Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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Une autre histoire de l’Amérique


Saint-Simon, l’éditeur français du livre d’Oliver Stone, a quelque peu changé le titre original The Untold History Of The United States pour celui plus vendeur Les crimes cachés des présidents avec comme sous-titre Une autre histoire de l’Amérique et a expurgé le contenu, en réduisant les 784 pages de l’édition américaine à 276 pages.

Dans le même temps, la chaîne Planète diffuse la version française des dix épisodes du documentaire Une autre histoire de l’Amérique du même auteur.

Oliver Stone n’est pas un historien comme Howard Zinn, mais un cinéaste contestataire qui remet en cause l’histoire américaine telle qu’elle est racontée dans les livres scolaires et dans les médias dominants. Il utilise un vaste matériel (interviews, images d’archives, photographies, films, enregistrements audio, cartes, graphiques) pour remettre en question la version officielle.


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25/01/2014
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Sélection bibliographique :
• Oliver Stone, AlloCinéWikipédiaSite de l’auteur.
• Entretiens, France CultureLe MondeTéléramaBob WoodruffCenk UygurPeter KuznickThe Young Turks.
• Howard ZINN, Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002.
• Howard ZINN, « Nous, le peuple des États-Unis … » – Essais sur la liberté d’expression et l’anticommunisme, le gouvernement représentatif et la justice économique, les guerres justes, la violence et la nature humaine, Agone, 2004.
• Howard ZINN, L’impossible neutralité – Autobiographie d’un historien et militant, Agone, 2006.

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2014, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Les guerres d’Hollywood I – Les Amérindiens



Le cinéma ça sert aussi à faire la guerre
Anne MORELLI, Principes élémentaires de propagande de guerre, Labor, 2001

Hollywood a collaboré activement à la propagande de toutes les guerres américaines même celles qui ont précédé l’invention du cinéma. Ainsi, Hollywood créa la légende de la conquête de l’Ouest pour justifier après coup le nettoyage ethnique des Amérindiens, « ces sauvages qui s’opposaient au progrès de la civilisation », et l’appropriation de leurs terres.

Reel Injun – Hollywood et les Indiens

Documentaire explorant la représentation des peuples autochtones d’Amérique du Nord à travers un siècle de cinéma – de l’époque des films muets jusqu’à nos jours – qui a modelé notre compréhension et notre incompréhension des Injuns (Peaux-Rouges).

Partage proposé par : Dailymotion partie 1, partie 2 – YouTube partie 1, partie 2 Steaming VF

Les Indiens d’Amérique racontés par eux mêmes (6 épisodes)

Documentaire retraçant l’histoire des plus grandes tribus amérindiennes de l’arrivée des premiers colons européens à nos jours.
Cette histoire nous est racontée par des personnalités indiennes parmi les plus influentes, derniers représentants des tribus du continent nord américain rescapées du « génocide ».

Partage proposé par : RedList DVD VF

Terres indiennes (5 épisodes)

Au commencement étaient les Indiens. Lorsque les pionniers du Mayflower accostèrent en 1620, ils ne trouvèrent pas un continent vierge à conquérir, mais des territoires abondamment peuplés de sociétés complexes et riches de cultures ancestrales.
Documentaire retraçant une histoire vue, pour une fois, du côté des vaincus.

Partage proposé par : Zone Telechargement DVD VF

01/09/2014
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• L’Indien dans le cinéma américain, GITPA – Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones.
• Bibliographie, GITPA – Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones.
• La conquête de l’Ouest dans la peinture et le cinéma, Ciné-club de Caen.
• Le western, Ciné-club de Caen.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Django, déchaîné et grand-guignolesque


Les amateurs gloseront à perte de vue sur les références implicites ou explicites de Django Unchained car Quentin Tarantino est cinéphile avant d’être cinéaste. Du plus au moins explicite, je relève l’humour de Sergio Leone (Il buono, il brutto, il cattivo – Le bon, la brute et le truand) et l’esthétique manichéenne de Takashi Miike (Sukiyaki Western Django).

L’action se situe en 1858, soit deux ans avant la guerre civile aux États-Unis (1861-1865). Or, Quentin Tarantino, comme beaucoup de cinéastes américains (Lincoln), semble ignorer l’Histoire. Deux exemples :

Il filme une longue scène d’hommes pourchassant Django déguisés comme des membres du Ku Klux Klan, fondé le 24 décembre 1865.

Il filme Jamie Foxx avec de superbes lunettes de soleil, commercialisées pour la première fois aux États-Unis en 1929 par Foster Grant.

Les deux premières heures du film se voient sans déplaisir grâce à l’interprétation de Christoph Waltz plus qu’à la mise en scène qui traîne en longueur. Le meilleur moment reste celui du marchandage entre Dr King Schültz (Christoph Waltz) et Calvin J. Candie (Leonardo DiCaprio) qui se conclue par la mort des deux protagonistes. Quentin Tarantino montre habilement les deux attitudes extrêmes du Noir-collabo (Stephen, style La case de l’oncle Tom) et du Noir-résistant (Django, style Malcom X solitaire), mais qui ronge son frein dans l’espoir que Schültz réussisse à racheter sa femme. La majorité (peu montrée) accepte son sort sans broncher, ce qui donne du grain à moudre à la théorie raciste du gène de la servitude.

Les dernières quarante-cinq minutes, centrées sur la vengeance personnelle de Django, tombent dans le grand-guignolesque d’hectolitres de sang giclant jusqu’au plafond et le narcissisme du héros – même son cheval parade comme au cirque. Du coup on oublie que l’abolition de l’esclavage fut octroyée aux Noirs par les Blancs et que la ségrégation raciale, qui sévit aux États-Unis jusqu’à la fin des années 1960, perdure aujourd’hui sous la forme d’une ségrégation sociale. Ainsi, alors que les États-Unis ont le taux d’incarcération le plus élevé du monde (surtout depuis le durcissement opéré par l’administration Reagan dans les années 1980), 50% des détenus sont Noirs et 25% Latinos.

La question noire n’intéresse pas Quentin Tarantino qui l’utilise comme prétexte pour glorifier le mythe américain du self-made-man qui réussit… par la violence. Violence gratuite en l’occurrence puisque Django ne se soucie pas du sort des autres Noirs qu’en fin de compte il méprise.

28/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Quentin TARANTINO, Django Unchained, 2012, AlloCinéWikipédiaTélécharger VOSTFR.

Lire aussi :
• Sergio LEONE, Il buono, il brutto, il cattivo) – Le bon, la brute et le truand, 1966, AlloCinéWikipédiaTélécharger VOSTFR.
• MIIKE Takashi, Sukiyaki Western Django, 2007, AlloCinéWikipédiaTélécharger VOSTFR .
• Steven SPIELBERG, Lincoln, 2012, Monde en Question.

• Ku Klux Klan, Wikipédia.
Le Ku Klux Klan (appelé souvent par son sigle KKK ou également le Klan), fondé le 24 décembre 1865, est une organisation suprématiste blanche protestante des États-Unis. Classée à l’extrême-droite sur l’échiquier politique américain, elle n’a cependant jamais été un parti politique, mais une organisation de défense ou de lobbying des intérêts et des préjugés des éléments traditionalistes et xénophobes de certains Blancs protestants, les White Anglo-Saxon Protestant (WASP) en tant que la communauté « ethnico-religieuse ».
• Lunettes de soleil, Wikipédia [Dossier mis à jour par Serge LEFORT le 27/01/2013].
Depuis les temps préhistoriques, les Inuits portent des masques en ivoire qui bloquent les rayons du soleil réfléchis par la neige. En Chine, des lunettes en quartz fumé furent utilisées dès le 12ème siècle pour protéger les yeux contre l’éblouissement.
• Foster Grant, Wikipedia.
Foster Grant’s 1960s sunglasses ad campaign « Who’s that behind those Foster Grants?, » by the Geer, Dubois advertising agency, included celebrities Peter Sellers, Louis Jourdan, Carroll Baker, Claudia Cardinale, Elke Sommer, Anita Ekberg, Vittorio Gassman, Anthony Quinn, Mia Farrow, Robert Goulet, Julie Christie, Woody Allen, OJ Simpson, Raquel Welch, Terence Stamp, and Vanessa Redgrave.
• Ségrégation raciale aux États-Unis, Wikipédia.
• Liste des pays par population carcérale, Wikipédia Cliquer sur l’onglet « Taux d’incarcération » pour classer par ordre croissant ou décroissant.
• Prison aux États-Unis, WikipédiaHuman Rights Watch.
Les minorités raciales et ethniques continuent d’être représentées de manière disproportionnée au sein du système de justice pénale. Les Blancs et les Afro-Américains commettent des délits liés aux stupéfiants dans des proportions plus ou moins équivalentes, et les Afro-Américains ne représentent qu’environ 13% de la population américaine ; pourtant, en 2009, ils constituaient environ 33% de toutes les arrestations pour infractions liées aux stupéfiants. Des taux d’arrestation plus élevés entraînent forcément des taux d’incarcération plus élevés. Ainsi, 45% des individus incarcérés dans les prisons d’État pour infractions liées aux stupéfiants en 2009 étaient afro-américains ; 27% seulement étaient blancs.

• Grand-Guignol, Wikipédia.
Spécialisée dans les pièces mettant en scène des histoires macabres et sanguinolentes, elle a par extension donné son nom au genre théâtral, le grand-guignol et à son adjectif grand-guignolesque. Le terme est devenu avec le temps péjoratif et désigne désormais, plus généralement, des situations exagérées, abusant d’effets spectaculaires démesurés.

Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Lincoln, héros de la servitude volontaire


Steven Spielberg nous inflige un pensum de deux heures et demi qui est à la fois hagiographique et verbeux, trop verbeux et trop hagiographique. Il renouvelle à sa manière le mythe du meilleur Président des États-Unis qui aurait donné la liberté aux Noirs, mais l’Histoire est un peu différente.

Sur le plan cinématographique, Steven Spielberg réduit le récit des derniers mois de la vie d’Abraham Lincoln aux lieux clos de son appartement, son bureau, les cabinets où se réunissent ses conseillers et au Congrès. Alors que la guerre civile faisait rage à l’extérieur, il nous montre seulement le monde feutré et presque irréel du pouvoir. L’intrigue se résume au faux suspense de l’adoption du XIIIe amendement et à la mort annoncée de Lincoln par une phrase faussement prémonitoire [2h 16′ 34″] :

Je pense qu’il est l’heure de partir même si je préfèrerais rester.

Le style de Steven Spielberg, aussi lourd que celui des staliniens ou des maoïstes au service du culte de la personnalité, nous inflige de longs discours moralisateurs pour construire laborieusement l’icône christique de la dernière scène où Abraham Lincoln apparaît les bras en croix.

La seule scène de guerre, qui ouvre le film, montre très maladroitement des hommes luttant comme à la foire. Le plan d’un Noir (nordiste) boxant un Blanc (sudiste) frise le ridicule. Steven Spielberg a délibérément choisi de ne pas montrer cette sale guerre car des images trop crues de la réalité risquaient d’entacher celle de son héros qui, seulement à la fin, en aurait découvert toute l’horreur.

La guerre civile, improprement nommée guerre de sécession en France, occasionna un nombre de morts comparable à celui des guerres mondiales à venir : 630 000 morts (360 000 du côté des fédéraux et 270 000 du côté des confédéraux) et 400 000 blessés sur une population de 31,5 millions d’habitants [KASPI, op. cit., p.174]. Rapporté à la population américaine de 1978 avec ses 250 millions d’habitants, c’est l’équivalent de 5 millions de morts [ZINN, op. cit., p.223].

Tout le film repose sur une fausse perspective. Abraham Lincoln s’est converti à l’abolition de l’esclavage, mais bien tardivement et sous la pression des milieux d’affaires du capitalisme industriel et financier. Quelques citations de ses propos apportent un éclairage bien différent de celui de Spielberg.

1837 : L’institution de l’esclavage se fonde et sur l’injustice et sur une mauvaise politique. […] Mais promouvoir des doctrines abolitionnistes, c’est plutôt accroître que diminuer le mal.
KASPI, op. cit., p.155

1858 : Je dirai donc que je ne suis pas et que je n’ai jamais été en faveur de l’égalité politique et sociale de la race noire et de la race blanche, que je je veux pas et que je n’ai jamais voulu que les Noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu’ils soient autorisés à détenir des charges politiques ou qu’ils soient autorisés de se marier avec des Blanches.[…] Dans la mesure où les feu races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir, tant qu’ils resteront ensemble, une position inférieure et une position supérieure. Je désire, tout autant qu’un autre, que la race blanche occupe la position supérieure.
KASPI, op. cit., p.172 et ZINN, op. cit., p.218

1861 : Je n’ai pas l’intention, directement ou indirectement, d’interférer dans la question de l’esclavage dans les États où il existe. Je sais que je n’ai pas le droit légal de le faire et d’ailleurs je n’en ai pas non plus le goût.
ZINN, op. cit., p.219

1862 : Mon objectif essentiel dans ce conflit est de sauver l’Union. Ce n’est pas de sauver ou de détruire l’esclavage. Si je pouvais sauver l’Union sans libérer aucun esclave, je le ferais. Si je le pouvais en libérant tous les esclaves, je le ferais. et si je le pouvais en en libérant quelques-uns sans toucher au sort des autres, je le ferais aussi.
KASPI, op. cit., p.193

Le mouvement abolitionniste est ancien aux États-Unis, mais les Noirs en sont absents. Il trouve ses racines à l’époque coloniale dans les protestations des quakers, bientôt suivis par d’autres sectes protestantes, méthodistes ou baptistes. La campagne pour l’abolition de l’esclavage a commencé le 1er janvier 1831 quand William Llyod Garrison publia le premier numéro de The Liberator [KASPI, op. cit., p.148]. Il fonda aussi l’American anti-slavery society qui devait devenir la principale société abolitionniste du pays avec son journal National Anti-Slavery Standard. De 1841 à 1860, la vie politique est tout entière dominée par le problème de l’esclavage. C’est à l’approche de la fin de la guerre civile que le mouvement s’accéléra.

Un gouvernement national ne pouvait évidemment pas permettre qu’une insurrection soit à l’origine de l’abolition de l’esclavage. Tant qu’à mettre fin à l’esclavage, il fallait du moins que ce fût dans des conditions totalement maîtrisées par les Blancs et uniquement lorsque les intérêts économiques et politiques des milieux d’affaires du Nord l’exigeraient. En fin de compte, c’est Abraham Lincoln qui incarnera à la perfection cette alliance entre les intérêts des milieux d’affaires, les ambitions politiques du nouveau parti républicain et la rhétorique humaniste.
ZINN, op. cit., p.216-217

La deuxième erreur de perspective est de croire que l’abolition de l’esclavage mit fin à la ségrégation raciale. Bien au contraire.

L’oligarchie blanche du Sud profita de son pouvoir économique pour organiser le Ku Klux Klan et d’autres groupes terroristes du même type. Les politiciens du Nord évaluèrent les avantages respectifs d’un soutien politique accordé à de pauvres Noirs et d’une situation stabilisée au Sud dans laquelle une suprématie blanche se réinstaurait tout en acceptant la domination républicaine et le nouvel ordre économique.
ZINN, op. cit., p.235

En 1900, tous les États du Sud avaient inscrits dans la loi la suppression du droit de vote et la ségrégation pour les Noirs. […]
Bien que cela ne soit pas légalement stipulé dans le Nord, la ségrégation et les préjugés racistes existaient dans les faits.
ZINN, op. cit., p.240

La fin de la « servitude involontaire » (selon le texte du XIIIe amendement) fut aussi le début de « l’ère du nouveau capitalisme et du nouvel esclavage pour tous les travailleurs » ou, dit autrement, celui de la servitude volontaire :

L’industrie l’emporte sur l’agriculture ; la ville sur la campagne. Aucun garde fou ne parvient à contenir le capitalisme, la nouvelle religion d’une société qui croit dans l’évangile de la richesse.
KASPI, op. cit., p.199

Du Bois considérait ce nouveau capitalisme comme partie prenante d’une dynamique d’exploitation et de corruption qui s’instaurait dans tous les pays « civilisés » du monde : « L’organisation nationale du travail des pays avancés, à la fois calmés et trompés par un droit de vote dont l’efficacité était sévèrement mise en cause par la dictature du grand capital, était minée par les hauts salaires et les postes politiques réunis pour exploiter la mains-d’œuvre des régions moins avancées, qu’elle soit blanche, jaune brune ou noire. »
ZINN, op. cit., p.243

Mais Steven Spielberg voudrait nous faire croire qu’existe un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » [05′ 51″] et que le gouvernement américain chérit « une paix juste et durable parmi nous et avec toutes les nations » [2h 20′ 03″]. C’est un cinéaste bien roublard et peu respectueux de l’Histoire.
Dernier détail qui plombe tout le film. ll fait dire à Thaddeus Stevens, qui s’adresse à sa bonne obséquieuse… et noire [2h 03′ 00″] : Un cadeau pour vous. La plus grande mesure du XIXe siècle passée par corruption, aidée et incitée par l’homme le plus pur d’Amérique. Puis, coup de théâtre digne d’un vulgaire vaudeville, il nous les montre ensemble au lit ! Steven Spielberg affirme ainsi qu’ils étaient amants alors que cette rumeur n’a jamais été confirmée [Wikipedia].

20/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Steven SPIELBERG, Lincoln, 2012, AlloCinéTélécharger VOSTFR.
Lincoln de Steven Spielberg est une adaptation du livre Team of Rivals: the political genius of Abraham Lincoln de Doris Kearns Goodwin, qui revient sur les quatre derniers mois du seizième président des États-Unis, ses décisions politiques concernant la guerre de Sécession ainsi que l’abolition de l’esclavage.

Critiques du film :
Lincoln : un film avec Spielberg mais sans vampire, Krinein.
[…] nous avons eu notre compte de héros idéalisés, nous préférons le réalisme, nous préférons savoir que les plus intègres ont toléré les pires compromis pour faire passer l’amendement, que Lincoln s’était arrogé les pleins pouvoirs de manière peu démocratique, avait censuré la presse, que ses décrets d’émancipation des Noirs étaient d’une légalité douteuse, quitte à se faire traiter de tyran, mais tout cela dans un but bien précis et plus élevé.
Lincoln : les premiers avis sont partagés, Le Figaro.
Le film est loin de mettre tout le monde d’accord. Si certains l’annoncent déjà comme le grand gagnant de la célèbre cérémonie [des Oscars], d’autres ont un avis radicalement opposé, et parlent d’un film «ennuyeux» et «superficiel».
Lincoln, Le passeur critique.
On pourrait même dire que le premier poncif viendrait de la mise en scène : Aucun doute possible, il s’agit bien du duo Spielberg-Kaminski. Elégant, cela va sans dire mais sans surprise.
S’il l’on peut reprocher au film des directions trop attendues et une présentation discutable de l’histoire, le dernier Spielberg est suffisamment puissant et dense pour que tous les plaisirs du cinéma y soient joyeusement profitable.
Lincoln, le film de Spielberg porté aux nues par la critique américaine, Télérama.
New York Times : Emmenez vos enfants, même s’ils ne comprennent pas tout et ne tiennent pas en place sur leur siège. Après tout, l’ennui et la confusion font aussi partie de la démocratie.
William Herndon : Pendant cinquante ans, Dieu a roulé Abraham Lincoln dans son ardent chaudron. […] faisant de lui le personnage le plus noble et le plus aimable depuis Jésus Christ.

Sélection bibliographique :
• La guerre de Sécession, Ciné-club de Caen.
• Abraham Lincoln, Wikipédia.
• William Llyod Garrison, Wikipédia.
• W. E. B. Du Bois, Wikipédia.
• Ils ont négocié notre esclavage, Matière et Révolution.
Le dernier accord signé par certains syndicats (CFTC, CFDT et CGC) va même permettre au gouvernement d’imposer la mobilité forcée. Cela signifie qu’un salarié qui voudra se soustraire à un changement de site sera immédiatement licencié.

Les négociations nationales patronat/syndicats/ gouvernement ont en effet rendu leurs fruits : la flexibilité des emplois, des salaires, des conditions de travail et des sites. Si on refuse de travailler au SMIC, comme, où et quand cela plait au patron, c’est la porte !

• André KASPI, Les Américains 1. Naissance et essor des États-Unis (1607-1945), Seuil, 1986.
• MARX Karl et ENGELS Friedrich, La guerre civile aux États-Unis [Articles présentés et commentés par Roger DANGEVILLE], Archive Internet des Marxistes, 1861-1865.
• Karl MARX, Abraham LINCOLN, Une révolution inachevée – Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation aux États-Unis [Articles présentés et commentés par Robin BLACKBURN], Editions Syllepse, 2012.
La guerre de Sécession américaine, bien mal nommée en français (les Américains préfèrent la désigner par le terme de Guerre civile) reste un moment fondateur de l’Histoire des États-Unis.
Dans les oppositions politiques d’aujourd’hui les références à ce conflit ne sont jamais absentes tant celui-ci a structuré l’imaginaire collectif américain et son champ politique. La révolution inachevée propose la lecture croisée des contributions les plus importantes de Lincoln et de Marx sur le sujet ainsi que les correspondances qu’ils ont pu échangées.
Une riche préface de Robin Blackburn, qui constitue à elle seule un ouvrage dans l’ouvrage, offre aux lecteurs une mise en perspective des textes présentés et un rappel utile du contexte historique et du déroulement du conflit. Elle s’intéresse, bien après l’assassinant de Lincoln et de la disparition de l’Association internationale des travailleurs, à ses suites dans l’histoire sociale et politique des États-Unis, pages souvent ignorées du lecteur francophone.
• ZINN Howard, Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002.

Lire aussi :
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

L’Amérique et ses Peaux Rouges



Du massacre à l’oubli : sanglantes fondations

« Histoire Vivante » s’intéresse à un moment de l’histoire des États-Unis, celui des tribus indiennes et au sort que l’administration et l’armée américaine, mais également espagnole leur ont réservés.

• L’Amérique et ses Peaux Rouges (1) – Entretiens avec André Kaspi et Fabrice Delsahut, mp3.
Jacques Mouriquand s’entretient avec André Kaspi, historien et spécialiste de l’histoire des Etats-Unis. Il a écrit dernièrement un ouvrage intitulé Barack Obama – La Grande Désillusion, Plon, 2012.
En deuxième partie, nous recevons Fabrice Delsahut, historien et spécialiste de l’histoire des Amérindiens.

• L’Amérique et ses Peaux Rouges (2) – Les débuts de la conquête, mp3.
Après avoir fait naufrage au large des côtes de la Floride en 1528, l’explorateur espagnol Alvar Núñez Cabeza de Vaca marche pendant huit ans à travers l’Amérique jusqu’à la côte Pacifique du Mexique. Il est le premier européen à découvrir ces terres. Au cours de sa quête, pour assurer sa survie, il vit avec des tribus indiennes, fait l’apprentissage des secrets de leur vie mystique et accomplit des guérisons miraculeuses. Cabeza de Vaca tient son journal publié plus tard sous le titre de « Relation de voyage ».

• L’Amérique et ses Peaux Rouges (3) – Invasion et abattage, mp3.
Avant la colonisation l’Amérique est faiblement peuplée. Sa population est répartie en une myriade de tribus, qui ne pèseront pas lourd face à la poussée européenne. Les Blancs américains considèrent leur expansion à travers le continent comme leur « destinée manifeste ». Pour s’installer, ils expulsent les Indiens de leurs terres. En se protégeant par la Loi, leur Loi. En 1830, le gouvernement vote l’Indian Removal Act qui oblige les nations cherokees, creek et séminole à quitter le sud-est pour des terres situées à l’Ouest du Mississipi. Des milliers d’Indiens vont périr dans ce que l’on appellera « la piste des larmes ».

• L’Amérique et ses Peaux Rouges (4) – Spoliation et déportation, mp3.
En 1890, les Blancs considèrent la conquête de l’Ouest terminée. La frontière a donc disparu. Mais avec la découverte de l’or et la ruée qui s’ensuit, en 1896, une nouvelle frontière est ouverte dans le vaste territoire de l’Alaska. L’Alaska devient la « dernière frontière ». À la fin du siècle, la densité de population dans l’Ouest a atteint une moyenne d’un peu moins d’1 hab/km².Voilà qui est suffisant pour considérer que l’ensemble du territoire est colonisé. Les villes commencent à se développer autour des centres industriels, des nœuds ferroviaires et des zones agricoles. Ce lent et définitif processus de la Conquête de l’Ouest a débuté une soixante d’années plus tôt avec la loi sur le déplacement des Indiens 1830.

Lire aussi :
• Les indiens d’Amérique du Nord, Assiniboine Tipis.
• L’aventure oubliée : Les indiens d’Amérique, L’Histoire nº54.
• Histoire des Indiens d’Amérique du Nord, L’Internaute.
• Amérindiens, Wikipédia.
• Amérindiens aux États-Unis, Wikipédia.
• Nord-Amérindiens, Wikipédia.
Revue, Journal de la Société des Américanistes.
• Les indiens d’Amérique racontés par eux mêmes, Télécharger documentaire.
• Terres indiennes, Télécharger documentaire.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

The Descendants


J’avais une certaine admiration pour George Clooney, notamment comme réalisateur de Good Night, and Good Luck[1].

J’ai détesté In the Air, une comédie romantique grotesque qui sert de paravent à l’apologie des méthodes de management « participatives » : comment licencier avec le consentement de l’intéressé(e) [2].

Après la vision de The Descendants, je craque…[3]
L’histoire est bien tordue : un type part à la recherche de l’amant de sa femme avec ses deux filles (10 et 17 ans) et le boyfriend de l’aînée – tous les trois détestables fils de riche. Il veut tout savoir : qui, où, quand, comment, combien de fois, etc.
Toute cette histoire se révèle au final un prétexte pour justifier son refus de vendre le domaine familial et pour justifier l’annexion d’Hawaï en 1898 par les américains : nous sommes les descendants légitimes de Liliuokalani et donc les propriétaires légitimes de cette terre !

Détail significatif : alors que l’histoire se déroule dans les milieux huppés de la jet set américaine, on ne voit pas une femme de ménage, pas un jardinier, pas un chauffeur… aucun autochtone – notamment asiatique alors que la population, originaire de Chine, des Philippines et du Japon, représente 38,6% de la population totale – et pas un militaire !

Ce détail a naturellement échappé à tous les critiques des médias dominants tant le colonialisme fait partie de leur culture [4].

08/02/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


Atlas stratégique

Lire aussi :
• Hawaï, Wikipédia.
• Statistiques population, To-HawaiiU.S. Census Bureau.
• Expansion coloniale américaine, Université Laval Québec.
• Ressources, Lexilogos (livres en ligne en bas de page).

• Répartition des forces armées des États-Unis, Wikipédia.
• Bases militaires américaines à Hawaï, US Military.
• Hawaï – Tourisme, bases militaires et transferts financiers, Universalis.
• Un empire américain mondial constitué de bases militaires, Planète Non Violence, 2006.
• Le réseau mondial des bases militaires US, Mondialisation, 2007.
• Politique des bases militaires américaines à l’étranger, Critique internationale, 2011.

Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.


[1] Serge LEFORT, Good Night, and Good Luck, Monde en Question.
[2] AlloCiné – S’abonner à la Newsletter Cinéma pour télécharger le film VOSTFR.
[3] AlloCiné – S’abonner à la Newsletter Cinéma pour télécharger le film VOSTFR.
[4] Critiques :
Bakchich
Chronicart
Critikat
France Inter
Le Monde
Les Inrocks
Libération
Télérama

Vérités et mythologies du 11 septembre


On a tout dit sur le 11 septembre 2001. Tout et n’importe quoi ! Un festival d’idées reçues, d’amalgames et d’approximations.
Ce petit livre ramasse au contraire l’essentiel : l’incapacité des États-Unis à maîtriser le personnage d’Oussama Ben Laden qu’ils ont tant contribué à créer au travers de leur alliance stratégique avec l’Arabie saoudite, Ben Laden qui a fini par leur échapper et dont ils ont ensuite fabriqué l’image d’ « ennemi public numéro 1″.
Richard LABÉVIÈRE, Vérités et mythologies du 11 septembre – Modeste contribution aux cérémonies officielles du Xe anniversaire, Nouveau Monde Éditions, 2011.

Derrière ce rideau de fumée et de poussière qui s’est levé dans l’effondrement des tours du World Trade Center, ce qui intéresse vraiment Richard Labévière c’est le paradoxe américano-saoudien. L’Arabie Saoudite a financé et finance encore le terrorisme djihadiste au nom du wahhabisme, version rétrograde et radicale d’un islam gouvernant la Cité. Le rôle du prince Turki al-Fayçal [1], patron des services secrets saoudiens dans la transformation de l’héritier jetseter ben Laden en combattant du jihad international, constitue le coeur du livre. Ainsi que le pacte de Quincy scellant l’alliance des États-Unis avec la monarchie des Saoud au sortir de la Deuxième guerre mondiale, faisant de l’Arabie saoudite « un intérêt vital des États-Unis ». Ce pacte formera le bouclier qui protègera les financiers et soutiens saoudiens et émiratis de ce nouveau terrorisme. Malgré les victimes du 11 septembre pleurées par l’Amérique.
Ça va mieux en le lisant

Ce livre décortique pour nous cette étrange relation qu’entretenaient les Etats-Unis avec Oussama ben Laden et met en exergue leur incapacité à maîtriser ce personnage qu’ils ont tant contribué à créer au travers de leur alliance stratégique avec l’Arabie saoudite, qui a fini par leur échapper en 1990 au moment de la première guerre du Golfe (« Notre pays est devenu une colonie des Américains  » déclarera-t-il) et qu’ils ont ensuite transformé en « ennemi public numéro 1″. Il nous met aussi en garde sur ce qui se joue aujourd’hui dans le monde arabo-islamique, dans ce contexte nouveau crée par les « Printemps arabes », l’échec de l’islam-politique n’allant pas forcement de pair avec la disparition physique d’Oussama ben Laden et l’attentat meurtrier commis le 28 avril 2011 sur la place Jemaa-el-fna, en plein centre de Marrakech pouvant avoir valeur de rappel à l’ordre.
Un livre-boussole pour comprendre hier et anticiper un avenir. Qui, tant que les Etats-Unis continueront derrière la scène de jouer la carte des Frères musulmans, comme ils l’ont toujours fait depuis la signature, à la fin de la deuxième guerre mondiale, du Pacte du Quincy avec la monarchie des Saoud, est loin d’être rose, qu’on se le dise…
Livres-a-lire

Lire aussi :
• Richard LABÉVIÈRE, La conspiration des autres…, L’Humanité, 12/09/2011.
Dossier documentaire 11 septembre 2001, Monde en Question.
Dossier documentaire Richard LABEVIÈRE, Monde en Question.


[1] Lire :
• Turki AL-FAISAL, Failed favoritism toward Israel, The Washington Post, 10/06/2011.
President Obama gave a rousing call to action in his controversial speech last month, admonishing Arab governments to embrace democracy and provide freedom to their populations. We in Saudi Arabia, although not cited, took his call seriously. We noted, however, that he conspicuously failed to demand the same rights to self-determination for Palestinians – despite the occupation of their territory by the region’s strongest military power.
Soon after, Obama again called into question America’s claim to be a beacon of human rights by allowing Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu to set the terms of the agenda on the Israeli-Palestinian peace process. Even more depressing than the sight of Congress applauding the denial of basic human rights to the Palestinian people was America turning its back on its stated ideals.
As the main political and financial supporter of the Palestinian quest for self-determination, Saudi Arabia holds an especially strong position. The kingdom’s wealth, steady growth and stability have made it the bulwark of the Middle East. As the cradle of Islam, it is able to symbolically unite most Muslims worldwide. In September, the kingdom will use its considerable diplomatic might to support the Palestinians in their quest for international recognition. American leaders have long called Israel an « indispensable » ally. They will soon learn that there are other players in the region – not least the Arab street – who are as, if not more, « indispensable. » The game of favoritism toward Israel has not proven wise for Washington, and soon it will be shown to be an even greater folly.
• Turki AL-FAISAL, Veto a State, Lose an Ally, The New York Times, 11/09/2011.
The United States must support the Palestinian bid for statehood at the United Nations this month or risk losing the little credibility it has in the Arab world. If it does not, American influence will decline further, Israeli security will be undermined and Iran will be empowered, increasing the chances of another war in the region.
Moreover, Saudi Arabia would no longer be able to cooperate with America in the same way it historically has. With most of the Arab world in upheaval, the « special relationship » between Saudi Arabia and the United States would increasingly be seen as toxic by the vast majority of Arabs and Muslims, who demand justice for the Palestinian people.

La fabrication de l’ennemi


« Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! », avait prédit en 1989 Alexandre Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev. L’ennemi soviétique avait toutes les qualités d’un « bon » ennemi : solide, constant, cohérent. Sa disparition a en effet entamé la cohésion de l’Occident et rendu plus vaine sa puissance.

Pour contrer le chômage technique qui a suivi la chute du Mur, les États (démocratiques ou pas), les think tanks stratégiques, les services de renseignements et autres faiseurs d’opinion ont consciencieusement « fabriqué de l’ennemi » et décrit un monde constitué de menaces, de risques et de défis.

L’ennemi est-il une nécessité ? Il est très utile en tout cas pour souder une nation, asseoir sa puissance et occuper son secteur militaro-industriel. On peut dresser une typologie des ennemis de ces vingt dernières années : ennemi proche (conflits frontaliers : Inde-Pakistan, Grèce-Turquie, Pérou-Équateur), rival planétaire (Chine), ennemi intime (guerres civiles : Yougoslavie, Rwanda), ennemi caché (théorie du complot : juifs, communistes), Mal absolu (extrémisme religieux), ennemi conceptuel, médiatique…

Comment advient ce moment « anormal » ou l’homme tue en toute bonne conscience ? Avec une finesse d’analyse et une force de conviction peu communes, Pierre Conesa explique de quelle manière se crée le rapport d’hostilité, comment la belligérance trouve ses racines dans des réalités, mais aussi dans des constructions idéologiques, des perceptions ou des incompréhensions. Car si certains ennemis sont bien réels, d’autres, analysés avec le recul du temps, se révèlent étonnamment artificiels.

Quelle conséquence tirer de tout cela ? Si l’ennemi est une construction, pour le vaincre, il faut non pas le battre, mais le déconstruire. Il s’agit moins au final d’une affaire militaire que d’une cause politique. Moins d’une affaire de calibre que d’une question d’hommes.

Pierre CONESA, La fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi, Laffont, 2011 [ExtraitsDu Grain à moudreLe PointRFI].

Lire aussi :
• Pierre CONESA, Géopolitique du renseignement – La fin d’une époque, Diploweb, Novembre 2006.
• Pierre CONESA, Les Etats-Unis sont-ils une menace pour l’Europe ?, Le Monde diplomatique, Avril 2008.
• Pierre CONESA, La France devrait occuper un siège à l’OCI, Le Monde, 22/12/2009.
• Pierre CONESA, Vies multiples d’Al-Qaida, Le Monde diplomatique, Février 2010.
• Pierre CONESA, Afghanistan : « L’outil militaire ne peut résoudre des crises », Marianne, 15/07/2011.
• Publications de Pierre CONESA, Cairn.infoIRIS.
Dossier documentaire 11 septembre 2001, Monde en Question.
Dossier documentaire Géopolitique, Monde en Question.
• L’actualité des livres
Centre National du Livre
Veille littéraire CNL

Revue de presse 11 Septembre 2001


11/09/2011, Anastassia TSOUKALA, Au nom du 11 Septembre – La presse face au terrorisme en France et en Grande-Bretagne, Les mots sont importants : Première partieDeuxième partie

Depuis les années 1990, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, les états-Unis et les états de l’Union européenne ont multiplié les initiatives censées « répondre aux menaces du terrorisme islamiste » : durcissement des législations, renforcement de la coopération antiterroriste internationale, actions ouvertes ou clandestines violant souvent le droit international. Les effets de sidération produits par des attentats spectaculaires et meurtriers ont largement inhibé l’attention critique des citoyens face aux autres menaces que beaucoup de ces initiatives font peser sur les démocraties. C’est de ce constat qu’est né il y a deux ans un important livre collectif, plus que jamais d’actualité : Au nom du 11 septembre. Coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe, il analyse la centralité de cet « antiterrorisme » dans la nouvelle géopolitique mondiale et son impact sur la vie politique des états démocratiques : opérations militaires, surveillance généralisée, pratiques d’exception et de désinformation… Extrait de ce livre, le texte qui suit analyse, à travers l’étude comparative de la presse écrite française et britannique, l’évolution des discours publics sur la sécurité des pays occidentaux.

11/09/2011, Michel CHOSSUDOVSKY, Qui était Oussama ben Laden ? La vérité derrière le 11 septembre 2001, Mondialisation Article publié en anglais par Global Research le 12 septembre 2001

Quelques heures après les attaques terroristes du 11 septembre au World Trade Center et au Pentagone, l’administration Bush concluait, sans preuve à l’appui, qu’Oussama ben Laden et son organisation, Al-Qaeda, étaient les suspects les plus probables. Le directeur de la CIA, George Tenet, déclarait que ben Laden « a la capacité de planifier plusieurs attaques sans avertissement ». Le secrétaire d’état Colin Powell qualifiait de son côté les attaques à Washington et à New York de « déclaration de guerre », ce que George Bush confirmait dans son discours à la nation le soir même en affirmant qu’il ne « fera aucune distinction entre les terroristes qui ont commis ces actes et ceux qui les ont soutenu ». L’ancien directeur de la CIA James Woolsey insinuait pour sa part la complicité de un ou plusieurs gouvernments étrangers. Et l’ancien conseiller à la sécurité nationale Lawrence Eagelberger déclarait dans une entrevue télévisée : « Je crois que nous allons démontrer que, lorsque nous sommes attaqués de cette façon, nous pouvons réagir d’une manière brutale avec force et détermination » (« we are terrible in our strength and in our retribution »).
Suite aux déclarations officelles, les médias occidentaux n’ont pas tardé (sans preuves à l’appui) à approuver le déclenchement d’actions punitives contre des cibles civiles au Moyen-Orient et en Asie centrale. William Saffire écrivait à ce propos dans le New York Times : « Lors que nous aurons raisonnablement pu déterminer la localisation des bases et des camps de nos attaquants, nous devrons les pulvériser – en minimisant mais également en acceptant les risques de dommages collatéraux. Nous devrons agir par des opérations [militaires] directes mais également par des actions en sous-main [de nos services de renseignement], afin de déstabiliser les états hôtes de la terreur. »
Le texte ci-dessous a pour object d’analyser l’histoire d’Oussama ben Laden et des liens entre la Jihad islamique et la politique étrangère des états-Unis depuis la Guerre froide.

11/09/2011, Jean-Claude PAYE, Le 11 septembre 2001 et la fabrique du consentement, L’Humanité

Les lois antiterroristes offrent à l’exécutif la capacité d’annuler toute forme d’opposition et de rejeter toute différenciation, même celle distinguant l’acte de sa simple éventualité. La loi n’est plus codification, cran d’arrêt face à l’arbitraire. Au contraire, elle inscrit dans le droit qu’il n’y a plus de limite à l’exercice du pouvoir.
Dans tous les pays européens, les droits de la défense sont affaiblis. Aux états-Unis, ils sont complètement supprimés pour les étrangers désignés comme terroristes par l’exécutif. Des deux côtés de l’Atlantique, les citoyens sont soumis à des mesures de surveillance qui, autrefois, étaient réservées au contre-espionnage. Les civils peuvent être soumis à des mesures de privation de liberté plus contraignantes que celles appliquées aux prisonniers de guerre.
La mutation juridique et politique est profonde puisqu’elle renverse les relations établies entre les populations et leur gouvernement, le rapport entre l’instituant et l’institué. Ce ne sont plus les populations qui instituent le pouvoir, mais ce dernier qui détermine, parmi ses ressortissants, qui est un citoyen et qui est un ennemi, qui doit être exclu de la société. La transformation est telle que l’ordre symbolique de la société est touché.
Toute question, toute référence aux objets, relève de la théorie du grand complot, car leur matérialité s’oppose à ce qui est donné à voir. Elle fait écran au regard du pouvoir, à sa capacité de donner un sens sans avoir besoin de passer par les choses. L’icône du 11?septembre donne directement à voir l’invisible. Tel le regard de la Gorgone, elle se saisit de nous et nous aveugle, car nous regardons sans voir. Le réel nous est imposé sans la médiation de la raison, sans l’interposition du bouclier de Persée, de cet écran qui permet de voir, tout en étant protégé du feu du regard.

09/09/2011, Carlos RIVERA LUGO, La barbarie de los 11 de septiembre, Rebelión

¿Qué tenemos que ver los habitantes de Nuestra América con el 11 de septiembre? En todo caso, mi memoria histórica acerca de esa fecha no empieza con el ataque terrorista en el 2001 contra las torres gemelas del « World Trade Center », sino con el criminal asalto militar de 1973 contra La Moneda, la casa presidencial chilena. Poco más de tres mil vidas inocentes fue el « daño colateral » de la primera, anunciada por sus perpetradores como « el golpe de Dios Omnipotente » contra uno de los órganos vitales del « mal ». Mientras, el saldo brutal de la segunda fue sobre 30,000 vidas, incluyendo la de su heroico presidente Salvador Allende, víctimas también de otra cruzada fundamentalista: el anticomunismo.
Sin embargo, mi memoria histórica sigue resistiéndose a los simplismos ideológicos. Me trae a la mente esos otros « 11 de septiembre » que han marcado mi consciencia, por lo menos en el último medio siglo. Los bombardeos criminales de Estados Unidos sobre Hanoi y todo el territorio vietnamita, incluyendo el uso de armas químicas de destrucción masiva. Murieron sobre 3 millones de vietnamitas, de los cuales 2 millones eran civiles. Igualmente recuerdo la aniquilación en 1989 -con, entre otras cosas, el bárbaro napalm usado en Viet Nam- del barrio Chorillos de la Ciudad de Panamá, donde murieron 10,000 civiles panameños como resultado de la ilegal invasión militar estadounidense.
Las guerras de Estados Unidos en Irak y Afganistán, y la no declarada en Pakistán, han dejado igualmente cientos de miles de muertos, en su mayoría civiles. Continúa operando, con absoluta impunidad, el campo de concentración estadounidense en Guantánamo. La Corte Penal Internacional saca pecho para investigar y condenar los delitos de los « malos », mientras condona los crímenes de los « buenos ». Bush y su vicepresidente Cheney admiten y defienden públicamente sus crímenes y nadie su inmuta. Quien sumisamente le ha dado continuidad a las políticas criminales de éstos, el presidente Barack Obama, la Academia Sueca le otorga el Premio Nobel de la Paz. Y con ese premio en mano, ha agredido a Libia y producido allí, junto a sus aliados europeos, otro violento e ilegal « cambio de régimen », con su secuela abismal de muertos.

09/09/2011, Tom ENGELHARDT, Let’s Cancel 9/11, Antiwar

Let’s just can it all. Shut down Ground Zero. Lock out the tourists. Close « Reflecting Absence, » the memorial built in the « footprints » of the former towers with its grove of trees, giant pools, and multiple waterfalls before it can be unveiled this Sunday. Discontinue work on the underground National September 11 Museum due to open in 2012. Tear down the Freedom Tower (redubbed 1 World Trade Center after our « freedom » wars went awry), 102 stories of « the most expensive skyscraper ever constructed in the United States. » (Estimated price tag: $3.3 billion.) Eliminate that still-being-constructed, hubris-filled 1,776 feet of building, planned in the heyday of George W. Bush and soaring into the Manhattan sky like a nyaah-nyaah invitation to future terrorists. Dismantle the other three office towers being built there as part of an $11 billion government-sponsored construction program. Let’s get rid of it all. If we had wanted a memorial to 9/11, it would have been more appropriate to leave one of the giant shards of broken tower there untouched.

09/09/2011, Des 11 septembre à la pelle et à grande échelle, Le Grand Soir

Liste partielle des interventions de l’armée états-unienne depuis 1890.

09/09/2011, Roy ARUNDHATI, Ben Laden, secret de famille de l’Amérique, Le Monde Tribune publiée dans Le Monde du 15 octobre 2001

Pour des raisons stratégiques, militaires et économiques, George W. Bush doit à tout prix persuader l’opinion publique que ce sont les valeurs nationales de la liberté et de la démocratie qui sont visées, ainsi que le mode de vie américain. Message facile à colporter dans l’atmosphère de chagrin, d’indignation et de colère qui règne actuellement. Cependant, à supposer que le contenu en soit vrai, on peut légitimement se demander pourquoi ce sont les symboles de la suprématie économique et militaire américaine (le World Trade Center et le Pentagone) qui ont été pris pour cibles. Pourquoi pas la statue de la Liberté ? Ne peut-on alors émettre l’hypothèse que la sombre colère à l’origine des attentats n’a pas pour source la liberté et la démocratie américaines, mais le soutien et l’engagement exceptionnel des Américains pour des causes radicalement opposées : pour le terrorisme militaire et économique, l’insurrection, la dictature armée, le fanatisme religieux, le génocide impensable (hors des frontières du pays) ?
En 1996, interrogée par Leslie Stahl sur sa réaction devant la mort de 500 000 enfants irakiens après les sanctions économiques américaines, Madeleine Albright, alors ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, répondait sur CBS que c’était « un choix très difficile » mais que, tout compte fait, « nous pensons que le prix en vaut la peine ». A-t-elle été renvoyée de son poste pour avoir tenu pareils propos ? Pas du tout. Elle a continué à parcourir le monde, à représenter les opinions et les aspirations du gouvernement américain. Plus grave encore, dans les circonstances actuelles : les sanctions contre l’Irak n’ont pas été levées. Des enfants continuent à mourir. Nous y voilà. Un distinguo peu subtil oppose la civilisation et la sauvagerie, le « massacre d’innocents » (ou, si l’on préfère, « le heurt des civilisations » ) et les « dommages de guerre ». Pure sophistique, délicate algèbre de la « justice sans limites » ! Combien faudra-t-il de morts irakiens pour améliorer le monde ? Combien de morts afghans pour un seul mort américain ? Combien d’enfants morts pour un seul homme mort ? Combien de cadavres de moudjahidins pour le cadavre d’un seul banquier d’affaires ?
La coalition des superpuissances mondiales resserre son étau sur l’Afghanistan, l’un des pays les plus pauvres qui soient, l’un des plus sinistrés, des plus déchirés par la guerre. Les talibans au pouvoir y offrent un abri à Oussama Ben Laden, tenu pour responsable des attentats du 11 septembre. Faut-il décimer l’ensemble de la population en guise de réparation ? L’économie est chamboulée. Et le problème qui se pose à une armée d’envahisseurs, c’est en réalité que le pays ne possède aucun des signes ou des repères conventionnels à pointer sur la carte : ni bases militaires, ni complexes industriels, ni usines de traitement de l’eau. Les exploitations agricoles se sont transformées en charniers, la campagne est jonchée de mines antipersonnel – au nombre de 10 millions, selon les estimations les plus récentes. L’armée américaine devrait donc commencer par déminer le terrain et par construire des routes pour frayer une voie à ses soldats.
En 1979, après l’invasion soviétique de l’Afghanistan, la CIA et l’ISI (InterServices Intelligence : les services de renseignement pakistanais) ont lancé la plus grande opération indirecte de la CIA depuis la guerre du Vietnam. Leur but ? Canaliser l’énergie de la résistance afghane et l’enrôler dans une guerre sainte, un djihad islamique qui dresserait contre le régime communiste les pays musulmans de l’Union soviétique et finirait par l’ébranler.
Au fil des ans, par l’intermédiaire de l’ISI, la CIA a financé et recruté, dans quarante pays musulmans, des dizaines de milliers de moudjahidins extrémistes qui ont servi de soldats dans cette guerre que livrait l’Amérique par pays interposés. La grande masse d’entre eux ne savaient pas qu’ils se battaient pour l’Oncle Sam. (Mais l’ironie veut que l’Amérique n’ait pas su non plus qu’elle finançait une future guerre contre elle-même.)

09/09/2011, Alain GRESH, 11-Septembre, qu’est-ce qui a changé ?, Le Monde diplomatique

Dix ans après, « la guerre contre le terrorisme », qui visait à éradiquer toute menace, y compris celle des Etats dénoncés comme « voyous », est un échec, et la rhétorique belliciste de Washington s’est atténuée. Les Etats-Unis devraient se retirer d’Irak d’ici à la fin de l’année, laissant derrière eux un pays détruit, avec un gouvernement divisé et corrompu, qui sera plus proche de Téhéran que de Washington. En Afghanistan, malgré les déclarations lénifiantes, la montée en puissance des talibans apparaît irrésistible, tandis que le Pakistan s’enfonce dans la crise. Quant à Al-Qaida, si son chef Oussama Ben Laden et nombre de ses hauts dirigeants ont été tués, elle a essaimé au Maghreb, au Yémen, au Nigeria, etc.
Le prix de ces guerres, avant tout payé par les peuples qui en ont été les victimes, pèse aussi sur les Etats-Unis et plus largement sur l’Occident, de deux manières. Elles ont permis une remise en cause des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme, légalisé la torture, les enlèvements, les écoutes illégales, les assassinats ciblés, etc., pratiques qui se sont étendues malgré l’élection du président Barack Obama, comme le montre le maintien du bagne de Guantanamo ou l’utilisation sans restriction de drones.
Le terrorisme est devenu un concept attrape-tout permettant aux Etats de justifier leur politique de répression.

09/09/2011, Il faut combattre les causes du terrorisme, Renmin Ribao

Les attaques du 11 septembre ont laissé des traces profondes, pas seulement par rapport aux mesures de sécurité renforcées mises en place dans les pays occidentaux, qui ont empiété sur la vie privée et même les droits de l’homme ; elles ont aussi provoqué une escalade de l’animosité entre le monde musulman et l’Occident.
Les guerres menées en Irak et en Afghanistan par les Etats-Unis et présentées comme une partie de leur guerre contre le terrorisme, ont provoqué d’énormes pertes en vies humaines et n’ont seulement réussi qu’à exacerber la fracture entre les musulmans et l’Occident.
Tout en se souvenant des victimes des attaques du 11 septembre, le monde devrait aussi réfléchir sur les vies perdues du fait de ces actions militaires et d’autres attaques terroristes, et songer au fait que la force militaire seule a peu de chances de mettre fin au terrorisme. Les conflits et les troubles sont le lit du terrorisme. Et la pauvreté et l’arriération en sont son terreau.
Pour extirper les racines du terrorisme, la communauté internationale devrait faire des efforts conjoints pour soulager les tensions régionales et mondiales, éradiquer la pauvreté et promouvoir la coopération et la réconciliation. Il faudra pour cela des mesures économiques, sociales et politiques coordonnées.

09/09/2011, Deux poids et deux mesures obstruent les efforts anti-terrorisme, Xinhua

Un grand défi aux efforts anti-terrorisme du monde est le manque d’un standard commun. En particulier, les Etats-Unis et ses alliés occidentaux ont utilisé à maintes reprises deux poids et deux mesures sur les question anti-terrorisme, qui ont obstrué le progrès des efforts globaux.
Après les attentats du 11 septembre, Washington a lancé une « guerre contre le terrorisme » soit-disante en Afghanistan et en Irak, menant au meurtre des milliers des civils inoncents et au déplacement des milliers d’habitants.
Souvent, les Etats-Unis ont fermé les yeux sur les dégâts et les menaces causés par les extrémistes dans la République Tchetchène de Russie, et ont adopté deux poids et deux mesures sur la question des forces séparatistes dans la région de Xinjiang de Chine, rejetant la demande de Chine d’expulser les membres du « Mouvement islamique du Turkestan oriental », qui a une relation étroite avec al Qaîda.
Par ailleur, le mot « anti-terrorisme » a parfois servi d’un outil politique pour promouvoir les intérêts nationaux occidentaux et les objectifs idéologiques, et est même utilisé comme une excuse facile pour intervenir dans les affaires intérieures d’autres pays.

07/09/2011, Il y a 10 ans, le 11 septembre 2001 : les attentats suicides contre les tours du World Trade Center, Lutte Ouvrière

Mais si cet attentat ignoble illustrait la vulnérabilité des états-Unis, principale puissance impérialiste qui domine le monde, il a contribué en réalité à renforcer l’impérialisme américain.
Car le gouvernement Bush et le patronat américain se sont immédiatement servis de l’émotion provoquée pour amener la population à serrer les rangs derrière eux, à accepter de nouvelles aventures militaires et des sacrifices économiques considérables au nom de « la guerre contre le terrorisme ».
Une semaine après les attentats, le Congrès était déjà saisi d’un projet de loi de 350 pages renforçant les pouvoirs de répression de la police et du FBI. Appelé « USA Patriot Act », ce projet de loi, manifestement en chantier avant les attentats, n’attendait qu’une occasion pour sortir des cartons. Des dizaines de lois, décrets, règlements répressifs furent adoptés dans la foulée. L’appareil d’état retrouva pratiquement tous les pouvoirs qu’il avait du temps du Maccarthysme et qui avaient été rognés dans les années 1960 et 1970 par le mouvement pour les droits civiques, la révolte noire, la lutte contre la guerre du Vietnam.
Le 11-Septembre a permis de légaliser à nouveau des pratiques qui étaient devenues illégales et ne pouvaient être utilisées au grand jour, comme l’espionnage sans mandat d’étrangers ou de citoyens américains, leur mise sur écoute, l’accès à tous leurs comptes, données médicales, etc. Les étrangers peuvent être légalement détenus indéfiniment sans motif. Et puis n’importe qui peut être taxé de terrorisme, pour participer à un piquet de grève, pour critiquer le président, etc.
Les tribunaux militaires jugent sans appel les étrangers accusés de terrorisme. Ils peuvent ne pas produire leurs preuves, juger à huis clos, sans la présence de l’avocat et même sans l’accusé. Un présumé terroriste peut aussi rester indéfiniment en prison sans jugement. La torture des prisonniers lors d’interrogatoires est légalisée.
Les rafles massives opérées par la police dans les jours qui ont suivi le 11-Septembre furent ainsi légalisées. De nombreux détenus sont restés sans motif en prison et, dix ans après, il y a encore des détenus qui n’ont pas été jugés.
Cela n’a pas empêché Bush puis Obama de prétendre œuvrer pour la défense de la démocratie américaine.

07/09/2011, 2001-2011, d’un effondrement à l’autre, Le Billet politique d’Hubert Huertas

Dix ans après la destruction des tours de New-York on assiste à un autre effondrement. Une certaine économie n’en finit pas de s’affaisser, à deux pas de Ground zéro, à Wall Street, et dans les places financières du monde entier.
Quel rapport entre les avions fonçant sur les tours, et les cours de la bourse qui décrochent : aucun, et cette absence de cause à effet, entre ces deux moments majeurs, distants de seulement dix ans, est sans doute le fait marquant de cet anniversaire. Le 11 septembre 2011, c’est quasiment le contraire de celui de 2001.
Il y a dix ans, l’Amérique, donc le monde occidental, a été attaqué par un agresseur extérieur. Une idée s’est alors répandue. Celle d’une guerre du mal contre le bien, une espèce de der des ders, le mal étant délimité à une zone géographique précise, et aux dérives d’une religion. La guerre, en ce temps là pouvait être préventive, puisque l’ennemi était localisé. Il suffirait d’un sale type abattu pour sauver la prospérité.
Que reste-t-il de cette ancienne utopie ?
Pas grand chose. L’Irak a été envahie, Saddam, qui n’était pas complice des attentats de New-York, a été pendu, aucune arme de destruction massive n’a été retrouvée, Kaboul est tombée, Ben Laden est mort, tout devait être terminé, mais tout bouillonne encore dans le même secteur de la planète.
Le monde selon dabeulyou Bush n’est pas métamorphosé. Il chauffe toujours là où il brûlait déjà.
La nouveauté c’est qu’il est dépassé. Ni le bien ni le mal ne sont géographiques. Les révolutions arabes ont démenti l’idée d’un bloc musulman que seuls des dictateurs pouvait empêcher de basculer dans l’islamisme. Après avoir honoré les despotes, la France se flatte d’ailleurs de les combattre, et le dernier acte terroriste en date est bel et bien l’œuvre d’un fondamentaliste, mais il est blanc, chrétien, et norvégien.
La grande peur ne vient plus, ou plus seulement, d’un agresseur barbu. L’ennemi n’a plus de visage. On lui donne des tas de noms, finance, spéculation, subprimes, dettes, déficit, état-providence, faillite des états, gabegie, fonctionnaires, milliardaires, magouilleurs grecs, indignados, agences de notation, une mêlée de cinq cent millions d’acteur pour une guerre intérieure.
Bien sûr, l’effondrement des bourses est moins télégénique que celui des deux tours. Il n’est pas sûr que dans dix ans, pourtant, les conséquences en soient moins radicales.

05/09/2011, La dure leçon du « smart power », Renmin Ribao

Mais il y a une leçon plus grande encore que le 11 septembre nous enseigne, celle du rôle de la puissance douce et du récit à l’âge de l’information. A l’âge de l’information, les résultats sont aussi influencés par celui qui a la meilleure histoire. La concurrence dans le récit est importante, et le terrorisme, c’est aussi un drame politique et narratif.
Une leçon-clé du 11 septembre est que la puissance militaire est certes essentielle pour contrer le terrorisme, mais que la puissance douce des idées et la légitimité sont essentielles pour gagner les coeurs et les esprits des populations musulmanes, là où Al Qaida souhaite recruter. Une stratégie du « smart power » ne saurait ignorer les outils de la puissance douce.
Mais, au moins pour les Etats-Unis, la leçon la plus importante du 11 septembre est que la politique étrangère des Etats-Unis devrait suivre le conseil que l’ancien Président Dwight Eisenhower a formulé il y a un demi-siècle : Ne soyez pas impliqué dans des guerres d’occupation, et concentrez vous sur le maintien de la puissance de l’économie américaine.

02/09/2011, David Ray GRIFFIN, Un autre regard sur le 11 septembre – 10 ans après Le Nouveau Pearl Harbor-2, Demi Lune

Deux guerres et des centaines de milliers de morts plus tard, sans oublier les populations déplacées et les réfugiés qui se comptent par millions, il convient de se demander en toute lucidité : à qui profite le crime du 11-Septembre sinon au complexe militaro-industriel, aux compagnies de mercenaires et de sécurité, aux pétroliers ?

Lire aussi : Dossier documentaire 11 septembre 2001, Monde en Question.

Revue de presse 11 Septembre 1973


11/09/2011, Au Chili, la jeunesse se souvient de l’autre 11 septembre, Regards

Le Chili connaît ses plus grandes manifestations populaires depuis la chute de la dictature Pinochet en 1990. Née dans une démocratie néolibérale où les inégalités se creusent, la jeunesse chilienne réclame une éducation publique, gratuite et de qualité. Au-delà du gouvernement, elle s’en prend à l’héritage de la dictature, et renoue symboliquement avec la séquence Allende. Cette année, le 11 septembre a un goût amer pour la classe politique chilienne.

09/09/2011, Carlos RIVERA LUGO, La barbarie de los 11 de septiembre, Rebelión

¿Qué tenemos que ver los habitantes de Nuestra América con el 11 de septiembre? En todo caso, mi memoria histórica acerca de esa fecha no empieza con el ataque terrorista en el 2001 contra las torres gemelas del « World Trade Center », sino con el criminal asalto militar de 1973 contra La Moneda, la casa presidencial chilena. Poco más de tres mil vidas inocentes fue el « daño colateral » de la primera, anunciada por sus perpetradores como « el golpe de Dios Omnipotente » contra uno de los órganos vitales del « mal ». Mientras, el saldo brutal de la segunda fue sobre 30,000 vidas, incluyendo la de su heroico presidente Salvador Allende, víctimas también de otra cruzada fundamentalista: el anticomunismo.
Sin embargo, mi memoria histórica sigue resistiéndose a los simplismos ideológicos. Me trae a la mente esos otros « 11 de septiembre » que han marcado mi consciencia, por lo menos en el último medio siglo. Los bombardeos criminales de Estados Unidos sobre Hanoi y todo el territorio vietnamita, incluyendo el uso de armas químicas de destrucción masiva. Murieron sobre 3 millones de vietnamitas, de los cuales 2 millones eran civiles. Igualmente recuerdo la aniquilación en 1989 -con, entre otras cosas, el bárbaro napalm usado en Viet Nam- del barrio Chorillos de la Ciudad de Panamá, donde murieron 10,000 civiles panameños como resultado de la ilegal invasión militar estadounidense.
Las guerras de Estados Unidos en Irak y Afganistán, y la no declarada en Pakistán, han dejado igualmente cientos de miles de muertos, en su mayoría civiles. Continúa operando, con absoluta impunidad, el campo de concentración estadounidense en Guantánamo. La Corte Penal Internacional saca pecho para investigar y condenar los delitos de los « malos », mientras condona los crímenes de los « buenos ». Bush y su vicepresidente Cheney admiten y defienden públicamente sus crímenes y nadie su inmuta. Quien sumisamente le ha dado continuidad a las políticas criminales de éstos, el presidente Barack Obama, la Academia Sueca le otorga el Premio Nobel de la Paz. Y con ese premio en mano, ha agredido a Libia y producido allí, junto a sus aliados europeos, otro violento e ilegal « cambio de régimen », con su secuela abismal de muertos.

08/09/2011, Alvaro CUADRA, 11 septembre 1973, coup d’Etat au Chili, Investig’Action

Difficile de faire allusion aux événements du 11 septembre 1973 en laissant de côté ses propres passions. Car ils ont été traumatisants pour une grande majorité de Chiliens et les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui : le coup d’Etat d’il y a plus de trente ans n’est pas enterré. Au contraire, le présent économique, politique et culturel du Chili ne s’explique pas sans lui.

Lire aussi : Dossier documentaire 11 septembre 1973, Monde en Question.

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