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Archive for the ‘Editorial’ Category

L’homme du 21 avril

7 janvier 2010 Laisser un commentaire

Comme je l’écrivais en avril 2003, Lionel Jospin est mort politiquement le 21 avril 2002. En mobilisant les médias dominants pour faire la promotion de son dernier livre, il suit la même trajectoire que Giscard d’Estaing.

Son livre, Lionel raconte Jospin, est l’histoire schizophrénique [1] d’un certain Lionel qui ne connaît pas un certain Jospin et vice et versa. Les quelques extraits, publiés par le JDD, permettent d’éviter de gaspiller son temps et son argent à lire les contradictions d’un homme qui n’assume ni son passé ni ses erreurs.

Son échec, le 21 avril 2002, fut la conséquence du virage à 180° de toute la gauche en novembre 1982 quand le gouvernement Pierre Mauroy initia le néolibéralisme, baptisé en novlangue «tournant de la rigueur» [2]. À l’époque Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste, a déclaré : «Nous n’avons pas, bien sûr, changé de politique».
Aujourd’hui, il justifie cette politique suicidaire dont il mesure les conséquences électorales, mais pas les répercussions sociales : «Le tournant de la rigueur a fait chuter la popularité du pouvoir, il a donc été une des causes de l’échec des législatives de 1986. Mais sans lui, nous allions à la débâcle économique, donc nous n’aurions pas gagné […]. Ça nous a appris à nous confronter à la complexité du réel.» Dont acte.

Pendant ce temps-là Julien Dray, un autre ex-trotskyste, règle ses comptes personnels avec des potes du PS dont certains sont d’ex-camarades trostkystes [Libération].

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Revue de presse :
• 02/01/2010, Jospin se met à table, L’Express.
• 02/01/2010, Lionel Jospin se raconte enfin, le JDD.
• 02/01/2010, Une tragédie des gauches, le JDD.
• 02/01/2010, “Lambert a traversé ma vie et, je crois, nous nous estimions”, le JDD.
• 03/01/2010, Lionel Jospin se raconte enfin, Le Grand Journal du Mexique.
• 03/01/2010, Jospin : En 2002, “j’ai surestimé la perception positive de mon bilan”, Le Monde.
• 03/01/2010, Jospin assume 2002 pour ne pas être résumé à son échec, Rue89.
• 04/01/2010, Un début d’année sous le signe de Jospin, L’Express.
• 04/01/2010, Revenant sur son passé, Jospin égratigne Chirac, Le Figaro.
• 04/01/2010, Lionel Jospin défend toujours son bilan, Le Figaro.
• 04/01/2010, Trotskisme, Matignon, 21 avril 2002 : Jospin se raconte, Libération.
• 06/01/2010, Patrick Rotman filme Jospin… et oublie Lionel, Télérama.

Articles sur Jospin :
- Google Actualités
- Monde en question
- Rue89


[1] Il suffit de lire ces deux phrases, publiées dans les extraits par le JDD : «Je n’ai pas le sentiment de me diviser mais l’impression d’additionner et peut-être même de compenser. Je n’étais pas dans le militantisme actif.» et «Je n’ai pas de double casquette. Je ne suis pas trotskiste et socialiste, je suis trotskiste puis socialiste.» ; d’écouter l’un des nombreux lapsus, dont il est coutumier, dans une vidéo publiée par MJS : «Pour autant, je ne vous ai pas accompagné» au lieu de «Pour autant, je ne vous ai pas abandonné» (04:40).
[2] Lire : Sémantique de crise, Monde en Question.

Hommage à Lhasa de Sela

4 janvier 2010 Laisser un commentaire

La mort de Lhasa de Sela fut annoncée, puis démentie et confirmée, avant de devenir un produit des médias dominants qui pratiquent allègrement le copier-coller.

Née d’un père mexicain et d’une mère américaine, émigrée à Montréal, Lhasa, qui a vécu aussi quelques années en France, incarne cette mixité d’identités que le gouvernement droite-gauche voudrait réduire voire supprimer.

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Revue de presse :
AFP-Google ActualitésAFP-Yahoo! Actualités
20 minutes
97 Rue Du Rock
Cyberpresse
Le Devoir
Le Grand Journal du Mexique
Le Monde
LesInrocks
Les Quotidiennes
Libération
Metro
Nouvel Obs
Radio-Canada
Rue89
Télérama
The Canadian Press

Lire aussi :
Bio-discographie :
- Site officielSite non officiel
- Mondomix
- Wikipédia
Vidéos, Google

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2010

1 janvier 2010 Laisser un commentaire

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Catégories:Editorial

Victoire de Le Pen… en Europe (2)

14 décembre 2009 Laisser un commentaire

Un lecteur, qui signe Requiem, écrit :

Ben voyons, vous avez vécu dans une grotte ces dernières semaines ? Les médias ont TOUT fait pour insinuer que le référendum était raciste, il n’y avait qu’à voir l’article de Libération.

Ce lecteur ne cite pas l’article de Libération, qui aurait “insinué que le référendum était raciste”, mais de toute façon il semble qu’il ne sache pas lire… comme le prouve la suite de sa diatribe.

De fait, le quotidien Rothschild-Joffrin passe sous silence le racisme politique et social illustré par les résultats du référendum en Suisse :

30/11/2009, Les Suisses sont-ils racistes ?, Libération.
Commentaires : À cette question, Laurent Joffrin répond «je n’en sais rien…» Dont acte.

30/11/2009, Laurent JOFFRIN, Absurde, Libération.
La peur irraisonnée de l’islam a de nouveau frappé en Europe. Alors que les musulmans de Suisse mènent pour la plupart, aux dires de tous, une vie parfaitement respectueuse du droit, la Confédération a adopté contre eux une mesure ostensiblement discriminatoire. L’interdiction des minarets ternit brutalement l’image d’un pays pourtant accoutumé à la coexistence pacifique des religions.

La force absurde du préjugé se vérifie d’autant plus que ce sont les cantons où il y le moins de musulmans qui ont le plus approuvé la mesure anti-islam réclamée par la droite extrême.

Le vote suisse est un signal d’alerte pour l’Europe entière. Aucun gouvernement du continent n’a jusqu’à présent réglé de manière satisfaisante ses rapports avec la religion musulmane, qui fait pourtant partie intégrante du paysage européen. L’activisme intégriste, danger minoritaire mais réel, sert de prétexte au maintien hors les murs de croyants dont l’immense majorité ne demande qu’à vivre en paix dans la plus stricte légalité. Il n’existe sur ce point qu’une seule stratégie possible : favoriser, sur des bases laïques établies depuis longtemps, l’émergence d’un islam européen dont les spécialistes voient déjà les prémisses, fidèle à sa foi et acclimaté à la culture des droits de l’homme. La Suisse vient de lui tourner le dos, au grand bénéfice des intégristes de tous les bords.

Commentaires : Le patron de Libération ne parle pas d’une mesure raciste, mais d’une «mesure ostensiblement discriminatoire» – la nuance est importante. De même, il n’écrit pas extrême droite mais «droite extrême», novlangue du politiquement correct. Enfin, il enferme ses lecteurs dans un faux débat sur la religion, en prônant «la coexistence pacifique des religions» et «l’émergence d’un islam européen» «sur des bases laïques». Absurde !

Notre lecteur partage le consensus construit par les médias dominants qui, après avoir déserté le terrain de l’analyse politique et sociale, interprètent le monde en recourant à l’idéologie du choc des civilisations selon laquelle la religion serait l’explication de tous les conflits économiques, politiques et sociaux.

La revue de presse européenne du 9 décembre illustre l’impasse du paradigme religieux : La question de la religion tourmente l’Europe, euro|topics.

Le seul article évoquant le racisme fut publié tardivement et par un journaliste qui n’exprime pas la ligne du journal (dérive vers le racisme anti-arabe [1]) : Pierre MARCELLE, Les mots pour la redire, la barbarie, Libération du 04/12/2009.

Ainsi, petit à petit, l’oiseau fait son nid. Cet oiseau-là, appelons-le fascisme ou néonazisme, et entendons de partout monter des voix nous rappelant scrupuleusement au sens des mots. Allons ! La Suisse serait soudain devenue, par le seul fait d’une votation interdisant l’érection de minarets, un Etat raciste ! Vous rigolez ?… Eh bien non, on ne rigole pas. On cherche le mot susceptible d’identifier l’électeur d’une proposition raciste promue par des racistes, et – est-on simplet, tout de même ! – on ne trouve rien de mieux que : raciste.
[...]
Redire que la barbarie, ce n’est pas l’islam. La barbarie, c’est invoquer un «islam modéré» (autre façon de signifier que son essence est extrémiste – terroriste) pour le sommer d’être «audible» tout en le contraignant à se taire, reclus dans le travail clandestin, la privation des droits civiques et la négation de toute identité autre que voilée.
[...]
La barbarie se mesurait hier, dans un sondage Ifop pour Le Figaro, à 46 % de sondés favorables à l’interdiction des minarets dans l’hexagone – et 41 % opposés à l’édification de mosquées.

Rappelons que Pierre Marcelle est toléré par le couple Rothschild-Joffrin et parfois censuré. Que fait-il donc dans cette galère [2] ?

Il est symptomatique que, pour rendre odieux le racisme, Pierre Marcelle doive l’associer au fascisme et au nazisme. En quoi il se fourvoie car sa dénonciation, purement morale, n’explique rien. Le racisme est intimement lié au colonialisme et donc au capitalisme. Il s’est développé en même temps que la colonisation européenne du monde, qui commença en 1492 alors que s’achevait la Reconquista… Le racisme fut l’idéologie de l’accumulation primitive du capital. Il fallait considérer comme inférieures, sinon comme non-humaines, les populations conquises pour justifier l’appropriation de leurs terres et de leur travail.

Serge LEFORT
13/12/2009

Lire aussi :
• Laila LALAMI, La Nouvelle Inquisition, Des bassines et du zèle – Traduction de, The New Inquisition, The Nation.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.


[1] Lire notre analyse sur l’affaire RER D : Analyse d’une dérive – Le cas Libération.
[2] Bibliographie :
• Pierre MARCELLE, Wikipédia .
• Pierre MARCELLE, Acrimed.
• Pierre MARCELLE, Quotidienne – Chroniques 2000-2001, Léo Scheer, 2005.
• Pierre MARCELLE, Quotidienne 2002-2003, Fayard, 2006 [Là-bas si j'y suis].
• Pierre MARCELLE, Quotidienne 2004-2006 suivi de Libération, une crise, Fayard, 2007 [Mouvements].

Considérations inactuelles

30 octobre 2009 Laisser un commentaire

Depuis juin 2002, je réalise une chronique plus ou moins régulière selon les aléas de mes activités professionnelles et personnelles. Sept ans plus tard, ce travail pourrait paraître dérisoire car les événements passent et leurs chroniques tombent dans l’oubli… aussitôt que consommées, mais c’est l’issue normale des commentaires d’événements en majeure partie fabriqués par les médias et/ou pour les médias dominants.

Contrairement à d’autres, je n’ai pas la prétention de me croire investi d’une “mission à remplir”[1], mais j’ai le sentiment de servir à quelque chose… J’en veux pour preuve le nombre non négligeable de lectures d’articles circonstanciels et surtout le nombre de citations concernant les Dossiers documentaires comme celui sur Eliseo VERON régulièrement consulté [2].

Nous vivons une période de transition de l’histoire longue (voir les travaux de l’école des Annales à l’échelle mondiale, période de transition qui se traduit en France par une crispation sur le roman national [3] et une réactualisation du racisme colonial à droite comme à gauche. Car c’est un constat amer qu’il faut faire : en France, la droite fait aussi bien la droite que la gauche, serrant dans ses mains les deux sceptres, celui de la majorité et celui de l’opposition, vu que cette dernière a abandonné le terrain [4].

Le monde est compréhensible parce que complexe et non l’inverse comme le pensent les journalistes des médias dominants, qui, en le réduisant au présent immédiat sans mise en contexte ni perspective historique, le rendent illisible. Mais il existe beaucoup d’hommes et de femmes qui réalisent ce travail avec obstination et publient leurs réflexions sur Internet sans les accompagner de discours moralisateurs [5].

C’est dans ce sens que je continuerai à écrire et à partager mes lectures, mais certainement moins souvent… porque estamos embarazados.

30/10/2009
Serge LEFORT


[1] Comme l’avoue Philippe Grasset : Pour une fois, nous ne vous parlerons pas de notre satisfaction, de notre fierté que ces constats provoquent chez nous mais d’un certain sentiment de dérision, sinon d’auto-dérision. Comprenne qui pourra ce que cette remarque signifie au fond, précisément – et combien, finalement, elle s’adresse effectivement plus à nous-mêmes, au sentiment que nous avons, de sentir parfois s’étioler et s’éloigner le sentiment de servir à quelque chose. Toutes les choses passent, y compris celle de croire à une mission à remplir .

[2] Voir les statistiques des articles publiés sur Le Post.
Les articles en espagnol sur l’élection présidentielle de 2006 au Mexique avaient suscités 9 850 lectures par semaine entre le 2 juillet et le 15 septembre.
Le seul article La grippe saisonnière tue ! a été lu 7 204 fois sur WordPress (je n’ai pas de statistiques sur Blogspot) :
• 547 en mai
• 275 en juin
• 498 en juillet
• 1 220 en août
• 2 680 en septembre
• 1 984 en octobre

[3] Mythe lié à l’histoire coloniale et repris par la gauche depuis la IIIe République. Lire : DE COCK Laurence et PICARD Emmanuelle (sous la direction de), La fabrique scolaire de l’histoire – Illusions et désillusions du roman national, Agone, 2009.
Pour aller plus loin :
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

[4] Phrase empruntée à Loris CAMPETTI, Précarité de la politique, Il Manifesto traduit par Tlaxcala.

[5] Comme le fait Serge Halimi en passant sous silence les pratiques anti-démocratiques de son ami Bernard Cassen au sein du mouvement altermondialiste.

Catégories:Editorial

Publication suspendue

31 août 2009 1 commentaire

La publication de Monde en Question est suspendue pendant le mois de septembre – le temps d’un voyage en France que j’espère d’agrément. Je donne rendez-vous à tous les lecteurs le 1er octobre.

Le portail Monde en Question sera enrichi de nouveaux flux et les Dossiers documentaires mis à jour.

Serge LEFORT
31/08/2009

Catégories:Editorial

Tragédie électorale en Afghanistan

18 août 2009 Laisser un commentaire

Victime des bombardements

En 1973, l’Afghanistan devint une République.
En 1992, soit quatre ans avant la prise du pouvoir par les talibans, la République d’Afghanistan devient l’État islamique d’Afghanistan. Ahmed Chah Massoud était alors commandant de l’Alliance du Nord [1], chef du parti islamique Jamiat-e Islami et chef de l’Armée islamique.
En 2001, Hamid Karzaï devint le président embedded de la République islamique d’Afghanistan.
En 2004, fut adoptée la constitution de la République islamique d’Afghanistan :

• article 1 : L’Afghanistan est une République islamique.
• article 2 : La religion d’État de la République islamique d’Afghanistan est la religion sacrée de l’Islam (les croyants d’autres religions étant libres … dans les limites fixées par les dispositions de la loi).
• article 3 : En Afghanistan, aucune loi ne peut être contraire aux croyances et aux préceptes de la religion sacrée de l’islam.
• article 35, ( chapitre 2, article 14 ) Les citoyens d’Afghanistan ont le droit de former des partis en accord avec ce qui est prévu par la loi, pourvu que le programme ou la charte du parti ne soit pas contraire aux dispositions de la religion sacrée de l’islam.
• article 45 ( chapitre 2, article 24 ) L’État mettra en oeuvre un programme scolaire unifié basé sur les préceptes de la religion sacrée de l’islam [...] et développe le programme des sujets religieux sur la base des sectes islamiques existant en Afghanistan.
• article 55 (chapitre 2, article 33) : L’État adopte les mesures nécessaires pour assurer le bien être physique et psychologique des familles, en particulier de la mère et de l’enfant, pour élever les enfants… et pour l’élimination des traditions contraires à la religion sacrée de l’islam.
• article 63 : [les candidats à la présidentielle] doivent être musulman et né de parents afghans. [une fois élus, ils doivent prêter serment "au nom d'Allah le miséricordieux, au nom de Dieu tout puissant (...) je jure d'obéir aux préceptes de la religion sacrée de l'islam, et de les sauvegarder".
• article 149 (chapitre 10, consacré aux possibilités d'amendements, article 1) : La clause d'adhésion aux fondements de la religion sacrée de l'islam et au régime de la République islamique ne peut être amendée.
Source : The Constitution of Afghanistan - Riposte Laïque

En 2009, les forces d'occupation organisent à grand frais la seconde élection présidentielle. L'élection devrait coûter 220 millions de dollars selon l'ONU alors que l'économie du pays est ruinée après 30 ans de guerre (l'Afghanistan est un des pays les plus pauvres du monde) et que le gouvernement, corrompu par la collaboration et le trafic de la drogue, ne contrôle que la capitale.

Si les élections sont une farce dans les pays occidentaux, elles sont une tragédie en Afghanistan.

Serge LEFORT
18/08/2009

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Élections en Afghanistan, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question


[1] Mais il reste un fait qui est que de 1992 à 1996, l’Alliance du Nord fut un symbole de massacre, de viol systématique et de pillage. C’est pourquoi nous – et j’y inclus le Département d’Etat américain – nous avons si bien accueilli les talibans à leur arrivée à Kaboul. L’Alliance du Nord quitta la ville en 1996 en laissant 50 000 morts derrière elle.
14 Novembre 2001, The Independent (UK)
Revue de presse sur les crimes de l’Alliance du Nord.

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Double jeu en Afghanistan

15 août 2009 Laisser un commentaire

A l’approche du deuxième scrutin afghan sous occupation étasunienne, impossible d’échapper au consensuel «constat d’échec» : huit ans après les attentats de New York et de Washington, Oussama Ben Laden et ses complices échappent encore et toujours à leurs poursuivants. Quant aux talibans, protecteurs honnis d’Al-Qaida qui, en 2001, s’étaient effondrés en quelques semaines, ils semblent aujourd’hui plus forts que jamais.

Un sombre tableau confirmé par les forces alliées elles-mêmes, qui ne cessent de demander des renforts. Comment expliquer ce fiasco ? Comment comprendre que la plus importante coalition politique et militaire de tous les temps ait échoué dans les missions qui lui étaient assignées ? Qu’elle se montre incapable de se débarrasser d’une milice détestée par les Afghans eux-mêmes ? Que des dizaines de milliers de soldats professionnels aux équipements les plus modernes, ayant le monopole des airs et le soutien des trafiquants d’opium soient ainsi ridiculisés ?

Le précédent de la défaite soviétique des années 1980 ne suffit pas à valider l’archétype grossier d’un Afghanistan terre sauvage livrée ad æternam aux chefs de guerre. Les «moudjahidine» étaient formés et financés par les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Chine. Les talibans, eux, ne disposent plus d’aucun appui extérieur, si ce n’est de la nébuleuse djihadiste.

Plus pertinente est la critique de l’inadéquation des moyens mis en oeuvre par rapport aux objectifs déclarés. Si le but avait été d’arrêter Mohammad Omar et Ben Laden, des opérations armées limitées à la frontière pakistanaise auraient suffi. Si l’objectif était d’empêcher le retour d’un régime «terroriste», l’option militaire n’aurait dû être qu’un bref préalable à une solution politique. Même accueilli les bras ouverts, un occupant finit immanquablement par s’attirer les foudres de la population. D’autant plus s’il multiplie les bavures meurtrières !

A ce stade d’«incompétence», le doute s’insinue : et si l’opération n’était pas si ratée que cela ? D’un point de vue stratégique, en effet, le maintien de ce foyer belliqueux, voire son extension au Pakistan, garantit une présence occidentale sur le long terme en Asie centrale. «Pour trente ou quarante ans», a admis récemment le général britannique David Richards [1]. Une pierre dans les arrière-cours de la Russie et de la Chine, perçues par Washington comme ses principaux rivaux impériaux.

Paradoxalement, l’OTAN apparaît aujourd’hui comme le principal vainqueur du bourbier afghan. A force de réclamer des renforts pour sa croisade, l’ex-«Alliance atlantique» est parvenue à rassembler, sous mandat de l’ONU, près de 90 000 soldats provenant d’une cinquantaine de nations et de cinq continents. Le rêve d’un «gendarme global» sous contrôle occidental est en marche.

Le Courrier

L’Empire britannique est présent en Afghanistan depuis 200 ans. En 1809, son ambition était de contenir la Russie en Asie centrale et de protéger son Empire des Indes.
L’Empire américain est présent en Afghanistan depuis 1947 et plus activement depuis 1979.
Aujourd’hui, l’Afghanistan reste un enjeu stratégique entres les grandes puissances pour contrôler l’Asie centrale. Le peuple afghan paye au prix fort d’être situé au carrefour des rivalités pour la domination du monde. Pendant que les États-Unis rejouent un western dans les montagnes de l’Hindou Kouch, la Chine consolide son amitié et sa coopération avec les pays islamiques et prend en charge l’ensemble de l’économie de la Moldavie.

Serge LEFORT
15/08/2009


[1] The Times, 8 août 2009. Lire aussi :
• Afghanistan : la mission des troupes britanniques prendra près de 40 ans, RIA Novosti.
• Les Britanniques, en Afghanistan pour encore 30 à 40 ans, Le Monde.
• La guerre de 40 ans, est-ce un bon argument électoral ?, Dedefensa.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.

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Tyrannie de la transparence

14 août 2009 Laisser un commentaire

Sacha Guitry, accusé de misogynie, s’est habilement défendu par cette célèbre phrase «Je suis contre les femmes… tout contre». Les chasseurs de burqa avoueront-ils un jour la raison libidino-scopique de dévoiler les musulmanes ?

En 1998, pour sa collection Between, Hussein Chalayan habilla ses mannequins nues de burqas.

Serge LEFORT
14/08/2009

Lire aussi : PETITAT André, Tyrannie de la transparence et transformations des frontières privé-public, Revue des sciences sociales n°28, 2001.

L’étude des frontières multiples et mouvantes entre le privé et le public nous rappelle que la société n’est pas une machine mais un art de l’autonomie et de la dépendance entre des acteurs individuels et collectifs enchâssés les uns dans les autres, du sujet dans sa famille, en passant par les différents niveaux d’appartenance, professionnelle, religieuse, culturelle, etc. jusqu’aux institutions publiques. L’État moderne a introduit historiquement une rupture en éliminant peu à peu les corps intermédiaires, jusqu’à se substituer à certains rôles de la famille elle-même. C’est alors dans le face à face direct entre les grandes institutions et l’individu que surgit la peur de la transparence. L’acteur résiste pourtant au système, à sa façon, souvent surprenante. Reléguée dans les cercles premiers du privé, la famille, cocon affectif du sujet, demeure l’ultime protection contre les intrusions du public. A contrario, dès lors que la famille n’abrite plus qu’une part restreinte des possibles étendus de l’expérience humaine, la subjectivité privée investit massivement la scène publique en s’y exprimant. Le sujet, menacé dans le privé, ne s’est jamais autant imposé en public.

Propagande contre l’Afghanistan

6 août 2009 Laisser un commentaire

Selon l’agence Reuters «la moitié de l’Afghanistan» serait «sous la menace des talibans». Il s’agit en fait d’un nouvel épisode du feuilleton scénarisé par les États-Unis qui veulent remporter la bataille décisive pour se venger de l’attentat du 9 septembre 2001 perpétué par leur ancien complice.

Dans la version des années 1980, les gentils (États-Unis, France, Allemagne, Israël) armaient, formaient et payaient les talibans (moudjahidines à l’époque) pour qu’ils fassent la guerre aux méchants d’hier (les bolcheviks).
Dans la version des années 2000, les talibans jouent le rôle des méchants et les troupes de la coalition celui des gentils croisés contre le terrorisme… qui bombardent la population civile afghane.

Le document, publié par Reuters, viendrait «du ministère afghan de l’Intérieur, de l’armée afghane et du département des Nations unies chargé de la sécurité». En clair, la source est américaine car Hamid Karzaï ne dirige qu’un gouvernement fantoche.
Dans un document antérieur, il avait avoué que les talibans contrôlaient 72% du territoire. Il s’agirait donc plus d’un recul que d’une avancée des talibans.

La publication de ce document intervient «à deux semaines des élections présidentielle et provinciales» et alors que les États-Unis cherchent à remporter la bataille décisive qui leur échappe toujours. En attendant cette improbable victoire, les armées de la coalition (réduite de plus en plus aux troupes américaines et aux supplétifs français) poursuivent leur guerre contre la population civile afghane. Le bombardement de Bala Buluk du 4 mai 2009 a tué 130 civils.

Les médias dominants [1] sont complices de la propagande américaine en faveur d’une guerre juste en Afghanistan («le combat contre Al-Qaida et ses soutiens est légitime»), qui est une fiction masquant leur intérêt de contrôler une région stratégique située au carrefour entre la Russie, la Chine, le Pakistan et l’Iran.

Serge LEFORT
06/08/2009

Lire aussi :
• Afghanistan, Monde en Question.
- 21/09/2008, La guerre en questions ?, Jean-Luc MÉLENCHON.
- 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
- 31/10/2008, Crimes de guerre en Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique : Arc de crise, Monde en Question.


[1] Revue de presse :
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 03/08/2009.
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 04/08/2009.