiables et exiger des programmes clairs pour sortir du fantasme et étayer notre pensée. Car les candidats hommes ont bien compris que le pouvoir ne se fondait pas uniquement sur la place occupée mais aussi sur la capacité à instaurer la confiance, le respect mutuel, le relationnel, le partage et la crédibilité.

Et nous avons déjà appris de Golda Meir, Margaret Thatcher ou Indira Gandhi qu’il n’existe pas de comportement féminin au sommet du pouvoir et que le contexte politique d’un pays détermine les décisions bien plus que le sexe.

Dernier ouvrage paru : Quand la famille s’emmêle, Hachette Littératures, 2006.

Serge HEFEZ psychiatre
2 Février 2007
Libération

Marie-Ségolène Royal découvre la critique radicale des médias

4 février 2007 Laisser un commentaire

Marie-Ségolène Royal, qui est de droite [1], expérimente ces jours-ci que la presse (qui ment) l’est aussi, mais qu’elle serait, finalement, d’un droite ouvertement sarkozyste, plutôt que timidement royaliste.

Et ça, manifestement, ça la fait chier d’abondance, Marie-Ségolène Royal.

Lapidée ces jours-ci par les mêmes journaleux serviles qui l’avaient habituée au contact apaisant de leur langues sucrées, Marie-Ségolène Royal, ulcérée soudain par leur versatilité moutonnière, découvre du coup la critique radicale des médias – et cela fait naturellement, pour lesdits, un nouveau sujet de papotage fat et grinçant.

Car les journalistes, il est temps de l’énoncer posément, sont bien souvent de tristes crétin(e)s.

Marie-Ségolène Royal, soudain, stigmatise, en substance, une-presse-constamment-occupée-à-lécher-le-postérieur-avantageux-de-Monsieur-Nicolas-Sarkozy, et le diagnostic n’est certes pas faux, mais pour autant, que je vous dise : Marie-Ségolène Royal me fait (décidément) rigoler – qui va bientôt faire semblant de se rendre compte aussi, au train où va son éveil aux réalités, que l’eau mouille, et que, en règle générale, après l’automne vient l’hiver.

Faudrait maintenant que tu cesses, on te l’a déjà plus d’une fois demandé, de nous prendre pour des buses oublieuses, camarade Marie-Ségolène, si je peux me permettre.

Parce qu’enfin, le rouleau compresseur médiatique dont Nicolas Sarkozy tient aujourd’hui les commandes est le même, exactement, qui a fait campagne, il y a deux ans, pour un “oui” franc, massif, et furieusement novateur à l’Europe des marchés, telle que voulue, notamment, par l’excellent monsieur Estaing.

A l’époque, cet effroyable ministère journalistique de la Propagande avait, que l’on sache, grandement ravi Marie-Ségolène Royal, qui, étant de droite, se trouvait, pour l’occasion, dans le même pack et le même élan que les ami(e)s politiques de Nicolas Sarkozy : et je n’ai pas le souvenir qu’on l’ait vue, à l’époque, agiter ses petits poings – ou qu’elle ait réclamé, pour ne citer que lui, le prompt bannissement de Jean-Pierre Elkabbach, qui, faisant campagne pour son camp, faisait campagne pour le sien.

Mêmes intérêts, même grossièreté : Marie-Ségolène Royal s’accommodait fort bien, alors, d’une entreprise politico-médiatique de décervelage qui forçait même l’admiration de retraités de feue la Pravda, et du défunt Politburo.

Plus récemment, je crois me rappeler que Marie-Ségolène Royal, une fois posé qu’elle aurait désormais son rond de serviette à TF1, ne s’est que fort peu manifestée, lorsque François Bayrou a dénoncé l’affolant privilège médiatique dont elle bénéficiait pour sa campagne présidentielle, à égalité (ou presque) avec Nicolas Sarkozy.

Vous l’avez entendue pester, Marie-Ségolène Royal, contre les cire-pompes à cartes de presse qui lui humectaient de salive, pas plus tard que le mois dernier encore, la petite-robe-noire-toute-simple ?

Ben non !

Pensez-vous !

Marie-Ségolène Royal se faisait facilement à la nulllité crasse de nos médias partisans, quand elle en était la principale bénéficiaire.

Elle s’arrangeait tout à fait bien du tombereau de conneries que déversait la presse (qui ment), sitôt qu’un sondage pronostiquait, mettons, l’écrasement royaliste de la vermine bolchevique – aka Laurent Fabius.

Etc.

Ne pas se laisser prendre, surtout, à ses nouvelles palinodies crypto-sergehalimiesques : Marie-Ségolène Royal découvre que sa presse domestique, si adorable quand elle ne dépeçait que les “petits” candidats, peut aussi la griffer – et ça la fait trépigner de rage.

Mais franchement, qui va la plaindre ?

Sébastien Fontenelle
3 Février 2007
Le Monde Citoyen


[1] Du moins était-ce l’avis, autorisé, de Pierre Bourdieu.

MSR soutient la guerre coloniale contre les Palestiniens

4 décembre 2006 Laisser un commentaire

Ségolène Royal et Ehud Olmert se sont trouvés énormément de points en commun… Fidèle à son passé colonialiste, le parti socialiste français a confirmé, si besoin était, son engagement pro-israélien.

Ségolène Royal et Ehud Olmert sont en “parfaite harmonie” sur la question du nucléaire civil iranien, a déclaré Jean-Pierre Masseret, président de la région Lorraine, qui a assisté à leur rencontre à la Knesset.

Lors de cet entretien qui a clôturé la tournée de la candidate présidentielle socialiste au Proche-Orient, elle a également évoqué avec le Premier ministre israélien le sort des deux militaires israéliens enlevés en juillet par des miliciens libanais.

“Elle a absolument rappelé sa position, disant que le nucléaire civil iranien pouvait très naturellement aboutir au nucléaire militaire et qu’il fallait trouver d’autres solutions énergétiques pour l’Iran”, a expliqué à des journalistes Jean-Pierre Masseret, ancien secrétaire d’Etat à la Défense chargé des anciens combattants dans le gouvernement de Lionel Jospin.

“C’était net, carré, direct et en parfaite harmonie entre les deux positions”, a-t-il ajouté.

Ségolène Royal s’est démarquée de la majorité des personnalités politiques françaises en s’opposant à l’accès de l’Iran aux technologies nucléaires civiles.

Elle s’est ainsi attirée les moqueries de certains élus de l’UMP et du PS qui ont estimé qu’elle ignorait les termes du Traité de non prolifération nucléaire.

Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste a confirmé une “convergence de vues” entre les deux interlocuteurs sur ce sujet.

Quelques jours après la visite de la candidate au Liban, la situation très tendue entre les deux pays été évoquée.

“C’était très intéressant d’entendre ce qu’elle avait à dire sur sa visite” au Liban, a déclaré Ehud Olmert, qui s’est dit “très heureux de l’accueillir ici”.

La question des survols du Sud-Liban par les avions de chasse israéliens, évoquée dimanche par Ségolène Royal avec la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, n’a pas été abordée lors de son entretien avec le Premier ministre.

“Je crois que c’est très utile et très fructueux de pouvoir ainsi, de façon très directe et très simple, donner la vérité d’une parole, une impression de contenu, de rencontre”, a déclaré Ségolène Royal.

“Si je peux contribuer par cet échange d’informations à faire en sorte que les choses soient comprises sous d’autres facettes, je crois que c’est très utile”, a-t-elle ajouté.

Reuters-Yahoo

Le triomphe de la démagogie

22 novembre 2006 Laisser un commentaire

Le 16 novembre, Marie-Ségolène Royal fut plébiscité par un peu plus de 100 000 adhérents. Le 20 novembre, Andrés Manuel López Obrador s’est fait proclamer “président légitime” par plus de 80 000 partisans. En France comme au Mexique, la démagogie politico-médiatique triomphe.

AMLO a choisi la date symbolique de l’anniversaire de la Révolution mexicaine (1910-1917) pour se faire acclamer et sacrer sur la place de la Constitution et pour présenter son gouvernement fantôme. Cette cérémonie montre la réalité du personnage.

Ses appels au peuple sonnent creux [1]. Ainsi, pour exercer ses fonctions auto-proclamées, il s’octroie généreusement un salaire de 50 000 pesos par mois (un peu plus de 1600 pesos par jour) [2]. Ce chiffre doit être rapproché du salaire minimum (entre 45,81 et 48,67 pesos par jour) et du fait que 10 millions 780 000 travailleurs (23,9% de la population active) vivent avec un revenu inférieur au salaire minimum [3]. On mesure l’immense décalage entre les paroles et les actes de celui qui veut “faire le bonheur du peuple”.

Pas une voix ne s’élève à gauche pour dénoncer cette escroquerie. La Jornada est devenue le porte-parole du caudillo. Les intellectuels, qui le soutiennent, reproduisent la fidélité servile traditionnelle [4]. Tous participent activement à la mascarade de la Convention Nationale Démocratique, qui exclut tout débat et toute participation démocratique. Le soutien inconditionnel à AMLO et l’approbation formelle, à main levée, de décisions prises par quelques-uns est la condition nécessaire et suffisante.

Dans un pays où les travailleurs ne possèdent pas d’organisations autonomes, la CND, qui regroupe “les gens” sur la base des circonscriptions électorales (municipalités et états), est totalement contrôlée par les maires et gouverneurs du PRD. Cette formule reprend celle utilisée par le PRI pendant 71 ans. AMLO fonde son programme de “défense de l’intérêt national” sur celui de Cárdenas-père sans Cárdenas-fils qu’il a fait conspuer par la foule le 16 septembre.

Les grands perdants de cette politique restent les millions de travailleurs, aussi bien ceux qui subissent la sur-exploitation, la précarisation et le chômage des secteurs liés à la concurrence internationale, mais aussi ceux de l’industrie, du commerce et de l’agriculture qui sont exposés à la rapacité de la bourgeoisie nationale.
En France comme au Mexique, MSR et AMLO triomphent aujourd’hui en démagogues-charmeurs pour occulter la question sociale. Demain, le réveil risque d’être douloureux.

Serge LEFORT
22 novembre 2006


[1] Vidéo du discours (en espagnol) :
• Discurso de AMLO, 1a.parte, Otratele, La Jordana.
• Discurso de AMLO, 2sa.parte, Otratele, La Jordana.
• Discurso de AMLO, 3ra.parte, Otratele, La Jordana.
[2] Confirma AMLO que tendrá sueldo de 50 mil pesos, El Universal.
[3] Sources (en espagnol) :
• Salarios Mínimos 2006, Diario Oficial de la Federación.
• Enrique Dussel Peters, Condiciones y evolución del empleo y los salarios en México, Iniciativa Salarios Dignos Norte y Sur.
• El salario en México, una trágica historia, Salarios.
• Las estadísticas oficiales indican que alrededor de 10 millones 78 mil trabajadores no reciben salario o perciben ingresos menores al mínimo, los cuales representan 23.9 por ciento de la población ocupada total. Salarios
• Integración económica, empleo y salarios en México, Biblioteca virtual (PDF).
[4] Institut d’Études Mexicaines, Champs de pouvoir et de savoir au Mexique, CNRS, 1982.
LEMPIÉRIÈRE Annick, Intellectuels, État et société au Mexique – Les clercs de la nation (1910-1968), L’Harmattan, 1992.

Les mots (maux) de la campagne (3)

20 novembre 2006 Laisser un commentaire

Le mot populiste a envahi le discours des médias dominants et des politiques. Il est toujours utilisé par les uns pour susciter la peur et par les autres pour discréditer un adversaire. Ce concept est-il bien assuré ? Une exploration de la littérature et de ses usages permet de répondre par la négative.

Une catégorie non-fondée

Alors que le mot populiste apparaît pour la première en Russie en 1870, il ne fait fortune que dans les années 1980. Aujourd’hui, il est utilisé pour désigner une pléiade de partis : le FTÖ de Jörg Haiger en Autriche, la Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Italie, la liste de Pim Fortuyn aux Pays-Bas, le SVP de Christoph Blücher en Suisse, le VlaamsBlock en Belgique, le Dansk Folkeparti au Danemarck, etc. Les plus polémistes l’applique non seulement aux organisations d’extrême droite, mais à celles d’extrême gauche voire à tous les mouvements contestataires.

Margaret Canovan reconnaissait en 1981 que populisme est l’un des mots “les plus confus du vocabulaire de la science politique” [1].
Guy Hermet admet en 2001 que “Ceux qui étudient le populisme s’accordent sur un seul point. Tous reconnaissent la difficulté, voire l’impossibilité de lui trouver une définition…” [2].
Seul un idéologue, comme Pierre-André Taguieff, ose écrire une définition en 2004 : “Le populisme peut être sommairement défini par l’acte de prendre publiquement le parti du peuple contre les élites, ou par l’appel au peuple sans la médiation des instances représentatives.” [3].

Un usage polémique

Alain Duhamel fournit un exemple récent de l’usage de ce discours tautologique. Il reproche aux politiques de galvauder le terme populiste et céder à la facilité de cette injure alors que “le populisme gagne chaque année du terrain et témoigne ainsi que la crise de la démocratie représentative s’approfondit”.
Faute d’une définition, il utilise le langage hygiéniste, courant dans le milieu journalistique. Pour lui, le populisme serait une terrible maladie contagieuse qui “progresse spectaculairement” et “envahit de plus en plus l’Europe de l’Est, Biélorussie comme Ukraine, Slovaquie comme Hongrie ou Roumanie”, mais s’arrête miraculeusement “à nos frontières”.
En effet, Alain Duhamel veille : “Pour ceux qui seraient tentés de relativiser les dangers du populisme, on peut rappeler que les Français sont aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, le peuple le plus pessimiste sur son destin, sur son identité et sur son avenir. En ce sens, la montée du populisme ne constitue ni une surprise ni certes une maladie vénielle.” [4].

Injure à la mode

Une recension de l’usage du terme populisme dans l’actualité récente est révélatrice d’un courant dominant. Il est utilisé par les journalistes dans le cadre d’un discours de dénonciation d’un danger imaginaire et par les politiques sur le mode de l’injure.
On enregistre, dans les pages actualités de Google, 386 occurrences pour le terme “populisme” entre le 19/10/2006 et le 18/11/2006 ; 235 occurrences pour les termes “populisme Ségolène” entre le 20/10/2006 et le 18/11/2006. Ce qui marque une affinité particulière de Marie-Ségolène Royal à utiliser ce qualificatif contre Sarkozy [5].

À cette occasion, on remarque encore l’usage du copier-coller réalisé par les journalistes à partir d’une dépêche d’agence. Certains citent explicitement la source, d’autres implicitement (PARIS) et d’autres la passent sous silence. Tous reprennent mot pour mot le titre et le contenu de la dépêche [6].

Cette catégorie politique, au contenu incertain et arbitraire, se situe dans le registre de l’imprécation pour stigmatiser ceux qui perturbent le jeu politique convenu. Elle sert de contre-feu à tous ceux qui défendent l’ordre établi [7].

Serge LEFORT
20 novembre 2006


[1] CANOVAN Margaret, Populism, Harcourt-Brace Jovanovitch, 1981.
[2] HERMET Guy, Les populismes dans le monde – Une histoire sociologique XIXe-XXe siècle, Fayard, 2001.
Il ajoute cependant : “… capable de couvrir ce que peuvent avoir de commun ses manifestations si diverses dans le temps et dans l’espace.” L’auteur consacre ainsi 450 pages à décrire les manifestations d’un phénomène qu’il ne définit jamais, sinon par ses manifestations.
[3] TAGUIEFF Pierre-André (dossier réalisé par), Le retour du populisme – Un défi pour les démocraties européennes, Encyclopaedia Universalis, 2004.
Cette pseudo-définition, non partagée par les auteurs de l’ouvrage, lui permet de désigner ses ennemis au gré de ses humeurs.
[4] Alain DUHAMEL, La contagion du populisme, Libération, 08/11/2006.
Très présent dans tous les médias dominants (presse, radio et télévision), il utilise le ton de l’autorité ponctué par des marqueurs sémantiques de la fausse évidence : “c’est un fait peu contestable”, “cela va de soi”, “bien entendu”. Sa définition par défaut du populisme est savoureuse :
Car, bien entendu, la France échappe de moins en moins à l’emprise du populisme, avec son cortège de dénigrement systématique des élites, coupables de tous les échecs, de toutes les régressions mais jamais gratifiées des progrès ou des succès, avec aussi sa violence verbale, son autoritarisme diffus, sa démagogie affleurante, ses simplifications délibérées. Elle témoigne, cela va de soi, de ce qui est vécu comme autant de menaces, de pressions, de régressions, de dangers, de doutes, même si la réalité est infiniment plus complexe : la mondialisation, le capitalisme financier, les délocalisations, ces décisions mystérieuses et funestes prises de l’extérieur, la dépossession du pouvoir national, la persistance du chômage, l’augmentation de la précarité, la vulnérabilité face aux violences physiques, sociales, culturelles, l’essaim terrible des insécurités, l’impasse redoutée de l’intégration, de l’ascension sociale, de l’espérance. Depuis une génération, l’humus français porte en lui les germes du populisme. La pratique institutionnelle de la Ve République en dramatise encore les risques avec les blocages éternels du dialogue social, l’absence aberrante, archaïque, destructrice, de tout contrôle de l’action présidentielle et gouvernementale par le Parlement. Donc avec la confusion des pouvoirs soudés derrière un exécutif omnipotent donc fragile. Avec enfin l’absence de transparence et le refus d’une communication démocratique sur les décisions et les initiatives de ceux qui gouvernent.
[5] Recherche “populisme”, Google.
Recherche “populisme Ségolène”, Google.
[6] Journalisme copier-coller :
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie”, Reuters.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie”, Boursier.com – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie, L’Express – 22 oct 2006Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un ministre en exercice…
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie”, Capital.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie”, La Tribune.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de “populisme” et de “déni de démocratie”, Challenges – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “déni de démocratie”, Romandie.com – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “déni de démocratie”, Bluewin – 22 oct 2006Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la présidentielle…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “déni de démocratie”, TSR.ch – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “déni de démocratie”, La Liberté – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de “déni de démocratie”, Armées.com – 22 oct 2006Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de “populisme” sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la présidentielle…
[7] Lire :
• COLLOVALD Annie, Le «Populisme du FN» un dangereux contresens, Éditions du Croquant, 2004.
• COLLOVALD Annie, «Populisme : la cause perdue du peuple» in MATONTI Frédérique (sous la direction de), La démobilisation politique, La Dispute, 2005.