Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Mensuelles: juillet 2011

Quel État ? Pour quelle Palestine ?


Après plus de soixante années d’occupation et de colonisation israéliennes, l’État palestinien a souvent été annoncé, mais jamais réalisé. S’il y a bien présence d’un territoire, celui-ci est réduit et émietté ; s’il y a un pouvoir politique, il est contesté et depuis 2007 divisé ; s’il y a une vie socioéconomique, elle est dépendante et soumise. Seul demeure un peuple – sûr de son droit – dont plus de la moitié est réfugiée ou exilée, soit sur son propre territoire, soit à l’extérieur.

Dans ce contexte, comment fonder cet État, sur quelles réalités socioéconomiques, sur quelles bases constitutionnelles et autour de quel ordre juridique et politique le construire ? Ce sont toutes ces questions qu’envisage le présent ouvrage, fruit d’un colloque tenu à Dijon fin novembre 2009.

Raphaël PORTEILLA, Jacques FONTAINE, Philippe ICARD et André LARCENEUX, Quel État ? Pour quelle Palestine ?, L’Harmattan, 2011 [Table des matières].

Lire aussi :
• Guillaume VAREILLES, Les frontières de la Palestine 1914-1947, L’Harmattan, 2011.
• Charlotte SULTANA, Palestine/Israël deux peuples sur une terre, L’Harmattan, 2010.
Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.
• L’actualité des livres
Centre National du Livre
Veille littéraire CNL

L’oppression des femmes à Gaza


J’ai participé récemment à une rencontre avec une diplomate étrangère qui voulait que nous lui parlions des problèmes rencontrés par les jeunes à Gaza et entendre nos suggestions sur la manière dont la communauté internationale pouvait nous prêter main forte. Nous étions un groupe de sept jeunes de professions et de milieux différents. L’heure et demie de discussion a abordé les thèmes tels que les problèmes résultant de la division Fatah-Hamas et le manque d’installations sportives à Gaza. Vers la fin de la discussion, une jeune femme particulièrement silencieuse a décidé de s’exprimer. "En tant que jeune femme à Gaza, j’ai un réel problème." Attendant impatiemment sa contribution, je pensais qu’elle allait par exemple dire qu’en dépit du nombre important d’inscriptions à l’université et des taux de succès, les jeunes femmes à Gaza avaient très peu de chance de trouver un emploi. "Je ne suis pas pour le hijab (le foulard) mais je ne peux pas l’enlever."

Tandis que le reste du groupe maintenant embarrassé cherchait une manière rapide de surmonter la gêne provoquée par ce commentaire, un coup d’œil au visage de la diplomate montrait qu’elle venait d’avoir une révélation. Elle a suggéré que la communauté internationale, qu’elle représente, vienne à Gaza pour donner à la population de Gaza réprimée par le Hamas, en particulier les femmes, une leçon sur ses droits. C’est l’histoire de notre vie : l’Homme (et la Femme) blanc vient en Palestine pour nous apprendre nos droits, tout en soutenant l’entité même qui nous en prive continuellement. A Gaza, ajoutez à cette critique l’isolement de notre gouvernement local et retirez la véritable cause de cet isolement : le siège et l’occupation d’Israël.

A la fin de la discussion, j’ai parlé à la fille qui avait fait cette observation et je lui ai rappelé que le gouvernement Hamas n’empêche pas les filles de ne pas porter le hijab. Si elle vient d’une famille conservatrice ou si elle vit dans un secteur conservateur de la Bande de Gaza, ce n’est pas la faute du gouvernement, et la diplomate étrangère n’avait pas besoin d’en entendre parler.

Il y a une distinction subtile entre nos traditions conservatrices modérées et les règles que le Hamas impose à notre société, et, dans l’intérêt de notre image, les deux ne doivent pas être mélangées.

Pourtant, peu importe la force avec laquelle nous essayons de nous faire entendre, les médias internationaux se centrent toujours sur des difficultés personnelles qui ne sont pas représentatives des difficultés globales pour décrire un "problème" rencontré par la population dans son ensemble. Pourquoi ? Parce que la question des droits des femmes en particulier est tellement sensible et que son utilisation engendre la colère ou la sympathie dans le cœur de l’auditeur, indépendamment de la logique derrière l’argument.

Par exemple, il y a quelques mois, une "seule" histoire a été reprise par plusieurs agences de presse pour décrire la dureté du régime Hamas à Gaza, à savoir que les femmes n’y étaient pas autorisées à faire de la moto. S’en sont suivis beaucoup de discussions et d’attention médiatique de la part de la communauté internationale au grand cœur, tellement préoccupée par la situation des femmes sous le gouvernement Hamas à Gaza.

Mais une seule de ces agences de presse a-t-elle pris la peine d’interroger ne serait-ce que dix femmes à Gaza sur ce qu’elles pensaient du "droit" à faire de la moto ? Non, parce que ces agences savent que ces femmes, qui n’ont pas de temps à perdre avec des sujets aussi futiles, les auraient tournées en ridicule. Les femmes préfèrent discuter des vrais problèmes qui les intéressent, comme les femmes dans les prisons israéliennes, la pauvreté, le manque de soins de santé adéquats, le manque d’éducation et d’emploi qui sont principalement imputables à l’occupation israélienne.

Au lieu de cela, les médias internationaux décident de se concentrer sur des questions banales, mais "séduisantes" qui touchent très peu de femmes à Gaza, mais qui font un bon boulot pour ruiner l’image de Gaza et du Hamas. Peu importe les vrais problèmes. Mettez de côté les problèmes provoqués par l’occupation – nous les connaissons déjà, nous dit-on. Parlez-nous des problèmes causés par le gouvernement Hamas.

Un an après que le gouvernement Hamas ait imposé une loi interdisant aux femmes de fumer le narguilé dans les lieux publics à Gaza, les agences de presse internationales continuent d’en parler lorsqu’elles traitent de la situation des femmes, même si la loi a été annulée.

Et récemment, des articles sur l’interdiction faite à des coiffeurs masculins de coiffer les cheveux des femmes ont fait les manchettes dans le monde entier, même si la question se limite aux coiffeurs eux-mêmes et à leurs clients, et non à toute la population féminine de la Bande de Gaza.

Je suis contre toute affiliation politique, parce que mon unique affiliation est avec la Palestine et la cause palestinienne, ni avec le Fatah, ni avec le Hamas, ni avec aucune autre faction. Mais je ne supporte pas l’hypocrisie des médias internationaux qui exploitent un sujet aussi sensible que les droits des femmes pour exonérer Israël de ses responsabilités.

Quand le monde comprendra-t-il que la détérioration de la situation des femmes à Gaza au cours des quatre dernières années n’est pas exclusivement imputable au contrôle du Hamas, mais principalement au siège israélien, qu’on a tendance à laisser de côté dans de ce genre de discussions ? Je suis fière de dire que Gaza en particulier, et la Palestine en général, est l’un des rares endroits au monde où les hommes et les femmes jouissent de l’égalité des droits – ou plutôt de l’égalité de leur absence.

Israël applique en effet d’excellents standards d’action positive pour s’assurer que tant les hommes que les femmes soient également privés de leurs droits les plus fondamentaux, alors, s’il vous plaît, cessez d’imputer les résultats de cette privation à d’autres, dont le rôle dans le panorama global de nos vies est marginal.

22/07/2011
Yasmeen El KHOUDARY
Electronic Intifada
International Solidarity Movement

Lire aussi :
• Yasmeen El Khoudary, A Voice from Gaza, Palestine.
Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Les hommes dans les mouvements féministes


Cette thèse prend pour objet un militantisme statistiquement minoritaire et socialement improbable : l’engagement des hommes dans les mouvements féministes en France, depuis leur émergence politique à l’aube de la Troisième République jusqu’à la période contemporaine (1870-2010).

À partir d’entretiens biographiques avec des militants et de sources d’archives diversifiées, elle se propose d’analyser ces engagements à la lumière de la sociologie du genre et de la sociologie du militantisme. En mobilisant la notion de "carrière militante", ce travail montre que le militantisme féministe des hommes se saisit à partir de l’articulation de dispositions individuelles, d’expériences de socialisation, de positions dans des réseaux et de contextes organisationnels.

L’analyse permet alors de distinguer deux principales modalités d’engagement des hommes dans des collectifs féministes : le registre humaniste, qui fonde les revendications au nom d’un individu universel, et le registre identitaire, mobilisé à partir d’un refus des assignations de genre. Dans l’un et l’autre cas, l’engagement des hommes n’est possible qu’au prix d’une appréhension du féminisme comme un mouvement désindexé de la seule expérience des femmes. Cette thèse contribue ainsi à la compréhension du sujet politique du féminisme, mais aussi plus largement, du sujet politique des mobilisations identitaires.

Alban JACQUEMART, Les hommes dans les mouvements féministes français (1870-2010) – Sociologie d’un engagement improbable, Thèse pour l’obtention du titre de Docteur de l’EHESS présentée publiquement le 29 juin 2011 [Texte en ligne].

Femen :
• Femen, Young Feminist Wire.
• Protest or porn?, Osocio.
• Nudity and protest, Wikipedia.
• Images de Femen, NouvelObs.

Féminisme/Masculisme :
Féminisme-Masculisme
La cause des hommes
Les hommes libres
Dossier documentaire & Bibliographie Féminisme, Monde en Question.

Hommage aux 1400 civils tués en Afghanistan en 2011


Alors que la droite et la gauche célèbrent leur Union sacrée contre l’Afghanistan et la Libye, la MANUA dévoile le chiffre de 1400 civils tués en Afghanistan en 2011 – en hausse de 15% par rapport à celui de l’année dernière sur la même période. Cette source occidentale attribue la responsabilité de 80% des civils tués aux "insurgés" – terme révélateur de la propagande qui excuse les troupes étrangères.

La propagande guerrière publie le décompte à l’unité près (2571) des pertes militaires des forces occidentales, mais passe sous silence les dizaines de milliers de civils tués. Même les organisations internationales, dont c’est le travail, ne font pas le décompte exact des morts et des blessés Afghans car ces gens-là ne comptent pas…

La même propagande justifie la guerre coloniale contre la Libye pour "pour obtenir des contrats de reconstruction avec les autorités qui auront été mises en place à l’issue de la guerre" dans l’indifférence quasi générale… Dans les médias, le débat ne se situe pas au niveau des ambitions, mais des moyens militaires [1].

16/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• On estime à 3767 au moins le nombre de civils tués par les bombardements américains, RAWA.
Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Libye, Monde en Question.


[1] Lire :
• Défense : l’armée française à bout de force ?, France 24.
• Débat et vote de l’Assemblée nationale française sur l’intervention des forces armées en Libye, Réseau Voltaire.
• Les députés français votent la guerre, Réseau Voltaire.
• La gauche et la droite votent au parlement la poursuite de la guerre en Libye, WSWS.

Femmes de Gaza – Femmes d’Afghanistan


La vie et la résistance, sous occupation israélienne, des femmes de Gaza… qui n’intéressent pas les féministes franco-françaises : Femmes de Gaza, Info-PalestineTanya Habjouqa.

La vie et la résistance, sous occupation internationale, des femmes d’Afghanistan… qui n’intéressent pas les féministes franco-françaises : Afghan women under the tyranny of the brutal fundamentalists, RAWA.

16/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mariam ABOU ZAHAB, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Kathy GANNON, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Malalaï JOYA, Monde en Question.

Nasr Eddin Hodja – La sagesse du bouffon


Les habitants d’Akşehir ont besoin d’un sage pour leur apprendre le monde. Ils vont chercher Nasr Eddin et l’amènent en place publique.

─ « Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?
─ Tout !
─ Je n’ai rien à faire avec de tels ignorants. »
Et Nasr Eddin s’en va. Les dignitaires réfléchissent et demandent au peuple de répondre sans froisser le grand sage. Ils vont rechercher Nasr Eddin qui demande :

─ « Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ?
─ Rien !
─ Alors si vous savez tout, je m’en vais. »
Et Nasr Eddin s’en va, énervé. Les dignitaires réfléchissent de nouveau et demandent cette fois-ci au peuple un peu plus de compréhension avec une telle sagesse. Ils vont retrouver Nasr Eddin et le ramènent en ville.

─ « Que voulez-vous que je vous apprenne que vous ne savez pas ? »
─ Une moitié crie : « Rien ! » Et l’autre moitié : « Tout ! »
─ Alors Nasr Eddin excédé, dit : « Hé bien, que ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas. »

Décapant personnage que ce rieur-éveilleur, qui mêle sagesse et dérision – envers l’espèce humaine comme envers soi-même…et qui prouve que le monde musulman aime parfois à se moquer de lui-même de façon salutaire.

Nasr Eddin est célèbre, et célébré dans toute l’aire d’influence turque : en Perse, en Aghanistan, dans toute l’Asie Centrale, jusqu’en Chine (pays Ouighour) et bien sûr en Turquie…Ces histoires, transmises dans une dizaine de langues, oralement et par écrit, ont voyagé avec les marchands musulmans et sont aujourd’hui particulièrement vivantes en Anatolie.

Tout un monde

Lire aussi :
• Nasr Eddin Hodja, Wikipédia.
• 101 histoires de Nasreddin Hodja, Scribd.
• L’actualité des podcasts
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Morts pour rien en Afghanistan


À l’occasion de l’annonce de la mort de cinq soldats français en Afghanistan, les médias dominants voudraient nous faire croire que les 69 soldats français morts dans la guerre contre l’Afghanistan depuis 2001 seraient "morts pour la France".

«La France est en deuil» titre France Soir, avec les photos de ces 69 soldats disparus.
Un attentat qui vient endeuiller ce 14 juillet, jour de fête nationale : c’est à voir, aussi, ce matin à la Une du Parisien.
Cinq soldats de plus tués en Afghanistan: c’est à la Une, aussi, du Figaro, qui évoque «l’armée française en deuil» et rend hommage ce matin à ces soldats «morts pour la France».

"Morts pour la France ou morts pour rien ?", France 24
L’image de l’armée française dans l’opinion, France 24

La guerre contre l’Afghanistan, comme la guerre contre l’Algérie entre 1954 et 1962, ne dit pas son nom parce que les objectifs sont inavouables même s’ils sont largement partagés à droite comme à gauche.

Tout le monde sait que, après le retrait des troupes américaines, les Talibans reprendront le pouvoir avec la bénédiction des puissances occidentales impuissantes à contrôler le pays après plus dix ans de guerre car elles payent leur soutien financier et militaire aux groupes islamistes pendant les dix ans de l’occupation soviétique (1979-1989).

Les féministes, entre autres, ont soutenu cette guerre pour soi-disant défendre la cause des femmes. Mais elles se moquent du sort des Afghanes comme elles se moquent de celui des Palestiniennes sous occupation israélienne. Les féministes préfèrent faire campagne sur leurs fantasmes du pouvoir masculin que sur des revendications sociaux-économiques… qui ne les concernent pas.

14/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Malalaï JOYA, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.

Coupable, forcément coupable


Tous ceux qui accusent ou défendent l’accusé Dominique Strauss-Kahn ou la plaignante X étalent complaisamment des spéculations fondées sur leurs préjugés et non sur des faits que personne ne connaît aujourd’hui et que personne ne connaîtra peut-être jamais, ce qui alimentera les spéculations…

Nous ne connaissons rien ou presque rien des faits de cette affaire :

  1. Dominique Strauss-Kahn fut arrêté à l’aéroport de New York le 14 mai 2011 vers 16h40 (source : The New York Times) ;
  2. suite à une plainte déposée le jour même (l’heure est incertaine) : L’accusé a tenté d’avoir, par la force, une relation sexuelle anale et orale avec une autre personne ; l’accusé a tenté d’avoir des rapports vaginaux avec une autre personne ; l’accusé a forcé une autre personne à un contact sexuel ; l’accusé a séquestré une autre personne : l’accusé a obligé une autre personne à un contact sexuel sans le consentement de cette dernière ; l’accusé a de façon intentionnelle et sans raison légitime touché les parties sexuelles et autres parties intimes d’une autre personne dans le but d’avilir une autre personne et d’abuser d’elle, et dans le but d’assouvir le désir sexuel de l’accusé (source : ABC News).
  3. Il fut incarcéré puis libéré sous caution et placé en résidence surveillée. Il est libéré sur parole le 1er juillet, mais les charges de la plaignante sont maintenues (source : The New York Times).

Les médias fabriquent un récit qui semble cohérent, mais qui reste un récit fictionnel. Un jour, l’accusé est présenté comme un porc. Un autre jour, la plaignante est présentée comme une pute. Les récits en faveur de la plaignante (les plus nombreux) ou de l’accusé (plus rares [1]) ne reposent sur aucun fait, mais sur des préjugés – une construction a priori – qui alimentent les spéculations et les rumeurs.

Les récits en faveur de la plaignante jugent Dominique Strauss-Kahn par principe coupable et justifient leur parti pris par la défense d’une cause juste : la cause des travailleurs, la cause de l’antiracisme, la cause des Palestiniens et surtout la cause des femmes.

La cause des travailleurs

• 04/07/2011, Derrière leur spectacle, l’affrontement à préparer, Lutte Ouvrière [2] :
Il y a le feuilleton DSK, ses frasques, son fric, son déjeuner entre amis à 600 dollars, et la lancinante question qui taraude les journalistes et les sondeurs : quel avenir politique pour l’ex-directeur général du FMI, ex-candidat présumé du Parti socialiste à la présidence de la République ? À peine ce feuilleton a-t-il connu une brève interruption qu’on lui a substitué le conte de fée d’un prince épousant une roturière dans une principauté d’opérette, entre banques et casinos. Et comme ces deux affaires commencent à lasser sérieusement un téléspectateur normal, voilà le Tour de France avec ses affaires de dopage réel ou supposé, ses vrais et faux suspenses !
Pendant qu’on amuse la galerie, les nuages d’une nouvelle crise financière s’amoncellent partout dans le monde.

La cause de l’antiracisme

• 05/07/2011, Qui est le plus nuisible ?, Les mots sont importants :
Sans préjuger de ce que décidera la Justice américaine, on ne peut pas ne pas être écoeuré-e par la manière dont, en France en tout cas, les possibles "mensonges" et "accointances délinquantes" de Nafissatou Diallo, aussi dérisoires soient-elles, et surtout éloignées de l’affaire en cours, tendent à blanchir Dominique Strauss-Kahn d’un crime d’une tout autre gravité : une tentative de viol. En soutien à Nafissatou Diallo, qui est, pour le moins, victime d’un ahurissant déballage sexiste et raciste…

La cause des Palestiniens

• 02/07/2011, DSK : le coup du "coup monté", CAPJPO – EuroPalestine :
"Tout ça va finir avec un gros chèque" : conclusion tout à fait plausible de Franz Olivier Giesbert ce jeudi soir sur France 2", écrivions-nous sur le site le 19 mai à propos de l’affaire DSK. Bien entendu, l’affaire ne sera jamais présentée de la sorte et il faut que Strauss-Kahn essaie de s’en sortir par le haut.
Quant aux autres "casseroles" que se traînent DSK dans ce domaine et qui sont de notoriété publique, il serait de mauvais goût d’en faire étalage face à une telle "réhabilitation" promise de la victime.

• 06/07/2011, La pensée tribale : POLANSKY, DSK., Islam et engagement :
C’est ainsi que l’un des plus ardents porte-parole de la pensée tribale raciste n’est autre que le sioniste BHL, qui a pris successivement la défense de Polansky et de DSK.
C’est au nom de ce même instinct primitif que vous le verrez célébrer de façon continue Tsahal, alors même que les soldats israéliens commettent les pires atrocités. Toujours au nom de la tribu.

La cause des femmes

• 02/07/2011, DSK. Les féministes gardent le cap, NouvelObs :
Même menteuse, Nafissatou Diallo ne met pas en péril le discours des féministes… Pas d’inquiétudes donc, pour ces femmes qui continueront à porter haut leur combat. "On se bat depuis trente ans, conclue Emmanuelle Piette, je savais qu’on n’allait pas tout gagner en une fois, mais la parole des femmes a été entendue."

• 04/07/2011, Ivan RIOUFOL, Pourquoi DSK est coupable, Blog Le Figaro :
Dominique Strauss-Kahn, dont on a appris qu’il redoutait les pièges et les complots liés à son goût pour les femmes, persistait néanmoins à jouer avec le feu. C’est cette légèreté qui lui est reprochée. Un probable candidat à la présidence de la République s’interdit d’inutiles comportements à risques, sauf à estimer pouvoir tout se permettre.

• 04/07/2011, Clémentine AUTAIN et Audrey PULVAR, Non au procès du féminisme !, Le Monde :
S’il était prouvé que Nafissatou Diallo avait menti, ce serait un camouflet pour la justice, une délivrance pour DSK et ses proches après une terrible épreuve, ainsi qu’un coup très dur porté aux femmes victimes de viol.

L’article La bonne sœur et la putain, publié par Agnès Maillard le 05/07/2011, est symbolique de la dérive d’un discours construit sur les a priori d’une cause – la cause des femmes en l’occurrence.

Une grande partie de ma vie d’adulte, je me suis appliquée à ne porter que des chaussures sans talon, des pulls informes, des pantalons et non des jupes, les cheveux courts, des coupes amples, des couleurs ternes, et surtout, j’ai réussi à me convaincre que c’était par goût. Le goût du sobre, le rejet de la mode, la nécessité de n’exister que sur le registre mental, de ne jamais incorporer ma pensée. Bien sûr, un bon fond féministe m’a permis de justifier ce genre de choix politiquement, comme refus de subir la dictature de la futilité et de l’apparence. Jusqu’à ne pas me reconnaître dans un miroir. Mais cela me rassurait. Et me donnait l’illusion que je pouvais réussir à exister en dehors de mon statut de femme, dans un strict rapport d’égalité, désincarné, asexué.

La vérité, c’est que j’avais peur. [...] Parce que, finalement, j’avais parfaitement bien intériorisé ce savoir commun qui laisse entendre qu’une femme qui se fait chopper, elle l’a bien un peu cherché. Parce qu’elle a traîné au mauvais endroit, au mauvais moment, parce qu’elle a peint ses lèvres de la couleur de sa vulve, parce qu’elle a montré une cheville évocatrice que surmonte un mollet bien galbé, parce que la chevelure dansante appelle à l’empoignade, parce que la robe qui souligne sa taille et magnifie ses fesses est un hymne à l’enculade, parce que ses seins qui l’empêchent de courir sont arrogants sous le tissu trop tendu de sa chemise cintrée, parce qu’une femme séduisante et épanouie est forcément un appeau à bites. Parce que nous savons toutes et on nous le rappelle sans cesse, qu’il nous suffit de ne pas être des saintes pour que tout mâle normalement constitué ait une irrépressible envie de nous fourrer son pénis dans notre vagin sans nous demander notre avis. Et c’est tout.

Cette affirmation péremptoire méritait des explications que l’auteure n’était pas disposée à donner et qu’elle ne pouvait pas donner sans renoncer au dogme.

L’auteure croit que Dominique Strauss-Kahn est coupable, forcément coupable, parce que cet homme symbolise la dépravation masculine dont seraient victimes les femmes… de toute éternité. Amen.

Le dernier rebondissement de l’affaire DSK ne raconte jamais rien d’autre que l’histoire éternelle de la femme pécheresse, tentatrice, manipulatrice et coupable par défaut de la chute de l’homme. Qu’importe si l’homme en question avait un lourd passif dans les affaires de mœurs des plus éloquentes, ce qui compte c’est l’idée, finalement, que si la femme n’est pas une sainte, c’est qu’elle est forcément une catin et que ce simple retournement suffit à absoudre l’homme de tout soupçon de viol.

Ce "Coupable, forcément coupable" rappelle le "Sublime, forcément sublime" de Marguerite Duras dans l’affaire Grégory, construit sur la même croyance :

Il y a un para chez tout homme. [...] ils le sont tous, je crois que tout homme est beaucoup plus près d’un général, d’un militaire que de la moindre femme.
Marguerite DURAS, Xavière GAUTHIER, Les parleuses, Éditions de Minuit, 1974 p.33.

08/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.


[1] Les récits en faveur de Dominique Strauss-Kahn sont le plus souvent construits sur la thèse d’un complot. Lire par exemple WSWS (groupe trotskyste américain) :
• 19/05/2011, David NORTH et David WALSH, Les questions sérieuses soulevées par l’affaire Dominique Strauss-Kahn, WSWS :
La présomption d’innocence sert d’argument à WSWS pour défendre la thèse d’un complot : "la destruction de la réputation politique de Strauss-Kahn".
• 04/07/2011, L’accusation de viol à New York contre l’ex-chef du FMI s’effondre, WSWS :
Il n’est pas encore possible de déterminer si la relation avec la femme de chambre était un coup monté délibéré, comme de nombreux partisans de Strauss-Kahn en France l’ont suggéré. Mais le déroulement des faits après son arrestation montre clairement que, au minimum, l’affaire a été manipulée pour atteindre un but politique.
[2] La démagogie de LO rappelle étrangement celle des maoïstes dans l’affaire de Bruay-en-Artois.

Bienvenue en Palestine !


En Afghanistan, nous soutenons Hamid Karzai, même s’il garde des chefs de guerre et des barons de la drogue dans son gouvernement. (Et, soit dit en passant, nous sommes vraiment désolés pour tous ces civils afghans innocents que nous tuons dans notre "guerre contre la terreur" sur les terres abandonnées de la province du Helmand).

Nous aimons l’Egyptien Hosni Moubarak. Ses tortionnaires n’en ont pas encore fini avec les politiciens des Frères Musulmans, arrêtés récemment à l’extérieur du Caire. Sa présidence a reçu le soutien chaleureux de Mme – oui, Mme – George W. Bush – et dont la succession passera presque certainement à son fils, Gamal.

Nous adorons Muammar Kadhafi, le dictateur fou de la Libye. Ses loups-garous ont assassiné ses opposants à l’étranger. Son complot pour assassiner le Roi Abdallah d’Arabie Saoudite a précédé la récente visite de Tony Blair à Tripoli. Le colonel Kadhafi, devrait-on se souvenir, a été appelé "homme d’Etat" par Jack Straw pour avoir abandonné ses ambitions nucléaires qui n’existaient pas. Et sa "démocratie" nous est parfaitement acceptable parce qu’il est de notre côté dans la "guerre contre la terreur".

Nous ne critiquerons certainement pas Israël. Et nous continuerons de donner notre affection aux rois et aux princes – et aux présidents disgracieux – du Proche-Orient, jusqu’à ce que toute la région nous pète à la figure. Et, ensuite, nous dirons – comme nous le disons déjà aux Irakiens – qu’ils ne méritent pas notre sacrifice et notre amour.

16/06/2007
Robert FISK
The Independent
Traduction Questions Critiques

Lire aussi :
• Robert FISK, Nous prêchons la démocratie tout en soutenant les dictateurs, ContreInfo.
Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.

Letter From District Attorney to Defense in Strauss-Kahn Case


CYRUS R. VANCE, JR.
DISTRICT ATTORNEY

June 30, 2011

William W. Taylor
Benjamin Brafman

Dominique Strauss-Kahn Indictment No. 2526/2011

Dear Messrs. Taylor and Brafman:

In connection with the above-captioned case, the People disclose the following information to the defense pursuant to Criminal Procedure Law 240.20 as well as Brady v. Maryland, 373 U.S. 83 (1963) and its doctrinal progeny.

In an application for Asylum and for Withholding of Removal dated December 30, 2004, the complainant provided the United States Departiment of Justice Immigration and Naturalization Service with factual information about herself, her background and her experiences in her home country of Guinea. This information was in the form of a written statement attached to her application, and was submitted as a basis for her request for asylum.

In her application, she certified under penalty of perjury that her written statement was true. In substance, the complainant’s statement claimed that she and her husband had been persecuted and harassed by the dictatorial regime that was then in power in Guinea. Among other things, the complainant stated that the home that she shared with her husband was destroyed by police and soldiers acting on behalf of the regime, and that she and her husband were beaten by them.

When her husband attempted to return to what was left of their home the next day, she stated that he was again beaten, arrested and imprisoned by police and soldiers. She stated that she also was beaten when she attempted to come to her. husband’s aid. In her statement, she attributed the beatings to the couple’s opposition to the regime. She stated that during her husband’s incarceration, he was tortured, deprived of medical treatment and eventually died as a result of his maltreatment.

FoIlowing his death, according to her, she began to denounce the regime and finally fled the country in fear of her life, entering the United States in January 2004 to seek refuge (she has told prosecutors that she used a fraudulent visa). She repeated these facts orally during the course of her asylum application process.

In interviews in connection with the investigation of this case, the complainant admitted that the above factual information, which she provided in connection with her asylum application, was false. She stated that she fabricated the statement with the assistance of a male who provided her with a cassette recording of the facts contained in the statement that she eventually submitted. She memorized these facts by listening to the recording repeatedly.

In several interviews with prosecutors, she reiterated these falsehoods when questioned about her history and background, and stated that she did so in order to remain consistent with the statement that she had submitted as part of her application. Additionally, in two separate interviews with assistant district attorneys assigned to the case, the complainant stated that she had been the victim of a gang rape in the past in her native country and provided details of the attack.

During both of these interviews, the victim cried and appeared to be markedly distraught when recounting the incident. In subsequent interviews, she admitted that the gang rape had never occurred. Instead, she stated that she had lied about its occurrence and fabricated the details, and that this false incident was part of the narrative that she had been directed to memorize as part of her asylum application process. Presently, the complainant states that she would testify that she was raped in the past in her native country but in an incident different than the one that she described during initial interviews.

In the weeks following the incident charged in the indictment, the complainant told detectives and assistant district attorneys on numerous occasions that, after being sexually assaulted by the defendant on May 14, 2011 in Suite 2806, she fled to an area of the main hallway of the hotel’s 28th floor and waited there until she observed the defendant leave Suite 2806 and the 28th floor by entering an elevator.

It was after this observation that she reported the incident to her supervisor, who arrived on the 28th floor a short time later. In the interim between the incident and her supervisor’s arrival, she claimed to have remained in the same area of the main hallway on the 28th floor to which she had initially fled. The complainant testified to this version of events when questioned in the Grand jury about her actions following the incident in Suite 2806. The complainant has since admitted that this account was false and that after the incident in Suite 2806, she proceeded to clean a nearby room and then returned to Suite 2806 and began to clean that suite before she reported the incident to her supervisor.

Additionally, the complainant has stated that for the past two tax years, she declared a friend’s child in addition to her own as a dependent on her tax returns for the purpose of increasing her tax refund beyond that to which she was entitled . She also admitted to misrepresenting her income in order to maintain her present housing.

Finally, during the course of this investigation, the complainant was untruthful with assistant district attorneys about a variety of additional topics concerning her history, background, present circumstances and personal relationships.

Please do not hesitate to contact us with any questions.

Sincerely,

Joan Illuzzi-Otbon
Asistant District Attorney
21 2335-9926

John (Artie) McConnell
Assistant District Attorney
212-335-9926

Cc: The Honorable Michael J. Obus
Supreme Court, New York County

The New York Times

Lire aussi :
• Lettre des procureurs sur l’accusatrice de Strauss-Kahn, Questions critiques [traduction de la lettre publiée par The New-York Times].
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.

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