Monde en Question

10 novembre 2009

Histoire mondiale de la colonisation

Classé dans : Colonialisme, Lecture audio — Monde en Question @ 22:21
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Quinze conférences le jeudi à 18h30 au Musée du quai Branly.

Pour sa quatrième année, l’histoire de la colonisation sera traitée successivement sous deux angles : les matières premières, avec 11 conférences entre septembre 2009 et février 2010, puis les archétypes, clichés issus de la colonisation, dont la série commencera en avril 2010.

Au programme de l’automne et de l’hiver, le cycle de l’histoire mondiale de la colonisation vous entraîne donc dans un voyage au long cours sur les chemins des matières premières. La découverte et le commerce de ces ressources ont en effet modelé les relations entre pays colonisateurs et colonisés, longtemps après la décolonisation et encore aujourd’hui.

Historiens, économistes et ethnologues explorent les parcours du poivre, de l’arachide au Sénégal, du cacao, du coton, de la bauxite à l’aluminium, du nickel en Nouvelle-Calédonie, du café, du sucre, de l’opium, du riz, ou encore du pétrole.

À partir d’avril 2010, le cycle s’intéresse aux nombreux archétypes issus de la colonisation, avec les figures mythiques de la Bayadère, du Peau-rouge, de la tête réduite Jivaro, de la Vahiné, de Tarzan et bien d’autres, décryptés par des anthropologues et des historiens.

Toutes les conférences :
Conférences 2009-2010
Conférences 2008-2009
Conférences 2007-2008
Conférences 2006-2007

4 novembre 2009

Revue de presse

Plus de 36 millions d’Américains reçoivent des bons alimentaires, Reuters-Yahoo! Actualités.

Le nombre d’Américains qui reçoivent une assistance sous forme de bons alimentaires a franchi pour la première fois la barre des 36 millions en août, a annoncé mercredi le département de l’Agriculture.

Selon le ministère, 36,492 millions de personnes sont bénéficiaires de ce “programme d’assistance nutritive additionnelle”. En juillet, leur nombre s’établissait à 35,851 millions. Au rythme actuel, on estime qu’un Américain sur huit reçoit ce type d’assistance.

Le nombre des bénéficiaires du programme, qui aide les plus pauvres à acheter de la nourriture, a augmenté de 4,707 millions en 2009 dans un contexte de ralentissement économique, et de deux millions entre mai et août.

D’après les dernières statistiques, le montant individuel perçu en moyenne était de 132,99 dollars en août dernier, contre 101,31 dollars en août 2008.

Le fichage ethnique courant dans le logement et l’intérim , Reuters-Yahoo! Actualités.

Des offices HLM et des agences d’immobilier et d’intérim sont épinglées pour leurs pratiques de fichage ethno-racial dans un rapport rendu public mercredi par SOS Racisme.

Plusieurs grandes entreprises, dont Air France, établissent également une typologie raciale de leurs salariés, selon SOS Racisme, qui éprouve les plus grandes difficultés à faire condamner ces pratiques.

L’association déplore en outre que les victimes ne soient pas toujours au fait de l’illégalité de ces pratiques.

“Cette absence de prise de conscience résulte d’un discours obscur sur des thèmes tels que ‘la diversité’ ou de l’idée que l’instauration de statistiques ethniques permettrait de lutter efficacement contre les discriminations”, écrit-elle.

Plusieurs motifs mènent au fichage ethno-racial. Le marketing pousse à choisir les individus car leur couleur de peau ou leur origine s’associerait mieux, dans l’esprit d’un employeur, à la clientèle ou au produit.

Ainsi, pour répondre aux requêtes de L’Oréal, qui souhaitait faire présenter ses produits par des jeunes femmes blanches, les agences d’intérim du groupe Adecco codaient ces dernières “BBR” (pour Bleu Blanc Rouge).

Les “non BBR”, qui composaient près de 40% des intérimaires vendeuses de produits pour cheveux, n’étaient plus que 5% à présenter un produit de L’Oréal.

Eurodisney fixait à 20% maximum le pourcentage d’intérimaires “non BBR” pour son activité de restauration. Sur le site internet de recrutement, le candidat doit indiquer son pays d’origine en distinguant la métropole et les Dom-Tom.

QUOTAS DANS LES IMMEUBLES

Dans le secteur du logement, le fichage “est directement fondé sur l’idéologie raciste qui affecte aux individus des comportements en fonction de leur origine”, écrit SOS Racisme.

Certaines personnes sont victimes d’une politique de quotas, visant à ce qu’il n’y ait pas trop d’étrangers dans un même immeuble.

“La politique des ‘quotas’ est à son tour fondée sur l’idéologie raciste qui proclame ‘c’est quand ils sont nombreux qu’il y a des problèmes’”, ironise SOS Racisme, en référence à une phrase prononcée en septembre dernier par Brice Hortefeux. Le ministre de l’Intérieur avait alors dit évoquer les Auvergnats et non les Maghrébins.

L’Opac de Saint-Etienne, condamnée en 2009, classait les personnes selon un code couleur attribué en fonction de la consonance des noms des locataires: vert pour l’origine maghrébine, rouge pour l’africaine et jaune pour l’asiatique.

A partir de ces fichiers, ordre était donné de “stopper” ou “d’infiltrer à dose homéopathique” les locataires dotés d’un code couleur pour qu’il n’y ait pas plus de 7% de noms à consonance étrangère dans les immeubles les plus prisés.

“En conséquence de quoi, 90% des locataires d’origine extra-européenne étaient concentrés dans les immeubles ghettos de l’organisme HLM”, note SOS Racisme.

La société gérante de logements Logirep, mise en examen en juin 2009, allait même jusqu’à classer les Réunionnais blancs de peau dans le fichier “France” et les noirs dans le fichier “Réunion”.

SOS Racisme a aussi enquêté sur un fichage ethno-racial dans une entreprise dont l’Etat est actionnaire: Air France.

La compagnie aérienne, dénoncée par la CFDT en 2008, a mis en place un formulaire pour identifier les personnels navigants aptes à servir sur les vols spécialement affrétés pour les voyages officiels ou les clubs sportifs.

Ce document, rempli par le supérieur des personnels navigants, mentionne la taille, la couleur des cheveux et des yeux et la “typologie raciale: africain, antillais, asiatique, eurasien, indien, méditerranéen, occidental”.

Après une démarche vaine de SOS Racisme auprès de la Cnil (Commission nationale informatique et libertés), une enquête est en cours au tribunal de grande instance de Bobigny.

Un monde, des murs, Libération.

«Barrière de sécurité» israélienne, mur à la frontière mexico-américaine, «ligne verte» à Chypre… 20 ans après la chute du Mur de Berlin, d’autres séparations subsistent….

3 novembre 2009

Hommage à Hamida Ben Sadia

Classé dans : Colonialisme, Lecture, Lecture audio, Racisme — Monde en Question @ 15:31
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Lorsqu’elle prenait la parole, lors des nombreux meetings et manifestations qui ont rythmé sa vie politique, que ce soit, dernièrement, contre la loi anti-voile, contre le Traité européen, contre la répression des émeutiers de 2005 ou pour les sans-papiers, Hamida Ben Sadia en appelait souvent au « peuple de France, épris de justice et de liberté ». Nous étions nombreu-se-s autour d’elle à n’avoir pas ce vocabulaire et à être plutôt de celles et ceux qu’il fait ricaner, tant ces mots ont servi à justifier le pire : orgueil national, morgue franco-française, mépris du reste du monde, mythification d’une république bourgeoise, patriarcale et coloniale, et pourtant pas un de nous ne ricanait quand Hamida les prononçait. Les plus fatigué-e-s d’entre nous souriaient mais personne ne se formalisait, car tout le monde savait qu’il s’agissait chez elle de tout autre chose.

Un reste de légitimisme bien compréhensible ? Une stratégie rhétorique ? Le tribut à payer, de la part d’une femme française d’origine algérienne, pour s’autoriser une parole publique libre et à rebours de l’idéologie dominante ? Peut-être – car c’est en tout cas d’une parole libre qu’il s’agissait, à rebours de l’ordre assimilationniste, une parole juste et sans concession, une exigence radicale et opiniâtre d’égalité, une solidarité ostensible et décomplexée avec tous les parias de la république : sans-papiers, émeutiers, musulmanes voilées – mais là n’était pas l’essentiel.

Il y avait autre chose encore, dans cette invocation d’un peuple « épris de justice et de liberté », qui forçait le respect. Ce que nous y entendions, et qui étouffait aussitôt toute velléité sarcastique – et Dieu sait pourtant que les raisons sociales et politiques étaient nombreuses d’être sarcastique face à ces mots – c’était une sorte de ruse de la raison linguistique, symétrique d’une autre qui fait que nous ne nous formalisons plus d’être taxés de communautaristes ou de victimaires par les élites politiques et journalistiques : de même que nous avons compris que c’est d’elles-même que parlent en réalité ces élites, nous avons vite compris que l’appel d’Hamida au peuple de France ne disait au fond rien d’autre que sa propre exigence, viscérale, de justice et de liberté.

Ce qui précédait et suivait ces références au peuple de France, dans la parole d’Hamida, dissipait toute ambiguïté. Non, il ne s’agissait pas de flatter l’orgueil national, de narcissiser un État et une société qui se la racontent beaucoup en termes de droits humains et d’universalisme, et encore moins de faire allégeance au « pays des Lumières ». Ce n’était pas un peuple substantiel, existant, qui était invoqué, mais un peuple politique, virtuel, ce peuple qui, selon le mot profond de Paul Klee souvent cité par Gilles Deleuze, est toujours un peuple qui manque. À l’exact opposé des rénégats, bouffons et autres « indigènes de service » passés du col Mao au Rotary Club ou des cités de transit aux cabinets ministériels, Hamida était passée de SOS Racisme et du Parti Socialiste, auxquels elle avait commencé par accorder sa confiance, aux Alternatives citoyennes, aux Collectifs antilibéraux, à Une École Pour Tou-te-s et aux Féministes pour l’Égalité. À l’exact opposé des Fadela Amara, Gaston Kelman et autres Malek Boutih qui se répandent sur leur « amour de la France » et ne parlent du racisme que pour dire que « les Français ne le sont pas », Hamida ne parlait du peuple de France que pour l’appeler, l’interpeller. L’énonciation réfutait l’énoncé : ce peuple épris de justice et de liberté, elle demandait à le voir.

Aujourd’hui, alors que nous apprenons la disparition d’Hamida, ce peuple, plus que jamais, manque. Comme nous manque déjà le visage, la présence et la parole forte d’Hamida. Il nous reste son livre, Itinéraire d’une femme française, dans lequel elle raconte notamment son expérience du mariage forcé et de la violence conjugale mais aussi du racisme républicain, et dans lequel elle affirme, avec la force qui l’a toujours animée, son refus de voir l’une instrumentalisée au profit de l’autre. Il nous reste quelques traces vidéo (une présentation de son livre, une prestation télévisée sur les émeutes de 2005) et d’innombrables souvenirs d’une militante valeureuse, éprise – et là, il faut l’entendre au plus strict premier degré, sans même sourire – de justice et de liberté. Merci pour tout Hamida.

Lire la suite… LMSI – Les mots sont importants

2 novembre 2009

Culture coloniale

Classé dans : Colonialisme, Lecture — Monde en Question @ 08:08
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Du 30 septembre au 2 octobre 2009 a eu lieu un colloque international organisé par l’Université de Lyon sur le thème Enseignement et colonisation dans l’Empire français :

Présentation
Programme
Résumés des communications
Liens

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.

1 novembre 2009

Le colonialisme

Classé dans : Colonialisme, Lecture — Monde en Question @ 07:47
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Paul LOUIS, Le colonialisme, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1905 [Télécharger].

L’expansion coloniale n’est pas, de nos jours, un phénomène particulier à tel ou tel Etat. Elle est devenue en quelque sorte l’une des caractéristiques du monde contemporain, et apparaît, par suite, comme l’une des manifestations organiques du régime capitaliste.

Aussi longtemps qu’elle demeurait le fait d’une ou de plusieurs puissances isolées, il était permis, sinon de s’en désintéresser, du moins de la reléguer au rang des préoccupations et des événements secondaires. Tant que l’Angleterre, héritière des empires exotiques de la France, de la Hollande, de l’Espagne, ne compta point de rivales sérieuses, dans les continents ou les archipels lointains, le problème ne pouvait surgir en toute sa grandeur. Mais dans le dernier quart du siècle écoulé la répartition politique du monde a été renouvelée : les pavillons européens ont été plantés sur les îles de la Papouasie et dans les bassins lacustres de l’Afrique centrale. Tous les pays, ou peu s’en faut, ont affirmé des velléités de conquêtes ; des dizaines de millions de jaunes et de noirs ont été assujettis, astreints à l’impôt, incorporés aux milices, forcés au travaille plus pénible et le plus mal rétribué, si bien que leur sort a semblé plus lamentable et plus dur que la condition des prolétaires blancs les moins favorisés.

L’Europe et après elle l’Union américaine, issue de souches européennes, se sont déversées sur toutes les terres qui demeuraient disponibles. Cette occupation brutale évoque les souvenirs historiques des grandes migrations de peuples, des invasions barbares, — des avalanches humaines qui se succédèrent de l’apparition des Cimbres à la prise de Constantinople. Le phénomène est assez ample et assez saisissant pour secouer notre indifférence; il vaut d’être étudié en lui-même, dans ses causes, dans ses conséquences multiples.

Ce n’est pas uniquement parce qu’il s’est, à vrai dire, universalisé, et parce qu’il a brisé tous les cadres, qu’il mérite d’être examiné minutieusement. Il intéresse., au plus haut degré, la vie présente et auss-i l’avenir du prolétariat. Il importe de rechercher quelle influence le colonialisme peut et doit exercer sur l’évolution des sociétés, quels éléments pertubateurs il jette dans l’atmosphère., quels efl’ets économiques il engendre nécessairement.

Ces «quelques observations précisent le sens de ce petit livre, et en circonscrivent en même temps le domaine. La classe ouvrière, qui sera l’instrument d’unification de l’humanité future, ne saurait pourvoir à toutes ses lâches, si elle ne connaissait exactement le milieu où elle opère.

Or, l’on n’a pas défini tout le régime contemporain, lorsqu’on a signalé l’extension du machinisme, la concentration capitaliste, la ruine de la petite industrie, le déracinement des populations rurales, la crise agricole, le grossissement continu de l’armée prolétarienne, la croissance du chômage. Le développement colonial n’est pas le trait le moins significatif du système. Il pèse à celle heure sur les Allemands comme sur les Anglais, sur les Américains comme sur les Français. Il domine toutes les combinaisons de forces du lendemain, et commande déjà toutes les guerres d’aujourd’hui.

Les congrès socialistes ont inscrit, à plusieurs reprises, le colonialisme à leur ordre du jour; aux assises d’Amsterdam, en 1904, deux spécialistes en la matière, Hyndman et van Kol, ont remis des rapports qui offrent le plus haut intérêt, mais qui n’embrassent pas l’ensemble des questions posées, et il n’en pouvait être autrement, au surplus, puisque ces rapports devaient être des résumés.

Notre objectif est ici de montrer les sources profondes du mouvement colonial, les caractères généraux qu’il présente, les résultats qu’il a donnés et ceux qu’il engendrera fatalement, la répercussion qu’il aura sur la contexture économique du globe et sur les relations des classes en présence. Notre conclusion se synthétiserait assez bien en ces lignes : le colonialisme, issu du mécanisme capitaliste, déchaîné par les convoitises et par les besoins pressants des possédants, hâte l’effondrement de la société actuelle, exaspère et universalise les conflits sociaux.

Lire aussi :
• La géopolitique de la Revue Blanche avec Paul Louis, Le blog Revue blanche de Paul-Henri Bourrelier.
• Les combats républicains de la Revue Blanche, Revue Blanche.
• Henri Brunschwig, Colonisation – Décolonisation. Essai sur le vocabulaire usuel de la politique coloniale, Cahiers d’études africaines, Année 1960, Volume 1, Numéro 1 pp. 44-54
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.

16 août 2009

La fabrique du délinquant

Classé dans : Colonialisme, Economie sociale, Racisme — Monde en Question @ 08:42
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L’occupation des locaux désaffectés de la CPAM dans le XVIIIe par la Coordination des sans-papiers 75, après leur brutale expulsion par la CGT des locaux qu’ils occupaient depuis le 1er mai 2008 à la bourse du travail de Paris, a remis à l’ordre du jour la question récurrente, et jamais réglée autrement que par des réponses policières, de la présence sur le sol français de travailleurs – ce qu’ils sont pour la plupart – privés de papiers et transformés en délinquants.

Pendant les Trente Glorieuses, alors que la France avait déjà besoin de main-d’œuvre bon marché, elle les importait et les exploitait dans les métiers les plus durs. Mais elle leur donnait automatiquement des titres de séjour et de travail. Cela limitait l’arbitraire patronal. Le travailleur immigré, d’une part disposait de la protection du droit du travail, pouvait changer d’entreprise et se défendre, d’autre part, pouvait retourner régulièrement chez lui. La transformation de ce travailleur en délinquant a pris plusieurs décennies et a nécessité plusieurs lois, dont les plus célèbres furent les lois Pasqua-Méhaignerie sur l’immigration et la sécurité – on remarquera déjà l’amalgame. Les lois se succédèrent sur cette question, durcissant toujours plus les conditions d’accès au séjour, jusqu’à les quasi interdire (hors d’un très faible contingent autorisé), et ceci alors même que la France a toujours besoin de ces travailleurs dans les secteurs de l’économie aux conditions de salaire et de travail les plus mauvaises, toujours désertés par la main-d’œuvre nationale.

Mais la nouveauté introduite par ces lois fut de transformer les travailleurs venus hors des circuits autorisés en non-citoyens corvéables à merci, puisque sans droits, pouvant être exploités sans vergogne, non payés pour leurs heures supplémentaires, soumis aux tâches les plus dangereuses (telles que concasser de l’amiante), tout juste payés de la main à la main ou sous des noms d’emprunt et sans pouvoir bénéficier des protections sociales. C’est pourquoi le patronat en a besoin dans des branches comme le bâtiment, nettoyage, sécurité, arrière-cuisines des restaurants… Autre aspect de cette situation de non droit, les travailleurs immigrés sans papiers ne peuvent retourner voir leur famille au pays, sauf à attendre une dizaine d’années une hypothétique régularisation.

Ainsi l’ouvrier immigré d’hier s’est-il transformé en un autre inassimilable et menaçant. Le plus inquiétant est que la majeure partie de la gauche ou ce qui devrait l’être s’est ralliée à cette politique d’exclusion, justifiée par la fameuse phrase de Michel Rocard : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.» Cela parut l’évidence même.

Dans Aux bords du politique, le grand philosophe qu’est Jacques Rancière analyse cette fameuse phrase comme «traçant la ligne de partage entre ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas accueillir. Qu’est-ce qu’on ne peut pas accueillir ? “Toute la misère du monde” ? On pourrait, sans doute, se contenter de renvoyer cette phrase dans l’enfer logique des jugements indéfinis. Simplement, on manquerait ainsi le cœur de l’affaire : la force d’exclusion attachée à cette “mauvaise partie” de la misère que désigne le “pas toute”. […] Il s’agit d’établir ces propriétés inapparentes qui distinguent la partie de misère ou cette misère faisant totalité que nous ne pouvons pas accueillir. Qu’est-ce qui fait cette opération ? C’est la loi, […] une loi sur l’Autre et sur l’impossibilité que le Même l’accueille dans sa communauté.» Face à ce nouveau type d’esclavage, ce déni d’existence, les citoyens français qui se mobilisent tous les jours aux côtés des migrants ont compris qu’il faut défendre à tout prix l’égale humanité de chacun et son égal accès aux droits, pour que vive la démocratie et pour que vive, selon la belle expression de Jacques Rancière, «cette égalité qui vient toujours traverser la communauté clandestinement, parce qu’elle n’a de place légitimée dans aucune distribution des corps en communauté, qu’elle ne peut qu’y mettre, toujours ponctuellement, toujours localement, des corps hors de leur place, hors de leur propre.»

Evelyne PERRIN militante d’AC ! et de Stop précarité
Coauteure d’une enquête sur le mouvement de régularisation de sans-papiers soutenu par la CGT et d’autres syndicats en 2008, à paraître dans l’ouvrage collectif Quand le travail se précarise…
Libération

22 juillet 2009

Enjeux politiques de l’histoire coloniale

Classé dans : Afrique, Colonialisme, Lecture — Monde en Question @ 08:24
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Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Agone, 2009

Cette analyse de Catherine Coquery-Vidrovitch tend à faire comprendre la profonde crise qui sévit en France quant à la question controversée de notre histoire “nationale” : a-t-elle ou n’a-t-elle pas à inclure l’histoire de la colonisation et de l’esclavage colonial français dans notre patrimoine historique et culturel commun ? La réponse est oui, de toute évidence pour l’auteure, spécialiste de l’histoire de la colonisation et de l’Afrique. Mais cette réaction de bon sens n’est pas partagée par tous, sans doute parce qu’il ne vient pas à l’esprit de beaucoup que notre culture nationale héritée n’est pas seulement une culture hexagonale. Or la culture française (ce que d’aucuns appellent “l’identité nationale”) résulte de tous les héritages qui se sont mêlés dans le passé complexe et cosmopolite où le fait colonial a joué et continue de jouer son rôle.

Critiques, LDH-Toulonl’Humanité
Biographie, Africultures

Articles :

• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Robert Cornevin, Histoire de l’Afrique, tome I : Des origines au XVIe siècle, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, Année 1964, Volume 19, Numéro 2, pp. 382-384
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, L’histoire vivante, Cahiers d’études africaines, Année 1976, Volume 16, Numéro 61-62, pp. 67-73
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Les débats actuels en histoire de la colonisation, Tiers-Monde, Année 1987, Volume 28, Numéro 112, pp. 777-792
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH (sous la direction de), Femmes d’Afrique, Clio, n°6-1997 [BooksGoogle]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Plaidoyer pour l’histoire du monde dans l’université française, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Année 1999, Volume 61, Numéro 61, pp. 111-125
• Collectif, L’anticolonialisme (cinquante ans après), Afrique & histoire, 2003
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, De la périodisation en histoire africaine – Peut-on l’envisager ? À quoi sert-elle ?, Afrique & histoire, 2004
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, De la ville en Afrique noire, Annales, 2006
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH et all., L’écriture de l’histoire de la colonisation en France depuis 1960, Afrique & histoire, 2006
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, « Nouschi, André. – Les armes retournées. Colonisation et décolonisation françaises », Cahiers d’études africaines n°185, 2007

Livres :

• Catherine COQUERY-VIDROVITCH et FOREST Alain, Décolonisations et nouvelles dépendances – Modèles et contre-modèles idéologiques et culturels dans le Tiers-Monde, Presses Universitaires de Lille, 1986. [BooksGoogle]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Les Africaines – Histoire des femmes d’Afrique noire du XIXe au XXe siècle, Desjonquères, 1992 [Annales - Cahiers d'études africaines - Clio]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH (sous la direction de), L’Afrique occidentale au temps des Français – Colonisateurs et colonisés (1860-1960), La Découverte, 1992 [Journal des africanistes]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Afrique noire – Permanences et ruptures, L’Harmattan, 1993 [Annales - Politique étrangère - Tiers-Monde]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Histoire des villes d’Afrique noire – Des origines à la colonisations, Albin Michel, 1993. [Tiers-Monde - Vingtième Siècle]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH et all., Des historiens africains en Afrique – L’histoire d’hier et d’aujourd’hui : logiques du passé et dynamiques actuelles, L’Harmattan, 1998 [Cahiers d'études africaines]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Être étranger et migrant en Afrique au XXe siècle – Enjeux identitaires et modes d’insertion Volume I : Politiques migratoires et construction des identités, L’Harmattan, 2003.
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Être étranger et migrant en Afrique au XXe siècle – Enjeux identitaires et modes d’insertion Volume II : Dynamiques migratoires, modalités d’insertion urbaine et jeux d’acteurs, L’Harmattan, 2003.
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH et MONIOT Henri, L’Afrique noire de 1800 à nos jours, PUF, 2005 [Amazon - Annales - Tiers-Monde]
• Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Des victimes oubliées du nazisme – Les Noirs et l’Allemagne dans la première moitié du XXe siècle, Le Cherche Midi, 2007 [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Histobiblio]

Lire aussi :
Cahiers d’Études africaines
• Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme
• Dossier documentaire & Bibliographie Immigration
• Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme

Dossier Colonialisme

Classé dans : Colonialisme, Dossier documentaire, Economie politique — Monde en Question @ 07:09
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Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme créé le 15/12/2005 et mis à jour le 22/07/2009, Monde en Question.

10 juillet 2009

Assassinée parce qu’elle portait un voile

Classé dans : Colonialisme, Racisme, Société — Monde en Question @ 08:33
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Le 1er juillet, une jeune Egyptienne a été assassinée dans un tribunal de Dresde par un homme qui l’avait précédemment insultée. En Egypte, cet assassinat scandalise. Mais en Allemagne, les réactions ont été rares, regrette la Tageszeitung.

Marwa el-Sherbini a-t-elle été la première victime de l’islamophobie en Allemagne ? Le 1er juillet, cette Egyptienne a été poignardée à mort dans l’enceinte d’un tribunal de Dresde par Axel W., un homme qui l’avait traitée de terroriste islamiste en raison de son foulard et dont le cas était alors en cours de jugement.

Il aura fallu attendre près d’une semaine avant que le gouvernement allemand ne condamne et regrette officiellement cet incident. Il doit accepter de se voir reprocher d’avoir attendu l’indignation créée par cette affaire en Egypte et dans d’autres médias étrangers pour réagir.

Les autorités auraient-elles gardé un tel silence si un juif avait été poignardé dans un tribunal allemand après avoir été insulté par un antisémite? Axel W. est peut-être un cas isolé mais n’a-t-il pas été contaminé par le sentiment anti-musulman croissant en Allemagne ?

Quand survient un attentat impliquant un fanatique musulman, les dirigeants politiques allemands n’ont de cesse de demander à la communauté musulmane de se démarquer de cet individu, afin d’éviter tout risque d’amalgame. A présent, les Allemands sont unanimement soupçonnés d’islamophobie, du moins en Egypte.

Où se cachaient donc la semaine dernière tous ceux qui condamnent aujourd’hui l’incident de Dresde ? Ils étaient tous introuvables. A l’exception d’un homme. “Il n’est pas besoin d’être musulman pour s’insurger contre l’islamophobie, pas plus qu’il n’est besoin d’être juif pour lutter contre l’antisémitisme”, a déclaré Stephan Kramer, secrétaire du Conseil central des juifs d’Allemagne. Nous le remercions ici pour ses paroles claires et sans ambiguïté. La semaine dernière, les responsables politiques allemands ont superbement ignoré ce message pourtant évident.

Presseurop

Lire aussi :
• Marwa El-Sherbini, Wikipédia
• Marwa El Sherbini, Wikio Actualité
• Marwa el-Sherbini, Google Actualités
• 06/07/2009, Une femme égyptienne tuée dans un tribunal allemand à cause de son voile, Global Voices
• 07/07/2009, Marwa assassinée parce qu’elle portait un voile, Oumma
• 08/07/2009, La colère de l’Egypte pour la «martyre voilée», Slate
• 09/07/2009, Meurtre xénophobe en Allemagne, Le Monde diplomatique

7 juillet 2009

Un racisme à peine voilé

Classé dans : Cinéma, Colonialisme, Racisme, Société — Monde en Question @ 08:13
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Le film Un racisme à peine voilé a cinq ans cette année, tout comme la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux à l’école, qui a conduit à l’exclusion de centaines de jeunes filles du droit à l’éducation. Cette loi a eu des conséquences bien au-delà des enceintes des établissements scolaires : les exemples de discrimination envers les femmes voilées sont légion… et trouver un travail avec un foulard en France… mission quasi-impossible. Mais cela ne suffisait pas, et de nouvelles offensives législatives visant à élargir le champ d’application de la loi du 15 mars sont actuellement en préparation…

Cinq ans après, nous avons voulu réagir à ces nouvelles offensives en rééditant notre film. Cette nouvelle version sera enrichie de plusieurs éléments comme le sous titrage en anglais et espagnol et le doublage en arabe, ainsi que des bonus :

• « Cinq ans après, que sont elles devenues ? » : Reportage autour des filles voilées ayant participées au film il y a cinq ans (+ d’autres acteurs du film)

• « Ils ont vu le film »… : des personnalités (artistes, politiques…) donnent leurs points de vue sur le débat et le film.

Pour que ce projet voie le jour, nous avons besoin de vous. Un racisme à peine voilé ne bénéficie d’aucun soutien financier des institutions ou de producteurs privés. Nous lançons donc une souscription tout comme lors de sa première sortie en 2004 : pour souscrire, allez sur le site de H prod. Merci de votre soutien.

Obstinément,

Jérôme Host
01/07/2009
LMSI

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