Monde en Question

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Osez l’infanticide !


Pendant vingt ans une femme a tué huit de ses enfants dès leur naissance et enterré ou dissimulé leurs corps. Niant tout « déni de grossesse », elle a reconnu avoir été consciente d’être enceinte et a expliqué aux enquêteurs qu’elle ne voulait plus d’enfants [1].

Certaines féministes garderont le silence car les violences maternelles dérangent, mais d’autres réciteront imperturbablement leur catéchisme : en tous lieux et en tous temps les femmes sont irresponsables car éternelles victimes des hommes. Elles ne s’embarrassent pas des contradictions d’un discours qui à la fois dénonce le droit de vie et de mort du pater familias et revendique ce droit pour les mères.

Ce qui nous rassemble, c’est aussi que nous n’aimons pas ce monde tel qu’il est et que nous voulons agir contre toutes les dominations et les oppressions, et donc entre autres contre le patriarcat.
Réflexions autour d’un tabou, op. cit. p.7.

L’éloge du crime féministe, vendu par Virginie Despentes dans le roman Baise-moi adapté au cinéma, est devenu politiquement correct.

La société juge l’infanticide comme le crime d’une victime, l’un des arguments principaux pour l’excuser, étant de dire que les femmes infanticides considèrent le bébé non comme un être humain mais comme un objet.
L’infanticide en série : un crime politiquement correct ?, art. cit.

Les néo-féministes pensaient qu’il suffisait de faire voter des lois [2] pour libérer les femmes et réaliser le slogan des années 1970 « Un enfant si je veux, quand je veux« . Mais les faits sont têtus. Le taux d’avortements (250 000 en 1975 ; 230 000 en 1995) et des dénis de grossesse est resté constant depuis plusieurs décennies (GORRE FERRAGU, op. cit. p.6 et p.37) ; des enfants sont toujours remis en vue d’adoption, et le taux d’infanticides, même s’il a considérablement diminué entre 1880 et 1950, ne varie plus guère (GORRE FERRAGU, op. cit. p.18).

La dimension psychopathologique de l’infanticide a été longtemps négligée voire niée en raison de l’absence de contraception fiable, argument qui ne tient plus aujourd’hui.

Si ce crime permit de réguler les naissances, la contraception et l’interruption volontaire de grossesse ont changé fondamentalement la donne.
[…]
Avec la violence de l’acte, l’infanticide symbolise une rupture radicale du lien social.
«Penser l’infanticide aujourd’hui», op. cit. Introduction.

L’aspect pathologique de l’infanticide au décours immédiat de la naissance, ne fait plus de doute, même chez les mères considérées comme indemnes de trouble mental.
Cet état mental particulier où existe un risque d’infanticide semble englober tout le déroulement de la grossesse, de la conception à l’accouchement.
GORRE FERRAGU, op. cit. p.55

L’abondante littérature psycho-analytique montre l’ambivalence de la maternité (désir/refus – vie/mort) et les conflits interne femme/mère (être femme/être ou ne pas être mère) et externe mère/femme (emprise maternelle).

Geneviève Fraisse, une des figures du néo-féminisme, a écrit en conclusion d’un article sur Les femmes et le féminisme :

Une fois repéré cet espace de revendications et de propositions féministes […], il semble qu’il faille soulever un dernier problème, en rappelant que, si les hommes se sont établis maîtres des femmes, ce n’est pas toujours sans le consentement ce celles-ci. Et ce consentement a, en retour, fourni aux femmes un réel pouvoir qui fait partie de leur asservissement. Dénoncer l’oppression des femmes sans refuser d’analyser et de critiquer leur propre pouvoir est l’enjeu premier d’une libération future.
Encyclopædia Universalis, 1985, Corpus 7 p.843.

Son message n’a guère été entendu, mais elle a elle-même changé de position suite à sa conversion politique au PCF dont elle fut députée au Parlement européen. Les travaux de Camille Lacoste-Dujardin sont critiqués parce que non conformes à la doxa féministe et ceux de Cai Hua complètement ignorés parce qu’ils remettent en cause l’épistémologie des sciences sociales [3].

Les analyses conformes restent attachées au principe cartésien de la causalité linéaire selon lequel tout phénomène a une cause. Or cette approche de la science classique ne rend pas compte des relations humaines. Ceci explique l’impasse théorique du féminisme. La cybernétique a introduit la causalité circulaire rétroactive (l’effet réagit sur la cause) et la causalité récursive (l’effet agit sur la cause).

L’analyse systémique des relations hommes-femmes, c’est-à-dire une approche qui tienne compte du fait que les êtres humains – hommes et femmes – sont des acteurs interagissant dans un système complexe et ouvert, qui est produit par eux et qui les produit en retour, cette analyse est peu pratiquée en France à cause des barrières disciplinaires et institutionnelles qui limitent l’interdisciplinarité notamment entre la psychologie et la sociologie (École de Palo Alto).

29/07/2010 revu et corrigé le 02/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Articles :
• 1986, LALOU Richard, L’infanticide devant les tribunaux français (1825-1910), Communications n°44.
• 2002, BENHAÏM Michèle, La culpabilité maternelle, La lettre de l’enfance et de l’adolescence n°47.
• 2003, SALECL Renata, Le réel du crime : une mère infanticide, Savoirs et clinique n°2.
• 2003, MOREL Geneviève, Transgression et identification dans le passage à l’acte, Savoirs et clinique n°3.
• 2004, SINGLETON Michael, Infanticide, Documents de travail n°20, UCL.
• 2005, VANDER BORGHT Marie, De NEUTE Rick, L’abandon à la naissance : entre désir et non désir d’enfant, Cahiers de psychologie clinique n°24.
• 2005, TINKOVÁ Daniela, Protéger ou punir ? Les voies de la décriminalisation de l’infanticide en France et dans le domaine des Habsbourg (XVIIIe-XIXe siècles), Crime, Histoire & Sociétés.
• 2006, ROUSSEAUX Xavier, Historiographie du crime et de la justice criminelle dans l’espace français (1990-2005) – Partie I : du Moyen-Âge à la fin de l’Ancien Régime, Crime, Histoire & Sociétés.
• 2006, ROUSSEAUX Xavier, Historiographie du crime et de la justice criminelle dans l’espace français (1990-2005) – Partie II : de la Révolution au XXIe siècle, Crime, Histoire & Sociétés.
• 19/10/2007, L’infanticide en série : un crime politiquement correct ?, L’En Dehors.
• 2009, FARCY Jean-Claude, Impossibles victimes, impossibles coupables – Les femmes devant la justice (XIXe-XXe siècles), Criminocorpus.
• 07/07/2009, AUQUE Hubert, Médée, mère infanticide ?, AIEMPR.
• Médée, Imago Mundi.
• Infanticide – Recherche chronologique, Google.

Revues :
• «Enfances – Bilan d’une décennie de recherche», Annales de démographie historique n°102, Juillet 2001.
• «Les mères», La lettre de l’enfance et de l’adolescence n°59, Janvier 2005.
• «Maternités», Clio n°21, Juin 2005.
• «Le Maternel et le féminin», Dialogue n° 169, Juillet 2005.
• «Figures de femmes assassines – Représentations et idéologies», Cycnos n°2, Juin 2006.
• «Penser l’infanticide aujourd’hui», Enfances & Psy n°44, Juillet 2009.
• «Destins de naissance», Champ psychosomatique n°56 Octobre 2009.

Livres :
ANDRÉ Jacques, DREYFUS-ASSÉO Sylvie, La folie maternelle ordinaire, PUF, 2006.
ANDRÉ Jacques (sous la direction de), Folies de femmes, PUF, 2009.
• BENHAÏM Michèle, La folie des mères – J’ai tué mon enfant, Imago, 1992 et 1998 [Lien Social].
• Collectif, Réflexions autour d’un tabou – L’infanticide, BBORNOT, Toulouse, 2009 [Basse Intensité pdfBasse Intensité mp3Déprav’ mp3AcrataQuel sexe ?L’En Dehors].
• COUCHARD Françoise, Emprise et violence maternelles – Étude d’anthropologie psychanalytique, Dunod, 1997, 1997 et 2003 [Le Carnet PSY].
• DAVID Hélène, «Les mères qui tuent», in ANDRÉ Jacques (sous la direction de), La féminité autrement, PUF, 1999.
p. 33-53.
• DEPAULIS Alain, Le complexe de Médée – Quand une mère prive le père de ses enfants, De Boeck Université, 2003.
• DUFOURMANTELLE Anne, La sauvagerie maternelle, Calmann-Lévy, 2001 [OedipeOedipe le Salon PrésentationOedipe le Salon Critique].
• GORRE FERRAGU, Le déni de grossesse : une revue de littérature, Université de Rennes 1, 2002.
• GUYOMARD Dominique, L’effet-mère – L’entre mère et fille Du lien à la relation, PUF, 2009.
• LAMOTHE Elisabeth, SARDIN Pascale, SAUVAGE Julie [Textes réunis et présentés par], Les mères et la mort – Réalités et représentations, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008 [BooksGoogle].
• MAÏDI Houari, La plaie et le couteau – Et si la victime était son bourreau…, Delachaux et Niestlé, 2003 [SommaireL’information psychiatriquePsycho-Ressources].
• TILLIER Annick, Des criminelles au village – Femmes infanticides en Bretagne (1825-1865),Presses universitaires de Rennes, 2001 [ ConférenceAnnales. Histoire, Sciences SocialesClioCrime, Histoire & SociétésRevue d’histoire du XIXe siècleRuralia.
• VIGOUROUX François, L’empire des mères, PUF, 1998 et Pluriel Hachette, 2004.

Dossier documentaire & Bibliographie Féminisme, Monde en Question.


[1] Revue de presse :
• 28/07/2010, Plusieurs cas d’infanticides multiples ces dernières années, AFP-Le Figaro.
• 28/07/2010, La mère reconnaît avoir étouffé les bébés retrouvés morts, Le Monde.
• 29/07/2010, Une femme mise en examen pour huit infanticides, Reuters-Yahoo! Actualités.
• 29/07/2010, Mères infanticides, malades mais responsables, selon des experts, Reuters-Yahoo! Actualités.
• 29/07/2010, La mère des huit nourrissons avoue les avoir tués, TSR.
• 29/07/2010, Accusée d’infanticide, la mère dit avoir eu «conscience d’être enceinte à chaque fois», Libération.
• 29/07/2010, Infanticide : « J’avais conscience d‘être enceinte », Euronews.
• 29/07/2010, Affaires d’infanticide : et si on parlait du père ?, Rue89.
• 30/07/2010, Société – Pendant près de vingt ans, la mère infanticide a étouffé ses bébés à la naissance, L’Alsace.
[2] GORRE FERRAGU, op. cit. p.17 :
Le 28 décembre 1967, la loi Neuwirth autorise la pilule en France, et abroge
les sanctions pénales visant la contraception.
Le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalise l’avortement.
La loi du 31 décembre 1979 reconduit la loi de 1975, et lui donne un caractère définitif.
[3] Ces ouvrages seront analysés prochainement dans une série d’articles sur le thème Domination masculine/maternelle :
• CAI Hua, Une société sans père ni mari – Les Na de Chine, PUF, 2000.
• CAI Hua, L’homme pensé par l’homme – Du statut scientifique des sciences sociales, PUF, 2008.
• FRAISSE Geneviève, Du consentement, Seuil, 2007.
• LACOSTE-DUJARDIN Camille, Des mères contre les femmes – Maternité et patriarcat au Maghreb, La Découverte, 1996.
• LACOSTE-DUJARDIN Camille, La vaillance des femmes – Les relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie, La Découverte, 2008.

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