Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Editorial

Hommage à Michel PICCOLI


Acteur dans plus de 200 films depuis 1949. Après des débuts au théâtre, on le remarque dans les années 1950 chez Renoir (French Cancan), Pierre Chenal (La bête à l’affut, Rafles sur la ville) avant qu’il ne s’impose définitivement la décennie suivante. Buñuel lui restera fidèle avec Le journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie. Godard lui confie un des rôles principaux du Mépris, avec Brigitte Bardot. Il devient le modèle de l’homme mûr chez Marco Ferreri (Dillinger est mort, La grande bouffe), Claude Sautet (Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs). Il y invente des personnages où, derrière une apparente quiétude, se cache le vertige de la folie. Il compose par ailleurs, chez les grands poètes du cinéma contemporain (Manoel de Oliveira, Leos Carax), des figures inoubliables et incroyablement diverses.

du 4 septembre au 4 octobre 2013, La Cinémathèque française.

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Hommage à Maurice PIALAT


Grâce à Sylvie Pialat, La Cinémathèque française expose les tableaux et dessins de Maurice Pialat, témoignage de la première période de sa vie artistique (1942 à 1946). Une quarantaine d’œuvres : nature morte, portraits, paysages, marines et paysages urbains. Dans ce travail sur le motif, on décèle quelques thèmes qui reviendront dans certains films, par exemple L’amour existe, ce magnifique court métrage sur la banlieue réalisé en 1960, ou La Maison des bois, bouleversant feuilleton de six heures réalisé pour la télévision en 1970. De même, les tableaux d’enfants solitaires renvoient au premier long métrage du cinéaste, L’Enfance nue réalisé en 1968.

Sylvie Pialat a aussi fait don à La Cinémathèque française des archives du cinéaste : notes, scénarios annotés, projets non tournés, documents, correspondances, photos et affiches. Ces œuvres comme ces documents accompagnent l’exposition des tableaux et dessins, dix ans après la disparition du cinéaste survenue le 11 janvier 2003.

En parallèle de cette exposition (du 20 février au 7 juillet 2013), La Cinémathèque française organise la rétrospective complète des films de Maurice Pialat (du 20 février au 4 mars 2013) en présence de nombreux acteurs et actrices, et collaborateurs du cinéaste. Ainsi le visiteur et le spectateur découvriront divers aspects méconnus de la vie et de l’œuvre du cinéaste, une œuvre dense marquée par le ressassement et la solitude, l’une des plus intenses du cinéma français.

Cinémathèque françaiseExpositionRétrospective

Maurice PIALAT :
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Hommage à Éliane DE LATOUR


Je me sens engagée autant par la réflexion que par l’action pour lever un coin du voile qui obstrue les manières de voir et de réfléchir "le proche et le lointain". La méconnaissance mène au rejet, au mépris, à la violence, aux préjugés.

Éliane de Latour, directeur de recherche au CNRS, anthropologue et cinéaste, s’est mise au documentaire après sa thèse, en alternant les tournages en France et en Afrique tout en continuant à écrire. Elle finit par glisser vers la fiction en abordant les mondes de l’illégalité – prison, ghetto, clandestinité – ou de manière romanesque avec "Malik Ambar".

Par le cinéma, la photo, l’écrit scientifique ou littéraire, elle porte un regard de l’intérieur sur les mondes fermés de ceux que l’on repousse derrière une frontière physique ou sociale. Qu’il s’agisse de personnes âgées en Cévennes, de harem au Niger, d’établissement carcéral, de ghettos en Côte d’Ivoire, de migrants clandestins, de très jeunes joueurs de foot, d’esclaves noirs en Inde du 17è, de détenues mineures au Maroc ou des jeunes prostituées poussées par la guerre en Côte d’Ivoire, ses thèmes de recherches sont centrés sur la réclusion sociale et son corollaire, les grandes ou les petites conquêtes de liberté.

Éliane DE LATOUR :
Site de l’auteur
Africultures
IRIS – EHESS
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• Entretien, Hors-champsmp3
Wikipédia [Dossier mis à jour par Serge LEFORT le 07/02/2013].

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Leçons de l’intervention occidentale au Mali


Au moment où des avions français bombardent le Mali, une statistique toute simple explique le contexte : cette nation de l’Afrique de l’Ouest de 15 millions d’habitants est le huitième pays où les puissances occidentales ont, ces dernières années, bombardé et tué des musulmans, après l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, le Yémen, la Libye, la Somalie et les Philippines (sans parler des nombreuses tyrannies mortifères soutenues par l’Occident dans cette région du globe). Pour des raisons évidentes, la rhétorique selon laquelle l’Occident n’est pas en guerre avec le monde musulman sonne de plus en plus faux chaque fois que le militarisme progresse. Mais cette nouvelle campagne massive de bombardements nous révèle des enseignements essentiels concernant l’interventionnisme occidental, des leçons qui, comme toujours, sont résolument ignorées.

Premièrement, comme l’a souligné le New York Times, l’instabilité que connaît le Mali est, pour une large part, la conséquence directe de l’intervention de l’Otan en Libye. En particulier, "des combattants islamistes lourdement armés, très aguerris par les combats en Libye", "les importants stocks d’armes sortis de Libye, ainsi que des combattants différents, plus islamisés de retour de ce pays" ont joué un rôle de catalyseur dans l’effondrement d’un gouvernement soutenu par les États-Unis. Pour reprendre l’excellente analyse d’Owen Jones dans le quotidien britannique The Independent :

Cette intervention est la conséquence d’une autre intervention. On a fréquemment vendu la guerre en Libye comme un modèle de réussite pour un interventionnisme à visées progressistes. Pourtant, le renversement de la dictature de Kadhafi a eu des conséquences que les services de renseignement occidentaux ne se sont probablement pas donné la peine d’envisager. Les Touaregs – qui traditionnellement venaient du nord du Mali – constituaient une proportion importante de son armée. Lorsque Kadhafi fut éjecté du pouvoir, ils retournèrent chez eux : parfois sous la contrainte lorsque des Africains noirs subirent des agressions dans la Libye post-Kadhafi, une donnée gênante largement ignorée des médias occidentaux. La guerre en Libye fut considérée comme un plein succès, seulement nous en vivons actuellement le contrecoup.

À chaque fois, les interventions occidentales s’achèvent par incompétence ou par manque d’objectifs, et elles sèment les graines d’interventions futures. Étant donné la très grave instabilité qui affecte la Libye actuellement, couplée à la colère durable consécutive à l’attaque contre Benghazi, dans combien de temps nous annoncera-t-on que des bombardements et des envois de troupes dans ce pays sont – une fois encore – nécessaires pour combattre les forces "islamistes" au pouvoir : des forces mises en place grâce au renversement par l’Otan du gouvernement de ce pays ?

Deuxièmement, le renversement du gouvernement du Mali fut facilité par la désertion de soldats entraînés et armés par les États-Unis. Selon le New York Times, des cadres d’unités d’élite de cette armée, "entraînés minutieusement par les États-Unis, firent défection quand on eut vraiment besoin d’eux, en emportant chez l’ennemi, au plus fort de la bataille, des troupes, des armes, des camions et leurs compétences récentes, selon des responsables de l’armée malienne." Puis, "un officier entraîné par les États-Unis a renversé le gouvernement élu du Mali, préparant le terrain pour la prise de la moitié du pays par des forces extrémistes islamistes."

Autrement dit, l’Occident est de nouveau en guerre avec les forces mêmes qu’il a entraînées, financées et armées. Personne n’est plus compétent que les États-Unis et ses alliés pour créer ses propres ennemis, perpétuant ainsi un état de guerre sans fin. Lorsque les États-Unis ne trouvent pas d’ennemis à combattre, il les créent. Tout simplement.

Troisièmement, les bombardements de musulmans dans un nouveau pays provoqueront à l’évidence toujours plus de sentiments anti-occidentaux, ce qui alimentera le terrorisme. Déjà, comme l’a observé le Guardian, les avions de chasse français "ont tué au moins 11 civils, dont trois enfants". Le long passé colonial de la France au Mali ne peut inévitablement exacerber que de la colère. En décembre dernier, après que le Conseil de sécurité des Nations Unies eut autorisé une intervention au Mali, Salvatore Saguès, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest pour Amnesty International, prévenait : "Une intervention armée internationale risque d’amplifier la violation des droits humains dont nous sommes déjà témoins dans ce conflit."

Comme toujours, les gouvernements occidentaux sont parfaitement conscients de ce risque, et pourtant ils agissent comme ils l’ont planifié. Le New York Times observe que les bombardements français ont commencé "en dépit d’avertissements proférés depuis longtemps par les États-Unis selon lesquels une offensive de l’Occident contre un bastion islamiste pourrait battre le rappel de djihadistes dans le monde entier et susciter des attentats terroristes jusqu’en Europe." De fait, au moment même où les Français tuent des civils au Mali, un raid conjoint franco-étatsunien en Somalie à causé la mort "d’au moins huit civils, dont deux femmes et deux enfants".

Croire que les États-Unis et leurs alliés peuvent continuer de la sorte dans le monde entier, un pays après l’autre, peuvent bombarder et tuer des innocents – musulmans – et ne pas être la cible d’attentats "terroristes" est, pour des raisons évidente, pure folie. Comme Paul Rogers, professeur à l’université de Bradford, le disait récemment, le bombardement du Mali sera décrit comme "un nouvel exemple d’agression contre l’islam". Les espoirs que l’on pouvait nourrir concernant la fin de la "guerre contre le terrorisme" sont totalement anéantis par l’agression en cours.

Quatrièmement, en dépit de la rhétorique d’autosatisfaction dont les démocraties occidentales adorent se délecter, il est sidérant de constater à quel point ces guerres sont menées sans aucune référence à un quelconque processus démocratique. À propos de la participation du gouvernement britannique dans l’attaque contre le Mali, l’Independent estime "troublant, pour ne pas dire plus, que Cameron ait engagé la Grande-Bretagne dans ce conflit sans même avoir fait semblant de consulter le Parlement." De même, le Washington Post révèle que le président Obama n’a reconnu qu’après coup que des chasseurs étatsuniens ont pénétré dans l’espace aérien somalien dans le cadre de l’opération menée par la France dans ce pays. Il s’agit, selon le Post, "d’un aveu rare des menées militaires des États-Unis dans la Corne de l’Afrique", donc du secret anti-démocratique qui entoure systématiquement les actes de guerre des États-Unis dans la région :

L’armée des États-Unis avait basé un nombre croissant de drones Prédateurs, de F-15 au Camp Lemonnier, qui est devenu une base clé pour les opérations secrètes de contre-terrorisme en Somalie et au Yémen. Le ministère de la défense a refusé de donner l’identité des avions utilisés dans cette mission de récupération des otages, déclarant simplement qu’il s’agissait de chasseurs et non de drones… Cependant, on ne sait pas clairement pourquoi Obama s’est cru obligé de révéler l’existence de cette opération particulière alors qu’il n’avait pas évoqué d’autres missions bien précises menées en Somalie. Les porte-parole de la Maison Blanche et du Pentagone refusent de fournir des réponses à ces questions.

Naturellement, le gouvernement Obama a drapé toute sa campagne d’assassinats par drones dans le manteau impénétrable du secret, s’assurant que cette campagne resterait hors de portée d’une quelconque investigation par les médias, les tribunaux et les citoyens. Les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne se contentent pas de mener une guerre sans fin, systématiquement, contre les musulmans. Ils le font dans un secret quasi complet, sans aucune transparence ni responsabilité. Bonjour les "démocraties" occidentales !

Finalement, la propagande utilisée pour justifier tout ceci est d’une banalité déprimante, même si elle est extrêmement efficace. Un gouvernement occidental qui souhaite bombarder des musulmans se contente de leur accoler méchamment l’étiquette de "terroristes", et le moindre débat, le moindre jugement critique sont instantanément étouffés dans l’œuf. Comme l’a proclamé le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, "le président Hollande est totalement déterminé à éradiquer ces terroristes qui menacent la sécurité du Mali, notre propre pays et l’Europe."

Comme toujours, cette vision simpliste déforme la réalité plutôt qu’elle ne la décrit. À l’évidence, les rebelles maliens ont commis toutes sortes d’atrocités odieuses (amputations, flagellation, lapidation jusqu’à la mort pour ceux qui s’opposent à leur interprétation de l’Islam), mais les forces gouvernementales maliennes ont, selon Amnesty, "arrêté, torturé et tué des Touaregs sur des bases ethniques." L’Independent nous prévient à juste titre : "ne vous laissez pas mener en bateau par la version offerte par les médias occidentaux : il s’agit d’une simplification perverse, comme celle qui nous a été imposée dans la cruelle guerre civile syrienne."

Les bombardements français au Mali, avec peut-être la participation des États-Unis, sont une illustration du mode d’intervention occidental. La "guerre contre le terrorisme" est une guerre qui assure sa propre pérennité, précisément parce quelle crée sans fin ses propres ennemis et qu’elle fournit l’huile garantissant que le feu brûlera jusqu’à la fin des temps. Mais la propagande à base de slogans qui sert à justifier tout ceci est à ce point facile et de pacotille ("il faut tuer les terroristes !") qu’il est difficile de percevoir quand tout cela s’arrêtera. La peur aveugle – pas seulement de la violence, mais de l’Autre – qui a été greffée avec succès dans le cerveau de nombreux citoyens occidentaux est telle que ce simple vocable vide de sens (terroristes) est capable, à lui seul, d’engendrer un soutien inconditionnel à toute initiative prise en leur nom, quel que soit le secret ou le manque de preuves qui l’entoure.

14/01/2013
Glenn GREENWALD
The Guardian
Traduction Bernard Gensane pour Le Grand Soir

Lire aussi :
Revue de presse Mali 2013 Français – English – Español, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

L’austérité est une erreur mathématique !


C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. Un rapport de quarante quatre pages signé par un économiste en chef du FMI, un français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.

Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.

Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession.

L’équation était fausse, ce qui est remarquable en soi, surtout quand on songe au Mississipi, que dis-je, à l’Amazone de leçons d’austérité péremptoire, délivrées chaque minute, sur toutes les antennes, et dans tous les journaux, par des commentateurs sûrs d’eux et dominateurs.

Mais le plus incroyable est ailleurs.

C’est qu’il ait fallu s’apercevoir que quelque chose clochait dans une équation pour découvrir que quelque chose n’allait pas dans la vraie vie. Un peu comme si on assistait à des accidents de la route en chaîne et qu’on ne donnait pas l’alerte tant qu’un modèle mathématique ne disait pas que c’était des accidents.

On ne peut pas aller plus loin dans le triomphe de la technocratie. Il a fallu qu’un expert constate un problème avec un coefficient multiplicateur pour que ce qui saute aux yeux soit perçu par nos cerveaux. L’Europe est à la traîne, son chômage bat des records, sa croissance est en berne, la pauvreté s’installe, bref la voiture est dans le fossé, mais peu importe, on ne change pas de politique puisque c’est la seule et qu’en vouloir une autre serait une demande ignare.

Les ignares vous saluent bien, mais les dévots de l’austérité n’ont pas rendu les armes. L’histoire de l’équation commence à cheminer, on en a parlé dans le journal de France 2 hier soir, l’Humanité l’a évoquée, le Washington Post aussi, mais elle ne fait pas encore la une. C’est qu’on ne renonce pas d’un jour à l’autre à une idéologie. Même vermoulus les murs de Berlin ne s’affaissent pas d’un jour à l’autre.

09/01/2013, Hubert Huertas, Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique !, France CultureTélécharger mp3.
07/01/2013, Olivier Blanchard, Le FMI le confirme : l’austérité était une erreur de calcul, L’HumanitéRapport du FMI en anglais.

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.

Hommage à Shinji SÔMAI


Son œuvre reste peu connue en France alors qu’il est considéré, au Japon, comme un maître. Représentant d’une génération "intermédiaire" qui succède à celle de la Nouvelle Vague nipponne, il affirme son indépendance en s’intéressant aux problèmes du Japon contemporain, même s’il n’a pas dédaigné les genres comme le mélodrame (The Catch) ou le roman porno (Love Hotel). Il s’attache à décrire le monde des adolescents (Sailor Suit and Machine Gun), les relations parents-enfants (Déménagement, Typhoon Club), les marginaux, dans des films à la mise en scène stylée privilégiant les longs plans-séquences.
Cinémathèque française du 12 décembre au 6 janvier – Télécharger Dossier de presse.


Extrait de Typhoon Club

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• Filmographie, IMDbFestival des 3 continents.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
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Les dépenses de santé en Europe diminuent pour la première fois depuis des décennies


Les dépenses de santé ont reculé au sein de l’Union Européenne en 2010, au moment où les pouvoirs publics à court de liquidités ont limité les dépenses afin de réduire les déficits budgétaires, selon le Panorama de la santé : Europe 2012, nouveau rapport conjoint de l’OCDE et de la Commission européenne.

Cette chute des dépenses de santé par habitant et en pourcentage du PIB met fin à la hausse observée au cours des années ayant précédé la crise économique, lorsque les dépenses de santé par habitant augmentaient deux à trois fois plus vite que les revenus dans de nombreux pays. D’un taux de progression annuel moyen de 4,6 % entre 2000 et 2009, les dépenses de santé par habitant sont passées à -0,6 % en 2010. C’est la première chute que connaissent les dépenses de santé en Europe depuis l’année 1975.

Lire le rapport de l’OCDE

Lire aussi : Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.

Texte de l'accord de cessez-le-feu


L’accord de cessez-le-feu conclu sous médiation égyptienne entre Israël et les groupes combattants à Gaza prévoit que les deux parties cessent leurs frappes aériennes comme leurs tirs de roquettes à dater de 21h00 heure de Gaza (19h00 GMT).

Voici le texte de cet accord :

Dispositions convenues relativement à l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et les groupes combattants de la bande de Gaza, dirigés par le Hamas, avec la médiation de l’Égypte :
1. Israël cesse toute action agressive à Gaza, que ce soit par mer, par terre ou par les airs, y compris toute incursion et tout assassinat ciblé.
2. Les factions palestiniennes et la branche armée cessent toute action agressive depuis la bande de Gaza contre Israël, y compris tout tir de roquette et toute attaque à la frontière entre la bande de Gaza et Israël.
3. Les points de passage seront ouverts et la circulation des biens et personnes seront facilités, sans restreindre les déplacements des habitants ni les prendre pour cible près des zones frontalières. Cette mesure sera mise en oeuvre 24 heures après l’entrée en vigueur du présent accord.
4. Tout autre problème éventuel sera discuté en tant que besoin.

Mécanisme de mise en œuvre :
1. Décision de l’heure zéro pour le début de l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu.
2. Obtention par l’Égypte de garanties de toutes les parties qu’ elles respecteront les dispositions convenues.
3. Engagement de la part de chaque partie à s’abstenir de toute action unilatérale ou violation de ces accords. Toute éventuelle observation sera transmise à l’Égypte, en tant que médiateur de cet accord, qui en assurera le suivi.

Renmin Ribao

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Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Gaza, Now: Future is Uncertain


I’m writing this from near the Gaza seaport from where I can see smoke rising around me from the bombs that fall down on the Gaza Strip from the Israeli planes above. Words fail me. Despite the limits to life from Israel’s five-year siege on Gaza some kind of normality is attempted in Gaza. How could it be any other way when the majority of the population are children, do parents and older siblings have any other option?

Yet this civilian population, most now holed out in the dense, tight refugee camp buildings and urban centres of Gaza are facing the wrath of some of the most powerful aerial warfare available to humankind. As I write the constant bombardments consume your senses and shake the entirety of your surroundings. For the over 300 people injured or killed so far by the Israeli F16s, drones and Gunboat shellings the loss for them and their families will never relent.

I can barely write a sentence and more news, "six injuries from a bombing in Sheikh Radwan, children among them, including a 4-year old child who was playing in the street.", "Elderly man just killed in Zaytoun neighbourhood, with 4 injuries". Friends have received text messages from the Israeli Occupation Forces saying in Arabic, "Stay away from Hamas the second phase is coming."

Twelve year old Abdullah Samouni, who I teach English to in Zeitoun camp called me a little while ago. "We’re really scared", he said. We moved to get away to Zeitoun and went to our grandmother’s house. Take care of yourself, there are so many bombs." Abdullah lost his father and four year old brother shot by Israeli soldiers entering their house in the land offensive of Israel’s Cast Lead attacks on Gaza over the new year of 2009. In three days, he was injured and lost 29 members of his extended family. His mother Zeinat has moved her seven remaining children to a town further north, but bombs are raining down all over the Gaza Strip.

"We moved everyone out but bombing is so bad here. All of the kids are screaming. Whenever an attack happens they come and hold me. The children remembered what happened before, they think only the worst." said Zeinat who like so many has had to put aside her own fears and tragedy to show strength for her children.

Seeing Western media continue to distort the picture of what is happening here, just as they did during the massacres that took place during Israel’s Cast Lead attacks, and any other offensive described as "retaliation" made my call with Abdullah all the more angry. This year from January 1st until November 6th this year 71 Palestinians were killed and 291 injured in Gaza, while no Israelis were killed and 19 were injured according to the United Nations. How many Western media outlets offer proportionate time to Palestinian victims as to Israeli victims?

Just as the Israeli forces initiated the pretence for the Cast Lead attacks, this time the Israeli army’s initial attack took place on Thursday 8th November with an Israeli incursion into Gaza, in Abassan village. They opened fire indiscriminately and leveled areas of Palestinian land. The shooting from Israeli military vehicles seriously wounded 13-year-old Ahmed Younis Khader Abu Daqqa while he was playing football with friends, and he died the next day of his injuries.

On the 10th November, Palestinian resistance fighters attacked an Israeli army jeep patrolling the border with Gaza, injuring 4 Israeli occupation soldiers.

Israeli forces then targeted civilian areas, killing two more teenagers playing football, then bombed the gathering that was mourning their deaths, killing two more. Five civilians were killed and two resistance fighters, including three children. Fifty-two others, including six women and twelve children were wounded. For Gaza to be under such attack, could anyone doubt that resistance forces would fire back? Once Israeli forces had carried out further bombardments, one of which was the extra-judicial killing of the Hamas military commander Ahmed Jabari, the circle was complete.

Since then during the last three days 29 Palestinians have been killed and three Israelis. The majority of Palestinian victims were civilians of which six were children. More than 270 have been injured of whom 134 are children and women. The vast majority are civilians. The number is rapidly rising.

Even this comparison is detached from the context that Gaza is under Israeli military occupation, illegal according to United Nations Resolutions and a five-year blockade, deemed collective punishment by all major human rights organisations, violating article 33 of the Geneva Conventions. The right to resist enforced military occupation by a foreign force is also enshrined in international law, a right that should be self-evident.

Which explained the jubilance from Palestinians in Gaza when rumours spread that one of the rockets which usually hit open land, this time brought down an Israeli F16 fighter jet, the likes of which had carried out over 600 airstrikes all over the Gaza Strip these last three days.

Indeed, our visits to hospitals didn’t take long to convince us that these Israeli aerial attacks and shelling from gunships have hit many civilian areas.

At the main Al-Shifa hospital, Gaza City, every ten minutes more people arrived in ambulances; an elderly man, a young man, a child, two more children. Once leaving the injured, the stretcher gets a new towel and is sprinted back out for the courageous paramedics of the Palestinian Red Crescent to go back out into the danger zones, to find the latest victims of attacks.

There weren’t many beds free in the intensive care unit where some had brain injuries from embedded shrapnel. While we were there, rushing in came a tiny child, ten month old girl, Haneen Tafesh. She had very little colour or life in her and was rolled on to the hospital bed. She had suffered a brain haemorrhage and a fractured skull. Later that evening we learned that she hadn’t survived.

Talking to the Director General of Al-Shifa, Dr Mithad Abbas he asked, "We know Israel has the most precision and advanced weaponry. So why are all these children coming in?" He stated that if casualties increased there would be a severe lack basic medicines and supplies, such as antibiotics, IV fluid, anaesthesia, gloves, catheters, external fixators, Heparin, sutures, detergents and spare parts for medical equipment. What’s more electricity blackouts would hit hard, without enough finance for suitable fuel for generators.

Once again as I write five huge blasts from nearby shake our building and our senses. The bombings have progressively escalated, especially once night falls. Jabaliya refugee camp, Shejaiya, Rafah and Meghazi I learned had been under a continuous barrage. One blast came down during an interview with a Canadian radio station which helped the audience to understand more than I could.

A 13 year old girl, Duaa Hejazi was hit in Sabra neighbourhood as she walked back home with family. Shrapnel was embedded all over her upper body. "I say, we are children. There is nothing that is our fault to have to face this." She told us. "They are occupying us and I will say, as Abu Omar said, "If you’re a mountain, the wind won’t shake you". We’re not afraid, we’ll stay strong."

And so the night goes on. The near future of Gaza is uncertain. The fates of everyone here is uncertain. Which people now preparing to go to their beds, will have their lives turned upside down by the loss of a loved one these next few days. I know some of the warmest people here that I feel strongly attached to, that you would instantly care for if you met them. The complete madness of this violence makes me wonder what we have done to ourselves, how do we allow humanity to manifest itself in this way.

Outside you can make a difference. I’m asking you, because the Israeli army will not empathise with the people they are looking down on through their cockpit windows. Nor will their politicians. But you can empathise and you can act. The normal ways but multiplied by ten. Small and big efforts to create massive international mobilisation are the only way to reduce the extent of the horror and loss facing the Palestinians of Gaza.

The Israeli cabinet has approved the call-up of 75,000 reservists compared to the 10,000 reservists called up for the massacres during Israel’s air and land offensive in Cast Lead. There is not much time.

17/11/2012
Adie Mormech – Gaza City
Palestine Chronicle

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Anarchistes contre le mur de l'Apartheid


Leehee Rothschild, militante anticolonialiste israélienne, est en Grande-Bretagne pour quelques semaines, dans le cadre de son soutien à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’égard d’Israël). Les discussions avec la militante des Anarchistes contre le Mur sont l’occasion de s’informer sur la situation en Israël et en Palestine, tout autant que de débattre des modalités de notre soutien à la résistance palestinienne. C’est dans ce but que nous nous sommes rencontrés.

Après avoir fait connaissance, la conversation porte rapidement sur l’évolution de la situation en Israël dont, selon Leehee, la politique prouve de plus en plus le racisme inhérent à l’idée d’un "État juif". A titre d’exemples, l’élargissement à toute personne sans-papiers du statut d’ "infiltré" (qui concernait initialement les Palestiniens non autorisés à résider en Israël ou en Cisjordnaie) symbolise l’extension du racisme anti-arabes à tous ceux qui ne sont pas blancs, et la construction d’un nouveau camp pour immigrés dans le Néguev en est une des conséquences. Pour ce qui est de la nature du régime israélien, Leehee Rothschild définit le sionisme comme un mouvement colonial et raciste ayant, au profit d’une partie des Juifs occidentaux, séparé les Juifs des Palestiniens, ainsi que les Juifs européens des Juifs orientaux. Par ailleurs, la place occupée par l’armée dans l’appareil d’État israélien, ainsi que la glorification de valeurs guerrières et machistes, ont des conséquences délétères en ce qui concerne la situation des femmes.

Nous en venons à la question des luttes sociales en Israël. Comme beaucoup de militants des Anarchistes contre le Mur, Leehee trouve que de nombreux aspect du "Mouvement des tentes" (ou "Mouvement des indignés israéliens") sont très problématiques, dans la mesure où aucune des questions soulevées par le mouvement n’entre en opposition avec les fondamentaux du sionisme. Pour la direction du "Mouvement des tentes", composée en majorité d’hommes blancs issus de la "classe moyenne", l’idéal serait de revenir à l’époque où la sociale-démocratie israélienne garantissait des conditions de vie satisfaisantes aux Juifs ashkénazes, tout en tenant les situations des autres populations (dont les Palestiniens) à l’écart des préoccupations exprimées. Dans cette démarche, le "Mouvement des tentes" a accouché de trois organisations politiques appartenant à la gauche sioniste : la première est liée au Parti travailliste, la seconde se rattache à la mouvance écologiste, et la troisième est l’embryon d’un parti politique qui mettrait la question de l’accès au logement des "classes moyennes" au cœur de son programme. Leehee est assez déçue que le Parti Communiste d’Israël travaille avec ces derniers.

Nous discutons ensuite des mouvements de lutte en cours en Cisjordanie, qui portent sur la dégradation des conditions de vie dans les territoires occupés, et prouvent le mensonge du "développement économique" qui aurait lieu en Palestine grâce à l’Autorité Palestinienne et sa coopération avec Israël. Le mouvement de lutte des Palestiniens critique avec virulence les accords d’Oslo ainsi que le protocole de Paris, qui organisent les échanges économiques entre l’Autorité Palestinienne et l’Etat d’Israël au profit de ce dernier. Je dis être assez choqué que le mouvement de solidarité européen n’exprime pas de solidarité avec ces mouvements, et critique l’occupation sans démasquer les institutions "palestiniennes" mises en place par l’occupant. Puisqu’il n’y a pas de "processus de paix" en dehors des discours, et que l’Autorité Palestinienne n’existe que par sa bureaucratie et sa police, il nous semble à tous deux évident que celle-ci sera aussi la cible des prochains soulèvements palestiniens. Il paraît donc impossible d’imaginer un soutien à la lutte palestinienne sans soutien aux luttes contre la coopération avec Israël.

Passés les constats sur la situation en Palestine, nous discutons maintenant des moyens d’organisation face à la politique israélienne. Ayant rencontré il y a quelques années à Jérusalem des militants des Anarchistes contre le Mur, je dis avoir perçu une certaine hétérogénéité dans leurs cultures politiques respectives, et avoir entendu plusieurs fois l’antisioniste israélien Michel Warschawski dire que dans ce contexte, le terme "anarchiste" est plus à entendre comme un synonyme de "rebelle" ou "opposant radical". Leehee me confirme que la plupart des militants de l’organisation ne sont pas anarchistes au sens idéologique du terme, et m’apprend que la plupart d’entre eux votent. Soit pour le Parti Communiste, soit pour les nationalistes arabes du Balad. Leurs références politiques se situent du côté de la gauche anticolonialiste ou encore du Bund, mouvement non-sioniste qui agissait en vue de l’autonomie politique des Juifs d’Europe de l’Est, et défendait un judaïsme intrinsèquement lié à la lutte contre l’oppression.

La plupart des membres des Anarchistes contre le Mur sont par ailleurs investis dans le collectif Boycott from Within (Boycott de l’Intérieur) qui vise à apporter une légitimité à la campagne BDS. Lorsqu’ils agissent dans ce collectif, leur activité est le plus souvent alignée sur la temporalité du mouvement de solidarité à l’international, et vise à fournir un argument face au chantage à l’antisémitisme. Leehee Rothschild a par exemple témoigné à Paris lors du procès de militants poursuivis en raison de leur appel au boycott des produits israéliens. Comme l’essentiel des militants de la campagne BDS, elle estime que la priorité n’est pas de se prononcer sur l’établissement d’un Etat binational (sur toute la Palestine historique, avec égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens) ou sur une "solution à deux États" (dans le cadre des frontières reconnues par le droit international et les résolutions de l’ONU). Elle apprécie au contraire la campagne BDS car elle vise prioritairement à la satisfaction des revendications palestiniennes immédiates : la fin de l’occupation des territoires palestiniens, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons, l’égalité entre Palestiniens et Israéliens.

Je décide enfin de demander à Leehee son point de vue sur l’un des débats qui traversent une partie du mouvement de solidarité depuis au moins deux ans : celui relatif au respect de l’autonomie de la lutte palestinienne. Pour beaucoup de militants, les références fréquente à une "nécessité de convaincre l’opinion publique internationale" dans l’élaboration des stratégies des Palestiniens semblent aller a contrario d’une autonomisation de la lutte. Je dis par ailleurs voir un décalage entre la couverture médiatique du rituel hebdomadaire de la manifestation non-violente jusqu’au mur de Cisjordanie, et les effets concrets d’une telle stratégie. Si la sincérité des soutiens israéliens et internationaux à la "résistance non-violente" n’est pas en cause, il conviendrait, je crois, de se demander si les militants israéliens et internationaux n’ont pas imposé leur vision de la lutte aux colonisés.

Leehee Rothschild défend aussi la nécessité de ne pas séparer artificiellement "lutte violente" et "lutte non-violente", et dit soutenir la résistance non-armée à l’occupation parce qu’elle correspond actuellement au choix des Palestiniens, et non parce qu’elle leur reprocherait de prendre les armes si telle était leur décision. Au cas où j’aurais peur que les anticolonialistes israéliens et européens aient rendu les manifestants palestiniens dépendants de leur présence, elle assure qu’un certain nombre de manifestations ne se font qu’entre Palestiniens, que ce sont les Palestiniens qui établissent leur propre agenda, et elle rappelle que contrairement à l’image déformée donnée par les médias et par certaines associations, ce type de résistance n’est pas nouveau en Palestine. Depuis plusieurs décennies, des défilés de manifestants seulement équipés de pierres et de drapeaux ont lieu en Palestine. Cependant, si les Israéliens antisionistes essaient d’organiser la lutte avec les Palestiniens, Leehee est aussi consciente de l’illusion représentée par l’idée de "rétablir l’égalité dans la lutte". A titre d’exemple, un militant israélien arrêté dans une manifestation en Cisjordanie est libéré au bout de 3 jours, quand un Palestinien reste incarcéré 3 mois.

En ce qui concerne le rapport de domination qu’il faut s’efforcer de ne pas reproduire, et l’autonomie à respecter, Leehee fait le parallèle avec les rapports entre hommes et femmes, et affirme que si un homme peut se joindre aux luttes féministes, il ne risque pas d’être violé ou harcelé sexuellement dans la rue. Selon Leehee, de ce fait, l’identité de genre range les hommes du côté des oppresseurs, et leur connaissance de l’oppression des femmes ne peut être que théorique, comme la connaissance qu’un Israélien peut avoir de la situation des Palestiniens. Tout en étant d’accord sur l’ampleur de la domination masculine, sur la manière dont elle est reproduite par les militants (ne serait-ce que dans la répartition de la parole ou dans la division du travail), et sur la nécessité de luttes ou d’expression non-mixtes, le parallèle me semble avoir certaines limites. Ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de séparation physique entre hommes et femmes comme entre Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie …

Leehee revient sur la question de l’élaboration des stratégies, et insiste sur le fait que dans les "comités de résistance populaire", l’avis des Israéliens qui s’y joignent quelques heures par semaine n’est que consultatif. De plus, les Israéliens anticolonialistes qui pourraient exprimer un point de vue sur une éventuelle reprise de la lutte armée contre l’occupation militaire le feraient en fonction de considérations stratégiques. Il n’y a chez eux aucune condamnation morale de la lutte armée contre une occupation.

Je lui dis qu’une lutte cohérente contre la colonisation signifierait se positionner de manière autonome, sans se demander ce que les citoyens de l’État colonial (ou des autres États occidentaux) penseront du chemin emprunté par la lutte. Aussi, nous pouvons nous demander si les éventuels "conseils" n’entretiennent pas les complexes coloniaux. Je compare notamment la lutte palestinienne à celle du peuple algérien, qui – bien qu’elle accueillait volontiers dans ses rangs les français souhaitant fournir un appui – cherchait à porter des coups au colonisateur plus qu’à convaincre l’"opinion publique" française. Mais pour Leehee, il est important de ne pas oublier qu’à l’inverse des Français d’Algérie, qui furent rapatriés, un certain nombre d’Israéliens n’a pas d’autre nationalité, et ceux qui luttent doivent donc être attentifs à la construction de l’égalité et du vivre ensemble. Si cette préoccupation est légitime, et si personne dans le mouvement de solidarité ne remet en cause la présence des Israéliens au Proche-Orient, il me paraît assez exigeant de demander aux Palestiniens d’agir en fonction de la garantie du statut des Israéliens dans le cadre de l’hypothétique société post-sioniste à venir …

Ce débat touche cependant à des problématiques qui vont bien au delà de la seule cause palestinienne. En réalité, la question semble plus globalement liée aux tabous autour et de la lutte armée, et au recul de la réappropriation de la violence, y compris dans les luttes anticoloniales. Les discours en faveur de la "non-violence" comme les références à une opinion publique homogène qu’il s’agirait de convaincre ne sont qu’un des aspects d’un mode de gouvernance dont nombre d’activités semblent converger dans le but de masquer la violence des rapports de force. Il serait donc à la fois absurde et injuste de faire porter la responsabilité première de cette situation aux internationaux et aux israéliens qui agissent dans le cadre du mouvement de solidarité avec la Palestine …

06/11/2012
Agence Médias Palestine

Lire aussi :
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine – Israël, Monde en Question.

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