8 novembre 2009
7 novembre 2009
Eric-Emmanuel SCHMITT
Eric-Emmanuel Schmitt : « Il faut vivre chaque jour comme si c’était la première fois »
Entretien avec Eric Emmanuel Schmitt, invité de Virginia Crespeau
Canal Académie reçoit l’un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dont les pièces sont jouées dans le monde entier et l’œuvre traduite en plus de vingt langues : Eric-Emmanuel Schmitt, philosophe, écrivain, auteur de théâtre, metteur en scène de cinéma.
Première émission d’une série de quatre proposée par Virginia Crespeau.
Né en 1960, normalien, agrégé, docteur en philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas l’homme d’une seule passion : son tout premier rêve était de devenir musicien … Il consacre par la suite, sa thèse de doctorat ainsi qu’une pièce de théâtre à l’esthète libertin, qui en plein siècle dit des Lumières, osa affirmer qu’il écrivait des traités de philosophie populaire : Denis Diderot.
Bien qu’Eric-Emmanuel Schmitt se tienne à l’écart du monde littéraire et politique, les prix affluent : En 2000, l’Académie Française lui décerne le Grand Prix du Théâtre pour l’ensemble de son œuvre. En 2004, il reçoit le Grand Prix du Public à Leipzig, le Deutscher Bücherpreis pour son récit Monsieur Ibrahim et Les fleurs du Coran à Berlin, il remporte le prestigieux prix Die Quadriga pour « son humanité et la sagesse dont son humour réussit à nourrir les hommes ».
En ce même automne 2004, le magazine Lire effectue un sondage auprès des Français pour qu’ils désignent « les livres qui ont changé leur vie » : Oscar et La dame rose -fait exceptionnel pour un auteur vivant- se trouve cité avec La Bible, Les trois Mousquetaires ou Le Petit Prince. Toutes ses œuvres sont publiées chez Albin Michel.
Schmitt et l’émotion
« La philosophie m’a beaucoup aidé parce que j’avais besoin de réfléchir et de lutter contre des angoisses. Lorsque j’enseignais la philosophie, je parlais beaucoup à mes élèves de théâtre. J’illustrais mes cours de références à Sophocle que j’aime passionnément, à Shakespeare aussi. Pour moi, la philosophie n’est pas une finalité. C’est un instrument pour raconter la vie. Je ne veux pas limiter l’esprit à la pure raison. C’est souvent là, l’erreur de l’intellectuel philosophe. La vie de notre esprit passe aussi par l’imagination, le cœur, le sentiment, les valeurs… La rationalité n’en est qu’un petit pan. C’est pourquoi je revendique un théâtre d’émotion. Je n’ai pas peur de l’émotion, j’y vois un facteur de la vie intellectuelle… Selon moi, la place de la philosophie est dans le roman et dans le théâtre, pas dans les essais. Sa vraie place est dans la vie et pas à l’université. J’ai un idéal antique de la philosophie : la fiction est son meilleur cadre… »
Un critique littéraire a écrit concernant Eric-Emmanuel Schmitt : « Lorsqu’on publia sa première pièce de théâtre La nuit de Valognes la critique unanime salua la naissance d’un auteur, c’était en 1991 ; deux ans plus tard, l’ancien professeur de philosophie remportait trois Molières avec Le Visiteur stupéfiante confrontation entre Freud et Dieu, suivit un premier roman La secte des égoïstes qui acheva de convaincre les sceptiques : cet écrivain-là savait tout faire, raconter des histoires et faire passer des idées, alors on décida qu’il agaçait… Schmitt est un intello populaire, lâcha un critique littéraire au cours d’une émission de radio non moins populaire… Et si ce jugement à l’emporte-pièce était, dit ce même critique, au contraire, un compliment ? Si Eric-Emmanuel Schmitt était notre Diderot au 21ème siècle : un sérieux penseur qui ne se prend pas au sérieux… »
Schmitt et Diderot
« Diderot », confie Eric-Emmanuel Schmitt, « est mon maitre, puisque j’ai écrit mon doctorat sur l’auteur de « Jacques le fataliste ». C’est pour moi l’écrivain fondateur, celui qui m’ a appris à être libre, à penser par moi-même, celui qui m’a montré le chemin, dans le sens où on peut faire de la philosophie dans des formes non philosophiques, c’est-à-dire en racontant des anecdotes, des contes, en faisant des pièces de théâtre, en écrivant des romans. Diderot c’est l’esprit non conventionnel, c’est l’esprit libre… J’essaie de faire mon travail avec le plus grand sérieux, la plus grande attention, mais en même temps de ne pas me prendre au sérieux… Diderot, c’est un engagement, c’est une vibration, c’est un enthousiasme, c’est un désir ; c’est quelqu’un qui pense qu’un livre c’est un germe qu’on sème et qui va se développer dans l’esprit du lecteur. C’est mon modèle d’écrivain.
Schmitt et l’écriture
Pour moi l’écriture est une parole adressée, toute écriture est lettre ; ce que je refuse c’est la hiérarchie, c’est-à-dire considérer que l’art noble c’est le roman et que le théâtre est un art moins noble ; cette hiérarchie apparait dans les années 1840/1850 car avant l’époque romantique, au 17ème et 18ème siècles, l’art noble c’était la scène, le théâtre ; un écrivain devait être un auteur dramatique, Voltaire pensait qu’il resterait dans l’histoire par ses tragédies, Balzac lui-même est mort en pensant qu’il avait raté sa vie parce qu’il n’avait pas connu le succès dramatique…
Il est vrai qu’étant apparu et applaudi au théâtre immédiatement, j’entendais ce monde littéraire dire « Oh ! Il pourrait écrire des romans … » Finalement, je suis passé au roman, non pour prouver que j’écrivais bien, mais parce que j’avais des romans à écrire… Dernièrement aussi, je me suis laissé dire : « Ah, tu fais du cinéma, mais pourquoi fais-tu du cinéma, c’est un art mineur… » J’ai répondu : mais qu’est-ce que c’est que cette hiérarchie qui consiste à dire qu’il y a des écritures par exemple l’écriture cinématographique qui serait inférieure aux autres ?
J’ai envie de faire un trajet, c’est le trajet et les chemins empruntés qui définiront a posteriori ce que je suis ; je crois que lorsqu’on décide que son destin c’est l’écriture, on décide de se quitter soit pour devenir les autres : les autres personnages qui vont vivre sous votre plume et les autres moments de vie qu’on va fantasmer à travers l’écriture ; je crois que l’écriture c’est l’abandon de soi au profit des autres car il faut que les personnages existent, il faut que les situations soient justes, soient vraies… En fait, j’écris pour la raison pour laquelle vous lisez : pour explorer. »
Source : Canal Académie
4 novembre 2009
Hommage à Georges Rouquier
Du 18 au 30 novembre, la Cinémathèque française (Paris) réalise une rétrospective de l’œuvre de Georges Rouquier.
Auteur de plusieurs documentaires et de quelques fictions, Georges Rouquier est un précurseur du cinéma direct, auteur des célèbres Farrebique (1947) et Biquefarre (1983), chroniques d’une famille paysanne.
Lire aussi :
• Georges Rouquier – Filmographie, AlloCiné.
• Georges Rouquier, Association Georges Rouquier.
• Georges Rouquier, Cinémathèque française.
• Georges Rouquier, Images documentaires.
• Georges Rouquier, Wikipédia.
L’arrogance de la finance
Henri Bourguinat, co-auteur de L’arrogance de la finance analyse les dérives du processus d’innovation financière qui ont conduit à la crise actuelle. Il met en lumière les causes profondes du dévoiement des modèles mathématiques de la finance moderne. Il s’entretient avec Jean-Louis Chambon.
L’ouvrage L’arrogance de la finance retrace, dans un style rigoureux et dépassionné, les dérives du processus d’innovation financière qui ont conduit à la crise actuelle. Il met en lumière les causes profondes du dévoiement des modèles mathématiques de la finance moderne. Il révèle la fragilité de leurs fondements, qui tient notamment à la nature artificielle des hypothèses de « normalité » qui ont été formulées par leurs concepteurs. Ils dévoilent « les petits et les grands arrangements », pris volontairement ou involontairement par ces derniers – dont certains ont reçu les plus hautes distinctions – afin de mieux servir les intérêts des investisseurs et des opérateurs des marchés. Il invite à clarifier et à refonder certaines notions applicables aux instruments financiers, comme les indicateurs browniens de mesure du risque, les coefficients d’actualisation, les coûts de transaction, les effets volumes-prix des transactions, les effets induits des réglementations… Les deux auteurs de ce livre sont des enseignants-chercheurs reconnus de la finance de marché. Ils montrent les dangers insoupçonnés d’une approche uniquement positiviste – et donc, insuffisamment constructiviste – de la réalité économique d’aujourd’hui… comme le dit Jean-Jacques Pluchart, administrateur du Cercle Turgot.
Source : Canal Académie
Lire aussi :
• Henri BOURGUINAT, Wikipédia
• Henri BOURGUINAT, La tyrannie des marchés – Essai sur l’économie virtuelle, Économica, 1995 [Alternatives Economiques - Le Monde diplomatique - Politique étrangère].
• Henri BOURGUINAT, Les intégrismes économiques – Essai sur la nouvelle donne planétaire, Dalloz, 2006 [Alternatives Economiques - L'économie en questions - Revue d'économie politique].
• Henri BOURGUINAT et Éric BRIYS, L’arrogance de la finance – Comment la théorie financière a produit le krach, Cahiers libres La Découverte, 2009 [Alternatives Economiques - La Tribune - Science publique].
• Éric BRIYS, Vox Academia
3 novembre 2009
Hommage à Hamida Ben Sadia
Lorsqu’elle prenait la parole, lors des nombreux meetings et manifestations qui ont rythmé sa vie politique, que ce soit, dernièrement, contre la loi anti-voile, contre le Traité européen, contre la répression des émeutiers de 2005 ou pour les sans-papiers, Hamida Ben Sadia en appelait souvent au « peuple de France, épris de justice et de liberté ». Nous étions nombreu-se-s autour d’elle à n’avoir pas ce vocabulaire et à être plutôt de celles et ceux qu’il fait ricaner, tant ces mots ont servi à justifier le pire : orgueil national, morgue franco-française, mépris du reste du monde, mythification d’une république bourgeoise, patriarcale et coloniale, et pourtant pas un de nous ne ricanait quand Hamida les prononçait. Les plus fatigué-e-s d’entre nous souriaient mais personne ne se formalisait, car tout le monde savait qu’il s’agissait chez elle de tout autre chose.
Un reste de légitimisme bien compréhensible ? Une stratégie rhétorique ? Le tribut à payer, de la part d’une femme française d’origine algérienne, pour s’autoriser une parole publique libre et à rebours de l’idéologie dominante ? Peut-être – car c’est en tout cas d’une parole libre qu’il s’agissait, à rebours de l’ordre assimilationniste, une parole juste et sans concession, une exigence radicale et opiniâtre d’égalité, une solidarité ostensible et décomplexée avec tous les parias de la république : sans-papiers, émeutiers, musulmanes voilées – mais là n’était pas l’essentiel.
Il y avait autre chose encore, dans cette invocation d’un peuple « épris de justice et de liberté », qui forçait le respect. Ce que nous y entendions, et qui étouffait aussitôt toute velléité sarcastique – et Dieu sait pourtant que les raisons sociales et politiques étaient nombreuses d’être sarcastique face à ces mots – c’était une sorte de ruse de la raison linguistique, symétrique d’une autre qui fait que nous ne nous formalisons plus d’être taxés de communautaristes ou de victimaires par les élites politiques et journalistiques : de même que nous avons compris que c’est d’elles-même que parlent en réalité ces élites, nous avons vite compris que l’appel d’Hamida au peuple de France ne disait au fond rien d’autre que sa propre exigence, viscérale, de justice et de liberté.
Ce qui précédait et suivait ces références au peuple de France, dans la parole d’Hamida, dissipait toute ambiguïté. Non, il ne s’agissait pas de flatter l’orgueil national, de narcissiser un État et une société qui se la racontent beaucoup en termes de droits humains et d’universalisme, et encore moins de faire allégeance au « pays des Lumières ». Ce n’était pas un peuple substantiel, existant, qui était invoqué, mais un peuple politique, virtuel, ce peuple qui, selon le mot profond de Paul Klee souvent cité par Gilles Deleuze, est toujours un peuple qui manque. À l’exact opposé des rénégats, bouffons et autres « indigènes de service » passés du col Mao au Rotary Club ou des cités de transit aux cabinets ministériels, Hamida était passée de SOS Racisme et du Parti Socialiste, auxquels elle avait commencé par accorder sa confiance, aux Alternatives citoyennes, aux Collectifs antilibéraux, à Une École Pour Tou-te-s et aux Féministes pour l’Égalité. À l’exact opposé des Fadela Amara, Gaston Kelman et autres Malek Boutih qui se répandent sur leur « amour de la France » et ne parlent du racisme que pour dire que « les Français ne le sont pas », Hamida ne parlait du peuple de France que pour l’appeler, l’interpeller. L’énonciation réfutait l’énoncé : ce peuple épris de justice et de liberté, elle demandait à le voir.
Aujourd’hui, alors que nous apprenons la disparition d’Hamida, ce peuple, plus que jamais, manque. Comme nous manque déjà le visage, la présence et la parole forte d’Hamida. Il nous reste son livre, Itinéraire d’une femme française, dans lequel elle raconte notamment son expérience du mariage forcé et de la violence conjugale mais aussi du racisme républicain, et dans lequel elle affirme, avec la force qui l’a toujours animée, son refus de voir l’une instrumentalisée au profit de l’autre. Il nous reste quelques traces vidéo (une présentation de son livre, une prestation télévisée sur les émeutes de 2005) et d’innombrables souvenirs d’une militante valeureuse, éprise – et là, il faut l’entendre au plus strict premier degré, sans même sourire – de justice et de liberté. Merci pour tout Hamida.
Lire la suite… LMSI – Les mots sont importants
Le déclin précipité de l’hégémonie américaine
Les prédictions sur un probable déclin de l’hégémonie américaine sont récurrentes. La CIA elle-même s’était récemment livrée à cet exercice, prévoyant qu’à l’horizon 2025, le statut des USA serait révisé à la baisse et leur latitude d’action diminuée d’autant. Mais la crise économique a dramatiquement accéléré la marche de l’histoire. Lors de son audition par les sénateurs américains au printemps dernier, l’économiste Martin Wolf avait annoncé que la crise allait « porter un coup dévastateur à la crédibilité et la légitimité des États-Unis à travers le monde. » Aujourd’hui, les indices de cet affaiblissement sont déjà sensibles sur tous les fronts. Michael Klare en recense six, parmi lesquels le remplacement du G7 par le G20, la remise en cause du dollar, le rôle accru du groupe BRIC, le renforcement des liens entre l’Iran et la Chine, et le refus des alliés d’envoyer des renforts en Afghanistan. A ce catalogue il conviendrait d’ajouter le récent refroidissement des relations avec le Japon, sans oublier la nouvelle orientation de la Turquie, qui elle aussi resserre ses liens avec l’Iran et s’éloigne d’Israël. Bienvenue donc, dès aujourd’hui, dans ce nouveau monde des années 2025.
Lire la suite… ContreInfo d’après TomDispatch repris par The Nation
Philippe Grasset, en reprenant cet article, va plus loin mais sans argumenter sa thèse :
La question centrale devient alors, aujourd’hui de savoir si, et si oui dans combien de temps, la situation présente (“la puissance des USA s’effondre”) risque-t-elle de se transformer en cette situation hypothétique mais selon nous inéluctable (“les USA s’effondrent”). Notre première réponse est que, désormais, le “quand” a complètement supplanté le “si”, désormais passé du stade de la question au stade de l’affirmation; notre seconde réponse est que le “quand” risque de concerner un délai très rapide, en fonction de la rapidité des événements et des pressions d’une communication qui continue à farder la réalité au profit du virtualisme en accentuant ainsi tension et pression. Notre constat est que les conséquences sur les relations internationales et, surtout, sur la perception psychologique du poids et de la légitimité du système de l’américanisme dans ces relations, avec sa mise en cause radicale, seront considérables, très rapides et bouleversantes. C’est notre thèse sur les effets de la disparition dans notre psychologie collective du mythe de l’American Dream.
Dedefensa
Lire aussi :
• Michael T. KLARE, Wikipedia.
• Michael T. KLARE, The Nation.
• Michael T. KLARE, TomDispatch.
• Michael T. KLARE, ContreInfo.
• Michael T. KLARE , Géopolitique de l’effervescence, Le Monde diplomatique.
• Après la chute de l’URSS, celle des USA ?, Monde en Question.
• Les empires ont une courte durée de vie, Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (1), Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (2), Monde en Question.
2 novembre 2009
Culture coloniale
Du 30 septembre au 2 octobre 2009 a eu lieu un colloque international organisé par l’Université de Lyon sur le thème Enseignement et colonisation dans l’Empire français :
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Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.

